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A contre cœur !
Lundi 24 mars 2008, le Bhoutan a donc voté. Bousculant les idées reçues, ces élections ne faisaient pas l'unanimité. Et si les Bhoutanais ont parfois marché longtemps pour découvrir le symbole de la "démocratie" importée… ils ont voté par obéissance à leur souverain! L'histoire retiendra le nom de Tshewang Dema, Bhoutanaise de 65 ans, qui aura marché quatorze jours pour atteindre son bureau de vote… afin de répondre au vœu du roi. De quoi rendre jaloux et bien plus encore nos politiciens bateleurs ! Sur l'échiquier du monde, le royaume du Bhoutan fait figure d'extra-terrestre… Royaume d'altitude au propre comme au figuré, dont la capitale trône à 2400 mètres, grand comme la Suisse et peuplé d'environ 670 ooo habitants, le Bhoutan est resté fermé au monde jusque dans les années 1960, se passant d'électricité, de route et de monnaie nationale… La télévision n'a pointé le bout de son écran qu'en 1999… Un petit royaume unifié depuis cent ans autour de la dynastie des "Wangchuk", et où le sentiment de tous se reconnaît dans les propos de Karma Tsheweng, un mécanicien de 35 ans, qui a satisfait au "devoir électoral": "Sa Majesté est comme notre père. Nous préférons tous notre père". Et pour les peuples du Bhoutan, un père ne se trouvait pas dans les urnes…
Un "drôle" de père, incarné en la personne du roi Jigme Singye Wangchuck, qui a forcé la main à ses sujets pour qu’ils acceptent de passer à la monarchie constitutionnelle: «Lorsque nous avons fait le tour des districts avec Sa Majesté pour prendre les avis de la population sur la future Constitution, les gens le suppliaient tous de renoncer à sa décision», précisait Lyonpo Sonam Tobgye, qui fut le coordinateur du comité de rédaction de la Constitution. Au pouvoir depuis 1974, le roi Jigme Singye Wangchuck a tenu tête… et pour couronner le tout…il abdiquait en 2006, à 52 ans, en faveur de son fils, Jigme Khesar Namgyal Wangchuck, restant toutefois pour les Bhoutanais le père plus qu'aimé…
Célibataire, âgé de 28 ans, diplômé d'Oxford, le jeune souverain entend poursuivre l'œuvre de son père…
Et cela n'a pas été une mince affaire que d'organiser ces élections… la Constitution imposant aux candidats d'abandonner toute activité professionnelle et d'être titulaire d'un diplôme universitaire! Certes, un diplôme d'Oxford n'était pas obligatoire, mais seul deux partis purent à grand mal présenter des candidats… Conditions drastiques? « Nous ne pouvons pas confier les affaires du pays au hasard », justifiait le chef de la commission électorale. Antidémocratique ? Même si elle est minoritaire, la mobilité sociale par les études est une réalité dans un pays où les diplômés ne sont pas forcément issus d’une aristocratie héréditaire… Deux partis? Au programme quasi identique! Pour préparer les Bhoutanais à une telle "révolution", le roi avait fait organiser l'année dernière des "élections factices" avec de faux partis dotés de programmes imaginaires. Le "Parti jaune" représentait le respect des traditions ; le "Parti rouge", l’industrialisation ; le "Parti vert", l’écologie ; et le "Parti bleu", la responsabilité civique. Au deuxième tour, c’est le "Parti jaune" qui l’emportait dans 46 des 47 circonscriptions. Est-il besoin de préciser que le jaune est aussi la couleur du roi?... A l'issue du vote du 24 mars, le parti gagnant, a été le parti "royaliste" comme il se doit, remportant 44 des 47 sièges… Quant à la participation des Bhoutanais: Près de 80%! Pas de plus belle "démocratie" que royale!
Le premier chef de gouvernement sorti des urnes sera donc Jigmi Thinley, chef du "Parti unifié du Bhoutan" – ou Parti pour le bien-être du Bhoutan -, 56 ans, diplômé en administration publique de l'université d'Etat de Pennsylvanie qui a déjà dirigé le gouvernement sous la monarchie "absolue"... Et qui fut l'avocat du concept royal de "bonheur national brut"
Pour un premier vote, les Bhoutanaises et les Bhoutanais semblent avoir fait preuve de grande finesse: le Parti "vaincu", le" Parti démocratique du peuple" qui a été sévèrement battu, est dirigé par Sangay Ngedup, pas hostile pour deux à la monarchie, dont ses quatre sœurs sont mariées à l'ancien roi… Un parti gagnant, heureux donc d'un tel résultat, mais pas fondamentalement convaincu: «Nous acceptons la transition démocratique parce que notre roi l’a décidée, et nous avons confiance en lui. Mais s’il devait y avoir un référendum, l’écrasante majorité opterait pour le statu quo, moi y compris» a lâché Khandu Wangchuk, l’un des principaux leaders du Parti pour le bien-être du Bhoutan (DPT). Et nombre de Bhoutanais d' y aller d'un commentaire : «Quand rien n’est cassé, pourquoi chercher à réparer ? Nous avons la chance d’avoir un roi éclairé, alors qu’on ne sait pas ce que nos futurs élus nous réservent.» (Un homme d'affaires) «Les partisans des deux partis ne s’adressent plus la parole, ce n’est pas une bonne chose pour la vie du village», témoignait Gyem, petit agriculteur de la région de Paro. Etrange peuple pour lequel la démocratie fait plus peur qu’envie. «Les exemples qu’ont les Bhoutanais de la démocratie sont leurs voisins : l’Inde, le Népal et le Bangladesh, peut nous préciser Françoise Pommaret, ethno-historienne spécialiste du Bhoutan. Dans leur esprit, démocratie ne signifie donc pas liberté et droits de l’homme, mais corruption et violence.» Pour que l'avenir ne tourne pas toutes les têtes au-delà des belles montagnes du Bhoutan, comme en échos aux félicitations empressées du Département d'Etat américain, Lyonpo Sonam Tobgye, "père" de la Constitution, précisait : «Notre démocratie aura une "couleur locale". Elle sera aussi fondée sur la discipline, inhérente à notre culture, et sur le fait que les droits individuels ne doivent pas effacer les devoirs envers la société.» Fermement soutenu par le jeune roi qui ne manquait pas de faire savoir par une lettre à ses sujets que: Contrairement donc à nos "idéales" démocraties, après les élections, les Bhoutanais ne se sont pas réveillés avec – pardonnez-moi la trivialité – la gueule de bois… Parfois, le royaume du "Dragon-tonerre" tone… Mais c'est sans réticence que nous lui souhaitons "Longue vie et un grand Bonheur national brut pour tous!" Puissions nous, nous aussi, un jour… A bien regarder, il nous manque si peu de chose pour faire une grande "révolution"… Et c'est notre Bon Maître Pierre, au nom prédestiné – Vous aurez reconnu Pierre Boutang - qui aimait tant son petit vallon… qui serait content ! Découvrir le royaume du Bhoutan :
A visiter : deux sites remarquables pour découvrir le royaume du Bhoutan http://amisdubhoutan.free.fr/ Portemont, le 3 avril 2008 |
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