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« Nous ne voulons pas d’une nouvelle guerre »…

Lille, Palais des Beaux-Arts  Tableau de Pieter Lastman (1583-1633) représentant Hippocrate et Démocrite
Huile sur bois. 111 x 114,5 cm. Signé et daté 1622.

Mais nous tenons à rappeler quelques vérités ! Notre ami, le docteur Jean-Pierre Dickès y contribue. Une fois encore une campagne médiatique s’emballe pour l’euthanasie…

Communiqué de l 'Association Catholique des Infirmières, Médecins et Professionnels de Santé.

Portemont, le 29 mars 2008

www.acimps.org/

« La question de l’euthanasie est relancée dans le cadre d’une campagne médiatique dont la famille concernée a voulu se démarquer publiquement considérant qu’elle était une manipulation.

Chantal Sébire souffrait d’une tumeur rarissime d’un sinus. Le professeur Arnold Munnich, professeur de génétique infantile à l’hôpital Necker (Enfants Malades) et conseiller médical de l’Elysée a commencé par s’étonner que la patiente avait à l’origine refusé de se faire opérer de cette tumeur guérissable à 70 % par la chirurgie, selon ses dires. Elle a refusé l’intervention de peur de mourir. Et paradoxalement, c’est la mort qu’elle  demandera compte tenu de l’évolution de sa maladie. Il y voit un paradoxe.

Par ailleurs tous les médecins généralistes de ville ont été amenés à assister des mourants, bien que les 2/3 des Français meurent désormais à l’hôpital. Ils connaissent les traitements nécessaires pour adoucir la fin de vie de leurs patients : dérivés de la morphine, antidépresseurs, antalgiques, anxiolytiques.
 En tant que praticien, je n’ai jamais eu de cas ingérable. Mais il doit y en avoir sans doute. Que faire ?

Nous tombons alors dans le cadre des soins palliatifs. La loi « Leonetti » autorise les médecins  à arrêter les traitements d’un malade quand il n’y a plus rien à faire pour le sauver. Mais en réalité ce n’était que légiférer sur une question réglée depuis plus de 2.000 ans par Hippocrate en 337 av. J.C.
Tout médecin sait qu’à un moment il ne pourra plus rien faire pour guérir son patient. Et les cas d’acharnement thérapeutique sont de manière générale rarissime. La loi « Leonetti » prenait simplement compte du fait que chacun sait qu’un jour il doit mourir ; et qu’à un moment le médecin pouvait  savoir s’arrêter et laisser mourir son patient en paix tout en le soulageant de ses souffrances. Or Chantal Sébire a refusé les soins palliatifs notamment en disant qu’elle ne les supportait pas. Admettons. Cas extrême sans doute.

Il y avait alors une solution. La mettre sous narcose, c'est-à-dire l’endormir, puis la laisser mourir doucement dans son sommeil. J’en parle en connaissance de cause puisque c’est le dilemme qui s’est posé pour nous lors de la mort de notre fils il y a 10 ans. Afin qu’endormi, il ne souffre pas au moment de la mort. Mais là encore Chantal Sébire refusait au prétexte qu’elle aurait voulu faire une fête avant de mourir et se faire tenir la main au moment où son cœur s’arrêterait de battre. Mais qu’est-ce qui l’empêchait de se trouver entourée de ses amis et enfants au moment où elle aurait été endormie pour l’éternité ? Rien !

Alors où est l’hypocrisie qui est invoquée en permanence par les représentants d’associations qui demandent la légalisation  pour nous médecins d’un permis légal de tuer menant tout droit au suicide assisté ?
 Devons-vous devenir les exécuteurs des basses œuvres de la société ?

Les personnes qui veulent en finir avec la vie peuvent le faire au moyen qui leur convient et qui ne manquent pas. Et dans le cas présent, c’est probablement ce qui s’est passé. Seul Dieu jugera.

Dr Jean-Pierre Dickés

Axel Kahn a expliqué qu’il n’y a qu’un seul cas donnant le droit légal de donner la mort : c’est la guerre. Il ne souhaite pas en créer un deuxième.

A relire :

« D'Hippocrate au bon Samaritain »

« Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément »

Extrait d'une nouvelle rédaction du serment d'Hippocrate proposé par le Professeur Bernard Hoerni, publié dans le Bulletin du Conseil national de l'Ordre n° 96, volume 10, page 12. Juin 2002

Mes propos ne sont pas de porter un jugement sur cet extrait du serment d'Hippocrate, serment qui nous lie tous, et qui aujourd'hui est hélas devenu un serment à la carte.

Il nous met face à la souffrance, à la mort et en un mot face à notre vocation.

Nous avons choisi d'être confronté à cette autre face de la vie et ce n'est que respecter notre serment que de ne pas baisser les bras ou de démissionner.

Au milieu du siècle dernier, la mort était encore présente et notre société ne prenait pas le soin de la cacher. Le plus grand nombre mourrait chez soi et cette mort était accompagnée de rites et de présences multiples. Le médecin de famille, le curé, les parents même éloignés, les voisins visitaient le mourrant. Les enfants et les petits-enfants passaient leur tête par la porte entre ouverte. Eros était tenu au secret, Thanatos s'invitait dans les maisons. Tout a été inversé.

Les extraordinaires progrès de la médecine ont sans cesse fait reculer la mort, s'appuyant sur une hygiène grandissante. Le médecin gagnait toujours plus de batailles.

Tant et tant qu'aujourd'hui, il lui est de plus en plus difficile d'être confronté à l'échec.

Alors le médecin parfois s'acharne afin de cacher sa propre angoisse, jusqu'à en oublier la nature même du corps qu'il soigne.

Il faut que tous nous lisions le récit de la mort de François de Dainville, père jésuite, historien et géographe renommé :

« Atteint de leucémie, parfaitement conscient de son état et voyant approcher la mort avec courage, lucidité et calme, il collabora avec le personnel de l'hôpital où il fut envoyé. Il avait été convenu avec le professeur qui le soignait, compte tenu de l'état désespéré du malade, que nul traitement « lourd » ne serait entrepris pour le faire survivre. Durant un week-end, voyant le mal s'aggraver, un interne le fit transporter dans un autre hôpital, en service de réanimation. Là, ce fut terrifiant. La dernière fois que je le vis, à travers la vitre d'une chambre aseptisée et ne pouvant lui parler que par interphone, il gisait sur un lit chariot, avec deux tubes inhalatoires dans les narines, et un tube expiratoire qui fermait la bouche, je ne sais quel appareil pour lui soutenir le coeur, un bras sous perfusion, l'autre sous transfusion, et à la jambe la prise du rein artificiel. « Je sais que vous ne pouvez parler.je reste quelques instants avec vous. » Alors j'ai vu le P. de Dainville tirer sur ses bras attachés, arracher son masque expiratoire. Il me dit ce que furent, je crois, les derniers mots avant de sombrer dans le coma : « On me frustre de ma mort ». ( R.P. Bruno Ribes, revue Les études, novembre 1974, repris par Philippe Ariès dans, Essais sur l'histoire de la mort en Occident. Le Seuil 1975) Ne jetons pas la pierre à l'interne. Dans ces instants ultimes, aucun « tube » ne pouvait remplacer la main d'un ami, ou une dernière prière commune. »

Sans que tout soit nommé c'est de tout cela que le législateur a voulu débattre et légiférer à partir du rapport du député Jean Léonetti.

Déjà en 1985, Maurice Druon proposait aux membres de la Société médicale des hôpitaux de Paris une réflexion essentielle : « Les civilisations se signalent et se reconnaissent à la manière dont elles traitent les morts et dont elles conçoivent la mort. »

Nous redécouvrons (?) que la qualité de l'accompagnement des mourants et l'assistance que nous leur accordons dans ce moment capital et unique sont des éléments fondamentaux pour juger du niveau de notre civilisation. Mieux vaut tard que jamais. Il est urgent de sortir du « déni » de la mort. Aujourd'hui la mort n'est plus familière, elle est solitaire et individualisée.

Il ne convient pas d'idéaliser la mort des temps anciens, mais nous pouvons reconnaître les vérités qui sont sous- tendues par la phrase de l'anthropologue Louis-Vincent Thomas :

« Chaque société a la mort qu'elle mérite »

« Dans le service rendu à la personne souffrante, cette rencontre entre tous les hommes de bonne volonté est possible tandis que dans d'autres domaines, celle-ci s'est révélée difficile, voire impossible » Cardinal Fiorenzo Angelini

En tentant de remettre la mort à sa place, notre société doit redécouvrir une vérité essentielle : La vie n'est faîte que d'accompagnements mutuels.

Infirmière au chevet d'un malade par Alfred Roll (1846-1919)
Paris, musée du Petit-Palais.

L'accompagnement des mourants par le biais des soins palliatifs n'est que l'ultime accompagnement que nous pouvons dispenser à nos proches.

Nous ne ferons pas l'historique des soins palliatifs qui ont vu le jour en Angleterre avant la Deuxième Guerre Mondiale, en s'attachant tout particulièrement au contrôle des douleurs.

Nous souhaitons privilégier la richesse qu'ils contiennent et qu'ils nous signifient. Le titre d'un ouvrage du Professeur Lucien Israël nous dit tout : La vie jusqu'au bout.

En effet, les soins palliatifs ne doivent pas être entendus comme soins aidant à mourir, mais comme soins aidant à vivre tout ce qui reste à vivre.

Nous parlons de phase palliative quand la phase curative est en échec. Nous ne pouvons plus prétendre guérir le patient, et ce que nous appelons « son pronostic vital » est en jeu. Nous ne sommes pas à la table d'un casino ou sur un champ de course. Nous sommes au chevet d'un être humain. Sans nécessairement abandonner complètement une stratégie curative, nous allons en priorité tenter d'améliorer sa qualité de vie et son confort, sachant qu'au bout de ce chemin de quelques semaines ou de quelques mois, nous serons confrontés avec notre patient à la phase terminale, laquelle se comptera en quelques jours ou quelques heures.

Nous serons alors confrontés à la défaillance des grandes fonctions physiologiques et nous veillerons à lutter contre les sources d'inconfort sans accélérer ou provoquer la mort.

Soigner veut dire avant tout : « Prendre soin de»

Le médecin seul ne peut tout.

Le patient est le centre. Autant que peut se faire, la famille, les êtres chers devront être associés tout au long de ces soins, mais le médecin et les personnels soignants seront particulièrement à l'écoute. Ce souci s'anticipe.

La maladie, dans sa première phase, a conduit notre patient à l'hôpital, ou à la clinique. Entrant dans la phase palliative, le patient peut envisager un retour chez les siens.

A ce stade, le médecin généraliste qui a suivi le patient dans les débuts de la maladie reprend un rôle fondamental. C'est lui qui est au coeur de la prise de décision et qui peut apprécier si ce retour est possible. Le conjoint ou les proches disposeront-ils du temps nécessaire ?

 

Auront-ils la force physique et morale pour faire face aux épreuves qui s'annoncent ?

Si tel est le cas et si les structures médicales environnantes le permettent, il ne peut y avoir de plus bel accompagnement. C'est toute une équipe qui se met en place au sein de laquelle, famille, soignants hospitaliers et libéraux, aide-ménagère collaborent et redonnent un sens à une vie unique qui pourtant va s'éteindre.

A ce jour les grandes villes présentent des structures privilégiées pour cet accompagnement, aussi dépendra-t-il de la volonté des personnels soignants libéraux que celui-ci puisse être offert au plus grand nombre.

Pour des années encore l'hôpital demeurera le lieu de la fin de vie et nous connaissons tous les problèmes qui l'assaille. L'hôpital français est malade, malgré les progrès qui sont faits dans les unités de soins palliatifs. Des établissements spécialisés voient le jour. Tous demandent un personnel motivé (ce qui est le cas), parfaitement formé et attentif à tous les instants. Accompagner une personne en « fin de vie », c'est redécouvrir dans sa plus haute acceptation le « travailler ensemble », partager parfois nos propres doutes, nos propres peurs et angoisses, et privilégier le savoir être au savoir faire, tout en veillant à la plus juste compétence thérapeutique.

Et toujours être à l'écoute du patient !

« Le mal est à l'amour ce que le mystère est à l'intelligence » Simone Weil

L'accompagnement est sur le plan médical, une mise en oeuvre contre la douleur. Il n'est pas que cela mais toute l'attention des soignants est orientée vers ce but. C'est une lutte contre les douleurs de nociception, de désafférentation ou psychogènes. Nous disposons aujourd'hui d'un arsenal adapté malgré les réticences ou les peurs que certains produits véhicules tant dans le milieu médical que chez les familles. Il faut donc expliquer, toujours et encore, et traiter les effets secondaires.

La douleur tenue à distance, le patient peut alors être plus attentif à son entourage, plus attentif à lui-même et exprimer ses souhaits. L'équipe soignante pourra ainsi veiller à ses aspirations. Il faudra parfois retrouver des proches, aider à des réconciliations.

Quand la « fin de vie » sera atteinte, il faudra participer à l'indispensable travail de deuil qui commence avant le décès du patient et que sa famille doit faire. Prévenir aussi les membres de l'équipe, absents à ce moment-là.

Chaque être humain est unique et sa mort est, elle aussi, unique.

Nous pouvons espérer qu'un jour nous ne croiserons plus le regard terrifié d'un personnel soignant, ayant lui-même croisé le regard terrifié d'un malade sur le point de quitter ce monde, harnaché sur un lit de mouroir.

Le Bon Samaritain par Bonnat Léon Joseph Florentin (1834-1922).
Bayonne, musée Bonnat.

Il n'est pas vain de rappeler que chez les malades soulagés, entourés et accompagnés, les demandes d'euthanasie sont exceptionnelles. En donnant un sens à ce qu'ils vivent dans ces moments extrêmes, nous les confortons dans le sens que tout être humain devrait donner à sa fin de vie.

Docteur Anne-Dominique du Sable
Médecin psychiatre des Hôpitaux ,
Le 13 septembre 2005.

Pour en savoir plus : JALMALV ( Jusqu'A La Mort Accompagner La Vie)
4, bis rue Hector Berlioz 38000 Grenoble. Téléphone : 04 76 63 08 67

http://www.lesmanantsduroi.com/articles/article35108.php


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