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Une « lecture » de la nouvelle géographie électorale à méditer…
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Nous vous avons présenté Christophe Guilluy et ses travaux de « géographe-sociologue ».
Nous poursuivons par ses réflexions à la suite des résultats des dernières élections municipales… Tout une France en « désaffection »…
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Christophe Guilluy |
De quoi alimenter de beaux débats !
Sous représentées dans la sphère du débat public, les catégories populaires, bien que représentant près de 60% de la population active, « ne se mobilisent plus sur la question sociale car elles ne croient plus le pouvoir politique capable d'agir sur le pouvoir d'achat ».
Triste constat mais réalité…
« Ces électeurs savent qu'ils sont seuls face à la mondialisation, qu'ils subissent de plein fouet depuis vingt ans. Leur niveau de vie ne cesse de baisser. Or, quand vous gagnez moins de 1.500 euros par mois, la question des couloirs de bus ou les bisbilles entre le Nouveau Centre et le MoDem vous passent au-dessus. »…
Quelques entretiens à méditer ! Entrerons nous dans le débat ? Nous qui n’avons de cesse d’affirmer que la nation doit être avant tout protectrice des plus faibles ?
Portemont, le 27 mars 2008
Christophe Guilluy, géographe, auteur de «L'Atlas des nouvelles fractures sociales en France», analyse pour 20minutes.fr la cartographie du scrutin des municipales et des cantonales.
La gauche s'est majoritairement imposée dans les grandes villes lors des deux tours. Qu'en pensez-vous?
Cela confirme une nouvelle géographie électorale, elle-même influencée par une nouvelle géographie sociale, en place depuis un certain temps. Pour résumer, la gauche (Parti socialiste et Verts) obtient de bons scores dans les grandes métropoles qui se sont embourgeoisées et qui ont vu l'arrivée de nouvelles classes moyennes supérieures intellectuelles, qu'on nomme «bobos», et qui s'installent dans les anciens quartiers populaires. On observait déjà cette tendance lors du référendum de Maastricht en 1992, où le «oui» est arrivé en tête dans les grandes villes.
La gauche ne doit donc pas sa victoire aux classes populaires?
Oh non! Je dirai même que la gauche est forte là où le peuple est faible. On le voit par rapport à l'abstention. Plus celle-ci est importante, meilleurs sont les résultats de la gauche. C'était déjà le cas aux régionales en 2004. Or, les premiers à s'abstenir, ce sont les électeurs des milieux populaires, qui résident soit en banlieue, soit dans les zones périurbaines ou rurales.
Ils ne votent pas non plus pour la droite...
Non, il y a une véritable désaffection pour les grands partis. Parce qu'elles ont beau être les plus nombreuses - on compte 60% d'ouvriers et d'employés au sein de la population active, les catégories populaires sont sous-représentées dans la sphère du débat public. Par ailleurs, elles ne se mobilisent plus sur la question sociale car elles ne croient plus le pouvoir politique capable d'agir sur le pouvoir d'achat. C'est faux de croire que Nicolas Sarkozy a été élu sur ce point. Il a su capter les voix du Front national sur des thèmes identitaires, qui font beaucoup plus recette dans les milieux populaires.
Ces voix, il les a perdues depuis?
Oui, son discours a marché le temps de l'élection présidentielle, pendant laquelle on a assisté à un sursaut de participation. Mais c'est terminé. La division au sein même des classes populaires est réapparue: d'un côté les électeurs des zones pavillonnaires et rurales, plutôt portés vers l'extrême droite, de l'autre ceux des banlieues, qui avaient plutôt voté Ségolène Royal. Dans les deux cas, les raisons identitaires primaient, avec le discours traditionnel du FN sur l'immigration d'un côté, et la perception de Nicolas Sarkozy comme raciste et islamophobe de l'autre.
Et l'extrême gauche?
Elle a fait un bide dans les milieux populaires, notamment en banlieue. Les candidats PCF à La Courneuve et Bobigny ont été élus avec un taux d'abstention énorme. Les communistes n'ont jamais su attirer l'électorat issu de l'immigration. Quant à la LCR, Olivier Besancenot séduit davantage les petites classes moyennes, comme les fonctionnaires, et les étudiants.
Quel parti, alors, pour représenter les classes populaires?
Pour l'instant, il n'y en a aucun. Ces électeurs savent qu'ils sont seuls face à la mondialisation, qu'ils subissent de plein fouet depuis vingt ans. Leur niveau de vie ne cesse de baisser. Or, quand vous gagnez moins de 1.500 euros par mois, la question des couloirs de bus ou les bisbilles entre le Nouveau Centre et le MoDem vous passent au-dessus. Il y a une totale désillusion de la part de ces catégories, et la plus récente a été incarnée par Nicolas Sarkozy. La gauche pour sa part, ferait mieux d'assumer sa rupture avec cet électorat assumer son ancrage au centre. Reste à savoir si les revendications des classes populaires pourront un jour se fédérer et être portées par un parti.
Propos recueillis par Catherine Fournier.
20Minutes.fr, éditions du 17/03/2008 - 13h00
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Présentation de l'éditeur
Le phénomène marquant de ces dernières années n'est pas tant la paupérisation de certaines cités que l'embourgeoisement des centres. Dans ces zones économiquement en pointe, tout est pensé en fonction des besoins de cette population aisée : environnement, place de la voiture, fiscalité, etc. Cette "ghettoïsation par le haut" dessine dans le même temps une "France périphérique", ignorée de la sphère politique et culturelle, alors qu'elle est largement majoritaire. Elle unit des catégories sociales autrefois opposées l'ouvrier en milieu rural, le petit paysan, l'employé d'un lotissement pavillonnaire bas de gamme et le chômeur de banlieue subissent aujourd'hui le même sentiment de relégation. La précarisation des couches populaires, en effet, s'étend désormais aux classes intermédiaires. Cet ouvrage analyse les causes de ce délitement social, loin des faux débats sur l'intégration des jeunes issus de l'immigration ou sur la violence des banlieues. Il en pointe également les dangers, dans une analyse des récents chocs électoraux : vote extrême et abstention. La relégation géographique et culturelle d'une partie des couches populaires et moyennes fait peser le risque d'une remise en cause radicale d'un système qui ne protège plus. Pour la première fois depuis les années 1960, les couches moyennes ne se projettent plus positivement dans l'avenir faisant courir le risque d'un repli, y compris identitaire. Au-delà des clivages traditionnels, l'enjeu politique est dorénavant le maintien d'une société ouverte, ou au contraire le développement de logiques de fermeture.
Biographie de l'auteur
Christophe Guilluy est géographe consultant, directeur du bureau d'études géographiques et urbaines MAPS. Christophe Noyé est géographe et travailleur indépendant pour le compte de collectivités locales, notamment sur l'intercommunalité et l'habitat privé. Dominique Ragu est cartographe indépendante.
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Christophe Guilluy : Comment Sarkozy a conquis les classes populaires
Le géographe Christophe Guilluy, co-auteur de l’Atlas des nouvelles fractures sociales, développait il y à peu un point de vue proche de celui de Christian Sautter sur le vote de la population « périurbaine ».
Extraits d’un entretien publié par Basta, le 25 avril 2007.
(...)
En quoi la relégation des classes populaires vers les périphéries des grandes villes influence-t-elle les élections ?
La géographie du non au référendum est exactement celle des zones périurbaines, alors que les grandes villes ont voté oui. Les gens qui bénéficient de la mondialisation, qui sont dans une dynamique économique et culturelle plus favorables, sont davantage tournés vers l’extérieur et plus ouverts à l’autre.
Ce sont dans les centres que les immigrés sont susceptibles d’être le mieux accueillis. Les catégories supérieures prônent la mixité alors que les catégories populaires y sont plus réticentes. Dans les zones périurbaines et les petites villes, on est davantage dans une logique de repli, notamment identitaire. Le vote FN en 2002, comparé aux moyennes régionales, apparaît fortement dans ces endroits.
(...)
La notion de « France périphérique » a-t-elle été totalement absente du débat ?
Quasiment. Tout le monde a à l’esprit ce chiffre : 80% des français sont urbains. En fait, un quart seulement de la population vit dans les villes centres, un tiers si on y ajoute les banlieues proches. La majorité des gens vivent donc dans des endroits qui, vu des centres- villes, paraissent marginaux.
Les zones périurbaines pèsent démographiquement plus que la ville centre alors que les discours abordent peu leurs problèmes. Les salariés du privé à petits revenus sont surreprésentés dans ces zones alors que les cadres et les salariés du public y sont plus rares. Y vivent donc des gens au salaire bloqué, recevant de plein fouet la dégradation des conditions de travail, la hausse de l’essence - la voiture y est le principal moyen de transport - et sont davantage susceptibles de connaître le chômage et la précarité.
Regardez la géographie des plans sociaux. Ces territoires sont les plus touchés par les fermetures d’usines alors qu’il y est très difficile de retrouver un emploi. Les Moulinex n’ont jamais retrouvé de boulot.
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Décembre 2006 : http://www.defense.gouv.fr |
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