De Juan à Shafiq Mohammed : itinéraire d'un latino converti
03/11/2006
« Mes parents, originaires de la R épublique Dominicaine, sont arrivés aux Etats-Unis dans les années 60 fuyant la répression, la persécution et l’incertitude. Ils sont venus pour chercher une meilleure vie, et se sont installés dans le Sud du Bronx à New York. Comme tous les latinos, je suis né dans la foi catholique. Mes parents, fervents croyants, allaient à l’Eglise tous les dimanches et moi-même je suis devenu moi-même un catholique très pratiquant. Je me souviens avoir suivi le catéchisme et avoir grandi dans une ambiance très familiale.
Mes parents avaient l’habitude d’accueillir les nouveaux immigrants et de leur offrir refuge, c’est ainsi que très jeune, j’ai appris à tourner mon regard vers les plus nécessiteux et les moins fortunés.
Très jeune, je ressentais déjà beaucoup de spiritualité en moi et je me sentais souvent en décalage avec les autres enfants.
A l’âge de 10 ans, j’ai fais un rêve étrange représentant ce que je pensais être à l’époque, la Vierge Marie.
Mais avec le recul, je me suis aperçu qu’il s’agissait en fait d’une femme portant le Hidjab. Peut-être était ce déjà un signe ???
Toute ma jeunesse a été rythmée par les rites catholiques. J’ai été baptisé, j’ai fait ma communion et ma confirmation. J’aidais les prêtres à préparer l’autel pour les offices.
Cependant, en devenant adolescent, la religion catholique commençait à ne plus satisfaire ma spiritualité. Le culte des Saints, entre autres, était quelque chose qui m’irritait profondément, et la bible contenait tellement de principes qui n’étaient pas mis en application par l’Eglise. J’ai donc essayé de me tourner vers d’autres formes de spiritualité. A l’âge de 16 ans, on peut dire que j’avais implicitement renoncé à la foi catholique bien que je me considérais encore comme chrétien. J’ai essayé d’autres églises, mais je ne me sentais définitivement plus à ma place. Les disputes intercommunautaires qui les déchiraient m’ont énormément déçues. Je commençais à ne plus participer à certaines fêtes comme Noël ou Pâques.
Durant ma quête, d’autres religions m’ont attiré. Je me suis intéressé au judaïsme, au bouddhisme, à l’hindouisme et d’autres mouvements plus occultes ou New Age. J’aimais bien le judaïsme mais je ne pouvais m’imaginer vivre sans Jésus. Le bouddhisme est également très intéressant mais trop ésotérique et un peu ennuyeux. L’hindouisme, son système de caste et ses nombreuses divinités m’ont repoussé. Ces deux religions m’ont tout de même influencé et m’ont poussé à devenir végétarien pendant des années. Le mouvement Senteria (originaire de Cuba) était intéressant d’un point de vue historique, mais l’existence de plusieurs dieux ne me convenait pas non plus. Les mouvements New Age quant à eux me semblaient trop compliqués. Finalement, toutes ces tendances ne réussirent pas à venir à bout de ma quête de spiritualité.
A l’âge de 19 ans, je décidais de renoncer une fois pour toute au christianisme et continuer mes recherches. Cette quête m’a permis de m’ouvrir à la lecture, activité que je n’ai jamais cessée depuis. A 20 ans, un ami m’a offert un livre sur l’Islam ou ce que je pensais être l’Islam. Il s’agissait en fait d’un livre sur le culte de la secte Ansar. Pour résumé, c’était un mélange d’Islam et nationalisme noir. Cette lecture m’a finalement décidé à me convertir à l’âge de 23 ans. Avec le recul, on peut dire effectivement que j’étais devenu musulman, mais en fait aujourd’hui je considère que j’étais dans une très mauvaise direction. Je croyais sincèrement à l’Unité de Dieu, mais aussi à d’autres idées qui ne collaient pas à l’Islam. Grâce à tout le temps que j’ai passé à lire, je notais les erreurs grossières de ce mouvement et de leur doctrine. Le fait que le leader de ce mouvement changement constamment d’avis et de doctrines me rendait de plus en plus perplexe.
Mes parents, quant à eux, n’aimaient pas trop l’idée que je devienne musulman. Mon père pensait que le collège m’avait fait un « Lavage de Cerveau ». Ma mère s’en fichait un peu, mais avait peur que je soit victime d’un crime raciste. Heureusement, ils ont peu à peu compris mon choix même si de leur côté, ce choix ne les a pas influencé.
Après avoir passé deux années dans le mouvement Ansar, j’ai commencé à aller dans d’autres mosquées et commençais vraiment à voir les différences. Un jour, alors que j’étais au Centre Islamique de New York, je rencontrais un frère hispanique qui compris que je faisais partie du mouvement Ansar (je portais leur insigne) et m’apporta un livre de Bilal Philips intitulé « Le culte Ansar en Amérique » qui ne fait que me confirmer ce que je pensais au fond de moi sur ce mouvement. Il me présenta d’autres frères dans un mouvement islamique hispanique appelé « Alianza Islamica ». Ils étaient basés sur Lexington Avenue à Manhattan. Là je pris conscience des énormes différences qui existaient entre le culte sunnite et ce que prêchait les Ansar. Grâce à Dieu, tout cela arriva grâce à mon habitude de lire et surtout la rencontre avec ce frère. Je pris donc la décision de prononcer la « shahada » parmi mes frères sunnites, et c’est là que s’arrête mon histoire spirituelle personnelle.
Il m’est difficile d’expliquer ce qui m’a vraiment attiré dans l’islam, car j’aime cette religion dans sa globalité. Mais le fait que l’Islam insiste sur l’Unicité divine est l’une des raisons principales. La richesse de l’histoire islamique m’a également très impressionné.
Cette histoire m’a fait réaliser que j’avais probablement des ancêtres musulmans du fait de la longue présence musulmane en Espagne. Finalement je peux dire que cette quête m’a permis de comprendre l’importance de la lecture, mais désormais, je ne cherche plus car j’ai trouvé où est la Vérité. »
Source : elkalam.com
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