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De la « crise »...
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Les « voix » que le monde se plait à entendre... et une « voix » que l'on n’a pas voulu entendre: Maurice Allais. Toujours à méditer... « Qu'il s'agisse de la spéculation sur les monnaies ou de la spéculation sur les actions, ou de la spéculation sur les produits dérivés, le monde est devenu un
vaste casino où les tables de jeu sont réparties sur toutes les longitudes et toutes les latitudes ».1998
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Il est vrai, qu'il n'y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre....
Tant il est vrai aussi que les voix « justes » sont toujours couvertes par les beuglements du Veau d'Or...
Portemont, le 14 avril 2009
Le Nobel français d'économie, Maurice Allais, prophète maudit
par Pierre-Antoine Delhommais - L'I-Monde, 24-01-09
La crise se cherche ses prophètes. Les économistes qui, au milieu de l'aveuglement général, avaient prédit le pire, c'est-à-dire la réalité économique et financière actuelle. La presse américaine loue la clairvoyance des universitaires Nouriel Roubini (New York) et Robert Shiller (Yale).
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Nouriel Roubini |
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Robert Shiller |
Bien avant eux, un économiste français avait prédit l'apocalypse. Maurice Allais. Pour preuve, ces extraits d'une longue tribune que le Prix Nobel avait publiée dans Le Figaro, en octobre 1998, en pleine crise financière asiatique, et qui fut reprise, un an plus tard, dans son ouvrage La Crise mondiale d'aujourd'hui (Editions Clément Juglar, 240 pages).
"De profondes similitudes apparaissent entre la crise mondiale d'aujourd'hui et la Grande Dépression de 1929-1934 : la création et la destruction de moyens de paiement par le système du crédit, le financement d'investissements à long terme avec des fonds empruntés à court terme, le développement d'un endettement gigantesque, une spéculation massive sur les actions et les monnaies, un système financier et monétaire fondamentalement instable (...).
Ce qui est éminemment dangereux, c'est l'amplification des déséquilibres par le mécanisme du crédit et l'instabilité du système financier et monétaire tout entier, sur le double plan national et international, qu'il suscite. Cette instabilité a été considérablement aggravée par la totale libération des mouvements de capitaux dans la plus grande partie du monde.
(...) Depuis 1974, une spéculation massive s'est développée à l'échelle mondiale. A New York, et depuis 1983, se sont développés à un rythme exponentiel de gigantesques marchés sur les "stock-index futures", les "stock-index options", les "options on stock-index futures", puis les "hedge funds" et tous "les produits dérivés" présentés comme des panacées (...).
Qu'il s'agisse de la spéculation sur les monnaies ou de la spéculation sur les actions, ou de la spéculation sur les produits dérivés, le monde est devenu un vaste casino où les tables de jeu sont réparties sur toutes les longitudes et toutes les latitudes. Le jeu et les enchères, auxquelles participent des millions de joueurs, ne s'arrêtent jamais. Aux cotations américaines se succèdent les cotations à Tokyo et à Hongkong, puis à Londres, Francfort et Paris. Sur toutes les places, cette spéculation, frénétique et fébrile, est permise, alimentée et amplifiée par le crédit. Jamais dans le passé elle n'avait atteint une telle ampleur (...).
L'économie mondiale tout entière repose aujourd'hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile. Jamais dans le passé une pareille accumulation de promesses de payer ne s'était constatée. Jamais sans doute il n'est devenu plus difficile d'y faire face. Jamais sans doute une telle instabilité potentielle n'était apparue avec une telle menace d'un effondrement général." Sans commentaire.
Ou plutôt si, quelques commentaires, de l'auteur lui-même. Joint au téléphone, Maurice Allais, qui fêtera ses 98 ans le 31 mai, se tient toujours autant au fait de l'actualité mondiale - il a suivi à la télévision la cérémonie d'investiture de Barack Obama, à qui il trouve "d'extraordinaires capacités".
Toujours prêt à débattre, toujours prêt à combattre les "fausses vérités, non vérifiées par les faits". "Ce qui se passe aujourd'hui est une répétition à quelques variantes près de ce qui s'est passé en 1929." En moins grave, aussi grave, plus grave ? "Il faut voir." Sa principale crainte ? Que les hommes politiques ne prennent pas suffisamment conscience de la gravité de la situation : "Parce qu'eux-mêmes n'ont pas connu personnellement la misère. Même le petit facteur. Moi, si".
La crise de 1929, Maurice Allais la connaît par cour. C'est elle qui a décidé de sa vocation d'économiste. Quand il sort major de Polytechnique, il se destine à une carrière de physicien. Mais un voyage aux Etats-Unis, en 1933, alors au creux de la Grande Dépression, lui fait prendre un autre chemin.
"C'était un spectacle incroyable, les gens en étaient réduits à la mendicité, explique-t-il. C'était un phénomène profondément étonnant auquel aucune explication satisfaisante n'était donnée."
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« Le plus haut niveau de vie du monde ! », proclame une affiche publicitaire dans l'État d'Alabama (1937). |
C'est à la suite de ce choc qu'il choisit de consacrer toute son énergie et son intelligence à tenter de résoudre "le problème fondamental de toute économie : promouvoir une efficacité économique aussi grande que possible tout en assurant une répartition des revenus qui soit communément acceptable".
Maximiser la croissance en minimisant les inégalités. En 1943, il publie un ouvrage de mille pages, A la recherche d'une discipline économique, rédigé en trente mois, qui lui vaudra, quarante-cinq ans plus tard, le prix Nobel.
Le fait que la crise financière actuelle fasse éclater les clivages idéologiques n'est pas forcément pour lui déplaire, lui qui se proclame "libéral socialiste." "Ce qui m'a valu beaucoup d'ennemis", confie-t-il, dans un pays où l'on aime tant étiqueter. Rejeté par les socialistes pour sa défense à tous crins du marché, repoussé par les libéraux pour ses prises de position contre "la doctrine laisser-fairiste mondialiste".
Maurice Allais, économiste maudit. Dont il était même devenu de bon ton, dans les années 1990, de moquer les longues analyses. Des propos de vieil homme aigri, expliquaient les économistes distingués, incapable de comprendre la modernité de l'économie mondiale. Ils avaient tort de le moquer. A tout point de vue. |
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Une famille américaine face à la crise de 1929 dans l'État du Wisconsin (1936). |
« L’économie mondiale tout entière repose aujourd’hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile. Jamais dans le passé une pareille accumulation de promesses de payer ne s’était constatée. Jamais sans doute il n’est devenu plus difficile d’y faire face. Jamais sans doute une telle instabilité potentielle n’était apparue avec une telle menace d’un effondrement général. »
Lire aussi: http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2301
« Dr Doom » (Docteur Catastrophe)
Nouriel Roubini
L'initiative du gouvernement américain de créer un nouveau véhicule de cantonnement des actifs toxiques sur le modèle de la Resolution Trust Corporation (RTC) déjà utilisée lors de la crise des Caisses d'épargne vous paraît-elle adaptée à la situation ?
Il faut d'abord bien comprendre la nature du problème auquel on est confronté. Il y a un secteur de l'économie où la dette est trop lourde, c'est celui de l'immobilier. Il faut donc la réduire ou alors augmenter les revenus. C'est ce qui a été tenté avec les chèques d'abattement fiscal distribués aux contribuables. Mais ils n'ont représenté que quelques centaines de dollars par foyer, ce n'était pas suffisant. La seule solution est de diminuer la dette en retirant tous ces actifs pourris des bilans des banques et en réduisant leur valeur faciale. On a déjà eu recours à ce type de structure de cantonnement par le passé. Il y a eu la RTC pendant la crise des "Saving and Loans" à la fin des années 1980, mais aussi la Home Owners Loan Corporation (HOLC), qui a repris des actifs douteux lors de la crise de 1929, et la Reconstruction Finance Corporation (RFC), qui injectait des fonds publics dans les banques en difficulté mais solvables.
Est-ce suffisant pour enrayer la crise ?
Non, il ne faut pas s'arrêter à la seule reprise d'actifs toxiques. Il faut également réduire la valeur faciale de ces dettes pour que les foyers puissent, effectivement, les rembourser. C'est ce qu'avait fait la HOLC. C'est la seule façon d'éviter des saisies massives. En fait, nous avons besoin d'une combinaison des trois structures précitées. Plus encore qu'un RTC pour reprendre les actifs des banques en faillite, nous avons besoin d'une HOLC pour regrouper les actifs des banques en difficultés mais encore solvables et, enfin, il faut une RFC pour recapitaliser les banques trop fragilisées. C'est ce que devrait faire le gouvernement, injecter du capital dans les banques commerciales sous forme d'actions préférentielles.
Il y a donc plusieurs étapes indispensables ?
Oui, regrouper les actifs pourris dans une structure de cantonnement ne sert à rien si on ne réduit pas la dette des particuliers. Car s'ils ne peuvent pas payer, nous aurons un tsunami de défaillances et les banques vont couler. Et si elles coulent, c'est l'économie avec. Il faut donc éviter la liquidation prévue au chapitre 7 de la loi sur les faillites et restructurer la dette comme si les particuliers étaient placés sous le chapitre 11.
Quel coût final peut représenter ce plan pour le contribuable ?
Le gouvernement doit à la fois payer ces actifs à un prix réduit mais aussi suffisamment élevé pour ne pas étrangler les banques. La différence entre les deux représente la subvention réelle du gouvernement. Ainsi, un actif valorisé à 100 sera payé 85 à une banque mais on ne demandera que 70 au débiteur. La subvention est de 15. Sur un total de 1.500 milliards de dollars d'actifs illiquides, pour 15 cents de subvention sur un dollar, cela représente un coût fiscal final de 225 milliards de dollars pour les contribuables.
Il y a déjà près de 6.000 milliards de dollars de crédits immobiliers qui sont garantis par l'Etat à travers Fannie Mae et Freddie Mac, et 6.000 milliards dans le secteur privé, dont 1.500 milliards sont des prêts à risques. Cela revient, au fond, à nationaliser les crédits immobiliers. Parce que si vous ne le faites pas, ce sont les banques qu'il faudra nationaliser ! Car il n'y a que le gouvernement pour renflouer le capital des banques aujourd'hui.
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Le pire de la crise immobilière américaine est-il passé, selon vous ?
Robert Shiller
Non. Le système financier va souffrir, les faillites personnelles vont se multiplier. Nous n’en sommes qu’au début. Nous assistons à la plus grave crise immobilière depuis la Grande Dépression de la fin des années 1920. Ses conséquences économiques ne seront sans doute pas aussi sévères même si le risque de récession est non négligeable. Mais on va assister à une véritable destruction de valeur. Des millions de gens vont perdre leur maison, et ce qui me chagrine, c’est que tout cela résulte de comportements parfois malhonnêtes. Le public a été entretenu dans un mythe, à savoir que le prix des logements finit toujours par remonter. On a poussé des gens à acheter des maisons surévaluées en recourant à des emprunts extrêmement complexes.
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http://elections-americaines.lesechos.fr/article.php?id_article=1724 |
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