dimanche 07 septembre 2008

Nous contacter


Effectuer
une recherche
sur le site :


Pour recevoir
la Lettre
des Manants du Roi, j'inscris mon
adresse courriel :

 

 

 

Simple comme deux et deux font quatre !

Quand notre ami « Manfred » se met à compter tout devient plus simple :
« A partir du 1er juillet 2008, l’Union européenne sera présidée pendant six mois par le pays qui connaîtra le plus fort endettement , donc le plus mal géré. »…

« Attendons nous au pire… »

Mais tout n’est pas si simple…
La « Dette publique » ? De France ou d’ailleurs : un vrai casse-tête « chinois »…

Selon des chiffres publiés en ce moment, la dette publique de la France a passé de 1 209,5 milliards d’euros à fin 2007 à 1 250,6 milliards à fin mars, soit une augmentation de 41,1 milliards, ce qui donne un taux de 3,40% par trimestre (exactement 3,398%).

De telles données, évoluant généralement géométriquement et non arithmétiquement, permettent une extrapolation à fin 2008 qui fournit une dette de 1 382,47 milliards, soit un accroissement de 14,30%. (Arithmétiquement nous arriverions à 3,40 x 4, soit 13,6.)

On peut donc prévoir sans trop grand risque de se tromper, qu’à partir du premier juillet, l’Union européenne sera présidée pendant 6 mois par le pays qui connaîtra le plus fort endettement, donc le plus mal géré.

Manfred

Même que les Chinois ne restent pas insensibles à une telle nouvelle…

PARIS, 27 juin (Xinhua) -- La dette publique de la France a  augmenté de 41,1 milliards d'euros au premier trimestre 2008 par  rapport au trimestre précédent et s'établissait à 1 250,6  milliards d'euros au 31 mars, a annoncé vendredi l'Insee (Institut national de la statistique et des études économiques). 

L'Insee a indiqué que la dette se situe approximativement à  65,3% du produit intérieur brut (PIB), soit une augmentation de 1, 4 point de pourcentage par rapport au trimestre précédent. 

Le programme de stabilité européen stipule la limite  autorisée d'endettement public à 60% du PIB pour un Etat-membre de l'Union européenne. Selon l'Insee, fin 2007, la dette publique  française représentait 1 209,5 milliards d'euros, soit 63,9% de la richesse nationale. 

Pour cette forte dette publique, la Commission européenne  demande toujours à la France de réduire son lourd fardeau qui a  dépassé la limite européenne. 

Il est vrai que la « Dette publique de la France », en % du PIB affiche une insolente santé :

57,2% en 2000 - 56,8% en 2001 - 58,6% en 2002- 63% en 2003 –
Source : http://www.assemblee-nationale.fr/europe/comparaisons/deficit2003.asp

Mais si le malheur des autres ne fait pas notre bonheur, il est bon de rappeler que la « Dette publique de l’Italie » est, elle,de plus de 106% du PIB…

Vouloir comprendre le « Pourquoi ? » de la « Dette publique de la France »
Il serait urgent que les Français se penchent sur un tel sujet, plutôt que sur les alcôves élyséennes…
Lire : « Dette publique : protéger les dépenses de long terme » par Jean-Luc Gréau, Economiste, auteur de « L'avenir du capitalisme »

Intervention prononcée lors du colloque du 24 avril 2006 Finances publiques et pérennité de l'Etat. Intervention dans laquelle nous apprenons aussi que Monsieur Barroso est un grand « gestionnaire »…

« Entre 1991 et 1997 (cf. rapport Pébereau, pages 30 et 31) la dette publique est passée de 32% au début de 1991 à 58% du PIB. C'est pendant cette période de six années que se situe le grand dérapage. Le rapport Pébereau nous fournit une richesse unique, de ce point de vue, un élément d'analyse historique. L'ironie de l'histoire est amère : c'est le pays le mieux doté du point de vue de ses comptes publics pour entrer dans l'union monétaire qui, ensuite, va mettre en place des choix économiques - nécessités par l'union monétaire - qui vont casser à la fois l'économie et les comptes publics ! 
Nous avons accroché notre politique monétaire à celle de la Bundesbank, et (le rapport Pébereau le rappelle, ce n'est pas inutile) nous avons les taux d'intérêts les plus élevés de l'histoire monétaire de la France depuis que la Banque de France a été créée en 1800 par Bonaparte. Nous avons cassé la croissance française, détruit des milliers d'entreprises, des centaines de milliers d'emplois, restreint la capacité de nos finances publiques, subi la plus grande récession de l'après guerre, celle de 1992-1993 : -1,4% !
Nos finances publiques s'affaissent profondément et, peut-être, irrémédiablement…

Quatrième temps de l'opération, comme dans une sorte de moteur à implosion, la législature Jospin, une législature d'imprudence et de légèreté dans la conduite de nos finances publiques. Chaque année, il y a deux budgets : le budget préparé, voté et le budget exécuté. Pendant la législature Jospin, nous avons eu cinq budgets raisonnables dans leur préparation et dans leur vote et déraisonnables dans leur exécution. La conséquence a été la suivante : alors que nous avons connu - comme toute l'Europe, mais plus que la moyenne européenne - une forte croissance, supérieure à 3%, la création de plus d'un million deux cent mille emplois dans le secteur concurrentiel - ce qui n'avait plus été vu depuis le premier choc pétrolier – et quatre cent milliards, c'est-à-dire 4% du PIB, de recettes fiscales supplémentaires, Monsieur Jospin a légué à Monsieur Raffarin le même déficit budgétaire et une dette publique quelque peu aggravée, par rapport à la période précédente ! Pourquoi ? Trois cents milliards de dépenses supplémentaires et cent vingt milliards de francs d'allègements fiscaux ciblés en direction de l'électorat présumé du Parti socialiste ! Ainsi, ces opérations ont absorbé la croissance des recettes fiscales.

Au bénéfice de ces quatre erreurs successives, nous nous trouvons dans cette situation d'enlisement complet de nos finances publiques et, depuis, nous gérons la situation au jour le jour.

Le problème actuel concerne toute l'Europe, en ce sens que, pour la première fois depuis la guerre, l'ensemble de l'Europe – à l'exception purement apparente de l'Espagne et de la Grande-Bretagne qui croissent en endettant leurs ménages – n'a pas bénéficié de la croissance mondiale. Depuis 2002, la croissance mondiale est de 4%, 4,5%, 5% l'an et, en Europe, nous sommes à 1,5% en moyenne, en incluant l'Espagne et la Grande-Bretagne. Les Pays-Bas, qui étaient montrés en exemple il y a quelques années, ont enregistré au cours de ces cinq dernières années une croissance moyenne de 0,6%, comme l'Allemagne et l'Italie. Nous sommes dans une situation de marasme économique et même de bons impôts bien ajustés ne rapporteraient pas grand-chose.

Le rapport Pébereau fait un constat impeccable de la défaillance du contrôle démocratique : le Parlement élu pour contrôler la dépense publique ne la contrôle pas. Au contraire, il pousse discrètement à certaines dépenses supplémentaires…
A cette défaillance du contrôle démocratique s'ajoute la défaillance du contrôle bruxellois. Les recommandations de Bruxelles sont inopérantes, non seulement sur la France mais sur les autres pays européens : Madame Merkel écarte déjà le contrôle de Bruxelles sur le budget allemand. A cet égard, je dois dire que j'ai été extraordinairement surpris lorsque nos partenaires nous ont imposé la présidence de Monsieur Juan Manuel Barroso à la tête de l'Union européenne ! Je venais de lire dans la presse que le Portugal, dont cette personnalité avait assumé la présidence du Conseil pendant quatre ou cinq ans, avait connu deux récessions et que Monsieur Barroso avait laissé le trésor public portugais avec un déficit public égal à près de 7% du PIB, c'est-à-dire une situation de quasi-faillite… qui, d'ailleurs pose bien des problèmes à ses successeurs. Comment se fait-il qu'on ait choisi comme vigile de la rigueur de la dépense en Europe quelqu'un qui avait failli aussi gravement dans les limites des frontières portugaises ? Ce sont d'autres considérations qui ont joué, nous le savons bien. Néanmoins, nous constatons la défaillance du contrôle bruxellois.
L'Italie a une dette publique de 109% du PIB, un déficit public supérieur à 4% du PIB, la dette publique belge est à 96%, les Pays-Bas sont plus endettés que nous, l'Allemagne est au moins à notre niveau. Comment se fait-il que des primes de risque ne soient pas apparues sur la dette publique des pays concernés pour inciter les Etats à faire l'effort de prudence financière qui s'imposait ? Comment se fait-il que les fameux fonds de placement internationaux n'aient pas opéré cette régulation ?
C'est un point fondamental. Monsieur Greenspan s'est prononcé sur le sujet, il a appelé cela un conundrum (en anglais : quelque chose qui est inexplicable). Normalement toutes les entités économiques dont la dette s'accroît de façon disproportionnée, qu'il s'agisse d'une entreprise ou d'une collectivité publique, devraient subir une sanction sous forme d'un renchérissement des conditions de refinancement de leur dette… Ca n'a pas été le cas.
Constatons la défaillance des marchés financiers que Monsieur Pébereau et ses coéquipiers oublient… et pourtant ce sont de grands financiers !
C'est un problème de fond qui est au cœur de la mondialisation actuelle.
Ce qui permet de tenir actuellement, comme je l'ai dit, ce sont les taux d'intérêt extrêmement bas. Avec une inflation d'environ 2% nous payons 3,5% ou 4% de taux d'intérêt à dix ans, et à peine plus à cinquante ans puisque la France, imitée immédiatement par la Grande-Bretagne et l'Allemagne a, à partir de 2005, émis des obligations à cinquante ans, à très bas taux. Les bas taux et le fait de repousser la charge dans le futur, vers les générations les plus éloignées possible, nous permettent de tenir et les marchés ne réagissent pas.
Attention, si les marchés ne réagissent pas, c'est que le contexte économique et financier mondial reste favorable. Il suffirait de peu de chose : une crise d'un marché émergent, le ralentissement de l'économie américaine, un krach immobilier en Grande-Bretagne ou en Espagne, voire aux Etats-Unis… pour que les conditions d'emprunt merveilleusement favorables qui nous sont faites disparaissent et nous verrions immédiatement réapparaître les primes de risque et une aggravation des conditions de refinancement de la dette publique. L'effet boule de neige, dont je parlais d'entrée de jeu, nous empêcherait de maîtriser notre dette publique, même si nous faisions des efforts importants pour contrôler l'évolution du budget.

Deux considérations supplémentaires me laissent penser que les choses sont devenues très difficiles :
Nous sommes en situation de mondialisation commerciale, une partie de notre base industrielle, technologique, s'enfuit vers les zones de dépression salariale qu'offre la mondialisation. Ce phénomène est relativement lent, il s'accélère, il est progressif mais il est durable. La conséquence est que la base fiscale chère à Jean-Pierre Cossin, indépendamment de la concurrence fiscale telle qu'elle existe en Europe sur certains types d'impôts, est plutôt portée à la contraction qu'à l'expansion. Nous avons donc là une nouvelle contrainte.
N'oublions pas non plus l'impact financier du vieillissement démographique. Comment se fait-il que cette question soit occultée par l'ensemble des pays ? Nous n'allons pas pratiquer l'euthanasie du troisième ou du quatrième âge ! Les dépenses de retraites sont inéluctables, comme les dépenses de maladie et de dépendance supplémentaires. L'économiste basique que je suis en déduit qu'il faut faire des réductions de dépenses par ailleurs pour empêcher que la masse totale de la charge n'augmente. Ce serait déjà bien si nous parvenions à compenser cette dérive inévitable de la dépense par une contraction organisée, méthodique, patiente de nos dépenses telle que la souhaite Monsieur Bouvier.
Nous sommes actuellement dans une sorte de nasse pour le traitement de la dette publique… »

Faut-il quand même réduire la dette publique ?…

Indépendamment des dépenses de retraites, de dépendance, de maladie et des risques résultant de la mondialisation, nous devrions être attentifs à deux postes de la dépense qu'il faudrait plutôt augmenter que réduire :
D'abord les dépenses pour l'enseignement supérieur et la recherche. Tout le monde est d'accord, à droite comme à gauche, notre enseignement supérieur est en situation de « déglingue » globale. Il faut dépenser à la fois pour l'équipement et pour le fonctionnement, augmenter la dépense per capita dans l'enseignement supérieur.
Ensuite, et ce n'est pas non plus seulement pour faire plaisir à Jean-Pierre Chevènement, les dépenses de sécurité et les dépenses militaires. Nous entrons dans un monde de plus en plus dangereux, notre capacité militaire est
sous-dimensionnée au regard de ces dangers - qui ne se limitent pas au seul danger terroriste - et je ne vois pas comment nous allons pouvoir éviter d'accroître quelque peu notre effort militaire dans les années à venir. Il suffit de lire le journal, d'ouvrir les pages internationales… Tout va mal !
Compte tenu de cela, je pense que nous sommes dans une nasse financière.

Je ne crois pas – c'est la conviction intime d'un partisan de l'équilibre budgétaire – à la possibilité de revenir par étapes à une extinction ou à une résorption profonde de la dette publique, aux 21% de 1981 ni même aux 32% ou 36% de Maastricht. Je ne le crois pas, compte tenu de tout ce que je viens de vous dire.
Par conséquent, nous allons avoir à supporter des risques considérables.
Il existe cependant une échappatoire. Elle est bien connue et Jean-Pierre Chevènement m'a un peu devancé, c'est la monétisation de la dette publique (horresco referens) dont je ne suis pas partisan… en principe.
[Je précise au passage que le poids de la dette publique est d'autant plus important que les générations qui arrivent sur le marché du travail sont maigres : le poids de la dette publique allemande, égal en apparence à celui de la France, est en réalité plus lourd ; le poids de la dette publique italienne est encore beaucoup plus lourd que ce qu'on imagine ! Ce point n'apparaît pas non plus dans le rapport Pébereau. L'aspect démographique est pourtant essentiel puisque ce sont les générations futures qui vont supporter le fardeau de la dette, plus elles seront nombreuses et mieux cela ira, plus elles seront maigres et plus la situation sera difficile.]

Le Japon a une dette publique égale à 150% du PIB, il peut la monétiser, rembourser l'épargne privée japonaise, qui finance la dette publique, en créant de la monnaie.
La Banque centrale américaine le fait un peu : en 2002, par exemple, elle a racheté une partie de la dette publique en prétextant la menace d'une déflation.
Théoriquement, nous ne pouvons pas le faire : nous sommes en union monétaire, un système quasi-fédéral, c'est-à-dire que la Banque centrale ne peut agir, non seulement parce que l'orthodoxie monétaire qui y règne l'interdit - et parce que ses statuts l'interdisent - mais tout simplement parce qu'elle ne peut pas traiter également des dettes inégales. Si l'Espagne a une dette publique de 40% du PIB et l'Italie une dette publique de 110% du PIB, comment arriver à un moyen terme entre ces dettes inégales ? Techniquement, la BCE ne peut pas le faire.
Il y a là un obstacle énorme, qui a été oublié au moment où on a plaidé vigoureusement pour l'union monétaire. L'union monétaire présupposait une convergence des économies européennes sur tous les plans et en particulier sur le plan de leurs finances publiques… convergence qui n'a pas eu lieu. »

Un rappel de Jean-Luc Gréau à méditer…

« … l'Etat a deux durées pertinentes pour son action.
- D'abord l'urgence : la canicule, le SAMU, les pompiers, les policiers… la nécessité de se porter au secours du citoyen en danger.

- Puis le très long terme : construire des centrales nucléaires de nouvelle génération pour préparer la sécurité énergétique en 2025 ou en 2030, assumer des dépenses de recherche fondamentale, peut-être insuffisantes aujourd'hui, développer l'enseignement supérieur, maintenir une politique nataliste digne de ce nom, dont on a vu qu'elle avait été efficace dans ce pays. »

Passionnant, non ?

Intégralité de la communication :

http://www.fondation-res-publica.org/Dette-publique-proteger-les-depenses-de-long-terme_a153.html

Léon Areva, le 9 juillet 2008

Transmettre à un ami
Imprimer
Réagir

 

 
© lesmanantsduroi - Tous droits réservés.