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La « Fed » perd-elle son sang froid ?…

Baisses à répétition de son taux directeur, des marchés qui se requinquent pour le bonheur de quelques spéculateurs et retour à la case départ… Ou pire…
Pour Paul Fabra, chroniqueur au quotidien « Les Echos » : « Une accablante faillite intellectuelle »…

« De proche en proche, les marchés financiers, par nature inséparables du capitalisme réel (l’économie tout entière est un vaste réseau d’échanges), sont frappés de paralysie. Un nombre croissant de reconnaissances de dettes sous toutes leurs formes (et elles sont innombrables) ont cessé d’avoir un prix. Elles sont invendables. On ne peut imaginer déni plus radical de l’économie de marché. D’où la menace d’effondrement qui a fait perdre à la Fed son sang-froid. »

Monsieur Ben Bernanke appréciera…

Ben Bernanke

Pourquoi en est-on arrivé là ?

Paul Fabra n’entend pas cultiver une plume de bois : « … des idées fausses sur la gestion des entreprises en général et des établissements financiers en particulier continuent à être « pensées » comme intangibles et « créatrices de richesses ».

ussi longtemps qu’il en sera ainsi, la crise développera inexorablement ses effets. »
Comme vous le constaterez l’avenir est donc radieux…

Pourtant les promesses furent de taille…

 

Paul Fabra

Paul Fabra de poursuivre : « On nous avait décrit un monde promis à la prédominance absolue et bienvenue de l’économie privée soumise à la seule discipline de la concurrence « mondiale ». Sur la pointe des pieds et sans perdre pour autant (jusqu’à ce jour) ses illusions, le monde réel est en train d’emprunter un autre chemin. Sa destination est encore indécise, mais une chose est sûre. Il ressemblera de moins en moins aux rêves inspirés par la tour de Babel, celle où l’on parlait tous la même langue et où on travaillait tous pour un marché supposé globalisé. »
Si Babel en prend un coup, le Veau d’or n’est pas lui aussi épargné…

« Les banques les plus profondément immergées dans ce culte de la globalisation et du profit maximal seront les premières à être forcées de s’en dégager… Elles doivent impérativement se recapitaliser alors qu’elles avaient organisé systématiquement, avec l’encouragement des autorités, leur « décapitalisation ». »

Un constat partagé par de nombreux économistes…

Et l’occasion de découvrir un site de qualité :
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=1346

Pour beaucoup d’économistes, de droite comme de gauche, la Fed est proche d’avoir épuisé ses capacités d’intervention.

Kenneth Rogoff

Kenneth Rogoff, professeur à Harvard et ancien économiste en chef du Fonds monétaire international, résume leurs points de vue... en s’excusant d’être aussi pessimiste :

« Nous avons dépassé le point où la politique monétaire peut être d’une quelconque efficacité. La crise actuelle ne peut plus être résolue que par injection d’argent public pour sauver l’industrie du financement de l’immobilier. Mais avant que cela soit politiquement acceptable, il faut s’assurer que les banques ont payé pour leurs erreurs. »

Les économistes américains seraient-ils devenus trop noirs, après s’être persuadés que les nouvelles techniques financières de diffusion du risque avaient rendu les marchés inébranlables ?

Les montants en jeu sont si élevés que la Fed peut bien baisser son taux directeur ou même prêter elle-même au taux d’escompte, un instrument plus efficace car il vise mieux les acteurs en difficulté, son pouvoir est limité. D’abord, elle a déjà remplacé environ 40 % de son portefeuille de bons du Trésor par des prêts aux institutions financières en échange de cautions douteuses. Elle aura du mal à aller plus loin. Plus fondamentalement, elle ne soulage que temporairement les banques qui viennent utiliser ses nouvelles facilités, celles-ci n’étant pas éternellement reconductibles. Du coup, la Fed ne s’attaque pas aux racines du mal.

Desmond Lachman

Comme l’explique Desmond Lachman, de l’American Enterprise Institute, le problème des banques n’est pas d’obtenir des liquidités en attendant que leurs actifs se réapprécient, car beaucoup de ceux-ci ne se réapprécieront jamais. C’est ce que veulent dire les spécialistes lorsqu’ils parlent, à propos de l’épisode actuel, de crise de solvabilité et non de crise de liquidités.

Les Echos Vendredi 21 mars 2008


Paul De Grauwe

Paul De Grauwe, Professeur d’économie à la KUL, répond au Soir.

La croissance américaine, depuis la fin des années 90, est basée, en grande partie, sur un boom de la consommation, lui-même rendu possible par une politique monétaire trop laxiste. Après la petite récession en 2001, la Fed a baissé les taux jusqu’à 1 % et les a maintenus à ce niveau pendant trois ans, créant toutes les conditions nécessaires pour un boom, puis une bulle immobilière et pour un boom de la consommation. La croissance a donc été artificielle, basée sur un financement excessif de la Fed.

(...)

In fine, ce sont les contribuables qui payeront la note ?

C’est inévitable. Laisser les banques se débrouiller ? Ce serait prendre le risque d’un effondrement du système bancaire, qui nous renverrait dans un scénario similaire à celui des années 30. Le prix à payer serait bien plus lourd. Mais il faut que les banquiers soient sanctionnés. À ce titre, la nationalisation est une sanction. Les banques et les institutions financières ont fait des profits énormes. C’était déraisonnable ! Aux Etats-Unis, la moitié des profits étaient générés par les institutions financières, qui ne représentent pas la moitié des entreprises du pays. Maintenant, il faut leur dire que la fête est finie.

(...)


Philippe Dessertine

(...) scénario développé par Philippe Dessertine, directeur de l’Institut de haute finance, professeur à l’université Paris X.

(...) A l’origine, une création aussi démentielle qu’erratique de dette à l’échelle mondiale, compensée pendant des années par la croissance des pays émergents, la Chine en premier. Une conséquence ? Une spéculation sur un domaine particulier, celui de l’immobilier américain : le système prête sans limite, y compris aux emprunteurs insolvables (les "subprimes"), alimentant ainsi la création d’une bulle.

Donc, en 2007, la bulle éclate. La purge commence sur l’actif fictif (les valeurs aberrantes des immeubles). Les prix baissent, les taux montent et les mauvais payeurs commencent à se trouver en difficulté. Ils vendent, sans condition, contribuant à la chute des prix, et le risque théorique de pertes sur leur emprunt non honoré devient réel.

Revanche des pauvres sur les puissants, ce fatal engrenage a des retombées sur la structure bancaire dans son ensemble. Toute l’industrie financière constituée pour gérer ces dettes gagées sur la spéculation s’effondre en quelques semaines. Les "monolines", les "mortgage brokers", les "mortgage originators" - vous n’en n’aviez jamais entendu parler ? - ferment tous les uns après les autres, les licenciements commencent et toutes les banques soi-disant non exposées (y compris françaises) prennent le boomerang de plein fouet. Les pertes commencent à être constatées, elles donnent le vertige, se chiffrant en milliers de milliards de dollars. (...)

La Tribune

Est-il besoin de préciser que tous ces observateurs attentifs ne sont pas des extra-terrestres ?

Léon Areva, le 24 mars 2008

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