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« Responsable mais pas coupable »…
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Cela ne vous rappelle-t-il pas une ancienne chansonnette ?
Echapper à tout contrôle et pendant une année jouer et engager 50 milliards d’euros en toute quiétude appelle plus d’une question… Jérôme Kerviel, celui que certains voudraient bien enfermer dans le rôle d’un « trader fou », a volé la vedette au Président Sarkozy…
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Daniel Bouton. Jérôme Kerviel. |
Et le Président Sarkozy est furieux ! Lui qui voulait rouler une fois encore des mécaniques, rien moins qu’à Davos…
Jérôme Kerviel aurait engagé la Société générale, son employeur, sur 50 milliards d’euros de contrats à terme sur des indices boursiers. Aux dires des spécialistes, le « trader fou » n’aurait pas fait preuve d’une extrême intelligence. Les produits choisis étaient peu sophistiqués, bénéficiant d’une bonne traçabilité sur un marché « ultra-réglementé »…
Tous les professionnels de la finance rient sous cape. Ce qu’ils appellent une position « directionnelle » ne peut rester inconnue pendant un an au sein d’une banque. Toutes les explications de la Société Générale et particulièrement celles de Monsieur Bouton ne sont que des écrans de fumée.
Les plus indulgents, comme Elie Cohen, économiste-chercheur au CNRS, seraient prêts à nous faire croire que la banque ne pouvait pas détecter les opérations de Jérôme Kerviel, dans un marché où « 50 milliards d’euros doivent être relativisés dans une activité qui vit sur de très faible marges sur des volumes colossaux que traitent quotidiennement les traders : le fonds LTCM avait 1 200 milliards de positions pour 5 milliards de fonds propres ! »
Mais en contrepoint, Elie Cohen ne se laisse pas abuser… « Ce qui est peu crédible, c’est que le trader ait pu agir en toute impunité pendant plus d’un an. Quant à « la faute à pas de chance », cela ne tient pas : c’est la décision de dénouer brutalement les positions qui sont la source des pertes massives.
Plus radical, Florin Aftalion, professeur émérite de finance à l’Essec, s’appuyant sur le fonctionnement des chambres de compensation et de la « mécanique » d’appel de marges a du mal à imaginer l’ignorance de la Société Générale : « … il paraît difficile d’imaginer qu’elle ait pu ne pas être alertée par l’ampleur des appels de marges provenant d’un seul trader. » (La Tribune du 28-01-2008)
Les initiés apprécieront…
Premier contre-feu : Faire pleurer dans les chaumières et se montrer homme de cœur :
Monsieur Bouton se punit et se prive de salaire pendant six mois. Beau geste du deuxième patron le mieux payé de France qui affichait pour 2006, un salaire de 3,3 millions d’euros, hors revenus tirés de son « portefeuille » d’actions et « stock-options »…
Pas de quoi désespérer le peuple d’en bas…
Dans le même temps, le monde financier se frotte les mains et assiste à la plus incroyable politique de soutien à l’économie américaine : la Fed baisse le prix de l’argent de 75 points.
« Du jamais vu depuis 15 ans! »
Et tout s’accélère… Au fil des informations et des rumeurs le scepticisme des spécialistes va grandissant. A bien effeuiller la presse on pouvait lire que la Société Générale aurait préféré:
«charger un pauvre bougre» afin de faire passer des pertes qui «s'étaient accumulées» au cours de la crise des «subprimes» (prêts immobiliers à risques américains).
«Le sentiment des salles de marchés, c'est qu'il n'est pas possible qu'un individu seul ait pu faire cela. La Société Générale aurait chargé la barque sur le thème de la fraude pour faire passer plusieurs mauvaises opérations de marché» ajoute-t-il. Toujours Elie Cohen in (Le Figaro.fr, en date du 25.01.2008)
Très finement, Muriel Motte, rédacteur en chef au «Figaro économie» s’appuyait le 26 janvier sur les « Humeurs matinales »de l’économiste américain Ed Yardeni qui entamait sa journée du 25 janvier par un: «Merci Jérôme».
Muriel Motte nous ouvrait des horizons nouveaux et inattendus. Inattendus ?
« Apparemment seulement car, en quelques lignes plutôt caustiques sur son site Internet, l'ancien chef économiste de Deutsche Bank Securites à New York a résumé l'état d'esprit qui règne aujourd'hui chez une partie des traders de Wall Street. «La récession est pratiquement terminée, grâce à Jérôme Kerviel à Paris, et à la réaction de panique de Washington», écrit Ed Yardeni en évoquant la dernière baisse des taux d'intérêt américains. «Je n'ai pas souvenir d'avoir vu une politique aussi massive de soutien à l'économie (américaine) mise en œuvre avant même que les preuves d'une récession se soient manifestées.»
L'introuvable Jérôme Kerviel, Breton à peine trentenaire, diplômé de la désormais mondialement célèbre université Lyon-II, a-t-il vraiment fait plier la toute puissante banque centrale américaine et son président aux nerfs d'acier, ancien de Harvard et du prestigieux MIT ? La vente massive de contrats à terme sur actions à laquelle la SocGen a dû procéder en début de semaine pour déboucler les positions invraisemblables de son golden boy a-t-elle poussé la Fed à réduire ses taux dans l'urgence mardi ? Washington s'en défend, bien sûr…
Mais le fait est que la revente de contrats à terme par la Société générale, pour des montants évalués entre 50 et 75 milliards d'euros par des opérateurs de marché, a évidemment contribué à la grosse déprime des indices boursiers en début de semaine. Même si les équipes de Daniel Bouton ont tout fait pour éviter de peser trop visiblement sur les cours. Le fait est aussi que la Fed, prévenue mercredi seulement par la Banque de France de la fraude massive à la SocGen, a frappé fort la veille pour mettre Wall Street à l'abri du vent de panique qui avait saisi les marchés d'Asie et d'Europe. En plus d'une baisse des prix immobiliers, les États-Unis ne peuvent certainement pas se permettre une chute de leur Bourse.
Si l'Amérique échappe à la récession, Washington saura-t-il remercier la France comme le faisait dès hier Ed Yardeni ? Non, sans doute, mais avec son «Merci Jérôme» l'économiste a résumé de la manière la plus succincte possible le degré aujourd'hui atteint par la mondialisation.
Les banques européennes y compris la Société générale d'ailleurs en savent quelque chose. Elles n'ont pas fini de compter les pertes liées à la crise des subprimes, ces produits que les financiers (américains) ont concoctés pour les ménages (américains), afin qu'ils puissent s'acheter des maisons (américaines), et qui se retrouvent aujourd'hui, d'une manière ou d'une autre dans les bilans des établissements de crédit du Vieux Continent. Que ce soit à travers des montages financiers sophistiqués, le taux de change d'une monnaie, le cours d'une matière première ou un taux d'intérêt, ce qui se passe à Washington à Londres ou à Tokyo affecte le reste du monde. Et, c'est nouveau, les ambitions industrielles de l'Inde, la volonté hégémonique des géants russes et les décisions monétaires de Pékin bouleversent elles aussi la vie des citoyens du globe. Plus personne n'ignore que la Chine prête au consommateur américain l'argent qui lui permettra d'acheter des produits chinois. Sans que la banque centrale américaine ne puisse en contrôler le taux.
Ces derniers temps, la mondialisation offre un visage peu avenant. Le prix du plein d'essence s'envole ? C'est la Chine, toujours elle, en pleine surchauffe qui tire les prix du pétrole à la hausse. Les salaires peinent à décoller en Occident ? Ce sont le Vietnam et la Malaisie qui inondent les marchés de leurs produits bradés et qui compriment les marges des fabricants européens. Le prix de la baguette s'envole ? C'est le Brésil qui est devenu importateur de blé car ses terres si fertiles sont dédiées à la production d'éthanol. Ces «nouveaux riches» sont mal vus, et pourtant l'argent qu'ils ont accumulé est en train de sauver la finance occidentale. En quelques semaines, les «fonds souverains» qui gèrent le pactole des pays du Golfe et de la Chine, notamment, ont injecté plus de trente milliards de dollars chez Citigroup, UBS et Merrill Lynch. Leurs moyens sont énormes. Ils ont tout intérêt à ce que le pire soit évité : en dépit des «hymnes» au découplage, la chute des marchés d'Asie sur des craintes de récession américaine a démontré à quel point la santé des États-Unis restait primordiale pour ses nombreux partenaires. Si finalement l'Amérique échappe à la récession, le reste du monde respirera. Jérôme Kerviel pourra devenir la nouvelle icône de la mondialisation… |
Le tableau qui s’offre à nous devrait nous inciter à quelques réflexions…
Aux dires de Marc Touati, économiste chez « Global Equities », « tous les gens qui travaillent dans les banques savent que, quand les pertes atteignent un certain niveau, on coupe les positions. Des pertes peuvent atteindre 100-200 millions d'euros, mais 5 milliards, c'est impossible ».
Pour le monde de la finance, la farce est plus que grotesque !
La Société Générale ne serait-elle pas en train de : « charger un pauvre bougre pour faire passer des pertes qui se sont accumulées au cours de la crise des « subprimes. » ». C’est la question qui est sur toutes les lèvres…
Et le monde politicien d’ y aller de ses coups de menton !
Monsieur Fillon veut un rapport. Le président de la commission des finances du Sénat auditionne le président de l’Autorité des marchés financiers. Des députés se manifestent afin que soit convoqué le PDG Bouton.
Et bien sûr le Super Président de la République Nicolas Sarkozy se devait de s’en mêler. Il avertissait qu’il y aurait des « conséquences » pour les personnes responsables du scandale de la Société Générale y compris au plus haut niveau… Vous parlez d’une réaction !
La Société Générale est une entreprise privée, soumise aux contrôles propres à sa profession, exerçant son activité dans le cadre législatif en vigueur. Point.
Ou alors à remettre en cause le système en vigueur… Tout le système… Chiche ? Et oser aller jusqu’au bout… Ne pas oublier aussi de changer le régime !
Alors là, nous pourrons dire « Merci Jérôme » !
Léon Areva, le 31 janvier 2008
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