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Des enjeux de la prochaine conférence de Londres…

Londres accueillera à partir du 28 janvier une conférence, une de plus, qui devrait faire le point sur la situation en Afghanistan. Et David Miliband, ministre britannique des Affaires étrangères, déclarait dans un entretien au Figaro du 16 /17 janvier 2010 : « Nous avons un plan pour l’Afghanistan ».
Nous en sommes fort aise !

Souvenons-nous qu’en novembre 2009 Gordon Brown précisait que cette conférence devait permettre de « fixer un calendrier en vue du début de transfert en 2010 » de certains pouvoirs au gouvernement afghan… et David Miliband de rappeler que

« le cœur de notre démarche, c’est « l’afghanisation » du pays. Nous ne voulons pas créer une colonie, nous voulons que les Afghans soient maîtres chez eux. »

Encore heureux de l’entendre… Mais la meilleure voie était-elle de tout faire pour maintenir en place Hamid Karzaï par un simulacre d’élections ?

Cette conférence de Londres se fixe trois objectifs :
Renforcer la capacité des Afghans à défendre leur pays.
Etablir les conditions nécessaires à une « bonne gouvernance »
Améliorer les relations de l’Afghanistan avec ses voisins.

Et le président Karzaï, qui ouvrira cette conférence, ne devrait pas manquer de redire une fois encore « ce qu’il veut faire pour son pays ».
Fort bien. Il se dit que le président Karzaï présentera un plan de réconciliation nationale…

En butte à un mécontentement croissant de l’opinion britannique, il y a quelques semaines, Gordon Brown n’avait pas manqué de faire la grosse voix :
« Le président Karzaï doit accepter qu'il sera jugé selon des objectifs. Il doit accepter le fait que la communauté internationale va fixer des objectifs »
Fini la culture des résultats ?
Ne manquant pas d’objectifs, Gordon Brown pouvait les présenter sans ciller :

« Dans les trois mois suivant la conférence, le gouvernement devrait présenter une liste de soldats à former dans la province d'Helmand… Dans les six mois, le gouvernement devrait présenter un plan précis pour l'entraînement de policiers supplémentaires et le recul de la corruption dans la hiérarchie. Dans les neuf mois, le gouvernement devrait avoir nommé près de 400 gouverneurs de province et de district. Et d'ici la fin 2010, le gouvernement devrait avoir formé 50.000 soldats de plus et pris le contrôle d'au moins cinq districts dont la sécurité est actuellement assurée par la Force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF) de l'OTAN. »
Et 2011 ? Opium gratuit pour tout le monde ?

A l’issue de cette conférence qui menace, une fois de plus, d’être noyée sous les déclarations de bonnes intentions de tous les participants, la France et l’Allemagne devraient « … se prononcer et annoncer quels sont les résultats dans une démarche cohérente qui est celle d'apprécier avec le gouvernement afghan quelles doivent être les priorités »… Traduisez par : c’est à l’issue de cette conférence que nous répondrons aux demandes pressantes des Etats-Unis d’un envoi de soldats supplémentaires…

Les « conférences » sur l’Afghanistan n’ont pas manqué ces dernières années…
A-on une seule fois entendu la voix des Afghans ?

En janvier 2006, l’ancien ministre du Plan du gouvernement Karzaï, Ramazan Bashardost, déclarait quelques heures avant l’ouverture de la « Conférence des donateurs » qui se tenait elle aussi à Londres :

« Les milliards de dollars d’aide déversés en Afghanistan n’ont guère amélioré la vie des gens et des changements dans le personnel gouvernemental et les associations humanitaires devraient rapidement être faits… Nous ne voyons pas la moindre amélioration »

De formation «  française » (En France de 1982 à 2003), Monsieur  Bashardost avait  gagné son siège au Parlement, en septembre 2005, avec l’un des meilleurs scores en voix.

Il n’avait pas manqué de critiquer le gouvernement, les Nations Unies et les associations humanitaires…
« Le peuple se demande, “si ces milliards de dollars ont été donnés, à quelles de nos souffrances ont-ils remédié ? Quel baume ont-ils mis sur nos blessures ?” », et d’ajouter « L’amélioration de la vie des gens ordinaires est insignifiante. »
Depuis 2002, près de 12 milliards de dollars avaient été déboursés pour l’Afghanistan, mais seule une petite fraction avait pu transiter effectivement par des organismes internationaux et des associations humanitaires…
Déjà, en 2006, l’ancien ministre du Plan, démissionnaire de son poste fin 2004 après avoir dénoncé la corruption dans les organisations non gouvernementales (ONG) alors qu’il  l voulait fermer près de 2.000 d’entre elles, dont il considérait qu’elles bafouaient la loi et ne travaillaient pas au bénéfice de la population, soulignait que  « Tous les ministres et toutes les figures clés du gouvernement ont perdu leur légitimité…  Il devrait y avoir des changements au niveau ministériel [et] parmi les principaux acteurs des organismes humanitaires, des banques étrangères et des institutions afin que l’aide ne soit pas à nouveau gaspillée. »

Et malgré le flot de milliards de dollars, l’Afghanistan est toujours parmi les pays les plus pauvres du monde. Des millions de personnes souffrent de malnutrition, environ un quart des enfants meurt avant l’âge de cinq ans, et la moitié des hommes et quatre-vingt pour cent des femmes sont illettrés.

http://nawaaye-afghanistan.net/spip.php?article144

Et à quelques jours de cette énième conférence, les Afghans sont toujours confrontés aux mêmes réalités…

59% des Afghans considèrent le paiement de pots-de-vin comme leur principal souci selon l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), devant l'insécurité (54%), dans ce pays livré à la violence depuis plus de 30 ans, et devant le chômage (52%).

Le phénomène, plus marqué dans les provinces du Nord et du Sud, prend des proportions exorbitantes pour l'Afghan moyen. Celui-ci verse en moyenne chaque année 160 dollars (environ 111 euros) en dessous-de-table, soit plus du tiers de ses revenus pour un PIB par habitant de 425 dollars (295 euros).
Agrégée au niveau de l'ensemble de la population, la corruption représenterait ainsi 2,5 milliards de dollars (1,7 milliard d'euros), soit 23% du PIB de l'Afghanistan selon les calculs de l'ONUDC dont le siège est à Vienne.

Les 7.600 personnes interrogées dans 12 capitales de province et plus de 1.600 villages ont évoqué comme possibles situations de corruption la volonté d'accélérer une procédure administrative, de soudoyer un juge, un responsable officiel ou un policier pour obtenir un meilleur traitement.
Face à l'ampleur de l'économie du bakchich, le patron de l'ONUDC, Antonio Maria Costa, a appelé le président Hamid Karzaï à faire de la lutte contre ce "cancer" sa première priorité.

"La corruption est le principal obstacle à l'amélioration de la sécurité, du développement et de la bonne gouvernance. Elle favorise aussi d'autres formes de criminalité, comme le trafic de drogue et le terrorisme", a-t-il rappelé.

Drogue et corruption, les deux mamelles de l’Afghanistan qui nourrissent chaque jour, sous le regard des troupes étrangères,  un peu plus la légitimité des talibans, auprès des Afghans…

Portemont, le 25 janvier 2010

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