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Tito |
Une imposture internationale
Quelques années avant la disparition du président Tito, les chancelleries des grandes puissances s' interrogeaient sur le sort de la Yougoslavie.
En Allemagne politiques et géopolitologues s' accordaient sur un objectif : disloquer la République fédérative de Yougoslavie,rayer de la carte un Etat artificiel multiethnique et confessionnel qui n'était pas un peuple,au sens allemand du terme.

Les desseins de Bonn répondaient à une obsession nationale: effacer toute trace politique des traités ayant sanctionné les défaites militaires de l'Allemagne et les victoires de la France,ennemie séculaire.
Après la paix de Versailles,les traités de Saint-Germain et de Trianon avaient
démembré l' empire des Habsbourg et ceux de Sèvres et de Lausanne l'empire
Ottoman, donc la Yougoslavie du nord au sud.
Déjà, à la fin des années 70, lors des rencontres organisées dans les
environs de Munich qui rassemblaient les représentants de l'Espagne, de la
France, de la Grande-Bretagne et du Vatican- en l'occurrence l ' « opus Dei » - les
experts allemands estimaient qu' après Tito, la Yougoslavie ne serait pas un Etat
viable. Argument spécieux caractéristique des descendants de Fichte : on y
parlait trop de langues, serbo-croate,slovène, macédonien, albanais, ,magyar...
Mais, surtout la dislocation de la Yougoslavie serait,ainsi que le proclamait le chancelier Kohl, « une grande victoire pour I'Allemagne».
Celle-ci gagnant de substantiels bénéfices:
-D'abord et surtout un témoignage politique et non des moindres, des défaites militaires de l' Allemagne, était rayé de la carte. La Tchécoslovaquie à son tour sera démembrée.
-Les Serbes calomniés chassés de leurs terres,bombardés évincés du Kosovo,
berceau de leur civilisation ont été châtiés pour avoir, à deux reprises résisté à l'envahisseur allemand et lutté aux côtés des Alliés.
Alors que sous le joug de la wehrmacht les peuples vaincus cherchaient à composer, les Serbes prirent le maquis immobilisant des divisions et des unités aériennes allemandes qui auraient été bien utiles sur le front de l'est, là où le IIIème Reich a perdu la Seconde Guerre qu'il avait déclenchée.
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Dragoljub « Draza » Mihailovic
Chef de la résistance monarchiste antinazie et anticommuniste, le général Mihailovic est le seul à avoir réussi à organiser avec une efficacité redoutable la résistance d’une dizaine de milliers d’hommes en Yougoslavie occupée. Il avait préalablement acquis une grande expérience de la guerre lors des conflits balkaniques de 1912-1913 et de la Première guerre mondiale, sur le front de Salonique, d’où il reviendra "avec son grade de Lieutenant, une blessure et quelques médailles".
Il sera fusillé le 17 juillet 1946. Charles de Gaulle refusera toujours de rencontrer Tito, le considérant responsable de l'exécution de Draža Mihailović. |
Un demi siècle plus tard Berlin exerçait sa vengeance et les Serbes paieront le prix de leur héroïque résistance au nazisme.
-Démantelant la Yougoslavie, l' Allemagne avait aussi l'occasion de récompenser les Croates et les Bosniaques musulmans qui furent ses alliés.


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Zagreb. 1942 (Croatie) |
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Ante Pavelic et Adolf Hitler |
Chassant les Serbes de leur habitat, il s 'agissait d 'agrandir à leurs dépens l' espace politique croate et bosniaque en éliminant les « minorités »
-Le tropisme méditerranéen du saint Empire trouvait son compte. L 'Allemagne,par alliés interposés(Croates, Bosniaques, Albanais) atteignait par l'Adriatique la Méditerranée.
-Berlin faisait aussi une « bonne affaire » en associant la production croate et slovène à l'économie de I'Union européenne qu'elle ambitionnait de présider un jour.
-Enfin, dépecer la Yougoslavie et lui substituer cinq Etats (six avec le Monténégro se déclarant indépendant) était une démarche conforme à la future Union européenne voulue par le chancelier Kohl.

Il fallait émietter les pays formant l'Europe de manière à asseoir l'autorité fédérale en affaiblissant les Etats, sauf l'Allemagne, bien entendu.
Au début de la décennie 90 pour MM. Kohl et Genscher son ministre des Affaires étrangères la situation internationale était exceptionnellement favorable:
-L'implosion de I'URSS et le gouvernement de Boris Eltsine éliminaient toute
intervention russe au profit des Serbes.
-L'Allemagne venait d'être réunifiée,gagnant un surcroît de puissance du moins potentiellement.
-Assoiffés de pétrole,les Etats-Unis se tournaient vers l'Irak dont ils convoitaient les ressources énergétiques. Mieux encore prenant parti pour les musulmans bosniaques contre les Serbes il s se feraient pardonner par le monde arabe le soutien fourni à I'Etat d'Israël. C 'est ce qui se passera, surtout à partir de 1994.
-La France serait,docilement,aux ordres de l'Allemagne. Malade,incapable de mener une politique conforme à l'intérêt national,son président souhaitant avant tout renforcer l ' « amitié » franco-allemande. Il se joindrait donc à la croisade contre les Serbes ce qu'il fit.
Aussi les services spéciaux allemands préparèrent-ils le terrain, notamment à partir de l'Albanie. Des équipements militaires provenant de l'ex-Allemagne de l'est armèrent Croates et Bosniaques musulmans. Aux Etats-Unis une agence de publicité se transforma en organisme de propagande croate en menant une campagne mensongère visant les Serbes.
Jusqu'en 1994,le Département d 'Etat s'était contenté de suivre les
évènements des Balkans,la quête de pétrole étant prioritaire avec les attentats
qu'elle allait provoquer Et puis,la guérilla dans les Balkans au relief tourmenté
engageait à la prudence.
Mais, vingt quatre heures seulement après l'attentat du marché de
Markale arbitrairement attribué à la partie serbe de Sarajevo Ie tandem
Mitterrand-Juppé crut bon de réclamer I 'intervention des Etats-Unis( 6 février
1994) : « Nous n'excluons pas les attaques aériennes de I'OTAN dès que les
responsabilités auront été déterminées » , déclarait le porte parole de la Maison-
Blanche. Et c'est ainsi que les forces aériennes et navales déployées sur le
littoral italien passèrent sous le commandement de l'amiral J. Boorda, chef de la,
6ème Flotte de I'US Navy, que les Etats-Unis prirent en main les affaires de I'ex-
Yougoslavie.
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Amiral J. Boorda |
La France avait commit l'irrémédiable.
Quant aux Etats-Unis ils entendaient tirer davantage de la cacophonie européenne:
-ils démontraient, une fois de plus que les pays européens
étaient incapables de régler entre eux leurs différends. Richard Holbrooke
déclarait: ... « L'Histoire de ce siècle démontre que lorsque nous nous
désengageons l'Europe verse dans une instabilité qui nous oblige à y
retourner ». Dans la foulée, les Etats-Unis mettaient sur pied une fédération
croato-musulmane et préparaient les bombardements des positions serbes
« parce que les Bosniaques musulmans avaient détruit le marché de Markale ».
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Le général Hugh Michael Rose, à la tête de la mission britannique de la FORPRONU basée à Sarajevo au moment des évènements, déclara d'abord ne pas pouvoir être sûr de qui était responsable. Il déclara plus tard, dans ses mémoires (Fighting for peace), avoir dit au commandant des forces gouvernementales bosniennes, le général Jovan Divjak, que le mortier avait été tiré à partir de ses positions, selon des experts de l'ONU...
« David Binder, journaliste à l'hebdomadaire The Nation, a rapporté dès octobre 1995 que des spécialistes de la FORPRONU (un Russe, un Canadien et deux Américains) étaient arrivés sans aucune espèce de doute à la conclusion qu'il s'étaient agi d'une mine de l'armée de Bosnie-Herzégovine (ABiH). Des officiers des services secrets américains ajoutèrent que l'ABiH avait confirmé le fait"... |
-Intervenant en force dans les Balkans,ils entendaient justifier l'existence et le développement de I'OTAN (en dépit de la disparition du Pacte de Varsovie et de I'URSS).
-S'installer militairement dans les Balkans c'était renforcer la présence américaine en Europe,disposer de bases à la disposition de la VIème Flotte, se rapprocher de la Méditerranée orientale et, à partir d'une base comme « Bondsteel, rayonner en Europe du sud, en Turquie et au-delà » .
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Bondsteel |


-C'était également démontrer la faiblesse de la politique extérieure de Boris Eltsine.
-C'était aussi se trouver à toute proximité du couloir VIII
amenant sur le littoral de I'Adriatique le pétrole de la Caspienne. De son côté,la
Bulgarie a loué aux Etats-Unis le port de Burgas où aboutit le corridor VIII.
Si l'Allemagne avait un intérêt historique à démanteler la Yougoslavie, les Etats-unis y trouvaient stratégiquement leur compte.
-Enfin, créer une fédération croato-musulmane, bombarder les Serbes c'était faire le jeu des pays de l'Islam, dont les détenteurs de fortes ressources énergétiques et se faire pardonner le soutien accordé à l'Etat d'Israël, ainsi qu'on l'a vu précédemment.
Les conditions étaient réunies pour en venir à bombarder les Serbes
- qui n'avaient attaqué personne- violer les lois internationales d ' ailleurs,
voulues par les assaillants eux-mêmes ignorer les conventions de Genève sur la
conduite d 'opérations militaires,et s'en prendre aux populations civiles,il restait
à trouver un prétexte qui respectait au moins la forme tout en violant le fond. Ce
fut la rencontre, comédie tragique,de Rambouillet. Et c'est tout à son honneur
que Milosevic refusa d 'accepter les exigences insensées qui lui étaient imposées,
intentionnellement inacceptables. Les plus fortes puissances militaires conduites par les Etats-Unis bombardèrent la petite Serbie, détruisant son infrastructure économique, répandant la mort parmi la population civile.

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Cautionnerons-nous encore longtemps la destruction de l’âme serbe ? Trahissant ainsi une amitié séculaire… |
La malheureuse Yougoslavie a été un théâtre d 'expérimentation au
service d 'un certain impérialisme: d'abord désigner la victime à la vindicte
mondiale par une campagne de dénigrement mensongère puis l'affamer par le
blocus économique, ensuite la bombarder pour détruire son potentiel humain et
industriel, occuper son territoire et y acheter les consciences pour imposer un
gouvernement dévoué au vainqueur...
Adaptée aux inconstances locales,la recette a été appliquée à l'Irak. En la matière les démocraties n 'auraient-elles rien à apprendre des autocraties?
Pierre Marie Gallois |