L’Allemagne d’Angela Merkel reprend les commandes
Tandis qu’en France gouvernement et population étaient mobilisés par des « affaires » douteuses, voire délictueuses, outre-Rhin, Madame Angela Merkel conduisait avec succès la politique énergétique de son pays.
A Tomsk, au centre de la Sibérie, les 26 et 27 avril, elle rencontrait Vladimir Poutine et concluait avec lui de nouveaux accords associant plus étroitement Allemagne et Russie à la prospection, l’exploitation et la distribution de l’énergie fossile que détient la Russie (en particulier le tiers des réserves mondiales de gaz naturel).
Depuis une douzaine d’années, l’Allemagne (par une filiale de sa puissante firme chimique BASF) gère avec Gazprom une entreprise comme Wingaz, contrôlée à 65 % par Berlin. Gazprom élargissant son emprise sur le marché européen et nord-africain (Lybie) entre maintenant pour 50 % dans Wingaz. En échange BASF obtient 25 % de l’exploitation du gisement sibérien de Yuzhno-Russkoye recelant 600 milliards de mètres cubes de gaz naturel.
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« Yuzhno-Russkoye » |
Situé au sud de l’Oural, non loin de la frontière septentrionale du Kazakhstan ce pactole énergétique est bien placé pour ravitailler aussi la Chine et le Japon par un pipeline construit en territoire russe.

L’Allemagne obtient également 10 % de l’exploitation des gisements exploités par la société russe Severnefte Gazprom.
Enfin elle coopère à la réalisation d’Achimgaz société germano-russe installant un gazoduc en grande partie sous-marin, en Baltique, destiné à acheminer vers l’ouest (Danemark, Allemagne, voire Grande-Bretagne) le gaz russe des gisements du nord de la Sibérie.

Le tracé du gazoduc contourne les pays baltes et la Pologne et il aura une capacité de plus de 30 milliards de mètres cubes par an, et de 50 milliards lorsqu’il sera doublé par une seconde canalisation. Non seulement sont lésés les pays par lesquels, à terre, aurait pu passer ce gazoduc, mais la nouvelle installation aura un tel débit que seront réduites les livraisons de gaz par le gazoduc existant (réseau Ismal-Europe). Et que, Pologne au nord, Ukraine au sud, percevront des droits de passage plus réduits.

Bilatérale, cette entreprise mécontente les européistes dans la mesure où l’économie des pays de l’Union en pâtit et où à l’évidence, l’intérêt allemand s’est révélé, une fois encore, tout à fait prioritaire.
Pour Varsovie cet accord russo-allemand équivaut au traité signé en 1939 par Molotov et von Ribbentrop : les ex-nazis s’entendent à nouveau avec les ex-staliniens aux dépens, d’abord, de la Pologne.
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Molotov, Staline, Ribbentrop… |
A signaler que BASF et sa filiale Wintershall n’étaient pas seules à convoiter le gaz de Yuzhno-Russkoye. E. on Ruhrgas était aussi prêt à favoriser l’implantation en Allemagne de Gazprom en échange d’un accès au vaste gisement sibérien. Mais les exigences russes ont été estimées excessives et c’est l’accord de Tomsk qui a réglé le différend en faveur de BASF. Entre temps Gazprom avait stoppé les approvisionnements énergétiques de l’Ukraine et de la Moldavie et M. Poutine laissé entendre que si l’Europe de l’ouest ne s’ouvrait pas davantage à ses fournitures de pétrole et de gaz, il se tournerait vers la Chine et l’Inde avidement en quête d’énergie fossile. D’ailleurs, alors qu’il était en négociation à Tomsk, avec Angela Merkel, la société russe Transneft commençait les travaux de l’oléoduc Sibérie orientale-océan Pacifique (2500 kilomètres).
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En devenant un des dirigeants du gazoduc sous la Baltique l’ex chancelier Gerhard Schröder concourt avec Madame Merkel négociant à Tomsk, à donner à l’Allemagne une place dominante dans l’extraction et la distribution de l’énergie fossile russe. Il se pourrait qu’il se forme un axe énergétique Berlin, Moscou, Pékin, la Russie détenant une large part du marché de deux zones de forte consommation, aux deux extrémités de la masse eurasiatique.
Moins d’un mois après l’entrevue de Tomsk, Pékin annonçait qu’un accord venant d’être conclu entre le gouvernement chinois et les entreprises allemandes Siemens et Thyssen Krupp pour la fourniture d’un train à sustentation magnétique à très grande vitesse.
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Han Zheng, Maire de Shanghai et Angela Merkel
Shanghai 23 Mai 2006. |
Cette fois Madame Angela Merkel était à Shanghai où fonctionne déjà un train semblable. Le nouveau projet concerne la courte liaison Shanghai-Hangzhou, mais l’Allemagne convoite un plus large marché : une liaison Pékin-Shanghai, 1320 kilomètres parcourus en 5 heures.

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Vice Premier ministre Zeng Peiyan et Angela Merkel dans le « maglev » (lévitation magnétique).
23 mai 2006.
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Grandes sont les ambitions chinoises avec, pour objectif, d’ajouter avant quinze ans plus de 10.000 kilomètres de voies ferrées au réseau existant, dont 20 % destinés aux grandes vitesses, et Berlin entend bien offrir ses capacités techniques aux entreprises chinoises.
C’est à Berlin que s’est rendu Javier Solana – faisant fonction de ministre des Affaires étrangères de la mythique Union européenne – afin d’y rendre compte de ses entretiens de Téhéran.
Madame Angela Merkel déclara que la démarche avait été heureuse et qu’elle allait permettre de reprendre les négociations avec les Iraniens. Le conflit pourrait être résolu pacifiquement….. « une immense chance », ajouta-t-elle. Voici l’Allemagne se préparant à conduire
la politique extérieure de la future Union.
Il faut reconnaître que dès le début des années 90, au lendemain de la réunification, elle avait pris l’initiative de disloquer la Yougoslavie et de mettre les Balkans à feu et à sang, contribuant à y créer un nouveau Etat musulman, à en renforcer un autre, l’Albanie, et à mettre en pièces la Serbie, son vieil adversaire. Non seulement elle avait installé des services de renseignement en Albanie et, en dépit de l’embargo sur les armements, fourni véhicules, uniformes, munitions à ses alliés Croates et Musulmans mais, ainsi que le rappelle Yvonne Bollmann, dès 1999, envoyé des millions de marks au Monténégro afin d’y créer une politique monétaire dépendante de l’Allemagne. Quant à Pierre Hillard, il précise que le ministre des Affaires étrangères du gouvernement Merkel, ancien chef de la chancellerie fédérale de l’équipe Schröder, avait couvert les agissements d’un officier de renseignement allemand à Bagdad qui fournissait au commandement américain les résultats de ses enquêtes sur les objectifs irakiens d’intérêt politique et militaire. Dans le même temps que le Chancelier faisait mine – pour des raisons de politique intérieure – de s’opposer à l’intervention armée des Etats-Unis en Irak.
Le 6 juin dernier, lors d’un entretien avec Angela Merkel à Rheinsberg, le président Chirac avait déclaré que le gouvernement de Berlin avait toute sa confiance pour présenter, durant la présidence allemande de l’Union, des « propositions permettant de relancer le processus de réforme des Institutions, réforme indispensable si l’on veut une Europe plus forte et mieux organisée ».
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Vice Premier ministre Zeng Peiyan et Angela Merkel dans le Jacques Chirac et Angela Merkel à Rheinsberg
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En somme, reprendre le traité constitutionnel rejeté par les Français et les Hollandais et y ajouter de nouveaux éléments. C’est ignorer le vote français du 29 mai et faire confiance à l’Allemagne pour imposer à ses partenaires un texte constitutionnel conforme à ses intérêts. Effectivement on peut s’en remettre à l’Allemagne pour réussir à organiser l’Europe comme elle l’entend. Détruire la France, voici plus de 30 ans que ses dirigeants s’y emploient. Ce sera tout naturellement à l’Allemagne de lui porter le coup de grâce. La présidence française l’y engage en lui faisant toute confiance pour y parvenir.
La compétition mondiale de football contribue à la popularité de Madame Merkel et à l’humanisation de l’Allemagne. Ce sport et les rivalités nationales qu’il exacerbe mobilisent au moins la moitié de la planète. A Berlin, les grandes rencontres doivent avoir lieu au stade construit sur les ordres d’Adolf Hitler. Le maire de la capitale allemande, M. Klaus Wowereit s’en réjouit : …. « Le passé n’est pas refoulé, au contraire il est présenté au public et largement documenté »
Tandis que Paris s’accuse, regrette son passé, s’excuse et se repentit, Berlin se réhabilite et, bientôt étalera son « fier passé ». C’est une tradition germanique. Aucun peuple, dès la fin du XVIIIème siècle ne s’est autant auto-encensé (Lessing, Herder, Klopstock, Fichte, Ritter, Ratzel, von Treitschke et bien d’autres encore).
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Plus sereinement le pape vient de participer à l’entreprise de réhabilitation.
A Auschwitz Benoît XVI s’est déclaré « le fils du peuple allemand qu’une bande de criminels, arrivée au pouvoir par de fausses promesses d’une future grandeur, de la récupération de l’honneur de la nation et de la prééminence et de la prospérité, mais aussi par terreur et intimidation ». (1)
Ainsi, une « bande de criminels » a-t-elle rallié à ses idées et à ses forfaits plus de 90 % de ce peuple allemand. La bande de criminels ? Des martiens sans doute, dont les Allemands auraient été les victimes. Ainsi l’histoire est accommodée, réécrite. A ce train, dans quelques années, les millions de victimes seront coupables et les bourreaux, des bandes mystérieuses venues d’on ne sait où… Et voici madame Merkel épaulée par le révisionnisme d’une des plus hautes autorités morale de ce temps. Le ciel s’ajoute au gaz naturel russe et au ballon rond pour affermir son autorité : Gott sei Dank !
Pierre M. Gallois, juin 2006
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