Verrouillage ?
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Le mercredi 23 avril 2008, la maison Blanche nommait le général David Petraeus commandant en chef du commandement central américain. Quartier général à Doha. Qatar.
Zone de commandement ? De l’Asie centrale à l’Afrique de l’Est en passant par le Moyen Orient… Un faucon pour l’après-Bush ?… Un intellectuel aussi…
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Le général David Petraeus |
Et un pari risqué.
Dans l' « US Army » depuis 1974, après sa sortie de l'académie militaire de West Point, issu de l’infanterie, David Petraeus a dirigé la 101ème division aéroportée lors de son offensive sur Bagdad au printemps 2003 et assumé la mission d'occupation du nord de l'Irak jusqu'en février 2004. Chargé de créer et d'organiser les forces irakiennes entre 2004 et 2005, il a ensuite pris le commandement de l’ « U.S. Army Combined Arms Center » à Fort Leavenworth.
Rentré aux États-Unis pour réécrire le manuel de « contre-insurrection » de l'armée américaine, il est nommé par George W. Bush le 5 janvier 2007 pour succéder au général George Casey comme commandant des troupes au sol en Irak.
Bien que reconnaissant que l'envoi des renforts militaires décidé en janvier 2008 par le président George Bush n'a pas produit les résultats espérés, David Petraeus reste partisan d’un maintien des troupes d’occupation autant qu’il le faudra… tout en programmant le retour des 30 000 soldats envoyés en renfort…
« En me basant sur les progrès effectués par nos troupes, j'envisage d'être en mesure de recommander qu'une partie de nos effectifs soient redéployés sans être remplacés…. A terme, cela permettra de réduire les troupes en Irak. Cela prendra du temps, mais nous voulons être sûrs de maintenir les gains de sécurité que la coalition et les forces irakiennes ont fait tant d'efforts pour obtenir. »
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Le général David Petraeus |
A Mossoul, le général Petraeus faisait coller des affiches précisant que « Il ne sert à rien d’arrêter un suspect si, pour y parvenir, vous vous faites vingt ennemis de plus » ou encore « Qu’as-tu fait aujourd’hui pour gagner les cœurs et les esprits des Irakiens ? ».

Précisons que le général Petraeus est docteur « es relations internationales » de l’université de Princeton. Sujet de sa thèse de doctorat : « Les leçons du Vietnam pour l’armée américaine ». Et qu’il a « opéré » en Bosnie…
Qu’il ait supervisé la rédaction du nouveau manuel de « contre-insurrection » ne fut pas une mince affaire. Il s’agissait de procéder à la mise à jour d’une doctrine « vieille » de vingt ans… la « Counterinsergency »…
Cette mise à jour n’a pas occulté les contradictions entre la nature coercitive inhérente à toute stratégie de contre-insurrection et le discours de « libération » et de « démocratie » dans lequel M. Bush et ses partisans ont tenté de camoufler leurs intentions…
Le général Petraeus a tenté et tentera encore d’échapper à ses contradictions. Un pari risqué que certains qualifient d’insolubles, d’autant que son adjoint, nouvellement nommé, le général Ray Odierno, a une réputation de « cogneur »… peu préoccupé jusqu’à lors de gagner les cœurs et les esprits, mettant toute sa confiance dans l’artillerie « lourde »…
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Le général Ray Odierno |
Les soldats américains sont vivement invités à lire. Le nouveau manuel de « contre-insurrection » présente une bibliographie de 34 recueils. L’un détaille les opérations britanniques en Afghanistan et en Afrique du Sud la deuxième moitié du XIXe siècle, Neuf autres se réfèrent au Vietnam, trois à l’Algérie et deux à l’expérience britannique en Malaisie. D’autres renvoient à l’ère coloniale britannique ou aux opérations françaises dans d’autres régions du globe.
Mais l’un des aspects importants de la doctrine de la « Contre-insurrection » et que toute la vision américaine s’appuie sur le « postulat » que les Etats-Unis interviennent dans un pays étranger, appelé par une « nation hôte », contrairement à l’intervention française en Algérie…
Cette doctrine semble faire l’impasse sur le fait que, en Irak, comme au Vietnam trente-cinq ans auparavant, le gouvernement de la nation hôte soutenu par Washington est contesté par une large fraction de la population… Et que c’est d’ailleurs l’intervention même des troupes américaines sur le terrain qui sape l’autorité de la « nation hôte » : Plus les troupes américaines interviennent sur le terrain, plus le gouvernement de la nation hôte est affaibli, créant un « dilemme de légitimité » quasi insoluble pour nombre de spécialistes.
David Petraeus a validé une réflexion pertinente figurant dès le début du premier chapitre de ce nouveau manuel : « L’obtention de résultats durables avec la stratégie « COIN » (Counterinsergency) dépend de l’acceptation de l’autorité du gouvernement par sa population… La victoire n’est possible que si la population donne son consentement au gouvernement. » Suivie par « La légitimité est le principal objectif … Le premier objectif de toute opération de contre-insurrection est de confier la direction effective à un gouvernement légitime. La contre-insurrection atteint cet objectif par un déploiement équilibré de moyens militaires et non militaires. »
Les autorités militaires sont donc fortement incitées à cogiter :
« Les commandants et leurs états-majors doivent s’interroger en permanence sur ce que signifie la légitimité pour la population de la nation hôte. (...) Le point le plus important est l’attitude de la population. En définitive, c’est elle qui détermine l’ultime vainqueur. »
Et de leur rappeler que : « l’Etat de droit est une condition essentielle pour l’acceptation de l’autorité d’un gouvernement, et par conséquent de sa légitimité. Le respect des règles préexistantes peut être pour un gouvernement la clé d’une large légitimité ».
Tous ces rappels judicieux et pertinents semblent difficilement applicables en Irak…
David Petraeus a validé un manuel plein de bonnes intentions , insistant sur le fait que le véritable « terrain » de la bataille est celui des esprits de la population « hôte », et que l’emploi aveugle de la force risque d’être contre-productif…
appelant l’exemple de la « guerre » d’Algérie, en concluant que « le non-respect des limitations morales et légales de la torture a considérablement affaibli les Français et contribué à leur défaite malgré plusieurs victoires militaires déterminantes »…
Tout en faisant valoir que pour réussir, la « contre-insurrection » :
« peut impliquer l’élimination des extrémistes dont les croyances ne leur permettent pas de se réconcilier avec le gouvernement »…
Approche difficile, confrontée au principe du contrôle du pouvoir civil sur le militaire, tentant de s’en échapper en précisant que :
« Dans l’idéal, un seul centre de direction de la contre-insurrection doit avoir l’autorité sur les agences gouvernementales impliquées dans les opérations. En règle générale cependant, les commandants militaires s’efforcent d’unir leurs efforts en créant des liens avec des dirigeants de nombreuses agences non militaires... »
Cet « idéal » était déjà mis en avant par David Petraeus dans sa thèse de doctorat, fort des enseignements de la guerre du Vietnam : « Alors que l’armée accepte encore totalement l’article de la Constitution relatif au contrôle des forces armées par le pouvoir civil, la guerre du Vietnam a laissé persister des doutes sur les capacités et les motivations des responsables politiques et de ceux qu’ils nomment à des postes-clés. L’expérience vietnamienne rappelle douloureusement que, lors de conflits, c’est l’armée qui assume le plus lourd fardeau et non ceux qui occupent passagèrement les plus hautes fonctions. »
Déplorant que, pendant cette guerre, l’opinion publique américaine n’ait pas eu la patience ni la volonté de soutenir l’armée jusqu’à la victoire finale...
Il convient donc d’attendre le prochain résultat des élections présidentielles américaines pour savoir dans quelle « direction » le nouveau manuel de « contre-insurrection » sera appliqué…
Portemont, le 16 mai 2008
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