On parle d’invasion économique chinoise. Mais après tout, pourquoi les Chinois n’ont-ils pas conquis le monde plus tôt ? Pourquoi au XVème siècle avoir laissé la main aux Européens ? La question fascine les historiens. Car les Chinois ont eu leur Christophe Colomb..
Ils en avaient les moyens, mais pas le désir. On imagine les Chinois du Moyen- âge comme un peuple des rizières, occupés à se battre dans la steppe contre les Mongols, on les imagine mal marins et explorateurs, mais c’est tout faux.
En 1405, il y a 600 ans tout juste, une gigantesque expédition quitte le port de Nankin : 60 jonques de haute mer, des monstres de 150 mètres de long, 50 mètres de large, des 4 mâts, 5 mâts, parfois 8 ou 9. Des centaines de navires d'accompagnement, chargés d'eau, de vivres et de chevaux. 28 000 hommes embarqués. Destination : l'Inde.
A la tête de la flotte, l'amiral Cheng Ho. Cheng Ho est le Christophe Colomb chinois, mais à côté, Colomb est un nain qui navigue sur trois caravelles de 30 mètres portant 30 hommes chacune.
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Comparaison d'une caravelle de Colomb avec les jonques de Cheng Ho |
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Jonque de Cheng-Ho ? Réplique d'une jonque de Cheng Ho.
130 m de long, 28 m de large 9 mâts dont 60 m pour le plus haut
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La flotte est à la mesure de son chef : Cheng Ho est un colosse de presque deux mètres de haut, musulman, ancien chef des Eunuques impériaux promu amiral. En sept voyages, il explore la côte des Indes, puis l’Arabie jusqu'à Djeddah dans la Mer Rouge, l’Afrique, il débarque à Mogadiscio, rapporte deux girafes à son empereur, descend jusqu’à Java. Lui ou un de ses capitaines atteint l’Australie. Il touche Madagascar, la pointe sud de l’Afrique.
Des cartes vénitiennes mentionnent une incursion chinoise de 2000 kilomètres dans l’Atlantique sud mais les preuves manquent. Un historien anglais, Gavin Menzies, affirme même que Cheng Ho a découvert l’Amérique, ce dont doutent ses collègues spécialisés.
Tout cela se passe 80 ans avant Christophe Colomb. Les voyages de Cheng Ho, qui durent deux ans chacun, s’étalent entre 1405 et 1433. La France galère encore dans la guerre de Cent Ans, ce sont les années Jeanne d’Arc.
Si les Chinois avaient une telle avance et une telle puissance, qu'en
ont-ils fait? Pourquoi n’ont-ils pas colonisé la moitié du monde ? Comme le feront le Portugal, l’Espagne, puis l’Angleterre. En 1400, sous la dynastie Ming, ils sont déjà 100 millions. La flotte de Cheng Ho est entre cinq et dix fois plus puissante que toutes les marines européennes coalisées. Si les Européens avaient croisé l’armada des jonques dans l’Océan Indien, ils auraient été écrabouillés.
La non-expansion chinoise du XVème siècle, le «Grand Repli», intrigue pas
mal les historiens anglo-saxons, comme Daniel Boorstin dans Les découvreurs, ou Louise Levathes dans « When China Ruled the Seas ». Sur le Web : « The Rise and Fall of 15th Century Chinese Seapower ». Cas unique d’un empire qui ne cherche pas à s’étendre. "La Chine avait démontré sa capacité d'expansion maritime, écrit Edwin Reischauer. Ce contraste entre la capacité et la performance, vu avec le recul depuis notre monde moderne de commerce et d'expansion sur les mers, est tout à fait saisissant."
Première cause directe : un changement d’empereur. Qui payait ces
expéditions extravagantes ? Le trésor impérial. C’était une politique d’Etat, visant à impressionner les populations et les convertir à la gloire de la dynastie Ming. Vers 1450, un nouvel empereur interdit la navigation de haute mer et bientôt on punira de mort la construction de jonques géantes. Cheng Ho est décédé en mer pendant son dernier voyage, ses navires pourrissent à quai, on brûle enfin ses livres de bord. Comme pour effacer le souvenir d’une légende.
Pourquoi ce changement de cap à 180 degrés ? Au nord de la steppe, les
Mongols remettent la pression. Il faut envoyer des troupes, réparer la Grande Muraille, ça coûte cher. L’empire n’a plus les moyens de tout financer.
Et puis, la Chine n’a pas envie de s’ouvrir au monde. La classe dirigeante,
les mandarins, ont peur. Ils comprennent fort bien que les expéditions vont enrichir les commerçants, créer une nouvelle classe puissante, la
bourgeoisie, qui menacera à terme leur hégémonie. L’affaire se complique d’une rivalité entre le clan des mandarins et celui des ennuques. Les mandarins imposent à la Chine un modèle rétro : recentrage sur l’agriculture, la famille, les vraies valeurs.
C’est une raison d’état d’esprit, de mental. Les conquistadors européens
partaient pour piller, pour s’enrichir personnellement, c’était des rapaces.
Cheng Ho se fiche de l’or. Il n’a qu’un but : le « show-off », montrer la
puissance de l’empereur Ming, que l'Empire du Milieu est le seul qui compte.
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L’empereur Zhu-Di de le dynastie Ming |
Il n’a pas promis de rapporter de l’or et des épices : la Chine n’en a pas
besoin.
Ce désintéressement sera le talon d’Achille de ce début d’expansion chinoise :
les voyages ne sont pas auto-financés par le pillage ou le commerce. Tout
dépend de l’empereur et quand les subventions s’arrêtent, les huit-mâts
restent à quai. L’inverse des conquistadors qui se payaient sur la bête en
raflant l’or et l’argent, et plus tard par la traite des esclaves. Les
Européens se sont toujours montré d’une rapacité infernale quand ils
débarquaient sur une terre. Pas les Chinois, et c’est ce qui a fait la
différence. Au moment ou Vasco de Gama va surgir dans l’Océan Indien, ils tournent le dos à la mer et se replient derrière une Grande Muraille
mentale.
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Vasco de Gama |
2005 : six siècles après et avec d’autres méthodes, la Chine revient dans la partie. Cheng Ho, aujourd’hui, est peut-être le PDG d’une boîte de
téléphonie ou de PC chinois, qui se prépare à débarquer dans le monde.
Léon M. - 26.05.05
Sur : www.novaplanet.com
Repris par :
http://www.bladi.net/forum/146449-chinois-nont-colonise-monde-tot/ |