mardi 02 décembre 2008

Nous contacter


Effectuer
une recherche
sur le site :


Pour recevoir
la Lettre
des Manants du Roi, j'inscris mon
adresse courriel :

 

Il n’y a pas que le climat qui se réchauffe…

Les esprits aussi… La cause ? Un petit drapeau planté par 4200 mètres de fond sous le pôle Nord.
Etats-Unis, Danemark et Canada ne sauraient laisser les glaces libres aux Russes !
Sous les glaces, des ressources pétrolières et minérales…
Et tous de vouloir leur part du gâteau !

La dorsale Lomonosov

Pour faire suite à l’expédition russe, le Premier ministre canadien Stephen Harper ne tardait pas à se rendre dans ce territoire hostile qu’est le « Pôle Nord ».

Quelques temps auparavant le gouvernement canadien faisait savoir qu’il consacrerait 7 milliards de dollars pour l’acquisition et la maintenance de six nouveaux patrouilleurs qui seraient affectés dans cette région.

Une nouvelle « guerre froide » en perspective ?

Russie, Etats-Unis, Canada et Danemark (Au titre du Groenland) entendent caresser la prometteuse « dorsale de Lomonossov »... découverte par une expédition soviétique en 1948 et nommée en souvenir du poète Mikhail Vasilyevich Lomonosov.

Mikhail Vasilyevich Lomonosov

La Russie a ouvert les câlins par un bel exploit scientifique, déposant son petit drapeau…le 2 août 2007.

Et du 7 au 17 août 2007, les Canadiens déclanchaient l’exercice interarmes « Nanook » qui constituait aux dires du général Chris Whitecross, commandant de la Force opérationnelle interarmées pour le Nord, en : « une opération de souveraineté »…Les opérations se déroulaient dans la région d’Iqaluit, du détroit d’Hudson et dans les régions côtières de l’Ile de Baffin : Exercice militaire le plus important jamais réalisé dans l’histoire des forces armées canadiennes…

Le NCSM Corner Brook lors de l’exercice « Nanook »

Le paysage de ce Nord, jadis qualifié de grand silence blanc, va être quelque peu modifié. Afin d’affirmer sa souveraineté sur un passage du Nord-Ouest, souveraineté qui lui est contestée par les Etats-Unis, les Canadiens devraient sous peu installer des radars et faire quelques voler quelques drones de surveillance. Le 10 août 2007, le gouvernement canadien annonçait la création d’une base d’entraînement militaire à « Resolute Bay », sur l’île Cornwallis, base qui pourra accueillir jusqu'à 100 militaires. Il s’agira d’un centre d'entraînement de combat dans des conditions de froid extrême Ce centre d'entraînement utilisera des locaux gouvernementaux existants mais le coût de la mise en état est estimé à 4 millions de dollars.

Un port en eaux profonde sera aménagé à Nanisivik, ancien site exploitant des mines de plomb et de zinc sur l'île de Baffin. L'installation portuaire existante, munie de docks et de réservoirs basiques est utilisée occasionnellement par des navires de croisière et par les Garde Côtes canadiens.

La reconversion, planifiée de 2010 à 2015, est évaluée à 100 millions de dollars Le site est en cours de décontamination, l'activité minière, qui a cessé depuis 5 ans, avait contaminé les sols par des métaux lourds…

l’île Cornwallis

 

Rappelons que selon certaines prévisions, cette voie pourrait devenir navigable dès 2015 …

Dans ce climat « chaleureux », le 10 août, un navire des gardes-côtes des Etats-Unis mettait le cap vers l’Arctique afin de cartographier les régions qui pourraient être revendiquées comme partie intégrante des Etats-Unis, suivi le 12 août par un brise-glace suédois l’ « Oden », à son bord des scientifiques danois, qui mettait le cap sur le Groenland… Le but ? Démontrer que la dorsale de Lomonossov est rattachée au Groenland et que donc, le pôle Nord n’est qu’une extension géologique du Groenland, territoire danois…

Rassurez-vous :pour entreprendre cette expédition « danoise » préparée de longue date, le brise-glace suédois a dû faire appel à plus puissant que lui : le brise-glace russe « Les 50 ans de la Victoire ». La guerre n’est donc pas encore vraiment déclarée…

© RIA Novosti, Sergey Yeshenko

« Les 50 ans de la Victoire », version modernisée de la deuxième série des brise-glaces nucléaires de type Arktika. Le navire est doté d'un système numérique de direction automatique de nouvelle génération et d'un ensemble récent de dispositifs garantissant la sécurité radiologique et nucléaire. Il s’agit du plus grand brise-glace atomique navigant à ce jour.
Long de 159 mètres, large de 30 m et d'un tirant d'eau de 25.000 tonnes, le navire développe une vitesse de 18 noeuds marins. L'épaisseur maximale des glaces écrasées est de 2,8 mètres. Le navire est doté de deux installations énergétiques nucléaires. Son équipage compte 138 membres.

Tous ces déploiements se font en se référant à l’annexe II de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer. En effet, les pays parties au traité, pourront déposer au plus tard le 12 mai 2009, une demande d’extension de 150 milles au-delà de leurs 200 milles marins, auprès de la Commission des limites du plateau continental. Les cartographes et les scientifiques des pays concernés sont sur le pont… Tous ?

Les Etats-Unis se sont faits fort de ne pas ratifier la Convention sur le droit de la mer, fidèle à leurs habitudes… Et donc, en théorie, ils ne pourront pas saisir les membres de la Commission des limites du plateau continental pour s’opposer  aux prétentions du Danemark, du Canada et de la Russie. Aussi, subitement et sous la pression de la commission aux Affaires étrangères du Sénat américain, John Bellinger, conseiller juridique du département d’Etat américain, déclarait dès juillet 2007 que la ratification rapide de cette fameuse Convention était une priorité de l’administration du Bushland…

La dorsale de Lomonossov en frémit d’aise…Mais il lui faudra encore attendre… La Commission des limites du plateau continental est fortement limitée dans son travail par un honteux manque de moyen !

Dans le compte-rendu de sa séance du 14-22 juin 2007, elle faisait savoir, que ne pouvant examiner que deux demandes de révision par an, et attendant sous toutes réserves 65 requêtes d’ici la date fatidique du 29 mai 2009, il faudra donc attendre 2035 pour savoir qui câlinera la dorsale de Lomonossov !

L’engouement pour l’Arctique est la résultante d’enjeux stratégiques majeurs : enjeux militaires, enjeux économiques et enjeux scientifiques.

Alors que nous vaquons à nos occupations, pinaillons sur nos points de retraite et j’en passe, il y a tout lieu de croire que le Pôle Nord abrite des sous-marins, russes et américains. L’océan Arctique est un petit coin bien tranquille pour faire peser une menace nucléaire permanente sur toutes les grandes villes de l’hémisphère Nord. Mais, pas de panique : c’est quand tout l’arsenal nucléaire occupe les fonds des océans et le dessus des nuages, que nous pouvons dormir en paix…

Les enjeux économiques sont plus incertains : Selon  l'Institut américain de Géologie, 25% des ressources en pétrole encore disponibles sur la planète se trouveraient concentrées dans la région Arctique, et plus précisément à proximité de la dorsale de Lomonossov, une chaîne de montagne sous-marine qui s'étend du Groenland à la Sibérie, revendiquée par la Russie, le Canada, et le Danemark... Sans compter de fortes ressources en nickel et des gisements de diamants.

Le réchauffement climatique pourrait, peut-être, permettre de d’accéder à toutes ces richesses… et ouvrir de nouvelles voies de navigation.

Mais les scientifiques de toutes les grandes puissances entendent aussi s’en mêler et interpellent les gouvernements : Ne doit-on pas privilégier l’équilibre de la biosphère de cette région du monde si fragile plutôt que de rêver à une exploitation intensive de ses ressources naturelles ?

Et quelques voix discordantes de s’élever, dont celle d’Yves Mathieu, qui était recueillie le mercredi 15 août 2007 dans Libération :

Yves Mathieu, ingénieur à l’Institut français du Pétrole, chargé des ressources mondiales d’hydrocarbures, explique à Libération quels sont les tenants et les aboutissants des dernières expéditions arctiques.

Quel est l’enjeu de cette course au pôle Nord ? 
Le domaine territorial des Etats couvre le domaine océanique sur une distance de 200 milles nautiques à partir de la côte. Donc, quand on trace cette limite, le pôle Nord n’appartient à personne. Car il est à plus de 200 milles des côtes canadiennes et groenlandaises, de la Russie, des Etats-unis ou de la Norvège.
Cette limite des 200 milles est la limite d’extension maritime des territoires nationaux dans lesquels les ressources minières, pétrolières, la pêche et autres sont des ressources du pays. Tout le monde est libre d’aller dans la zone qui va au-delà. Le pôle Nord ne fait partie d’aucun de ces pays. Donc, automatiquement, planter un drapeau peut signifier la volonté de s’approprier ce point, et, en ce qui concerne la Russie, celle de repousser la limite de 200 à 300 milles des côtes.
Mais planter un drapeau sur la mer ne donne pas la propriété de la mer. Si vous plantez un drapeau sur une île, si la communauté internationale est d’accord pour dire que vous êtes propriétaire de l’île, vous êtes propriétaire de l’île, mais pas du fond de la mer.
Le fond de la mer est à tout le monde, sauf dans la limite des 200 milles côtiers. Planter un drapeau à 4 200 mètres au fond de la mer, comme l’ont fait les Russes, est une prouesse technique, dont peu d’Etats ont les moyens. Vladimir Poutine a voulu donner une image forte de la Russie. Mais cela n’a pas de signification juridique.

Le pôle Nord regorge-t-il de ressources en hydrocarbures ? 
Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il n’y a pas de pétrole sous le pôle Nord. Pour qu’il y ait du pétrole, il faut qu’il y ait des bas-fonds sédimentaires suffisamment épais. Il y en a tout autour des continents, mais ils sont tous à l’intérieur des 200 milles, donc ils sont déjà dans les domaines attribués par la législation internationale. Etendre son domaine maritime ne consiste donc pas à acquérir des potentialités sur des bassins sédimentaires qui auraient pu contenir du pétrole et du gaz. La course actuelle ne relève pas d’un enjeu pétrolier. Elle tient plutôt du symbole.

Les zones pétrolifères arctiques sont-elles très riches ? 
On a commencé à les explorer dans les années 40. A terre, car la zone arctique comprend la zone au-delà du cercle polaire arctique. Il y a eu de grandes découvertes, Prudhoe Bay en Alaska, Stockman en mer de Barents, et Snohvit dans la partie norvégienne de la mer de Barents. A terre, en Sibérie, il y a le Iamal, la région du Grand Nord qui approvisionne l’Europe en gaz. Tous ces bassins se prolongent en mer. Comme on a trouvé depuis le début de cette exploration, qui touche 10 % des surfaces potentielles, 20 milliards de barils de pétrole et 8 000 milliards de mètres cubes de gaz, on trouvera, si la proportionnalité est conservée, 200 milliards de barils et 80 000 milliards de mètres cubes de gaz. Soit trois ans de consommation mondiale pétrolière et trente ans d’exploitation gazière. Ce sont des estimations, pas des réserves. Quand on ira plus loin en mer ou vers les zones non équipées, il faudra que les découvertes soient suffisantes pour amortir les coûts.

Quel peut être l’effet du réchauffement climatique ? 
Avec la fonte de la banquise, les gens commencent à être intéressés par l’ouverture de passages pour les bateaux. Entre le Japon, la Chine et l’Europe, cela raccourcit de 20 à 30 % le temps de transit de passer par ces régions-là. Le coût de transport sera plus faible. Côté sibérien, les routes devraient s’ouvrir vite. Moins du côté canadien, à cause de la dérive de la banquise.

Le grand « Silence Blanc » n’en a plus pour très longtemps…Le rythme du réchauffement climatique semblerait en effet plus rapide que celui projeté par l’ONU : Des îles jusqu’alors inconnues émergent pour la plus grande joie des géographes, au large du Svalbard en Norvège, mais aussi du Groenland et du Canada…

(Petit voyage dans le Grand Nord à partir d’une lecture de « Diplomatie » numéro 28 de Septembre-Octobre 2007, article passionnant de Sophie Clairet , Chargée de recherche au CAPRI)

Portemont, le 19 octobre 2007

Lire aussi : www.notre-planete.info

Transmettre à un ami
Imprimer
Réagir

 

 
© lesmanantsduroi - Tous droits réservés.