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Gustave Le Bon |
« Une des causes contribuant aussi, en dehors de l’ordre qui y règne, à la puissance de certains pays étrangers (cf : Allemagne, USA), c’est qu’au lieu de la sinistre armée des déclassés fabriqués par notre Université, ils possèdent « une jeunesse ardente et nombreuse qui se répand d’un bout du monde à l’autre et qui travaille à la prospérité des affaires de son pays d’origine. » Gustave LE BON 1911 in Psychologie politique.
LA FRANCE ENRICHIT L’ALLEMAGNE ET FINANCE LES USINES D’ARMEMENTS ALLEMANDES :
« Grâce à une éducation technique remarquable, les Allemands ont acquis cette supériorité, et la lutte contre eux est devenue presque impossible aujourd’hui. Les Anglais eux-mêmes y ont renoncé. Partout où les premiers s’installent, en nombre d’abord restreint, puis chaque jour grandissant, ils s’emparent de toutes les industries, de tout le commerce, et deviennent bientôt les maîtres.
C’est ainsi qu’en moins de vingt ans, ils ont conquis une place prépondérante dans cette magnifique région méditerranéenne, dite Côte d’Azur, jadis grand enjeu de l’histoire. Leur puissance se dessine actuellement sur 200 kilomètres de côtes et s’accentue rapidement.
C’est un peu en colonie de peuplement mais surtout en colonie d’exploitation que les Allemands transforment la Côte d’Azur. Ils ‘emparent d’abord de l’industrie des hôtels, qui sont maintenant presque entièrement dans leurs mains. Le personnel y est exclusivement germanique et la clientèle de plus en plus allemande. En 1906, je fis à Menton un relevé montrant que sur 1.000 étrangers disséminés dans 22 hôtels figuraient 350 allemands et 50 français.
Je n’ai rencontré sur la Côte d’Azur aucun hôtel, sauf quelques auberges de dernière catégorie tenues par des Français.
Cet envahissement, si surprenant pour ceux qui comparent la Côte d’Azur actuelle à son état antérieur, est aussi le résultat d’une cause économique profonde, que l’habileté des hôteliers ne suffirait pas à expliquer.
Avant la guerre de 1870, l’Allemand était pauvre et laborieux. Il est resté laborieux mais il n’est plus pauvre. Son développement industriel l’a conduit à la richesse et aux goûts de luxe qu’elle entraîne. Ce sont les Français qui sont appauvris aujourd’hui.
Donc, l’Allemand travaille et s’enrichit. Après des mois de labeur, il vient chercher sur la Côte d’Azur repos et distractions, espérant bien d’ailleurs y trouver en outre, quelques affaires fructueuses à traiter : placement de marchandises, spéculations de terrains, etc.
L’industrie des hôtels, créée surtout par lui, est si lucrative que le rêve de chaque gérant d’hôtel est naturellement d’en fonder un, à son tour. (…) Quel service nous rendrait l’homme de génie qui nous apprendrait à profiter des richesses de la France, si ingénieusement exploitées par des étrangers, au lieu de nous prêcher l’émigration dans de lointaines régions fiévreuses, pauvres et à peine peuplées ! Avant de prétendre coloniser le Congo ou Madagascar, pourquoi ne pas songer à profiter des richesses dont la France est remplie, aux yeux de qui sait les voir ? » Gustave LE BON 1911 in Psychologie politique.

« Le chiffres des remises versées par le Gouvernement russe aux cinq maisons de Banque de Paris qui se sont chargées du lancement récent d’un emprunt de 1.200 millions s’est monté à 8%, soit 96 millions. Il est navrant de penser que ces sommes énormes dont nous aurions tant besoin pour refaire notre outillage industriel, si inférieur maintenant, passèrent en presque totalité dans les mains des Allemands, fournisseurs attitrés de la Russie pour l’outillage militaire, industriel et naval. » Gustave LE BON 1911 in Psychologie politique
« La contagion mentale a rendu le mécontentement universel. Le socialisme, il y a peu de temps, le syndicalisme et l’anarchisme, maintenant, sont devenus les panacées offertes à tous les maux. Les foules imprégnées des nouvelles doctrines, se composent d’un mélange hétérogène d’arrivistes fervents, de fanatiques convaincus, d’universitaires aigris, d’humanitaires larmoyants et d’une masse immense de doux imbéciles qui suivent tous les mouvements parce que leur faible mentalité les condamne à toujours suivre quelque chose.
Les croyances actuelles : collectivisme, anarchisme, syndicalisme, etc., sont fondées uniquement sur les visions que leurs disciples ont de l’avenir. Ces visions restent forcément chimériques, l’avenir nous étant fermé, mais elles n’en constituent pas moins de puissants mobiles d’action. » Gustave LE BON 1911 in Psychologie politique
« Lorsque le collectivisme nous montre en un éternel mirage l’oasis où l’humanité se reposera dans l’égalité parfaite de ses fatigues séculaires, nous demeurons incrédules… Mais sommes-nous bien sûrs de ne jamais faciliter nous-mêmes inconsciemment la tâche de ces rêveurs ? Nous sourions de leurs utopies, nous protestons contre leur politique que nous croyons décevante et chimérique et tous les jours pourtant, dans l’illusion d’apaiser leur hostilité systématique, nous leurs livrons des lambeaux de nos convictions. » Raymond POINCARE
« En dehors de leurs causes apparentes immédiates, les évènements sont déterminés par un engrenage d’enchaînement lointains. Dans la graine visible l’arbre invisible est contenu. Les crises politiques actuelles nous frappent par leur violence, mais elles sont accompagnées et souvent engendrées par beaucoup d’autres. Leur ensemble révèle une perturbation profonde des esprits.
Il suffit de jeter les yeux autour de soi pour constater que la désorganisation actuelle porte sur toutes les forces morales, vrais soutiens d’un peuple. Crise de la famille qui se dissocie et ne se multiplie que fort lentement, crise des besoins augmentant beaucoup plus rapidement que les moyens de les satisfaire, crise de l’autorité que personne ne respecte, l’idée d’égalité faisant repousser toutes les supériorités, crise de la morale qui s’effondre pendant que la criminalité s’accroît dans d’énormes proportions, crise de la volonté qui s’affaire chaque jour, crise des fonctionnaires qui s’insurgent, des magistrats n’osant plus rendre justice, des instituteurs professant l’anarchie, etc. Les syndicats qui se multiplient ne syndiquent guère que des mécontentements et des haines : haine de la patrie, de l’armée, du capital, des capacités. Il faut vraiment que l’armature mentale formée par l’hérédité soit bien résistante, pour qu’une société qui se désagrège ainsi, puisse se maintenir encore.
Du haut en bas de l’échelle sociale, la discipline s’évanouit et l’autorité disparaît. A cet effondrement général, les dirigeants n’opposent, hélas, qu’une tranquille résignation. Ceux qui jadis ordonnaient ne songent maintenant qu’à obéir. (…) L’anarchie sociale ne se manifeste pas seulement dans les couches inférieures de la société. Elle est, comme toutes les épidémies mentales, une maladie essentiellement contagieuse. La contagion mentale conduit aujourd’hui les conservateurs eux-mêmes à s’allier aux pires anarchistes. Nous avons vu récemment l’archevêque de Paris fraterniser avec un des chefs de la CGT. Dans un récent congrès catholique, le droit de grève, c’est à dire de révolte du fonctionnaire, fut énergiquement soutenu par un prêtre. « Des prêtres, écrit le Temps, défendent et répandent les théories les plus audacieuses, les plus antisociales, les plus anarchiques ».
Le besoin d’une basse popularité ne se développe donc pas seulement chez les socialistes avancés, mais chez des conservateurs qui devraient être les plus fermes soutiens de la société. « Ils peuvent, disait justement le journal cité plus haut, contribuer efficacement à ruiner un ordre social dont ils sont d’ailleurs parmi les principaux bénéficiaires. Quant à recueillir eux-mêmes de ces dégâts un profit politique, utopie, chimère ! » Les syndicalistes et les révolutionnaires se serviraient peut-être d’eux mais ne leur accorderaient rien. C’est surtout par les progrès de l’antipatriotisme que se révèle le développement de notre anarchie. Dans les discours, toujours pleins d’éloges, qu’ils adressent aux instituteurs et aux membres de l’Université, les ministres feignent de croire que le développement de l’antipatriotisme et de l’antimilitarisme est exceptionnel en France. A qui espèrent-ils faire illusion ? Cacher un mal n’est pas le guérir. Malgré sa réserve habituelle, monsieur Raymond Poincaré n’a pas hésité dans un discours récent à insister sur la grandeur du mal, après avoir montré que ces antipatriotes qui refusent de défendre la France contre l’étranger, prêchent avec enthousiasme la guerre civile pour établir le triomphe de leur parti. » Gustave LE BON 1911 in Psychologie politique
« Malgré les difficultés de dégager nettement les idées d’une époque, on peut s’en faire une notion approximative par l’enseignement des maîtres les plus écoutés.
De récents discours académiques, ceux notamment de messieurs Lavisse et Pierre Loti, trahissent clairement les préoccupations actuelles des guides de la jeunesse.
Ils ne sont pas réconfortants, ces discours. Un pessimisme attristé les domine. Ce qu’on y lit surtout, c’est la conviction de l’inutilité de l’effort, une résignation passive devant les évènements, la proclamation de l’impuissance de la science à éclaircir les mystères qui nous enveloppent. Un fatalisme sombre semble envahir, au déclin de leurs jours, l’âme de penseurs qui, à l’aurore de leur activité mentale, étaient tout rayonnants d’espérances. » Gustave LE BON 1910 in Psychologie politique
« L’Etat et la société sont en question et en péril… écrit Monsieur Lavisse. Une démocratie commence par être un tumulte énorme d’instincts, de passions et d’idées. Elle ne sait ni ne peut savoir au juste ce qu’elle veut, et personne n’est en état de proposer à ses obscures volontés le plan de la cité future. Gênée, irritée par les institutions, lois et coutumes, elle s’attaque à tous les étais de la cité présente et tout s’ébranle et semble pencher vers la ruine. … Un jour, il faudra dans tous les Etats du monde, choisir entre les dépenses militaires et les dépenses sociales. Ce jour viendra, il approche. Il mettra en présence deux mondes, deux conceptions différentes de l’humanité. Ce sera le grand jour. (…) L’hétérogène alliance des pacifistes, des socialistes et des universitaires de race latine, pourra peut-être faire éclore dans un pays, le « grand jour » de monsieur Lavisse, mais il aurait son lendemain, ce grand jour rêvé. Ce serait l’asservissement immédiat et le pillage du peuple désarmé par des voisins avides d’encaisser des milliards et de supprimer la concurrence des vaincus.
Ces fâcheuses réalités sont fondées sur des passions que les rêveries humanitaires ne sauraient enrayer. Elles ont jusqu’ici gouverné le monde et sans doute le gouverneront toujours.
Les tendances pessimistes et fatalistes, dont nous venons d’indiquer les symptômes, ne se rencontrent pas seulement dans les discours académiques. Elles envahissent de plus en plus notre enseignement universitaire.
Les professeurs qui ne sont pas des résignés deviennent bientôt des révoltés. Beaucoup se mettent aujourd’hui à la tête du socialisme révolutionnaire.
La lecture de leurs œuvres montre quel mélange d’humanitarisme, de religiosité et d’envie sature leurs âmes. (…) C’est, ont le voit, dans les temples de la science pure que grandissent aujourd’hui les futurs Marat.
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Des élucubrations aussi haineuses sont assurément trop dépourvues de style, de pensée et de vérité, pour exercer quelque influence sur des esprits éclairés. Mais n’oublions pas que leurs auteurs sont les guides de la jeunesse. Quelle génération sortira des mains de pareils maîtres ?
La résignation fataliste d’une part, la révolte envieuse de l’autre, semblent devenir chaque jour davantage les dominantes des éducateurs latins.
L’influence de l’esprit révolutionnaire n’amène que des violences éphémères, celle du fatalisme est plus durable et pour cette raison plus dangereuse. Le fatalisme est la religion des faibles, incapables d’efforts. Appuyé en apparence sur des bases scientifiques, il semble un monstre redoutable. Sa force cependant n’est qu’illusoire.» Gustave LE BON 1910 in Psychologie politique
« Nous ne cessons, malheureusement, de créer des fatalités artificielles dont les conséquences retomberont durement sur nos descendants. Croit-on, par exemple, que vainement se prêchent l’antipatriotisme, l’antinationalisme, l’antimilitarisme et l’anarchie ? Que nous supportons les révoltes des fonctionnaires. Que nous entassons des lois de plus en plus oppressives pour l’industrie. Que les maîtres de l’Université donnent une éducation don le niveau technique et moral s’affaisse chaque jour. Que l’égalité entre tous les hommes soit devenue un dogme obligatoire ?
Est-ce impunément que les membres de cette Université infiltrent dans l’âme de la jeunesse avec la haine des supériorités, créatrices cependant de la puissance d’un peuple, l’indifférence pour toutes les grandes causes, la résignation morne, l’esprit de négation et de dénigrement, l’absence de morale directrice capable d’orienter les volontés ? Comme conséquence, nous descendons rapidement alors que l’Allemagne, guidée par d’autres maitres, ne cesse de grandir. C’est par l’éducation, que nous n’avons pas su manier, qu’elle parvient à désagréger des fatalités subies depuis des siècles.
Il est fort redoutable pour un peuple de s’engager dans une voie ayant le désordre et les révolutions pour inévitable issue. Or, cette voie si dangereuse, nous la suivons de plus en plus. Créer des privilèges à l’incapacité et au désordre, poursuivre d’une haine aveugle les élites et tenter de pratiquer l’égalité par en bas, persécuter les croyances, essayer par des lois vexatoires de s’emparer des fortunes qu’édifie le travail, méconnaître les nécessités naturelles, ignorer le rôle de la race dans l’histoire, exciter sans cesse les jalousies et l’envie, tel est actuellement le rôle des meneurs populaires. Toutes leurs tentatives constituent une œuvre de démagogues que devrait rejeter un grand peuple.
Et pendant que s’accumulent tant de causes de décadence, nous laissons se développer une armée de révolutionnaires fanatiques, sans traditions, sans principes, sans scrupules, n’ayant pour idéal que la violence de leurs appétits et un intense besoin de destruction. Nous leur opposons seulement nos pâles incertitudes, notre indifférence et notre résignation fataliste. A mesure qu’ils menacent, nous cédons davantage. Ne croyant plus à rien, nous ne savons rien défendre. Faiblesse grandissante d’un côté, puissance grandissante de l’autre. La balance oscille encore un peu dans le sens de l’ordre, mais bientôt elle n’oscillera plus. » Gustave LE BON 1910 in Psychologie politique
« Quand le mépris des lois est général, que le principe d’autorité a disparu et que toutes les disciplines qui font la force d’une civilisation s’évanouissent, l’écroulement d’une société est proche. Rien n’est respecté aujourd’hui en dehors de la force. Le fonctionnaire est insolent devant ses chefs, le matelot devant son capitaine, l’ouvrier devant son patron.
Et il faut bien reconnaître aussi, que les vieilles autorités perdent chaque jour leur droit à être respectées. La magistrature ne rend plus la justice et semble réserver toute son indulgence à des forbans, que leur or protège. Les gouvernements obéissant aux pires sectaires, ne protègent plus les citoyens contre les violences, et ne manifestent d’énergie que pour dépouiller et persécuter de vieux moines sans défense.
C’est toute une civilisation qui s’écroule, un passé glorieux qui s’éteint. Des phénomènes du même ordre se manifestèrent à la fin du Directoire après dix ans d’anarchie. Sans doute, la rude main d’un despote suffit alors à rétablir l’ordre, mais à quel prix ! Pouvons-nous, en vérité recommencer des expériences semblables,
Où donc chercher un frein ? Vers qui se retourner ? Vers nous-mêmes seulement, je le répète et non vers les gouvernants, moins encore vers les législateurs.
Que pourraient d’ailleurs ces gouvernants et ces législateurs sans liberté, sans dignité et sans force ? Ils ne songent qu’à obéir aux exigences de comités dont ils sont les esclaves. (…) Le législateur, tel qu’il est élu aujourd’hui, constitue un véritable danger social parce que, dépourvu de caractère et ne songeant qu’à sa réélection, il obéit aux plus bas instincts de la multitude.
Il serait inutile de se le dissimuler. La plèbe seule aujourd’hui nous gouverne. Or, ignorante de ses propres intérêts et rongée par l’envie, elle rêve uniquement de s’emparer des richesses conquises par l’intelligence, et de supprimer toutes les supériorités. Elle en arrive à exiger la confiscation brutale des fortunes, sans lesquelles aucune industrie ne saurait prospérer. Impôt inquisitorial sur le revenu, confiscation du quart des successions, etc. C’est vers la ruine complète de nos finances que, sous son impulsion, nous marchons à grands pas. L’historie sera justement sévère pour les esclaves qui suivent de pareils maîtres, sans jamais chercher à les éclairer.
Les humbles serviteurs du gouvernement populaire croient refaire avec des lois les sociétés, établir l’égalité et déposséder les détenteurs des richesses. Nous avons montré dans cet ouvrage la vanité et les dangers de ces tentatives auxquelles s’acharnent inlassablement nos législateurs. » Gustave LE BON 1910 in Psychologie politique
« Il est certain qu’en France, en Allemagne et en Angleterre, les passions nationalistes avaient été portées au rouge par la presse à la veille du conflit (de 1914) et atteignirent pendant la guerre une intensité quasi pathologique. » Dominique VENNER 2008 in Le siècle de 1914

« Dans son livre, Eté 1914, Mensonges et désinformation (Editions Italiques, Paris, 2004), Léon Schirmann a établi les lourdes responsabilités des dirigeants français et russes. Il a comparé avec les originaux les documents diplomatiques publiés dans le Livre Jaune publié en 1914 par le gouvernement français. Le Quai d’Orsay avait falsifié les dépêches envoyées de Saint-Pétersbourg pour faire croire que la mobilisation autrichienne avait précédé celle de la Russie, ce qui changeait tout. Par la suite une véritable industrie de la falsification s’est mise en place à des fins de propagande, tandis que des poursuites judiciaires muselaient ceux qui tentaient d’établir la vérité. » Dominique VENNER 2008 in Le siècle de 1914
« Ce n’est pas la civilisation européenne qui a provoqué la guerre en 1914, mais au contraire son rejet. Après les désastres des guerres de religion et la guerre de Trente ans (1618-1648), les négociateurs des traités de Westphalie (1648) avaient jeté les bases d’un nouvel « ordre européen » sur les décombres de la Chrétienté.
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Gravure symbolique composée à l'occasion du de la signature du Traité de Westphalie pour célébrer la réconciliation des peuples, réunis - partie supérieure - dans un festin et - partie inférieure - dans une contredanse. Chaque couple, dont le nom est gravé au-dessus ou au dessous de lui, représente un des belligérants.
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Cet ordre ou ce concert s’est maintenu jusqu’en 1914. Pour l’essentiel, il était fondé sur la conscience forte de l’appartenance à une même famille de dynasties et de peuples entre lesquels les guerres devaient rester limitées et soumises au « droit des gens européens » (jus publicum europaeum) défini en 1648. Ce droit européen impliquait une parfaite symétrie entre les Etats. Chacun reconnaissait que la cause des autres était juste. Cette conception permettait de négocier des traités avec l’ennemi de la veille sans en faire un criminel. Il était seulement un adversaire ayant lutté pour une cause juste. Et il pouvait devenir l’allié du lendemain.
Ce droit européen souffrit une première atteinte durant les guerres de la Révolution. Les révolutionnaires français donnèrent d’emblée à leur guerre un caractère idéologique, prétendant au monopole de la juste cause et justifiant la haine illimitée de l’ennemi (les « Tyrans »). Néanmoins, en 1815, au Traité de Vienne, l’Europe renoua avec le principe de son droit des gens.
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La pratique des conférences permit de traverser tout le XIXe siècle sans guerre généralisée. Mais alors pourquoi cet équilibre a-t-il basculé en 1914 ? En plus de toutes les raisons humaines et techniques que nous avons déjà invoquées, il faut aussi tenir compte de l’abandon de l’ancienne culture politique qui avait jusque-là prévalu. Le concert européen reposait sur des valeurs de civilisation communes à toutes les élites dirigeantes. « Ors, écrit Georges-Henri Soutou, depuis la fin du XIXe siècle, la démocratisation de la vie publique, l’arrivée au pouvoir de couches nouvelles, remettent en cause ce véritable club international qui avait jusque-là géré les affaires européennes. » En d’autres termes, les valeurs fondatrices de la civilisation européenne avaient été abandonnées. Ce ne sont donc pas elle qui ont conduit à la catastrophe, mais leur oubli.
L’éveil des passions nationalistes et des haines entre Européens à la veille de 1914 et au-delà est une manifestation de cet oubli. » Dominique VENNER 2008 in Le siècle de 1914
Nous avons montré que les embrasements nationalistes n’ont pas été la cause directe de la guerre. Il n’en reste pas moins qu’ils ont contribué à la fièvre qui, de la rue, a gagné les palais gouvernementaux et les états-majors. Cette mobilisation passionnelle ne devait rien aux principes de l’ancienne Europe. Elle était un héritage direct de la Révolution française.
Après 1870, partout en Europe, le nationalisme d’origine révolutionnaire avait contaminé les esprits, même ceux qui, à l’exemple de Charles Maurras, étaient les adversaires déclarés des principes de 1789.
La poésie du trône, l’attachement traditionnel à la patrie, au pays natal, aux coutumes ancestrales, aux gens qui vous ressemblent, tout cela a été balayé en France entre 1789 et 1793 par la table rase révolutionnaire. Il ne suffisait pas de remplacer l’amour du Roi par celui, plus abstrait, de la Nation. Les révolutionnaires substitueront d’emblée la haine des autres (« aristocrates » ou étrangers) à l’ancienne piété pour la patrie charnelle. Cette substitution se révéla efficace pour enflammer des masses composées d’individus ayant perdu leurs anciennes fidélités. Si efficace qu’elle a été progressivement adoptée en Europe par les adversaires de la Révolution qui l’ont retournée contre celle-ci. Ainsi est né au cours du XIXe siècle le nationalisme haineux, puissant et détestable instrument de ralliement des masses plus ou moins déracinées. » Dominique VENNER 2008 in Le siècle de 1914 » |