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Du « Désarmement »... Du « Pacifisme »... Fin...

Des « Causes inavouées et inavouables des deux dernières guerres mondiales »...
Des « causes » toujours dans l'air du temps...

Et encore merci à « JMT » pour son remarquable travail.

Portemont, le 12 janvier 2010

Gustave Le Bon

« Une des causes contribuant aussi, en dehors de l’ordre qui y règne, à la puissance de certains pays étrangers (cf : Allemagne, USA), c’est qu’au lieu de la sinistre armée des déclassés fabriqués par notre Université, ils possèdent « une jeunesse ardente et nombreuse qui se répand d’un bout du monde à l’autre et qui travaille à la prospérité des affaires de son pays d’origine. » Gustave LE BON 1911 in Psychologie politique.

LA FRANCE ENRICHIT L’ALLEMAGNE ET FINANCE LES USINES D’ARMEMENTS ALLEMANDES :

« Grâce à une éducation technique remarquable, les Allemands ont acquis cette supériorité, et la lutte contre eux est devenue presque impossible aujourd’hui. Les Anglais eux-mêmes y ont renoncé. Partout où les premiers s’installent, en nombre d’abord restreint, puis chaque jour grandissant, ils s’emparent de toutes les industries, de tout le commerce, et deviennent bientôt les maîtres.
C’est ainsi qu’en moins de vingt ans, ils ont conquis une place prépondérante dans cette magnifique région méditerranéenne, dite Côte d’Azur, jadis grand enjeu de l’histoire. Leur puissance se dessine actuellement sur 200 kilomètres de côtes et s’accentue rapidement.
C’est un peu en colonie de peuplement mais surtout en colonie d’exploitation que les Allemands transforment la Côte d’Azur. Ils ‘emparent d’abord de l’industrie des hôtels, qui sont maintenant presque entièrement dans leurs mains. Le personnel y est exclusivement germanique et la clientèle de plus en plus allemande. En 1906, je fis à Menton un relevé montrant que sur 1.000 étrangers disséminés dans 22 hôtels figuraient 350 allemands et 50 français.
Je n’ai rencontré sur la Côte d’Azur aucun hôtel, sauf quelques auberges de dernière catégorie tenues par des Français.
Cet envahissement, si surprenant pour ceux qui comparent la Côte d’Azur actuelle à son état antérieur, est aussi le résultat d’une cause économique profonde, que l’habileté des hôteliers ne suffirait pas à expliquer.
Avant la guerre de 1870, l’Allemand était pauvre et laborieux. Il est resté laborieux mais il n’est plus pauvre. Son développement industriel l’a conduit à la richesse et aux goûts de luxe qu’elle entraîne. Ce sont les Français qui sont appauvris aujourd’hui.
Donc, l’Allemand travaille et s’enrichit. Après des mois de labeur, il vient chercher sur la Côte d’Azur repos et distractions, espérant bien d’ailleurs y trouver en outre, quelques affaires fructueuses à traiter : placement de marchandises, spéculations de terrains, etc.
L’industrie des hôtels, créée surtout par lui, est si lucrative que le rêve de chaque gérant d’hôtel est naturellement d’en fonder un, à son tour. (…) Quel service nous rendrait l’homme de génie qui nous apprendrait à profiter des richesses de la France, si ingénieusement exploitées par des étrangers, au lieu de nous prêcher l’émigration dans de lointaines régions fiévreuses, pauvres et à peine peuplées ! Avant de prétendre coloniser le Congo ou Madagascar, pourquoi ne pas songer à profiter des richesses dont la France est remplie, aux yeux de qui sait les voir ? » Gustave LE BON 1911 in Psychologie politique.

« Le chiffres des remises versées par le Gouvernement russe aux cinq maisons de Banque de Paris qui se sont chargées du lancement récent d’un emprunt de 1.200 millions s’est monté à 8%, soit 96 millions. Il est navrant de penser que ces sommes énormes dont nous aurions tant besoin pour refaire notre outillage industriel, si inférieur maintenant, passèrent en presque totalité dans les mains des Allemands, fournisseurs attitrés de la Russie pour l’outillage militaire, industriel et naval. » Gustave LE BON 1911 in Psychologie politique

« La contagion mentale a rendu le mécontentement universel. Le socialisme, il y a peu de temps, le syndicalisme et l’anarchisme, maintenant, sont devenus les panacées offertes à tous les maux. Les foules imprégnées des nouvelles doctrines, se composent d’un mélange hétérogène d’arrivistes fervents, de fanatiques convaincus, d’universitaires aigris, d’humanitaires larmoyants et d’une masse immense de doux imbéciles qui suivent tous les mouvements parce que leur faible mentalité les condamne à toujours suivre quelque chose.
Les croyances actuelles : collectivisme, anarchisme, syndicalisme, etc., sont fondées uniquement sur les visions que leurs disciples ont de l’avenir. Ces visions restent forcément chimériques, l’avenir nous étant fermé, mais elles n’en constituent pas moins de puissants mobiles d’action. » Gustave LE BON  1911 in Psychologie politique

« Lorsque le collectivisme nous montre en un éternel mirage l’oasis où l’humanité se reposera dans l’égalité parfaite de ses fatigues séculaires, nous demeurons incrédules… Mais sommes-nous bien sûrs de ne jamais faciliter nous-mêmes inconsciemment la tâche de ces rêveurs ? Nous sourions de leurs utopies, nous protestons contre leur politique que nous croyons décevante et chimérique et tous les jours pourtant, dans l’illusion d’apaiser leur hostilité systématique, nous leurs livrons des lambeaux de nos convictions. »  Raymond POINCARE

« En dehors de leurs causes apparentes immédiates, les évènements sont déterminés par un engrenage d’enchaînement lointains. Dans la graine visible l’arbre invisible est contenu. Les crises politiques actuelles nous frappent par leur violence, mais elles sont accompagnées et souvent engendrées par beaucoup d’autres. Leur ensemble révèle une perturbation profonde des esprits.
Il suffit de jeter les yeux autour de soi pour constater que la désorganisation actuelle porte sur toutes les forces morales, vrais soutiens d’un peuple. Crise de la famille qui se dissocie et ne se multiplie que fort lentement, crise des besoins augmentant beaucoup plus rapidement que les moyens de les satisfaire, crise de l’autorité que personne ne respecte, l’idée d’égalité faisant repousser toutes les supériorités, crise de la morale qui s’effondre pendant que la criminalité s’accroît dans d’énormes proportions, crise de la volonté qui s’affaire chaque jour, crise des fonctionnaires qui s’insurgent, des magistrats n’osant plus rendre justice, des instituteurs professant l’anarchie, etc. Les syndicats qui se multiplient ne syndiquent guère que des mécontentements et des haines : haine de la patrie, de l’armée, du capital, des capacités. Il faut vraiment que l’armature mentale formée par l’hérédité soit bien résistante, pour qu’une société qui se désagrège ainsi, puisse se maintenir encore.
Du haut en bas de l’échelle sociale, la discipline s’évanouit et l’autorité disparaît. A cet effondrement général, les dirigeants n’opposent, hélas, qu’une tranquille résignation. Ceux qui jadis ordonnaient ne songent maintenant qu’à obéir. (…) L’anarchie sociale ne se manifeste pas seulement dans les couches inférieures de la société. Elle est, comme toutes les épidémies mentales, une maladie essentiellement contagieuse. La contagion mentale conduit aujourd’hui les conservateurs eux-mêmes à s’allier aux pires anarchistes. Nous avons vu récemment l’archevêque de Paris  fraterniser avec un des chefs de la CGT. Dans un récent congrès catholique, le droit de grève, c’est à dire de révolte du fonctionnaire, fut énergiquement soutenu par un prêtre. « Des prêtres, écrit le Temps, défendent et répandent les théories les plus audacieuses, les plus antisociales, les plus anarchiques ».
Le besoin d’une basse popularité ne se développe donc pas seulement chez les socialistes avancés, mais chez des conservateurs qui devraient être les plus fermes soutiens de la société. « Ils peuvent, disait justement le journal cité plus haut, contribuer efficacement à ruiner un ordre social dont ils sont d’ailleurs parmi les principaux bénéficiaires. Quant à recueillir eux-mêmes de ces dégâts un profit politique, utopie, chimère ! » Les syndicalistes et les révolutionnaires se serviraient peut-être d’eux mais ne leur accorderaient rien. C’est surtout par les progrès de l’antipatriotisme que se révèle le développement de notre anarchie. Dans les discours, toujours pleins d’éloges, qu’ils adressent aux instituteurs et aux membres de l’Université, les ministres feignent de croire que le développement de l’antipatriotisme et de l’antimilitarisme est exceptionnel en France. A qui espèrent-ils faire illusion ? Cacher un mal n’est pas le guérir. Malgré sa réserve habituelle, monsieur Raymond Poincaré n’a pas hésité dans un discours récent à insister sur la grandeur du mal, après avoir montré que ces antipatriotes qui refusent de défendre la France contre l’étranger, prêchent avec enthousiasme la guerre civile pour établir le triomphe de leur parti. » Gustave LE BON  1911 in Psychologie politique

« Malgré les difficultés de dégager nettement les idées d’une époque, on peut s’en faire une notion approximative par l’enseignement des maîtres les plus écoutés.
De récents discours académiques, ceux notamment de messieurs Lavisse et Pierre Loti, trahissent clairement les préoccupations actuelles des guides de la jeunesse.
Ils ne sont pas réconfortants, ces discours. Un pessimisme attristé les domine. Ce qu’on y lit surtout, c’est la conviction de l’inutilité de l’effort, une résignation passive devant les évènements, la proclamation de l’impuissance de la science à éclaircir les mystères qui nous enveloppent. Un fatalisme sombre semble envahir, au déclin de leurs jours, l’âme de penseurs qui, à l’aurore de leur activité mentale, étaient tout rayonnants d’espérances. » Gustave LE BON 1910 in Psychologie politique

« L’Etat et la société sont en question et en péril… écrit Monsieur Lavisse. Une démocratie commence par être un tumulte énorme d’instincts, de passions et d’idées. Elle ne sait ni ne peut savoir au juste ce qu’elle veut, et personne n’est en état de proposer à ses obscures volontés le plan de la cité future. Gênée, irritée par les institutions, lois et coutumes, elle s’attaque à tous les étais de la cité présente et tout s’ébranle et semble pencher vers la ruine. … Un jour, il faudra dans tous les Etats du monde, choisir entre les dépenses militaires et les dépenses sociales. Ce jour viendra, il approche. Il mettra en présence deux mondes, deux conceptions différentes de l’humanité. Ce sera le grand jour. (…) L’hétérogène alliance des pacifistes, des socialistes et des universitaires de race latine, pourra peut-être faire éclore dans un pays, le « grand jour » de monsieur Lavisse, mais il aurait son lendemain, ce grand jour rêvé. Ce serait l’asservissement immédiat et le pillage du peuple désarmé par des voisins avides d’encaisser des milliards et de supprimer la concurrence des vaincus.
Ces fâcheuses réalités sont fondées sur des passions que les rêveries humanitaires ne sauraient enrayer. Elles ont jusqu’ici gouverné le monde et sans doute le gouverneront toujours.
Les tendances pessimistes et fatalistes, dont nous venons d’indiquer les symptômes, ne se rencontrent pas seulement dans les discours académiques. Elles envahissent de plus en plus notre enseignement universitaire.
Les professeurs qui ne sont pas des résignés deviennent bientôt des révoltés. Beaucoup se mettent aujourd’hui à la tête du socialisme révolutionnaire.
La lecture de leurs œuvres montre quel mélange d’humanitarisme, de religiosité et d’envie sature leurs âmes. (…) C’est, ont le voit, dans les temples de la science pure que grandissent aujourd’hui les futurs Marat.

Marat

Des élucubrations aussi haineuses sont assurément trop dépourvues de style, de pensée et de vérité, pour exercer quelque influence sur des esprits éclairés. Mais n’oublions pas que leurs auteurs sont les guides de la jeunesse. Quelle génération sortira des mains de pareils maîtres ?
La résignation fataliste d’une part, la révolte envieuse de l’autre, semblent devenir chaque jour davantage les dominantes des éducateurs latins.
L’influence de l’esprit révolutionnaire n’amène que des violences éphémères, celle du fatalisme est plus durable et pour cette raison plus dangereuse. Le fatalisme est la religion des faibles, incapables d’efforts. Appuyé en apparence sur des bases scientifiques, il semble un monstre redoutable. Sa force cependant n’est qu’illusoire.» Gustave LE BON 1910 in Psychologie politique

« Nous ne cessons, malheureusement, de créer des fatalités artificielles dont les conséquences retomberont durement sur nos descendants. Croit-on, par exemple, que vainement se prêchent l’antipatriotisme, l’antinationalisme, l’antimilitarisme et l’anarchie ? Que nous supportons les révoltes des fonctionnaires. Que nous entassons des lois de plus en plus oppressives pour l’industrie. Que les maîtres de l’Université donnent une éducation don le niveau technique et moral s’affaisse chaque jour. Que l’égalité entre tous les hommes soit devenue un dogme obligatoire ?
Est-ce impunément que les membres de cette Université infiltrent dans l’âme de la jeunesse avec la haine des supériorités, créatrices cependant de la puissance d’un peuple, l’indifférence pour toutes les grandes causes, la résignation morne, l’esprit de négation et de dénigrement, l’absence de morale directrice capable d’orienter les volontés ? Comme conséquence, nous descendons rapidement alors que l’Allemagne, guidée par d’autres maitres, ne cesse de grandir. C’est par l’éducation, que nous n’avons pas su manier, qu’elle parvient à désagréger des fatalités subies depuis des siècles.
Il est fort redoutable pour un peuple de s’engager dans une voie ayant le désordre et les révolutions pour inévitable issue. Or, cette voie si dangereuse, nous la suivons de plus en plus. Créer des privilèges à l’incapacité et au désordre, poursuivre d’une haine aveugle les élites et tenter de pratiquer l’égalité par en bas, persécuter les croyances, essayer par des lois vexatoires de s’emparer des fortunes qu’édifie le travail, méconnaître les nécessités naturelles, ignorer le rôle de la race dans l’histoire, exciter sans cesse les jalousies et l’envie, tel est actuellement le rôle des meneurs populaires. Toutes leurs tentatives constituent une œuvre de démagogues que devrait rejeter un grand peuple.
Et pendant que s’accumulent tant de causes de décadence, nous laissons se développer une armée de révolutionnaires fanatiques, sans traditions, sans principes, sans scrupules, n’ayant pour idéal que la violence de leurs appétits et un intense besoin de destruction. Nous leur opposons seulement nos pâles incertitudes, notre indifférence et notre résignation fataliste. A mesure qu’ils menacent, nous cédons davantage. Ne croyant plus à rien, nous ne savons rien défendre. Faiblesse grandissante d’un côté, puissance grandissante de l’autre. La balance oscille encore un peu dans le sens de l’ordre, mais bientôt elle n’oscillera plus. » Gustave LE BON 1910 in Psychologie politique

« Quand le mépris des lois est général, que le principe d’autorité a disparu et que toutes les disciplines qui font la force d’une civilisation s’évanouissent, l’écroulement d’une société est proche. Rien n’est respecté aujourd’hui en dehors de la force. Le fonctionnaire est insolent devant ses chefs, le matelot devant son capitaine, l’ouvrier devant son patron.
Et il faut bien reconnaître aussi, que les vieilles autorités perdent chaque jour leur droit à être respectées. La magistrature ne rend plus la justice et semble réserver toute son indulgence à des forbans, que leur or protège. Les gouvernements obéissant aux pires sectaires, ne protègent plus les citoyens contre les violences, et ne manifestent d’énergie que pour dépouiller et persécuter de vieux moines sans défense.
C’est toute une civilisation qui s’écroule, un passé glorieux qui s’éteint. Des phénomènes du même ordre se manifestèrent à la fin du Directoire après dix ans d’anarchie. Sans doute, la rude main d’un despote suffit alors à rétablir l’ordre, mais à quel prix ! Pouvons-nous, en vérité recommencer des expériences semblables,
Où donc chercher un frein ?  Vers qui se retourner ? Vers nous-mêmes seulement, je le répète et non vers les gouvernants, moins encore vers les législateurs.
Que pourraient d’ailleurs ces gouvernants et ces législateurs sans liberté, sans dignité et sans force ? Ils ne songent qu’à obéir aux exigences de comités dont ils sont les esclaves. (…) Le législateur, tel qu’il est élu aujourd’hui, constitue un véritable danger social parce que, dépourvu de caractère et ne songeant qu’à sa réélection, il obéit aux plus bas instincts de la multitude.
Il serait inutile de se le dissimuler. La plèbe seule aujourd’hui nous gouverne. Or, ignorante de ses propres intérêts et rongée par l’envie, elle rêve uniquement de s’emparer des richesses conquises par l’intelligence, et de supprimer toutes les supériorités. Elle en arrive à exiger la confiscation brutale des fortunes, sans lesquelles aucune industrie ne saurait prospérer. Impôt inquisitorial sur le revenu, confiscation du quart des successions, etc. C’est vers la ruine complète de nos finances que, sous son impulsion, nous marchons à grands pas. L’historie sera justement sévère pour les esclaves qui suivent de pareils maîtres, sans jamais chercher à les éclairer.
Les humbles serviteurs du gouvernement populaire croient refaire avec des lois les sociétés, établir l’égalité et déposséder les détenteurs des richesses. Nous avons montré dans cet ouvrage la vanité et les dangers de ces tentatives auxquelles s’acharnent inlassablement nos législateurs. » Gustave LE BON 1910 in Psychologie politique

« Il est certain qu’en France, en Allemagne et en Angleterre, les passions nationalistes avaient été portées au rouge par la presse à la veille du conflit (de 1914) et atteignirent pendant la guerre une intensité quasi pathologique. » Dominique VENNER   2008 in Le siècle de 1914

« Dans son livre, Eté 1914, Mensonges et désinformation (Editions Italiques, Paris, 2004), Léon Schirmann a établi les lourdes responsabilités des dirigeants français et russes. Il a comparé avec les originaux les documents diplomatiques publiés dans le Livre Jaune publié en 1914 par le gouvernement français. Le Quai d’Orsay avait falsifié les dépêches envoyées de Saint-Pétersbourg pour faire croire que la mobilisation autrichienne avait précédé celle de la Russie, ce qui changeait tout. Par la suite une véritable industrie de la falsification s’est mise en place à des fins de propagande, tandis que des poursuites judiciaires muselaient ceux qui tentaient d’établir la vérité. » Dominique VENNER  2008 in Le siècle de 1914

« Ce n’est pas la civilisation européenne qui a provoqué la guerre en 1914, mais au contraire son rejet. Après les désastres des guerres de religion et la guerre de Trente ans (1618-1648), les négociateurs des traités de Westphalie (1648) avaient jeté les bases d’un nouvel « ordre européen » sur les décombres de la Chrétienté.

Gravure symbolique composée à l'occasion du de la signature du Traité de Westphalie pour célébrer la réconciliation des peuples, réunis - partie supérieure - dans un festin et - partie inférieure - dans une contredanse. Chaque couple, dont le nom est gravé au-dessus ou au dessous de lui, représente un des belligérants.

Cet ordre ou ce concert s’est maintenu jusqu’en 1914. Pour l’essentiel, il était fondé sur la conscience forte de l’appartenance à une même famille de dynasties et de peuples entre lesquels les guerres devaient rester limitées et soumises au « droit des gens européens » (jus publicum europaeum) défini en 1648. Ce droit européen impliquait une parfaite symétrie entre les Etats. Chacun reconnaissait que la cause des autres était juste. Cette conception permettait de négocier des traités avec l’ennemi de la veille sans en faire un criminel. Il était seulement un adversaire ayant lutté pour une cause juste. Et il pouvait devenir l’allié du lendemain.

Ce droit européen souffrit une première atteinte durant les guerres de la Révolution. Les révolutionnaires français donnèrent d’emblée à leur guerre un caractère idéologique, prétendant au monopole de la juste cause et justifiant la haine illimitée de l’ennemi (les « Tyrans »). Néanmoins, en 1815, au Traité de Vienne, l’Europe renoua avec le principe de son droit des gens.

Le Congrès de Vienne

La pratique des conférences permit de traverser tout le XIXe siècle sans guerre généralisée. Mais alors pourquoi cet équilibre a-t-il basculé en 1914 ? En plus de toutes les raisons humaines et techniques que nous avons déjà invoquées, il faut aussi tenir compte de l’abandon de l’ancienne culture politique qui avait jusque-là prévalu. Le concert européen reposait sur des valeurs de civilisation communes à toutes les élites dirigeantes. « Ors, écrit Georges-Henri Soutou, depuis la fin du XIXe siècle, la démocratisation de la vie publique, l’arrivée au pouvoir de couches nouvelles, remettent en cause ce véritable club international qui avait jusque-là géré les affaires européennes. » En d’autres termes, les valeurs fondatrices de la civilisation européenne avaient été abandonnées. Ce ne sont donc pas elle qui ont conduit à la catastrophe, mais leur oubli.
L’éveil des passions nationalistes et des haines entre Européens à la veille de 1914 et au-delà est une manifestation de cet oubli. » Dominique VENNER  2008 in Le siècle de 1914
Nous avons montré que les embrasements nationalistes n’ont pas été la cause directe de la guerre. Il n’en reste pas moins qu’ils ont contribué à la fièvre qui, de la rue, a gagné les palais gouvernementaux et les états-majors. Cette mobilisation passionnelle ne devait rien aux principes de l’ancienne Europe. Elle était un héritage direct de la Révolution française.
Après 1870, partout en Europe, le nationalisme d’origine révolutionnaire avait contaminé les esprits, même ceux qui, à l’exemple de Charles Maurras, étaient les adversaires déclarés des principes de 1789.

La poésie du trône, l’attachement traditionnel à la patrie, au pays natal, aux coutumes ancestrales, aux gens qui vous ressemblent, tout cela a été balayé en France entre 1789 et 1793 par la table rase révolutionnaire. Il ne suffisait pas de remplacer l’amour du Roi par celui, plus abstrait, de la Nation. Les révolutionnaires substitueront d’emblée la haine des autres (« aristocrates » ou étrangers) à l’ancienne piété pour la patrie charnelle. Cette substitution se révéla efficace pour enflammer des masses composées d’individus ayant perdu leurs anciennes fidélités. Si efficace qu’elle a été progressivement adoptée en Europe par les adversaires de la Révolution qui l’ont retournée contre celle-ci. Ainsi est né au cours du XIXe siècle le nationalisme haineux, puissant et détestable instrument de ralliement des masses plus ou moins déracinées. » Dominique VENNER  2008 in Le siècle de 1914 »

« La guerre mondiale (celle de 14) n’a résolu aucun problème, elle s’est achevée sur une paix mauvaise. Intérieurement, elle continue. Nos alliés n’avaient pas une idée positive de la guerre ni conscience d’une mission correspondante. Leur idéologie était humanitaire et pacifiste. L’idée maçonnique y dominait. Or, la franc-maçonnerie, en fin de compte, veut affaiblir toutes les nations, les priver de leur caractère individuel et remplacer l’Eglise du christ par une pseudo-Eglise humaniste, l’universalité concrète de l’humanité par une unité abstraite. La vieille Europe chrétienne périt de ce conflit, de la guerre intérieure continuée entre la France et l’Allemagne. Celle-ci a été ennoblie par sa défaite et mérite une autre attitude que celle des Alliés pendant la guerre. Les forces hostiles au christianisme ont décomposé la guerre et l’ont privée de son sens intérieur. Alors, la vérité du monde entre dans ses droits. Il y a des périodes de l’historie où la guerre devient un mal absolu, quand l’instinct de la santé spirituelle et religieuse doit exiger la paix pour le monde entier. Alors, s’il n’y a pas de paix en Europe, celle-ci est menacée de périr. L’Orient mongol risque de triompher. Il est pourtant impossible de se bercer d’espoirs optimistes. La division spirituelle de l’Europe justifie des pressentiments pessimistes. » Nicolas BERDIAEV  1918 in De l’inégalité

Nicolas Berdiaev


« Remarquons que les pseudo-pacifistes, qui se revendiquent volontiers de l’ordre républicain, se réclament d’un régime politique qui n’a pas hésité en maintes occasions à envoyer des millions de jeunes Français inutilement à la mort. Les pacifistes, les antimilitaristes, manipulés par des politiciens corrompus et ineptes, nous ont amené les deux grandes guerres tragiques de 14-18 et 39-45. Dans les deux cas, notre armée était dans un état d’impréparation psychologique et technique dramatique. Lors de la dernière guerre de 39-45, l’armée était dans une situation de désorganisation structurelle et de déroute morale et humaine telle, qu’on peut parler d’acte de forfaiture. Ce sont les mêmes gens des gouvernements issus du Front populaire, responsables de ce désastre, qui reviendront en « vainqueurs » à la Libération. » Jean-Louis OMER  2008 in Pour un avenir de la nation

« Les soldats de 14-18 savaient-ils pourquoi ils allaient se battre et risquer leur peau ? Pas vraiment ; on peut même dire qu’ils ont été trahis : ils sont morts pour la République, alors qu’ils croyaient qu’ils allaient se battre et peut-être mourir pour la France… » Jean-Louis OMER  2008 in Pour un avenir de la nation


« L’effondrement subit de la France, qui a surpris tout le monde partout, a simplement montré à quel point le pays était déraciné. Un arbre dont les racines sont presque entièrement rongées tombe au premier choc. Si la France a présenté un spectacle plus pénible qu’aucun autre pays d’Europe c’est que la civilisation moderne avec ses poisons y était installée plus avant qu’ailleurs, à l’exception de l’Allemagne. Mais en Allemagne le déracinement avait pris la forme agressive, et en France, il a pris celui de la léthargie et de la stupeur. La différence tient à des causes plus ou moins cachées, mais dont on pourrait trouver quelques-unes sans doute, si l’on cherchait. Inversement, le pays qui devant la première vague de terreur allemande s’est de loin le mieux tenu est celui où la tradition est la plus vivante et la mieux préservée, c'est-à-dire l’Angleterre.

En France, le déracinement de la condition prolétarienne avait réduit une grande partie des ouvriers à un état de stupeur inerte et jeté une autre partie dans une attitude de guerre à l’égard de la société. Le même argent qui avait brutalement coupé les racines dans les milieux ouvriers les avait rongées dans les milieux bourgeois, car la richesse est cosmopolite ; le faible attachement au pays qui pouvait y demeurer intact était de bien loin dépassé, surtout depuis 1936, par la peur et la haine à l’égard des ouvriers. Les paysans, eux aussi, presque déracinés depuis la guerre de 1914, démoralisés par le rôle de chair à canon qu’ils y avaient joué, par l’argent qui prenait dans leur vie une part toujours croissante, et par des contacts beaucoup trop fréquents avec la corruption des villes. Quant à l’intelligence, elle était presque éteinte.

Cette maladie générale du pays a pris la forme d’une espèce de sommeil qui seul a empêché la guerre civile. La France a haï la guerre qui menaçait de l’empêcher de dormir. A moitié assommée par le coup terrible de mai et juin 1940, elle s’est jetée dans les bras de Pétain pour pouvoir continuer à dormir dans un semblant de sécurité. Depuis lors l’oppression ennemie a transformé ce sommeil en un cauchemar tellement douloureux qu’elle s’agite et attend anxieusement les secours extérieurs qui l’éveilleront. (écrit en 1943 …)

Sous l’effet de la guerre, la maladie du déracinement a pris dans toute l’Europe une acuité telle qu’on peut légitimement en être épouvanté. La seule indication qui donne quelque espoir, c’est que la souffrance a rendu un certain degré de vie à des souvenirs naguère presque morts, comme ne France ceux de 1789. (…)

Quant au continent américain, comme son peuplement depuis plusieurs siècles, est fondé avant tout sur l’immigration, l’influence dominante qu’il va probablement exercer aggrave beaucoup le péril.
Dans cette situation presque désespérée, on ne peut trouver ici-bas de secours que dans les îlots de passé demeurés vivants sur la surface de la terre. (…) Ce sont les gouttes de passé vivant qui sont à préserver jalousement, partout, à Paris ou à Tahiti indistinctement, car il n’y en a pas trop sur le globe entier.
Il serait vain de se détourner du passé pour ne penser qu’à l’avenir. C’est une illusion dangereuse de croire qu’il y ait même là une possibilité. L’opposition entre l’avenir et le passé est absurde. L’avenir ne nous apporte rien, ne nous donne rien ; c’est nous qui pour le construire devons tout lui donner, lui donner notre vie elle-même. Mais pour donner, il faut posséder, et nous ne possédons d’autre vie, d’autre sève, que les trésors hérités du passé et digérés, assimilés, recréés par nous. De tous les besoins de l’âme humaine, il n’y en a pas de plus vital que le passé. » Simone WEILL  1943 in L’enracinement

Simone Weill


 « Augustin Cochin s’émeut de cette double guerre civile (guerre sociale et guerre religieuse) qui a précédé la grande guerre : il voit d’un côté les socialistes imbus des doctrines négatives, de l’autre la franc-maçonnerie dédaignant de rester société secrète, levant visière, sonnant la charge pour donner l’assaut final, croyait-elle, au catholicisme qu’elle imaginait en ruines. Il voit surtout par la négation de Dieu la morale s’évanouir ; la volonté humaine, cette chose éphémère, ondoyante et versatile, s’ériger en absolu, par delà le bien et le mal : « ridicolosissimo eroe » ! se serait écrié Pascal.

 Et dans le désarroi de toute règle morale, il voit la démocratie parlementaire fléchir à tout moment devant les agressions de la démocratie directe : confusion des pouvoirs, défaillance des responsabilités, tyrannie arbitraire d’une société. (…) L’idée fondamentale, le leitmotiv de son Discours préliminaire tient dans cette phrase : « Quels que soient les efforts et les espérances de la raison, le moraliste sans foi, le citoyen sans tradition, l’homme sans expérience restent de pauvres gens, exposés à toutes les défaites. » Signé A.A.préfacier du livre d’Augustin Cochin « La Révolution et la libre-pensée » édition 1924 Librairie PLON

Augustin Cochin


« Emporté par la passion, Jean-Pierre Chevènement a attribué le renouveau nationaliste allemand au national-socialisme. Même si c’est à la mode, rappelons que le nazisme n’est pas un accident dans l’histoire allemande. Il n’est que l’aboutissement exacerbé et peut-être provisoire, d’un mouvement national qui remonte aux Lumières et à la Révolution française.
 Le nationalisme allemand est inhérent à la gauche : sa première expression est la manifestation de la Wartburg organisée en 1817 par les Burschenschaften, association d’étudiants hostiles à la politique de Metternich.

De 1817 à 1871, le nationalisme unitaire s’exprime non chez les princes dans la bourgeoisie mais dans le monde universitaire, derrière les historiens ou certains théologiens protestants libéraux, plus ou moins en rupture de ban avec la hiérarchie ecclésiastique, tel Paul de Lagarde. Il s’exprime aussi chez les intellectuels socialistes qui, comme Lassalle, poussent Bismarck à soutenir le Piémont en 1859.
L’unité allemande est largement due aux erreurs de Napoléon III qui pendant longtemps, aide Bismarck contre les Habsbourg et les Etats (à majorité catholique) d’Allemagne du Sud (Bade, Bavière, Wurtemberg) hostiles à la Prusse et à l’unification allemande.
Après la création du Reich en 1871 se développe le pangermanisme dans lequel les socialistes allemands tiennent fort bien leur partition. Le SPD est un parti d’inspiration marxiste mais non marxiste comme le prouve la condamnation du programme de Gotta en 1875 par Marx et Engels. » Professeur François-Georges DREYFUS in La Nef de juillet-août 2000


Il suffisait de lire...

« Dans les années 30, j’ai reçu la visite de plusieurs personnalités très connues, avocats, médecins, hommes d’affaires, parmi lesquels le président de la Ligue contre l’antisémitisme, la LICA, Pierre Bloch, et mon ami Lucien Rachet. Ils m’ont dit : « Hitler a publié en Allemagne un livre abominable, Mein Kampf, qui se veut la bible de la haine contre la France et contre les juifs. Il faut absolument le faire connaître aux leaders d’opinion. Nous avons trouvé un éditeur qui accepte de l’imprimer, mais qui refuse de mettre son nom, par peur des représailles. Acceptez-vous de nous aider ? » J’ai dit oui. Le Livre a paru. Nous l’avons envoyé notamment à tous les députés et sénateurs. C’était l’époque où il ne se passait guère de jour sans qu’on entende à la radio les hurlements du Führer annonçant le nouvel ordre nazi et la destruction du monde occidental. J’ai fait un sondage auprès d’une bonne vingtaine de destinataires de notre envoi. Aucun n’avait lu Mein Kampf. Ils l’avaient reçu comme un calendrier et rangé dans un coin. Les hommes ont une étrange faculté d’aveuglement. » Marcel BLEUSTEIN-BLANCHET in Les mots de ma vie

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