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Un point de vue ?…Deux !

Exprimé en juin 2007, le point de vue d’Alain Corvez s’appuie sur une longue tradition française, tradition parfaitement reconnue par l’auteur qu’il cite dans ses réflexions…
Sans tout partager, nous avons beaucoup à partager…Et ne pas oublier qu’il s’agit de la France, de la France que nous voulons – tout comme Alain Corvez – « souveraine »…

Et ce point de vue est toujours d’actualité…

Le colonel (CR) Alain Corvez a été envoyé en 1988 pour conseiller le général commandant la Force Intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) et a servi pendant plusieurs années au Liban. Aujourd’hui conseiller en stratégie internationale, le colonel Alain Corvez est Vice-Président chargé des relations extérieures du Rassemblement pour l’Indépendance et la Souveraineté de la France (RIF).

Portemont, le 24 août 2008

« POUR UNE NOUVELLE DIPLOMATIE FRANÇAISE »

par le colonel Alain Corvez

juin 2007

« Une nouvelle diplomatie française doit se fonder en premier lieu sur le fait que la France, du fait de son histoire bimillénaire, ainsi que de l'originalité et de la diversité du peuple qui la constitue, ne peut être comparée à aucun autre pays au monde.
 «  Il y a un pacte vingt fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté des autres… » (De Gaulle cité par Malraux dans " Les Chênes que l'on abat ". 1970)
 La France a rayonné et rayonne encore dans le monde entier par son esprit, porté par une langue précise et riche admirée par tous les érudits, et sa défense des valeurs essentielles de l'humanité qui lui ont fait tisser au cours des siècles des liens privilégiés avec les peuples du monde, au-delà des régimes qui les gouvernent.

C'est pourquoi il serait illusoire et vain de comparer les ambitions françaises et son rôle dans le monde à ceux de tels ou tels autres Etats, tout particulièrement en Europe où aucune nation n'est liée comme nous le sommes à de nombreux pays, liens qui nous font un devoir en même temps qu'ils nous renforcent dans les équilibres planétaires. Ceci implique une diplomatie indépendante et souveraine ne la liant à aucun bloc sans pour autant l'isoler, mais respectueuse des différentes cultures et des particularismes nationaux avec lesquels son intérêt l'amène à conclure des accords sur un pied d'égalité. Cette politique d'indépendance doit lui permettre de tenir une place équilibrée entre les différents pôles de puissance du monde et les considérer avec réalisme et pragmatisme, en excluant tout parti pris idéologique, en prenant en compte les intérêts légitimes des uns et des autres au même titre qu'elle affirme les siens.

L'effondrement de l'URSS a bouleversé les rapports de forces d'un monde jusqu'alors resté en paix par l'équilibre de la terreur. Reconnus à juste titre comme l'unique puissance économique et militaire, les Etats-Unis ont alors pensé qu'ils devaient, au nom de la démocratie érigée en vertu universelle, apporter à l'ensemble de la planète les bienfaits de leur mode de vie et de leurs conceptions, pensée généreuse pour certains mais qui permettait de dissimuler un impérialisme qui s'est rapidement mis à l'œuvre au profit des intérêts économiques américains et consistant notamment à pérenniser le contrôle des sources d'énergie mondiales ou à s'emparer de celles qui leur échappaient.
" Si les Etats-Unis deviennent consciemment maîtres du monde, vous verrez jusqu'où ira leur impérialisme. " (De Gaulle à Malraux op.cité).
Sans obstacle au début à leurs visées, ils ont pourtant essuyé rapidement des échecs retentissants qui ont développé contre eux des antagonismes forts et souvent radicaux. Les faibles et les petits n'ayant d'autre arme contre la superpuissance que le terrorisme, ils l'ont développé là où il était en germe ou déjà actif, et créé là où il n'existait pas mais où, comme en Iraq, l'Amérique permettait par son intervention injustifiée de cristalliser les haines contre elle. Il est clair en effet que le terrorisme est engendré par l'impérialisme (cf. mon analyse sur le sujet de mars 2006) et que la plupart des problèmes du monde seront réglés le jour où les grandes puissances mettront un terme à l'injustifiable sort qui est fait aux Palestiniens par un Etat d'Israël encouragé, soutenu, armé par l'administration américaine actuelle. Un nombre de plus en plus grand de Juifs, d'Israéliens et d'Américains en a conscience et on peut espérer qu'un jour prochain leur voix sera entendue. La seule arme efficace contre le terrorisme est le respect de la justice et de la liberté des peuples à disposer de leur propre sort : c'est le message que la France doit à nouveau porter de manière universelle.

D'ailleurs, dans le monde de nouvelles forces apparaissent et contestent ces ambitions américaines de direction du monde. La Russie de Poutine s'oppose avec une fermeté de plus en plus marquée à l'encerclement dont elle est l'objet, la Chine affirme sa place sur la scène internationale avec patience et sagesse mais non sans détermination et l'Inde, le Brésil en font de même, exigeant une conception multipolaire du monde. Réalistes, ces Etats signent entre eux des accords et entendent bien ainsi préserver leur espace vital et résister à une direction monopolistique des affaires de la planète. " Qu'est-ce qu'un monde unipolaire ?…C'est le monde d'un unique maître, d'un unique souverain. En fin de compte, cela est fatal à tous ceux qui se trouvent au sein de ce système aussi bien qu'au souverain lui-même, qui se détruira de l'intérieur. Bien entendu, cela n'a rien à voir avec la démocratie, car la démocratie, c'est, comme on le sait, le pouvoir de la majorité qui prend en considération les intérêts et les opinions de la minorité. " (Vladimir Poutine. Conférence de Munich sur la sécurité. 10 février 2007.)

Dans ce monde en évolution, la France doit continuer à tenir son discours universel de défense des réalités culturelles que sont les nations et s'opposer à toute hégémonie, d'où qu'elle vienne. Elle peut s'appuyer pour cela sur l'immense souhait des autres pôles de puissance dans le monde et sa diplomatie devrait s'orienter en premier lieu vers la Russie avec laquelle une longue histoire nous lie et qui pourrait nous donner des garanties sur nos approvisionnements énergétiques. Des partenariats fructueux devraient être conclus avec cette vieille nation qui renaît des cendres du communisme plus vite que le monde ne l'escomptait, dans de nombreux domaines, notamment l'aéronautique, l'espace et l'énergie. En l'occurrence, nos intérêts et les siens se rejoignent, bien plus qu'avec les Etats-Unis.

Car il faut bien admettre que l'économie américaine n'a rien à partager avec nous et que notre amitié avec ce peuple que nous avons aidé à accéder à l'indépendance est totalement désintéressée. Désormais nous sommes plutôt rivaux économiquement, ce qui était déjà le cas aux temps des blocs, mais la menace soviétique nous imposait une solidarité qui n'a d'ailleurs jamais failli, surtout du temps du Général de Gaulle. La menace qui pèse aujourd'hui sur la France n'est plus celle d'une hypothétique invasion du territoire par l'URSS mais celle bien réelle du terrorisme qui s'en prendrait à nous en raison d'une solidarité marquée avec l'impérialisme américain. Tout nous incite donc à conserver notre sympathie à l'Amérique, mais à savoir défendre nos intérêts de manière réaliste en nous entendant sincèrement avec les puissances émergentes qui ne manqueront pas de peser de plus en plus sur le destin du monde.

Dans cette conjoncture, la nouvelle diplomatie française doit faire comprendre à ses voisins européens que la seule façon de construire une Europe politique est de le faire en s'appuyant sur les réalités que sont les peuples au lieu de construire un système utopique qui n'a d'autre échappatoire que l'alignement sur un atlantisme paradoxal-car tout devrait nous pousser au contraire vers le continent-, et de respecter les nations qui composent cet ensemble au lieu de vouloir réglementer et diriger leurs modes de vie, de travail et même de repos. Les nations européennes ont une longue histoire dont elles sont fières ainsi que de leurs traditions et, si elles sont prêtes à s'entendre avec leurs voisins et savourent quand cela est possible la fin de conflits incessants, elles ne souhaitent pas se fondre dans un ensemble sans âme qui n'aurait d'autre avantage que de faciliter le commerce international et les déplacements des personnes.

Une France fière d'elle, auréolée de son rayonnement international, défenseur des pauvres et des déshérités, devrait être le ciment d'une Europe puissance car les autres nations ne se sentiraient pas menacées par une quelconque suprématie française mais pourraient au contraire s'associer à cette œuvre grande et généreuse, au lieu d'aller chercher une protection outre-atlantique, tout particulièrement pour celles qui étaient autrefois protégées par l'URSS. " Ne vous trompez pas : il (John Kennedy) voulait maintenir à tout prix la situation dominante des Etats-Unis dans la défense de l'Occident. Et je ne suis pas sûr que malgré sa valeur, il n'ait pas accepté la comparaison, chère aux naïfs, entre les Etats-Unis d'Europe et les Etats-Unis d'Amérique, alors que ceux-ci ont été créés à partir de rien, sur une sorte de Sibérie fertile, par des flots successifs de colons déracinés. " (De Gaulle à Malraux, op. cité)

Une Défense et une Diplomatie communes en Europe ne sont pas actuellement possibles du fait des divergences d'intérêts entre les pays et surtout en raison de l'alignement sur Washington de beaucoup d'entre eux. La crainte d'une hégémonie française en Europe est sans doute la raison qui pousse certains pays européens à chercher outre-atlantique un antidote à cette angoisse, ce qui sous-entend " a contrario " qu'ils reconnaissent cette vocation de notre pays à diriger la construction d'une Europe indépendante. Dés lors qu'ils ne verront plus dans la France de visées impérialistes dans notre action mais au contraire le moteur d'une construction respectueuse de la liberté et de l'indépendance des peuples, ils ne pourront que s'associer à cette œuvre où ils trouveront l'épanouissement de leurs riches histoires séculaires. Il faut donc travailler à rapprocher les points de vue de quelques pays et créer des " coopérations renforcées " lorsque des convergences sont trouvées, et il en existe avec de nombreux pays qui ne se tournent vers l'Amérique que pour trouver un soutien. Tant qu'elle restera dans l'orbite américaine, l'Europe ne peut se construire et toutes les tentatives sont vouées à l'échec, on pourrait ajouter : " heureusement ! ". C'est pourquoi la France devrait se retirer de l'organisation militaire de l'OTAN qui n'a plus de raison d'être depuis la disparition de la prétendue menace soviétique, et qui est le vecteur de l'impérialisme américain pour encercler la Russie. Et appeler les autres nations européennes à en faire de même.Le Pacte de Varsovie n'existe plus qui avait été créé pour contrer l'alliance militaire occidentale.

Construire une Europe puissance, c'est construire une alliance d'Etats qui se connaissent des intérêts communs et se donnent les moyens de les poursuivre ensemble, en conservant leur souveraineté, leurs cultures, leurs particularismes. Une telle alliance doit trouver son catalyseur, son noyau dur qui devrait être une entente franco-allemande, puisque la Grande-Bretagne ne s'est toujours pas libérée de son atlantisme, bien qu'elle soit un exemple pour sa défense de la souveraineté des nations- et notamment la sienne- La France doit utiliser son siège à l'ONU pour mettre en œuvre sa vaste politique internationale et être le porte parole d'une telle Europe en gestation. Elle doit aussi conserver et moderniser sa force de dissuasion nucléaire, garante de sa souveraineté et, bien qu'une telle responsabilité ne puisse se partager, assurer ses amis européens que ce dernier recours pourra être utilisé au profit de ses alliés, dès lors que nos intérêts communs auront été définis. »

Centre de Recherches sur le terrorisme depuis le 11 septembre 2001

 

Un point de vue ?…Deux !

OTAN

  1. La France, du fait de son passé qui la lie au reste du monde, de son ancien empire colonial avec lequel elle a conservé des liens étroits d’amitié et d’intérêts, portés par le vecteur unique qu’est la langue française et l’Organisation Internationale de la Francophonie où une soixantaine de pays ( 55 membres ou associés et 13 observateurs)  apportent en général à chaque sommet annuel leur soutien à notre pays, ne peut être comparée à aucun autre pays au monde quant à son rôle dans le monde, ses ambitions et ses devoirs. Il est donc illusoire de vouloir juger son action à l’aune de celle des autres pays, particulièrement des autres Etats européens pour l’Union Européenne, ou des autres Etats occidentaux pour l’alliance atlantique dont elle est membre fondateur et à part entière.
    Même si cela dérange certains pays, et j’ajouterais hélas certains Français, la spécificité française est une réalité incontournable, renforcée par l’invulnérabilité que lui a procuré l’accession à la puissance nucléaire grâce à l’action opiniâtre du Général de Gaulle.
    Le monde est en pleine mutation et, dans moins de dix ans, les équilibres actuels déjà ébranlés auront disparus au profit de nouveaux pôles de puissance qui feront face à de nouvelles menaces, dans des registres totalement nouveaux : la faim dans le monde, le réchauffement climatique et ses conséquences, la pollution de l’air, le manque d’eau, entraîneront des appropriations des ressources naturelles par les Etats qui le pourront, des migrations de populations qui créeront des antagonismes croissants face auxquels les organisations supranationales comme l’UE ou l’OTAN sont démunies .
    Le monde abandonnera alors ces utopies impuissantes pour revenir par nécessité aux réalités et aux particularismes locaux qui s’exprimeront de plus en plus fort par les seules entités capables de faire face : les Etats nationaux.
  1. Dans cette conjoncture, les débats sur le retour de la France dans l’organisation militaire intégrée de l’OTAN prennent parfois un tour surréaliste. D’abord parce que si vous interrogez les militaires français ils vous diront pour la plupart que ce retour est consommé et qu’il reste juste à l’entériner officiellement pour nous donner la place et les postes qui nous reviennent. Et ils ont raison, car cette confirmation officielle est déjà annoncée par nos dirigeants et par l’Ambassadeur des Etats-Unis à Paris, Craig Stapleton, qui s’en félicite et nous félicite : elle aura lieu à Strasbourg-Kehl en avril 2009 au sommet anniversaire de la création de l’Alliance, il y a quarante ans à Washington, le 4 avril 1949. Au passage on remarque que les forcenés de l’abolition des frontières se plaisent à considérer la ville française et l’allemande séparées par le Rhin comme une seule entité européenne.
    En outre, tous les cercles de réflexion, tous les arcanes officiels de la Défense française considèrent que le « NON » français du 29 mai 2005 a constitué un grave revers pour la Politique Européenne de Sécurité et de Défense (PESD) qu’ils appellent de leurs vœux, et qu’il faut donc trouver des remèdes à ce coup d’arrêt provoqué par un peuple aveugle ou mal informé.
    Ensuite parce que se greffe sur cette volonté du Président Sarkozy l’illusion que cette démarche est indispensable pour avancer dans la construction d’une Armée européenne. Or qu’en est-il ? Les Français les plus européistes sont depuis des années les seuls à croire réalisable cette force. Les autres pays européens ne s’y intéressent pas, considérant que l’OTAN est nécessaire et suffisant pour leur défense, à moindre coût, qu’ils soient anciens de l’UE ou nouvellement admis. Pour faire plaisir aux européistes français, l’Allemagne a fait preuve d’une simple « amabilité calculée » pour reprendre l’expression du regretté Paul Marie de La Gorce, lors de la création de la brigade franco-allemande, et les autres pays n’ont offert qu’une participation symbolique à l’Eurocorps car ils ne veulent absolument pas d’un système européen indépendant de l’OTAN. C’est donc une chimère que poursuit notre Président à moins que, plus machiavélique encore, il dissimule aux Français qu’il ne croit plus possible une vision indépendante de la France et qu’il veuille nous lier indissolublement à l’Amérique finissante, responsable de la défense de l’Occident.
  1. Et c’est justement cette notion d’Occident qui devient dangereuse et qu’Emmanuel Todd dénonce comme une idéologie, «  l’occidentalisme », qui vise à instaurer partout dans le monde les vertus du libéralisme et de la démocratie pour élargir sans cesse les marchés de la libre entreprise et contrôler les sources de l’énergie indispensable à son fonctionnement. Et l’on assiste à des guerres illégitimes se parant de vertus morales et de Droits de l’homme, sous des prétextes qui s’avèrent ensuite faux sans que les bons esprits ne s’en émeuvent outre mesure, pour mettre la main sur des pays où les habitants médusés se voient obligés d’abandonner leurs coutumes ancestrales au nom de la liberté. Finalement, les libertaires maoïstes de mai 68 qui voulaient «  interdire d’interdire » au nom de la liberté inaliénable de l’individu, donc contre les structures, contre la morale, contre les mœurs, contre toute hiérarchie y compris familiale, contre le passé, c’est-à-dire l’Histoire, contre les frontières et pour résumer, contre l’Etat, remportent aujourd’hui leur victoire en ayant convaincu les plus forts que le libéralisme ferait le bonheur de l’humanité, apporterait la paix puisque les frontières auraient disparues et que les conflits d’intérêts seraient résolus par la négociation dans un monde idéal.
     Dans cette vision idyllique, il n’y a plus d’ennemis comme autrefois les nations en ont connus, mais des opposants illégitimes à la vision libérale occidentale qui se veut universelle, qui doivent donc être traités comme des hors-la-loi, des terroristes qui s’opposent à la communauté internationale.
  1. L’Otan a eu sa raison d’être rationnelle à l’époque des deux blocs, même si de Gaulle a su préserver notre liberté d’action tout en restant membre. Elle n’en a plus depuis l’effondrement de l’URSS et est devenue le bras armé de cet occidentalisme dirigé par les Etats-Unis auquel s’associe l’UE, rangeant l’ONU au rang des accessoires nuisibles puisque souvent porteuse de messages de désaccord de nations opposées à cette panacée. Si nous ne voulons pas être associés à la campagne regardée par les musulmans du monde comme anti islamique, il faut nous en désolidariser clairement. Le Président français se trompe en croyant faire avancer la défense européenne par le biais d’un retour de nos armées dans le dispositif militaire de l’Alliance, puisque les autres pays européens n’en veulent pas, et l’Amérique non plus qui veut utiliser l’OTAN qu’elle contrôle pour inclure l’Europe dans cette défense occidentale ; et il se trompe aussi lorsqu’il pense pouvoir garder sa liberté de manœuvre : on lui fait des sourires pour l’amener à fournir une participation plus importante dans les conflits où l’Alliance est engagée, et notamment en Afghanistan, mais jamais la France ne serait autorisée à se désolidariser d’un conflit que son peuple désapprouverait mais qui serait décidé par la superpuissance. Enfin, la dissuasion nucléaire ne se partage pas. Or, la nouvelle doctrine d’emploi des forces préconisée par les cinq anciens chefs d’Etats-majors des Armées des Etats-Unis, Royaume Uni, Allemagne, Pays Bas et France, prévoit l’emploi de frappes nucléaires  appelées préemptives pour lutter contre le terrorisme : absurdité terriblement dangereuse qui vise à assurer la maîtrise américaine sur la chaîne du commandement. Dangereuse car l’engrenage de la violence nucléaire ne se contrôle plus lorsque la réaction en chaîne est amorcée. L’atome a assuré la paix depuis qu’il existe parce que son emploi est et doit demeurer impossible.
  2. Les déclarations du Président Poutine dénonçant la politique d’élargissement de l’OTAN à des pays traditionnellement dans l’ère d’influence russe, comme l’Ukraine ou la Géorgie, sont parfaitement justifiées. Le fin stratège a, depuis, rappelé qu’il avait soutenu les frappes initiales américaines en Afghanistan après le 11/9/2001 en offrant des soutiens logistiques. Pour déjouer les plans américains, il a offert de participer à la Force Internationale d’Assistance et de Sécurité (FIAS). Apparemment il n’a pas eu de réponse pour l’instant, les Etats-Unis ne sachant quelle posture adopter face à cette offre généreuse et volontairement embarrassante, comme pour celle de l’exploitation en commun du radar géant russe d’Azerbaïdjan pour contrer l’installation de missiles américains à longue portée en Pologne et République Tchèque, offre repoussée sous des prétextes oiseux.

    6.L’AFGHANISTAN est un théâtre d’opérations injustifiées et illégales car les motifs de guerre sont faux : la coalition ne combat pas des terroristes mais des résistants Afghans de différentes ethnies même si les pachtouns sont les plus nombreux et divisés. Appuyés sur la population des différentes tribus, les « peshmergas » mènent une guerre contre l’envahisseur au nom de valeurs patriotiques, même si l’islam, majoritairement sunnite mais loin d’être unifié, instrumenté depuis longtemps par les services spéciaux pakistanais ( ISI ) avec la bénédiction des services américains, vient se superposer aux motivations nationales et fédère les différents mouvements. Il faut d’ailleurs rappeler que les Talibans avaient été portés au pouvoir grâce à l’appui des Américains et des Pakistanais avant l’attaque de 2001. Ensuite, s’il est vrai que la culture du pavot s’y est à nouveau développée (alors que les Talibans au pouvoir l’avaient pratiquement éradiquée), est-ce le rôle de l’OTAN ou de la France d’aller y guerroyer pour ce motif ? Cette guerre est vouée inéluctablement à l’échec, comme celle d’Iraq, car l’armée la plus sophistiquée ne peut rien contre des combattants de style commando. Le Vietnam l’a déjà prouvé et l’on pourrait reprendre la chanson de Jimmy Endricks, je crois, que les opposants au Président Lyndon Johnson claironnaient en choeur: « Je ne veux pas aller me battre pour défendre les Vietnamiens contre les Vietnamiens ». Hamid Karzaï agent de la compagnie pétrolière américaine UNOCAL, ne contrôle que Kaboul et risque tous les jours de se faire assassiner parce qu’il représente les envahisseurs et ne fonctionne que par accommodements successifs avec les chefs tribaux. Entendre un soldat américain répondre à un journaliste que « même si c’est dur et dangereux, il faut bien botter le cul à ces connards qui obligent les femmes à porter le voile », indique le degré de conviction des soldats de la coalition : ils sont souvent désabusés de combattre un ennemi invisible et tirent à l’aveuglette en provoquant des pertes de civils même pas impliqués dans une résistance justifiée à la coalition militaire. Le commandant américain de la Force a déclaré récemment qu’il lui faudrait au moins 400.000 hommes pour réussir sa mission, au lieu des 47.000 actuels. Mais même avec un million d’hommes il ne parviendrait pas à contrôler ce pays montagneux où plusieurs sommets dépassent les 7000 mètres.
    Il est donc inutile et dangereux, et en définitive scandaleux que nous soyons encore présents militairement dans ce pays, et pire, que nous renforcions notre présence pour confirmer notre retour dans l’OTAN militaire, ce qui est déjà effectif, et pour obtenir une avancée dans  la construction d’une Europe de la défense dont nos partenaires européens ne veulent pas, de même que les Américains, à moins qu’elle ne soit la force supplétive de l’Alliance dirigée par les Etats-Unis.

Alain Corvez Avril 2008

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