
Déclaration de Monseigneur le comte de Paris

Monsieur le Maire,
Mes Amis,
Merci de nous accueillir,
mon épouse, la Comtesse de Paris et moi-même.
Les Baux-de-Provence, lieu chargé d’histoire,
me touche au plus profond de l’âme et de l’esprit
chaque fois que j’en foule la terre.
La magie opère
à nouveau aujourd’hui, elle me permettra,
peut-être, de vous apporter des paroles d’espoir.
La France et les Français
vivent actuellement la mort programmée de notre Patrie
et l’effacement de notre identité. Certains, dont
je suis, osent clamer le danger de la disparition qui guette
la France, car il semble exister une volonté d’éradiquer
nos racines et de mettre fin à notre histoire, à
l’image de ce que firent les américains en Irak,
détruisant et volant les merveilleux vestiges de la civilisation
plus que millénaire de Mésopotamie.
Ont-ils voulu ainsi en effacer jusqu’au souvenir ? Est-ce
cet exemple que nos dirigeants, à cours de ressource
veulent imiter ?
Avec la panacée « Europe », poudre anesthésiante
de notre entendement, on nous a promis la Paix. Tout au contraire
la guerre stupide et meurtrière du Kosovo surgit un jour
sur notre flanc. Certes on nous a expliqué, certains
médias complices à l’appui, qu’il
s’agissait simplement d’une opération de
gendarmerie et que les morts n’en étaient pas puisque
c’étaient des dommages collatéraux !…
Mais de qui se moque-t-on ?
L’Europe également devait nous garantir un grand
marché dynamique d’où le chômage serait
extirpé, tel une mauvaise herbe. Je me souviens d’une
entrevue que j’eus avec le Président Jacques Delors
en 1994. Je lui posais une question :
« Monsieur le Président, quelle solution envisageriez-vous
pour résorber le chômage ? » Il me répondit
: « Monseigneur, de toute manière 30% de la population
restera sur le bord de la route, c’est inéluctable
! »
Comment se peut-il qu’un socialiste, un chrétien,
l’initiateur du projet de « Nouvelle société
», avec Jacques Chaban-Delmas puisse tenir un discours
aussi honteux et qu’il en accepte l’idée
?
La guerre économique, les stratégies de délocalisation
et les propositions souvent malhonnêtes de certains patrons
pour se défausser légalement, laissent en effet
trente pour cent ou davantage de ces femmes ou de ces hommes
sur le carreau.
Cela nous rend malade.
Certes on nous raconte la nécessité d’élaguer
les branches mortes qui absorbent indûment la substantifique
moelle des investissements productifs. A ce compte et à
ce rythme il n’y a plus besoin d’ouragan pour mettre
à bas notre économie. Laissons agir la majorité
de la classe politique qui se défausse sur l’Europe,
elle est plus efficace que la tempête de Noël 1999.
Si je vote non au referendum sur la Constitution c’est
avant tout parce que j’ai confiance dans le bon sens des
Français pour construire solidairement une autre Europe
que celle que l’on nous impose.
L’Europe du capital ultra-libéral dont on ne sait
plus qui détient quoi et qui décide de quoi, doit
mourir ce 29 mai, pour laisser place à l’Europe
des peuples, l’Europe des Femmes et des Hommes qui veulent
construire ensemble un avenir à l’échelle
humaine, respectueux de la dignité de chacun et de l’identité
de chaque peuple.
Construisons une Europe enfin démocratique dans laquelle
on puisse discuter, cas par cas, des avancées souhaitables
à mettre en place par des traités spécifiques,
renégociables lorsque cela paraît nécessaire
– car bien sûr il faut prévoir que rien n’est
statique et l’évolution est souhaitable -.
Une Constitution devrait donc être un Corps de textes
succincts et précis, qui ne définisse ou ne devrait
définir que les axes et les rouages essentiels à
la vie d’un pays, d’une communauté, et les
rapports nécessaires entre le pays réel et l’Etat.
Or le fatras de règlements pinaillés que l’on
nous propose d’adopter le 29 mai, n’est pas une
Constitution. Ce n’est pas, non plus, un traité,
c’est un marécage nauséabond où nous
perdrons notre liberté, notre identité et notre
âme si nous avons le malheur d’y avancer un pied.
Si je vote non à cette Constitution c’est en effet
pour être libre et mieux promouvoir notre agriculture,
notre pêche, notre artisanat et notre petit commerce,
dans une Europe si possible débarrassée de l’étau
mécanique d’un capital aveugle.
Jusqu’à présent l’Europe n’a
fait qu’appauvrir les jardiniers de nos terres et les
laboureurs de nos mers au point de les mettre à la merci
de grands groupes financiers, qui, par le jeu des prêts,
des hypothèques et des incitations à se moderniser
détiennent déjà 75% de la terre de France,
mais également ce qui me semble grave, l’outil
de travail de nos agriculteurs, de nos pêcheurs et parfois
de nos petits commerçants.
On nous demande de lutter contre l’esclavage. J’en
suis d’accord. Commençons par redonner leur liberté
aux agriculteurs, aux marins pêcheurs, aux petits commerçants
en annulant la dette à la façon de ce qui fut
fait pour le tiers-monde. Et construisons une autre Europe qui
respire enfin la liberté.
Mes amis, plus que tout autre je me sens européen car
je le suis par mon sang. Ma famille est exemplaire en ce sens.
Par mariage, ma fille est Autrichienne et mes sœurs Belge,
Allemande, Espagnole, et Italienne. Mes cousins sont Yougoslaves,
Tchèques, Grecs, Roumains, Bulgares, Russes, Allemands,
Danois, Belges, Luxembourgeois, Italiens, Espagnols et Portugais.
Mais cela ne suffit pas pour construire l’Europe.
Si je me reconnais européen comme vous c’est parce
que nous sommes issus de la même civilisation judéo-chrétienne.
Nous possédons en commun une même éthique
et parfois nous savons donner le même sens aux mots, héritage
commun d’une culture qui a puisé aux mêmes
sources dont celles des Arabes du 10e siècle jusqu’au
14e siècle.
Cependant le langage du politiquement correct, sorte de tumeur
de l’esprit tente de nous imposer un modèle uniforme
jusque dans le texte de cette Constitution déposée
à la sauvette dans notre boîte aux lettres.
Car les mots nouveaux ne font que recouvrir les réalités
d’autrefois un peu comme Monsieur Jourdain qui s’aperçoit
pouvoir écrire en prose… Ainsi à mes yeux
l’Europe a toujours existé. Elle s’est construite
depuis 2000 ans et nos ancêtres, les vôtres et les
miens avons bâti une bonne part de l’Europe en construisant
la France.
N’ayons donc aucune honte à voter non pour mieux
construire une autre Europe – demain ! – Certes
la volonté librement exprimée de chaque peuple
est nécessaire pour cimenter la future Europe que nous
désirons. Mais elle suppose, cette liberté, elle
suppose en contrepartie une écoute attentive de la part
de nos gouvernants.
Le gouvernement de quelque pays que ce soit a pour vocation
de se mettre au service des peuples de son pays et non se servir
auprès d’eux ou sur leur dos.
Toute politique juste a pour vocation le service du bien commun.
Les qualités pour bien gouverner sont l’abnégation,
l’écoute d’autrui (certains appellent cela
l’amour) la force de caractère afin de promouvoir
des lois empreintes de justice de paix et de liberté,
sachant que la véritable liberté s’arrête
où commence celle d’autrui ;
Je voudrais conclure sur ces mots que Saint Louis adressait
à son fils dans son testament politique :
« Mon fils lorsque le pauvre entre en conflit avec l’homme
riche et que tu doives juger de cela, soutiens le pauvre jusqu’à
ce que le droit des parties soit éclairci. »
En lisant le texte de la « Constitution » que l’on
nous demande de ratifier, rien n’est éclairci à
mes yeux.
C’est pourquoi, soutenant les plus faibles, les plus démunis
je voterai NON à la Constitution.
Françaises et Français, mes amis, notre liberté
est ce que nous possédons de plus précieux.
Vive la France.

Les Baux de Provence,
Le 19 mai 2005
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