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Des Ardennes en armes au désert
des âmes
Le 19 décembre 1944, dans les
petits villages de l’Ardenne, le repli d’une division SS se
termine dans l’horreur. Appliquant à la lettre les derniers
ordres de Hitler, « tuer le maximum d’ennemis », les
nazis abattent systématiquement les civils. Rassemblant vieillards,
femmes et enfants, dans une grange, contre une haie, ils « tirent
dans le tas » ou les exécutent froidement, l’un après
l’autre, d’une balle dans la tête.
Arte nous a présenté,
mercredi 15, dans un documentaire d’André Dartevelle, «
Cet hiver-là, en Ardenne », des images prises par les américains
lors de la découverte des carnages. Le désespoir est inscrit
sur le visage des jeunes soldats transportant des petits cadavres de deux,
trois, quatre ans, dans une fosse creusée à la hâte.
Ils n’étaient pas venus pour cela ! Les survivants (il y
en eut miraculeusement malgré le pilonnage américain qui
suivit) tentent de livrer quelques souvenirs. Leur parole est difficile,
lente, leur regard comme retourné vers l’intérieur
sur une vision indicible : « Papa a reconnu maman. Son corps était
carbonisé. Il n’a pas voulu me dire comment. Je crois qu’il
a vu le bébé. Maman était enceinte… ».
Le documentaire sobre, accompagné d’une voix volontairement
atone, laisse toute la place au poids des images, des témoignages.
Il y eut d’autres horreurs durant cette guerre d’infamies,
nous le savons. Nous croyons savoir… Mais savons-nous transmettre
?
Aujourd’hui, il reste quelques
petits crétins qui sous prétexte d’esprit de résistance
à bien des choses qui nous déplaisent s’amusent à
« ziguer » (comprenez font le salut nazi pour rigoler) lorsqu’ils
ne risquent rien. L’un d’entre eux, psychologiquement fragile,
dérape et tire sur le chef de l’Etat. Les autres sont-ils
psychologiquement solides ?
Je sais, on va me répondre que l’horreur n’est pas
limitée au camp nazi et que depuis d’autres barbares de la
pensée unique en ont commis bien d’autres, qu’ Hitler
est mort depuis soixante ans, que Staline a fait trente millions de mort,
que c’est la France qui a le privilège de la première
extermination de masse en Vendée, qu’il y eut aussi les génocides
arméniens et cambodgiens… Les idéologies du XXe siècle
ont infesté tout le monde, politiques, historiens, écrivains,
journalistes, gens du spectacle, dans une complicité commode, active
ou passive… Nous pesons la grandeur des crimes à l’aune
de leur pensée directrice, pour la race blanche ou le bonheur des
peuples…
Les groupes extrémistes se caractérisent
par leur volonté d’extermination de tout ce qui n’est
pas de leur camp. Mais les autres groupes, eux, jouent les Ponce Pilate
en continuant à ne dénoncer que ce qui est politiquement
correct.
Et bien je dis que leur lâcheté, leur bouillie insipide,
leur manque de convictions ou leurs abandons constants génèrent
les petits crétins évoqués plus haut. Pour ne pas
en être, ils sont prêts à tout larguer, même
leur famille ou leur patrie (quant à leur travail, ils s’y
accrochent !). L’aphasie ambiante se distille dans l’esprit
de la jeunesse comme un poison violent. En dehors du crétinisme,
les symptômes sont suicides, anti-dépresseurs, drogue, alcool,
analphabétisme, carriérisme cynique et consommation frénétique...
Coluche, forçant le trait, était en-deça de la vérité,
qui disait à l’autre de se jeter par fenêtre puisqu’il
n’était ni beau, ni intelligent, ni en bonne santé.
L’incantation républicaine, dont on ne sait quelles valeurs
elle évoque, ne trouve pas d’écho. Il a fallu que
la Marseillaise soit sifflée dans les stades ou l’élection
présidentielle pour que l’on puisse reparler de la France.
Il n’y a que Ségolène Royal pour oser parler de la
famille, valeur qui complexe définitivement la droite depuis Vichy.
On refuse de s’interroger en profondeur sur les conséquences
sociologiques de la libération des mœurs. On cache les rapports
qui dérangent et que certains obstinés sur le terrain s’entêtent
à faire remonter. Les immigrés sont instrumentalisés
à gauche ou gênants à droite…
Mais croyez-vous que les royalistes s’en soient sortis indemnes
? Non, justement !
Les uns n’en finissent pas de
se justifier des tournants de l’histoire qu’ils n’ont
pas su prendre ou sombrent dans la démagogie pour se racheter.
D’autres « cherchent prétendant désespérément
» susceptible d’incarner leur revanche ou leur frustration.
Cette vision, certes caricaturale, permet de ne pas nous exonérer
de notre responsabilité.
Les jeunes crétins sont nos enfants.
Leur origine familiale est diverse.
Notre société n’aime pas sa jeunesse. Elle ne nous
aime pas en retour et ce qui est plus grave elle ne s’aime pas,
incapable de s’approprier un avenir autre que de trouver un emploi
pour ceux qui estiment avoir encore quelques chances… Que celui
qui n’a jamais « râlé » contre «
les jeunes » s’absolve. Que les autres s’interrogent.
Pourquoi n’avons-nous pas su leur apprendre à aimer ?
Bernanos dans « la France contre
les robots », à propos des jeunesses hitlériennes,
précisait qu’en leur volant leur enfance, on avait fabriqué
des monstres…
Non, nous n’avons pas su transmettre
l’essentiel à nos enfants. Si leur corps a pu être
bien nourri, leur âme est affamée. Nous avons fabriqué
des vieillards…
Hildegarde, le samedi 18 décembre,
en ce jour des Quatre-Temps, a.d. 2004.
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