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Le Label de la
belle Babel baltique
ou
"A post-industrial and multicultural town
in a phase of new social becoming…"
On entend
souvent dire que la Suède est un pays où l'on s'ennuie.
Le puritanisme y aurait profondément marqué la société
; l'alcool et le tabac y sont surtaxés, et de plus il est mal vu
d'en consommer dans les lieux publics. Les Suédois se réunissent
donc chez eux, dans la discrétion, pour s'y cuiter à mort,
mais sans que la fête et le plaisir soient pour autant de la partie.
Voilà un tableau lugubre, qui aurait de quoi nous faire frémir
d'épouvante.
Heureusement, il ne s'agit là
que de viles calomnies, de racontars sans fondement. Nos amis Vikings
sont, bien au contraire, tellement portés sur les loisirs et les
réjouissances qu'ils en ont fait leur instrument privilégié
d'intégration des immigrants. Venez vous installer en Suède,
leur explique-t-on en quelque sorte, car vous allez bien vous y marrer,
et plus vous allez vous y marrer, plus vous serez un vrai Suédois.
Voyons donc de plus près ce qu'il
en est de cette spécialité suédoise dont tous les
Européens pourraient avoir à s'inspirer. C'est la bonne
ville de Malmö qui organisera, du 23 au 27 Mai 2005, la première
"Conférence européenne du Loisir Mondial". Vous
aurez remarqué que si la conférence n'est qu'européenne,
le loisir, lui, est d'emblée mondial.
Car Malmö se présente comme
la ville la plus internationale de Suède : c'est la patrie de 165
nationalités, s'exprimant en 101 langues différentes. Du
moins c'est ce qu'affirme la jolie Lynn Ljungberg, responsable à
la Mairie de la culture, des sports, des loisirs et activités récréatives.
Et elle nous expliquera lors de la Conférence, avec le concours
des Professeurs Robert D. Putman et Stephen Kline, que c'est par les loisirs
que la ville a réussi à intégrer harmonieusement
toutes ces communautés qui s'y adonnent dans la joie aux sports,
à la culture et aux divertissements.
Unies dans leur diversité, vivant
en parfaite entente, s'enrichissant de leurs différences, toutes
ces cultures du monde entier sont parvenues à Malmö, grâce
aux loisirs, à éliminer de leurs rapports toute forme de
discrimination, à promouvoir l'égalité à tous
les niveaux de la société, à œuvrer pour le
développement durable et le respect de la déclaration universelle
des droits de l'homme, à préparer pour leurs enfants un
monde plus juste, plus fraternel et plus équitable.
Et tout ceci a été obtenu
uniquement en s'amusant, comme on sait si bien le faire en Suède.
Comment ne pas être transporté d'enthousiasme à la
lecture de ce bilan ? Là où depuis des siècles le
travail a toujours échoué, n'apportant partout que guerres,
massacres et désolation, voilà que le loisir, lui, réussit
sans coup férir à nous procurer bonheur, concorde et félicité.
Merci Malmö !
Nous serons nombreux, nul doute là-dessus
n'est permis, à nous rendre en Suède au mois de Mai prochain
afin d'y toucher du doigt ces réalisations miraculeuses. Nous nous
en inspirerons ensuite pour installer, partout où nous passerons,
le règne du loisir intégrateur facteur de concorde universelle
et de bonheur partagé. Néanmoins un petit quelque chose
nous chiffonne. Car 165 nationalités et 101 langues, c'est beaucoup,
mais il doit bien en manquer quelques-unes à l'appel.
Il est urgent de savoir lesquelles. La Mairie de Malmö doit s'expliquer
d'urgence sur cette discrimination intolérable. Pourquoi les loisirs
seraient-ils réservés à certains, alors que d'autres
en seraient exclus ? Y aurait-il, nous n'osons le penser, des nationalités
ou des langues dont on interdirait l'accès aux loisirs intégrateurs
devant lesquelles se refermeraient cruellement les portes de la Pentecôte
? pour qui les divertissements resteraient exclusivement pascaliens ?
Mme Lynn Ljungberg, je vous en conjure.
Au nom de l'idéal babélien qui nous unit, faîtes nous
parvenir la liste précise des 165 nationalités et des 101
langues qui composent votre cité. Nous la comparerons avec nos
propres registres et vous ferons part des manquants. Je suis convaincue
que vous aurez à cœur de réparer ces fâcheux
oublis, et d'accueillir quelques bons gros charters en provenance des
pays que vous avez malencontreusement oubliés, afin de faire pleinement
profiter leurs ressortissants des sublimes vertus intégratrices
du loisir suédois.
Charlotte Corday, le samedi 27 novembre,
en ce jour de la Saint-Maxime, a.d. 2004.
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