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La guerre de l’ail a commencé…

L’orgueil des cuisines méditerranéennes qui se présente en élégantes tresses, l’ail blanc de Lomagne, le rose de Lautrec ou le violet de Cadours fait grise mine. En France, 2200 agriculteurs en produisent environ 30 000 tonnes et les surfaces qui lui sont consacrées n’excèdent que rarement 10 hectares par exploitation. Dans un passé récent, seule l’Espagne était un concurrent sérieux avec une production annuelle de 180 000 tonnes, obtenue sur des exploitations atteignant parfois plusieurs centaines d’hectares. Aujourd’hui la Chine met en péril notre production nationale et déséquilibre le marché. La Chine ne se contente pas d’être la « fabrique » du monde. Elle produit 6 millions de tonnes d’ail par an… En France, le coût de production d’un kilogramme d’ail est de l’ordre de 1,8 euros. L’ail chinois revient à l’importateur pour moins de 75 centimes d’euros le kilogramme rendu à Rotterdam, après dédouanement. Les producteurs espagnols et français bénéficiaient d’une « clause de sauvegarde » qui limitait les importations en Europe à 12 000 tonnes. Faisant suite à l’entrée de la Chine au sein de l’Organisation mondiale du commerce, l’Europe a mis en place en avril 2002 une nouvelle réglementation permettant l’entrée de 38 370 tonnes d’ail, libre de droits : 19 147 tonnes provenant d’Argentine, 13 200 tonnes de Chine et 6 023 tonnes issues d’autres pays. Au-delà de ces quotas, la tonne d’ail importée est taxée de 1200 euros. Sur le papier cette taxe devait protéger efficacement les producteurs espagnols et français. La réalité est tout autre. La Chine exporte sa production dans des emballages sans indication. De nouveaux pays apparaissent comme exportateurs d’ail vers l’Europe, tel le Maroc, l’Iran, la Corée du Sud ou la Birmanie…Il s’agirait en fait d’ail chinois ! Nos exportations ont chuté de 17 300 tonnes en 2002, à 13 200 tonnes en 2003. L’Espagne a perdu des marchés conséquents au Brésil, face à l’ail chinois.
Prétextant une nouvelle Europe à 25, la Chine demande une révision à la hausse de ses quotas d’exportation d’ail. Franz Fischler, commissaire européen à l’Agriculture, lors de son voyage en Chine, fin mars 2004, a annoncé que cette demande serait étudiée… La Chine devra faire valoir l’importance de ses échanges commerciaux avec les nouveaux venus. Tout laisse à penser que la Chine touchera bientôt les dividendes du voyage de son « président » en France…
La Section nationale ail est en émoi. Son président, Jean-françois Etienne, le fait savoir dans « La Tribune » du jeudi 8 avril 2004 : « Nous pouvons assurer que l’ail français est produit par des agriculteurs qui respectent des cahiers des charges précis, alors que l’absence de documents accompagnant les importations chinoises ne permettent pas de connaître les pesticides et les doses employés ». Un opposant au régime chinois a récemment expliqué qu’une partie de l’ail chinois était produite dans des fermes de type carcéral, fruit du travail de détenus politiques et de droit commun. Le travail, c’est la santé. Nous ne nous prononcerons pas sur le mode d’exploitation… Ce qui nous intéresse, c’est notre ail ! L’Espagne réclame sans tarder des primes…
Vous pouvez être surpris d’un tel attachement de ma part à notre ail national. Je vous dois des explications. Souvenez-vous du baptême d’Henri le Béarnais, notre Roi Henri IV : ail et Jurançon ! Le Prince Jean a été baptisé de même…
Nous devons veiller à assurer l’avenir et dans ce dessein, préserver notre ail Français !

Portemont, le mardi 13 avril,
dans l’Octave de Pâques, a.d. 2004

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