|
Si Versailles
m’était conté…suite et fin
Je vous ai laissé involontairement,
tout à mes pensées, assis sur un banc.
Le château n’est pas loin. La nature est à la fête
à Versailles, elle fait écho au Jardin des Tuileries. De
mon banc, je ne vois aucun canard, nulle palombe à l’horizon.
Les corneilles sont à l’affiche. Elles sont bruyantes comme
tous freux ou choucas à l’époque des amours. Elles
virevoltent dans les hautes branches des arbres, au-dessus de ma tête.
Leur répertoire me ravit. Un cri étrange attire mon attention.
Un cri bref, répété. Il n’a pas la gravité
du chant d’amour des corneilles. Est-ce un jeune, tout à
son premier printemps ? Ce chant semble venir du sol, je cherche un oiseau
noir, un peu gauche, sautillant sur le sol. Sans bouger de mon assise,
je me penche et essaie de deviner l’oiseau sous des voitures garées
en épis, sur la contre-allée. Le cri rebondit, se répercutant
entre les carrosseries.
Je crois rêver : « Coockk-Coockk »
C’est l’appel d’un faisan…
Il apparaît alors, tête dressée, l’œil rond
me fixe étincelant.
Je lui adresse des paroles rassurantes. Pris au dépourvu, je ne
mesure pas le ridicule de mes propos. Il tourne la tête dans toutes
les directions.
« D’où viens-tu bel oiseau ? »
Est-ce une « cocotte » survivante d’un lâcher
si fréquent dans les fausses campagnes des Yvelines ?
Je lui montre la direction du château et de son parc. Au point où
j’en suis…
Il semble attentif à mes paroles, et lance un dernier appel. Il
piète sur 4 ou 5 mètres, se ramasse et s’élance
droit vers la cime des arbres. Le bruit de son envol emplit mes oreilles,
je le suis des yeux comme dans la mire d’un fusil.
Mes yeux me piquent…
Il fait un palier parfait et poursuit sa fuite dans un vol tendu. Droit
vers le château.
A cet instant, j’ai su que ce n’était pas un faisan
ordinaire. C’est un faisan descendant en droite lignée des
faisans des « tirés » du Roi.
Un bon ami statisticien me dit que c’est impossible. Il confondrait,
il est vrai, un faisan et une sarcelle… C’est un statisticien
hors pair. Fort de toutes ses qualités, il s’attache à
démonter ma certitude. Par dépit, je lui pose une vraie
question, vraiment dans ses « cordes » : « Quelle chance
avons-nous que des élections sorte un vrai mieux pour notre pays
? »
Au vu de sa moue, j’ai été rassuré.
Mon faisan a bien plus de chance…J’en suis sûr, par
défi, intime conviction et en regard de la « statistique
», il descend des « tirés » du Roi !
Portemont, le lundi
22 mars,
en ce jour de la Saint-Benoît, a.d. 2004
Transmettre à un ami
Imprimer
Réagir
|

|