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Si
Versailles m'était conté
Le
temps s'est fermement réchauffé. Le baromètre est
conquérant, il a gagné plus de 10° en quelques jours.
C'est toujours cela de gagné !
Je me rends à Versailles et décide de prendre le train.
Je suis néophyte. C'est sans gravité, ce n'est pas moi qui
conduit le train. Je suis comme un enfant... Je ne connais pas les trains
dit de "banlieues". Seul m'a eu comme voyageur, un train se
rendant à La Frette. Je ne risque rien, des amis chers m'attendaient.
Pour Versailles, je prends le train pour travailler. Enfin, ce n'est pas
vraiment du travail.
J'ai la chance de pouvoir prendre, pour me rendre à la gare, un
itinéraire pédestre de rêve.
Il est 9 h20 et je traverse les jardins des Tuileries, le mercredi 17
mars 2004. Le temps est si clément que les enfants sont déjà
à l'oeuvre dans les bacs à sable et les aires de jeux. Les
"mamies", les "nounous" et les jeunes mamans lient
conversation.
Au sol, les pigeons de Paris entament leurs parades nuptiales. Les pigeonnes
semblent ignorer les ballets séducteurs et picorent l'abondance
de nourriture. Parfois, du coin de l'oeil, elles apprécient leurs
courtisans. Les pigeons piétinent en roucoulant, gonflant leur
jabot comme la grenouille, vous savez, celle qui voulait devenir aussi
grosse que le boeuf...
Dans les basses branches de quelques arbres se tiennent des palombes.
Ces palombes sont devenues avec le temps, des palombes sédentaires.
Je les caresse des yeux et compte les colliers blancs qui ornent leur
cou gracieux. Elles sont aux aguets, urbanisées juste ce qu'il
faut... Elles ne verront jamais les belles vallées du Pays de Soule
ou du Labour. Elles ne découvriront pas la Navarre après
avoir franchi les cols du pays Basque. Elles ne survoleront pas l'Espagne...
Un moment de tristesse bouscule tous mes beaux souvenirs d'adolescence.
Je suis pénétré par ces joies printanières
et l'Espagne panse ses blessures. Comme les palombes, S.F.R ne perd pas
le Nord. Ce fournisseur téléphonique m'a "appelé".
Il m'offre un quart d'heure de téléphone gratuit pour téléphoner
en Espagne. Je préfère la pudeur du courrier, fut-il électronique.
La chasse à la palombe... L'élégance de ces oiseaux
me surprend toujours ainsi que la beauté de leur plumage irisé
par le soleil. Je tente d'approcher les moins farouches, mais elles ont
été bien élevées. Sans doute reconnaissent-elles
en moi le chasseur, sans fusil mais chasseur...
Un couple de canards col-vert se pose dans une allée, d'autres
se posent dans un bassin. Le couple à terre est surprenant. Lui,
gras comme une dinde de Noël, elle, gracile, toute en longueur, étirant
son cou. Il assure une surveillance sans faille. Il faut observer le spectacle
d'un mâle col-vert surveillant sa femelle. Elle vit sa vie et lui
est sentinelle sans répits. Je ne me lasse pas de ce spectacle,
dans le jardin des Tuileries, ou sur les bords de Seine.
Je finis bien par atteindre le nouveau pont, qui des jardins vous conduit
devant la gare d'Orsay.
Sans trop d'attente, je grimpe dans le train. Nous n'allons pas trop loin...
" En raison de la présence d'un colis suspect, en gare de
Javel..."
L'Espagne nous rattrape. Mes compagnons anonymes sortent de leurs poches
des téléphones portables, comme des revolvers ! Appellent-ils
en Espagne ? Ils ont bien du avoir eux aussi des gratuités d'unité...
Je me recroqueville dans ma tête, et ferme les "écoutilles"
tant les commentaires des uns et des autres sont affligeants. Ils parlent
tous fort dans leur portable. Je résiste aux incitations à
me mêler aux propos qui fusent de toutes parts. Je me plonge pour
une évasion complète dans la Nième lecture de l'article
d'Hilaire de Crémiers" Pro Juppéo"...
Le train a bien dû, à un moment ou un autre, repartir. Terminus
Versailles Château !
Mon itinéraire me fait passer devant je crois, la Mairie. J'emprunte
une contre-allée, sous de grands arbres qui, je les sens, travaillent
de la sève à se remplumer. Je me retourne et admire le château.
Je m'assois et le contemple. Une image s'empare de mes pensées
: Sa Majesté Mohamed V, Roi du Maroc, sous une tente, auprès
de ses peuples éprouvés par une catastrophe naturelle.
J'imagine le Roi Juan Carlos d'Espagne sous une tente dressée dans
la gare du malheur. J'imagine, sans appeler aucun malheur sur nos têtes,
notre Prince devant une tente dressée, et votre surprise, découvrant
alors votre Prince et le regard bleu de Saint-Louis...
Portemont,
le 22 mars 2004,
En ce jour de la Saint-Benoit.
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