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L’émir méritait mieux…
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Certains sont ou seront choqués par l’inauguration
d’une place au nom de l’émir Abdelkader à
Paris. C’est dans la grande tradition française de
savoir reconnaître et d’honorer un adversaire de qualité.
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Dans cette cérémonie,
seul le discours du Maire de Paris, « porteur de valises »
dans l’âme, était choquant…
Et si la France avait été
grande, hommage aurait dû être rendu depuis bien longtemps…
Monsieur Delanoë recueillait des applaudissements à
peu de frais en déclarant que cette inauguration était
pour la France l’occasion de « regarder son passé
avec le sens de la vérité » et que « la
colonisation (française) avait été d’une
violence inouïe » et était « une
action injuste ».
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Monsieur Bouteflika, d’Alger,
a pu s’en frotter les moustaches. Il n’en demandait pas tant…
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Extraits de l’allocution de Monsieur Delanoë
:
« Quand
j'honore l'Emir Abdelkader, je sais que j'honore un nationaliste
qui s'est battu contre la France, qui n'acceptait pas la domination
de son peuple par le peuple français. C'est aussi le sens
de cette inauguration.
(...)
« Cette
inauguration je la veux avec la gratitude d'un enfant du Maghreb,
moi qui ai reçu du Maghreb des leçons de fraternité,
d'égalité, maire de Paris je vous dis merci. C'est
Paris qui dit merci à l'Emir Abdelkader, qui dit merci au
peuple algérien, qui a subi la violence et l'injustice de
la colonisation. (...) La colonisation a été
d'une violence inouïe en Algérie, une action injuste.
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L’ambassadeur d’Algérie
en France, Missoum Sbih, faisait silence comme il se doit, en présence
de Mohamed Boutaled, arrière petit-fils de l’émir
et président de la fondation Amir Abd El-Kader à Alger et
du grand mufti de la Grande mosquée de Paris.
Yves Guéna, président de l’Institut du monde
arabe, était de la partie...
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Yves
Guéna et le grand Mufti de la Grande Mosquée de Paris |
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...et il fallait entendre Jean Tiberi, maire du Ve pour que quelques
paroles de bon sens s’élèvent dans les airs.
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| Jean
Tibéri |
Saluant « un
homme de cœur et d’esprit, un symbole de réconciliation »,
il précisait : « Il
a certes combattu les Français, (…) mais c’est aussi
un homme de foi et de principe qui sauva près de 12 000 chrétiens ».
C’était à Damas en Syrie, en 1860, sa terre d’exil.
Et Bruno Etienne, membre de l’institut
universitaire de France, auteur de nombreux ouvrages sur l’islam
et d’un livre sur Abd El-Kader, pouvait saluer « un précurseur
du dialogue inter-religieux et du refus du clash des civilisations ».
Pour sûr, à ces paroles, Monsieur Delanoë devait bailler
aux corneilles…
La chorale d’une Confrérie Soufie, certes, était
présente pour adoucir les mœurs.
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Oui, l’émir Abd El-Kader
méritait mieux… Mais qui connaît aujourd’hui
celui que Bruno Etienne nomme « Abd
El Kader le magnanime » ? Que devons-nous retenir
de cet homme exceptionnel ? Peu d’hommes l’ont égalé
à ce jour et tous ceux qui l’ont côtoyé ont
reconnu sa personnalité hors du commun. Homme d’une vaste
culture, grâce à l’éducation que lui fit dispenser
son père, Cheikh Mohieddine, homme d’une foi authentique
et exemplaire, il tissa des liens de qualité avec des personnalités
qui n’étaient pas de sa culture ou de sa religion.
Chef de guerre, législateur,
poète, son adversaire, le général Bugeaud n’occultait
pas la dimension de l’homme : «
Abdelkader était un homme de génie… certainement l’une
des plus grandes figures historiques de notre époque… c’est
un ennemi actif, intelligent et rapide, qui exerce sur les populations
arabes le prestige que lui ont donné son génie et à
la grandeur de la cause qu’il défend. C’est beaucoup
plus qu’un prétendant ordinaire, c’est une espèce
de prophète. C’est l’espérance de tous les musulmans
fervents. » ( La vie d’Abdelkar – Charles-Henri
Churchill Londres 1867).
Tous les rapports que Abdelkader a
entretenu, tant dans ses rapports guerriers que diplomatiques avec ses
adversaires français, ont été ceux d’un homme
loyal, véritable humaniste, cherchant la paix. Et Louis Veuillot,
journaliste de la campagne d’Afrique, méprisant l’islam,
écrivait : « En toutes
choses le premier parmi ses compatriotes ; le meilleur cavalier,
le guerrier le plus habile, le plus savant docteur, le politique le plus
délié, le prédicateur le plus éloquent, le
musulman le plus pieux, le seul organisateur… »
Tocqueville en fin « politique »
observait : « Le gouvernement
d’Abdelkader est déjà plus centralisé, plus
agile, plus fort que ne l’ a jamais été celui des
Turcs. Il réunit avec moins de peine un plus grand nombre d’hommes
et plus d’argent… Abdelkader a conservé de l’Arabe
tout ce qu’il fallait pour exalter ses compatriotes, il nous a pris
tout ce qu’il fallait pour les soumettre. »
Nous pourrions poursuivre les extraits
de témoignages ou de réflexions de ses contemporains. Le
sort des armes en a fait un vaincu et là encore une occasion a
été ratée.
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Et c’est en prison, dans une prison française qu’il
eut l’idée d’écrire un livre : « Lettre
aux Français » Ce livre devrait être lu
dans les écoles françaises et algériennes.
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Napoléon
III rend la liberté à Abd el-Kader (16 octobre 1852)
d'après le tableau de Tissier (Musée de Versailles)
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L’Emir y invitait l’Orient
à sortir de sa léthargie et à travailler afin de
se rapprocher de l’occident. Il s’adressait aussi à
l’occident qui déjà négligeait le spirituel…
Et toujours de prêcher en maître du soufisme, la tolérance
et la recherche de la paix, confiant disait-il dans la possibilité
qui existe pour que les peuples algérien et français puissent
vivre en bonne intelligence. Napoléon III ne put rester insensible
et le libéra.
La grande figure de l’Emir ne
saurait être évoquée sans rappeler son amour pour
les livres et sa facilité dans l’écriture, expliquant
les écrits de Sidi Mohamed El Arabi et établissant une correspondance
mobilisant cinq secrétaires. Il fut aussi un enseignant de grand
renom dispensant ses cours à la mosquée El Amawiya, à
Damas et son enseignement produit ses fruits : nombre de ses élèves
furent des grands théologiens reconnus, en Syrie ou en Egypte.
Oui, « Abd El Kader le magnanime » méritait
mieux, que les propos de Monsieur Delanoë soucieux de se
mettre à l’unisson avec le petit despote qui règne
à Alger. Et avec L’Emir, tous les peuples d’Algérie
méritaient mieux.
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Une occasion a encore été
manquée. La date initiale, prévue pour cette inauguration,
permettait la présence de Son Altesse Royale le prince Jean de
France, duc de Vendôme et de Son Altesse Impériale le prince
Napoléon, tous deux porteurs de l’héritage de grands
témoins et acteurs de l’histoire que nous avons en partage
avec l’Algérie. La date qui a été finalement
retenue ne leur permettait plus d’être présents.
Mais notre histoire commune ne s’arrêtera
pas à ces contretemps…
Dans le galerie des tableaux du château
de Chantilly, à deux pas l’un de l’autre, deux portraits
nous rappellent deux très grands princes…
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| L'Emir Abd-El-Kader |
Le Duc d'Aumale en 1896 à Chantilly par Benjamin Constant |
Portemont, le 25 novembre 2006
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