LA RUINE DE L’AGRICULTURE
L’agriculture française a été
ruinée sur des décennies avec de multiples conséquences
pour les agriculteurs et malgré les apparences que les Hommes
de l’Etat se donnent par des statistiques peu significatives.
Il n’est pas possible en quelques lignes de tout énoncer.
L’une des causes est que chaque agriculteur a un frère
jumeau bureaucrate qu’il doit supporter sur ses épaules.
La revue Société Civile éditée par l’Ifrap,
toujours bien informée jusque dans les détails, nous
apprend qu'en 2005 le pays comptait 884 000 actifs agricoles pour
545 000 fermes, contre le double 20 ans plus tôt. L'administration,
pendant la même période, a augmenté le nombre
de ses fonctionnaires agricoles, enseignement agricole compris,
qui sont passés de 30 000 à 38 000.
L’explication principale est bien dans l’excès
de réglementations et d’administration.
Les déclarations demandées pour la PAC chaque année
aux agriculteurs contiennent 7 pages de formulaires à remplir,
accompagnés d'une notice explicative de 16 pages, de notices
détaillées supplémentaires de 12 pages ainsi
que de photos aériennes des exploitations sur lesquels les
malheureux agriculteurs doivent compter les arbres de leurs parcelles.
Suivant les prévisions de l’Ifrap, en 2024, il y aura
autant de fonctionnaires agricoles que d'agriculteurs.
Mais il faut compléter ces informations pour mesurer l’écroulement
dramatique de ce magnifique métier que le dirigisme détruit
depuis des décennies.
Par exemple : les organismes agricoles.
Il existe un grand nombre de ces organismes qui, bien que censés
défendre l’agriculture, contribuent en fait à
sa ruine : la solidarité s’établit toujours
dans les faits entre les fonctionnaires et les prétendus
représentants de la société civile !
Les dirigeants de ces organismes profitent d’étranges
mélanges, de montages époustouflants de complexité
avec une impossibilité encore plus grande qu’ailleurs
de voir clair.
Le summum vraiment est atteint par les « CVO » ou
« cotisations volontaires obligatoires » (sic), non-êtres
administratifs que beaucoup ignorent et que le romancier le plus
tordu n’aurait jamais pu imaginer.
Evoquons, maintenant, deux organismes.
Onic, veut dire Office national interprofessionnel des céréales
et Oniol, Office national interpofessionel des oléagineux.
L’Onic est une machine à distribuer
des subventions, autant dire de l’argent volé aux citoyens
et reversé à d’autres après que des bureaucrates
de multiples natures aient prélevé leur part. L’Oniol
est, grosso modo, son frère jumeau pour les oléagineux.
D’une façon surprenante les deux frères jumeaux
ont été rassemblés en 1999 dans la même
structure que nous appellerons pour simplifier « OO »,
en demandant que le lecteur ne voit pas dans ce résumé
une plaisanterie subalterne.
Les autres missions relèvent du dirigisme ordinaire sans
que les dirigeants ne le voient sans doute, tant leurs yeux sont
embués par les bénéfices qu’ils en tirent
personnellement. Bien entendu, cela se complète par des statistiques
: ces gens refusant le jeu du marché inondent leurs affiliés
de travaux statistiques au détriment du vrai travail et se
mentent à eux-mêmes et aux autres, la statistique étant
toujours mensongère comme le disait Churchill lui-même,
dans ses instants de pleine lucidité qui devaient bien exister
! Les documents cités ci-dessus ne sont qu’un tout
petit morceau des obligations statistiques des agriculteurs.
Le désordre apparaît très vite dans un chapitre
que la Cour des comptes leur a consacré : « La juxtaposition
des différentes fonctions a pour corollaire une dispersion
des responsabilités. » et voici le désordre
suprême : « La coexistence de deux entités juridiques
distinctes s’est traduite par une intégration de leurs
services et de leur direction générale, mais pas de
leurs organes délibérants. »
La suite du chapitre montre, dans un galimatias,
l’extraordinaire complexité de la structure. La vraie
question, faisant l’objet d’un des « étranges
silences de la Cour des Comptes » que j’ai dénoncés
dans un livre, n’est pas posée ni même évoquée
: quelle raison explique l’étrange mariage ? Quels
intérêts personnels puissants y ont poussé quand
il fut projeté et réalisé ? Seuls les
« initiés » doivent savoir le nom du Président
de grande stature pour lequel, au nom du jeu des « compensations
républicaines » il « fallait » aller vers
le gigantisme.
Le gaspillage du temps est une des formes privilégiées
des gaspillages étatiques et de la ruine qui s’ensuit.
Un exemple nous en est donné ; il existe dans le méli-mélo
de
« OO » un « comité permanent » dont
on ne nous dit pas à quoi il devait servir en dehors de sa
permanence mais qui, justement, n’existe pas : quatre ans
après avoir été prévu, il n’est
pas encore « pleinement réalisé. » Le
« pleinement réalisé » vaut son poids
de bla-bla-bla dans le concours indéfini des phrases idiotes.
Le comité permanent qui n’existe pas
fait pendant aux CVO dans le musée des horreurs républicaines.
Réjouissons-nous cependant car « Le
conflit entre des normes d’égal niveau est prévenu
en pratique par une surveillance active de la tutelle, exercée
par la direction des politiques internationales (DPEI) du ministre
de l’agriculture. »
Mais pour confirmer que l’argent des contribuables-moujiks
est bien englouti définitivement, la Cour ajoute :
« Enfin, toute notion de responsabilité disparaît
dans la gestion de certaines aides lorsque celles-ci sont créées
et définies par lettres interministérielles. »
Elle ajoute benoîtement que ces lettres interministérielles
comportent la mention : « La présente lettre vaut décharge
de responsabilité de l’ordonnateur et de l’agent
comptable. »
Bien sûr l’Europe vient ajouter aux gaspillages.
En effet dans le brouillard général, « OO »
est chargé entre autres de la distribution des subventions
européennes. « Sous l’impulsion de la tutelle,
« OO » applique toujours les dispositions les plus favorables
aux agriculteurs et aux opérateurs nationaux, induisant des
coûts de gestion supplémentaires. »
Quelle forme élégante de nous passer
plusieurs messages : l’Europe induit une complication de plus,
car ses dispositions sont susceptibles d’interprétations
diverses, autant dire obscures. Autre message : l’Europe est
bien une machine à détruire l’argent, car, chaque
gouvernement devant faire de même, le « coulage »
y est la règle.
Voici la liste fort incomplète des aides à ces filières
agricoles qui par leur existence même montrent que l’agriculture
française n’est plus qu’un ensemble de kolkhozes
: aides aux surfaces, aides à la production et à la
transformation, aides à l’exportation, aide en faveur
du soja de qualité, plan de rénovation oléicole,
plan de développement des légumes secs, plan de développement
de l’agriculture biologique. Il faut arrêter là
l’énumération véritablement stupéfiante.
Le libre jeu du marché, qui a joué
pendant des millénaires, est remplacé par un jeu bureaucratique
dont les organisations agricoles sont largement responsables, leurs
chefs y trouvant richesse et gloire.
La statistique fausse, tardive et mensongère
y règne avec une inondation de documents à remplir
par les paysans devenus quasi-fonctionnaires et, ceci, au détriment
de leur vrai, magnifique et antique métier.
Ces paysans naïvement croient y gagner, quand
de haute lutte, ils ont obtenu une subvention dont ils ignorent
ou font semblant d’ignorer qu’ils l’ont payée
par leur propre ruine, cette résignation faisant la joie
de ceux qui les exploitent.
Après cette brève incursion dans l’horreur enchevêtrée
des organisations sévissant dans seulement deux productions,
on est en droit d’estimer que chaque agriculteur a un frère
jumeau, bureaucrate agricole, qu’il soit fonctionnaire ou
agent des organismes et le pire est que ces « exploitants
» se retirent, après leur soixante heures hebdomadaires,
avec une retraite souvent misérable, leurs frères
jumeaux bureaucrates se retirant avec de belles retraites après
avoir fait leurs 32 heures dans des bureaux confortables et à
l’abri des intempéries.
MICHEL DE PONCINS
micheldeponcins@easyconnect.fr
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