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La demande de contribution de Thierry Jolif m’a inquiété,
voire irrité. Je suis assez tolérant, il n’y
a que mes amis qui m’irritent, parce que j’attends beaucoup
d’eux, surtout quand ils abordent des sujets qui m’importent,
des sujets comme le royalisme pour lequel j’aurai consacré
bientôt 50 ans de ma vie.
ROYALISME ONTOLOGIQUE OU IDEOLOGIE
ROYALISTE ?
Au début des années 60, Alain de Benoist,
était alors leader maximo d’une Fédération
des Etudiants Nationalistes qui professait une idéologie
panblanchiste (« du Cap à Atlanta »).
Sous le pseudonyme de Fabrice Laroche, il avait publié un
Dictionnaire du nationalisme dans lequel il définissait le
nationalisme comme « l’éthique de l’homme
occidental ». Dès lors que l‘idée
de nationalisme était coupée de la réalité
de la communauté française, elle devenait le réceptacle
de tous les fantasmes et la source des pires dérives.
Je crains qu’à trop se centrer sur une
conception ontologique, sans rapport avec la France réelle,
ignorant des obstacles concrets qui résistent à notre
action, notre royalisme ne devienne au mieux que l’adhésion
à un archétype (qui comme tout archétype se
suffit à lui-même) et au pire à une idéologie.
Ce n’est pas la Vie, ni l’Enfance que
sauve une mère, c’est son enfant.
Vladimir Volkoff écrivait : mieux
que des Principes, nous avons des Princes. C’est cette
fidélité à une communauté – la
France -, à une histoire particulière, à une
famille et à un Prince en chair et en os (et non un support
de projections), qui permet aux royalistes d’échapper
à la folle raison des idéologies.
J’apprécie bien l’oeuvre de Maurras
pour fonder le royalisme en raison. Mais le raisonnement doit précisément
mener à cette fidélité incarnée, sinon,
la pure passion idéologique risque de finir dans les néants
de la Légion Charlemagne.
En mettant l’accent sur l’être
du royaliste, ne risque-t-on pas d’essentialiser le royalisme.
Je suis royaliste parce que je suis Français et que la monarchie
capétienne est constitutive de notre nation. Mais la part
helvétique que je tiens de mon grand père se rebifferait
si on voulait imposer une monarchie dans une Suisse qui s’est
constituée contre la domination des Habsbourg et se porte
très bien d’une démocratie tempérée
par la décentralisation et des mœurs traditionnelles.
Et si j’étais Italien, je ne crois pas que je serais
partisan de cette Maison de Savoie qui fut porteuse de ce projet
subversif que fut le Risorgimento.
Une ontologie de la Royauté passe encore,
les idées platoniciennes et le Roi du Ciel pourraient le
faire accepter… Mais essentialiser le royalisme ?
Maurras pouvait écrire je suis de Martigues,
je suis de Provence, je suis Français, je suis Romain, je
suis humain. « Etre royaliste » n’est
pas du même ordre ; ce n’est pas une identité
essentielle mais une conséquence de l’être Français,
le moyen de défendre le bien commun de cette communauté
de destins qu’est la France.
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DE LA DERIVE ETHIQUE AU PRINCE
A LA CARTE
J’ai aussi été irrité
par la référence que Thierry Jolif fait à une
dynastie de fantaisie.
Comme ces fidèles des petites églises
parallèles qui se félicitent d’assister à
des messes aux rites les plus raffinés où les volutes
des encens capiteux baignent les dentelles et les ors, sans se poser
la question de l’Eglise à laquelle se rattache le desservant
ni même si le prêtre a été ordonné
par un Evêque ayant reçu la tradition apostolique,
des royalistes se vouent à un Prince lointain, qui, parce
que lointain, ressemble tant à leur idéal de chevalier
blanc de conte de fées. « Je ne prétends à
rien, je suis » aurait dit Louis de Borbon, la formule est
belle, mais suffirait-elle à légitimer un prince non-dynaste
?
D’autant plus que cette formule pourrait servir
de devise à tous les innombrables descendants secrets de
Louis XVII, les Grands Monarques et autres élus sur le mode
davidiques qui depuis la Révolution, surgissent dans tous
les cantons de France et de Navarre.
Je n’ai aucun mépris pour ces prétendants
cachés, j’en connais personnellement trois (dont l’un
a été un grand esprit) ; ils relèvent au moins
autant d’une pathologie historique et sociale que d’une
maladie mentale individuelle. Quand une société subit
un traumatisme majeur, -et l’interruption d’une dynastie
vieille de mille ans qui a constitué la France est un traumatisme
majeur-, la conscience collective cherche à cautériser
cette béance par le déni. Cela se traduit par le sébastianisme
au Portugal, les tsarévitchs retrouvés en Russie ou
les retours prophétisés de Frédéric
Barberousse. Cette conscience malheureuse se cristallise sur celui
qui se croit investi pour « re-présenter »
le Roi absent.
Je serais plus sévère pour la petite
cour de ceux qui, par démagogie et par goût du rêve,
flattent ces crypto-prétendants, comme les adultes feignent
de croire au Père Noël devant les petits enfants.
Eh bien ! Chacun de ces élus secrets
peut s’écrier : « je ne prétends
pas, je suis ». Cette formule reflète peut-être
une conviction intérieure mais n’atteste en rien d’une
légitimité dynastique.
Quoiqu’il en soit je suis assez ancien pour
me souvenir qu’avant les années 1960, la question dynastique
ne se posait pas. La distinction entre orléanistes et légitimistes
était obsolète depuis la mort du Comte de Chambord
(« Les Princes d’Orléans sont mes fils »).
La branche espagnole des Bourbons , n’était pas dynaste
; non pas tant à cause du traité d’Utrecht qu’en
raison des lois fondamentales du Royaume (le principe de pérégrination
est fixé depuis le XVIe siècle), de la jurisprudence
(la Cour et les Parlements tenaient en permanence le tableau de
l’ordre de succession où les Bourbons d’Espagne
ne figuraient pas), et l’esprit des lois (c’est pour
ne pas dépendre d’un Carolingien vassal de l’Empereur
que les Barons et Evêques francs élisent Hugues Capet
et pour ne pas subir un roi anglais que l’on déterre
la vieille loi salique).
Dans les années 60, le Comte de Paris qui
s’était éloigné de l’Action Française
et fréquentait (horresco referens !) des élus
radicaux-socialistes et des syndicalistes, avait soutenu De Gaulle
lors d’un référendum et une tentative de Restauration
appuyée sur le Général s’était
amorcée. Or, la plus grande partie des royalistes s’était
engagée dans le combat pour l’Algérie Française
et vouait une haine viscérale à De Gaulle qui se reporta
sur le Prince.
C’est dans ce contexte que le malheureux Duc
de Ségovie se mit à prétendre à la couronne
de France, avec, dit-on, quelques fonds secrets espagnols, Franco
ayant fait le choix de Juan Carlos pour lui succéder, il
s’agissait d’écarter une des branches concurrente
des Bourbons d’Espagne.
L’Action Française, gardienne de l’orthodoxie
royaliste, affaiblie dans la défaite de l’Algérie
française, certains royalistes par dépit ou par méconnaissance
soutinrent la cause du Duc de Ségovie comme les ultra de
la Ligue avaient soutenu les Guise par défiance envers une
Maison soupçonnée de pactiser avec les Huguenots ou
comme la passion anticommuniste avaient amené certains à
combattre aux côtés des Allemands sur le front de l’Est.
Les partisans du Duc de Ségovie et de ses
successeurs relevèrent l’appellation de « légitimistes
» et qualifièrent ceux qui continuaient à reconnaître
Henri Comte de Paris pour leur Prince légitime, « d’orléanistes
» ; ce qui était particulièrement injuste car
d’une part ces derniers sont évidemment partisans du
Roi légitime et d’autre part ils se réclameront
certainement plus des « légitimistes »
du XIXe siècle que des « orléanistes ».
Curieux « légitimisme »
qui se présente comme un purisme mais dont les motivations
consistent à choisir son Roi en fonctions de critères
idéologiques, et qui aboutit enfin à la multiplication
des prétendants de fantaisie…
Car le flottement sur la légitimité
dynastique va entraîner chez beaucoup une position d’abstention
plus ou moins (mal) justifiée par un pseudo-providentialisme
(« Dieu désignera son élu »),
ou encore un assez vulgaire pragmatisme (« Je reconnaîtrai
le premier qui parviendra à se faire sacrer à Reims »)
; toutes les spéculations deviennent permises : s’il
faut ne tenir compte que de la loi de primogéniture, alors
ce sont les Bourbons-Busset qui sont les rois légitimes.
Pourquoi pas un roi anglais ? Un Carolingien pour faire l’Europe ?
Un Mérovingien qui prétendrait être issu du
Christ et de Marie-Madeleine pour profiter de la vogue de Da Vinci
code ? (Tiens je n’ai pas encore entendu parler d’un
prétendant qui descendrait de Vercingétorix, la place
est à prendre). Et puis finalement pourquoi pas cet illuminé
qui se prétend descendant secret de petit Louis XVII ?
Pourquoi pas moi ? Et si l’humour m’empêche
de suivre cette pente paranoïaque, je me résignerai
à proclamer : « vive le Roi de Patagonie ! ».
Je ne crois pas que cette dérive réalise
« l’Universelle Monarchie » à laquelle
faisait allusion Henry Montaigu ; elle en est la caricature.
Mon intention ici n’est pas de traiter de la
légitimité dynastique, mais il me semble que le détour
sur ce thème illustre les aberrations auxquelles peut aboutir
une mentalité qui met trop exclusivement l’accent sur
l’éthique et l’esthétique en oubliant
tout principe de réalité.
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L’ACTION FEDERE, l’EXACERBATION
DES SENSIBILITES DIVISE
Le thème proposé par Thierry Jolif m’inquiète
aussi sous un autre angle.
Le royalisme est divisé en de multiples courants,
chapelles et sensibilités ; c’est le lot commun aux
mouvements qui ne sont pas stabilisés par le risque de perdre
postes, prébendes et autres avantages matériels. Au
PS, à l’UMP, où chaque placard cache un cadavre
on aurait bien plus de raisons de se haïr. Mais on risque aussi
de perdre gros. Pour nous qui possédons si peu, une scission
ne coûte pas cher…
A l’époque de l’OAS, on s’adonnait
à un jeu pervers : dès que des partisans de l’Algérie
Française étaient rassemblé à trois
ou plus, quelqu’un demandait : « qui est la barbouze ? »
Cela n’améliorait pas les relations humaines, on s’en
doute…Le jeu de « ma façon à moi
d’être royaliste » est presque aussi pervers
: « Es-tu royaliste ou monarchiste ? Royaliste de
droite ou de gauche ? Partisan d’une monarchie féodale
ou absolue ? Monarchien ou émigré ? Avec
les gardes du Cardinal ou les mousquetaires du Roi? ».
Quelles belles disputes byzantines en perspective ! (Pour ma
part je serais plutôt théocrate tribaliste…)
Et de « mon royalisme à moi »,
on passe vite à « mon roi à moi »,
(ce qui est la négation du royalisme), c’est-à-dire
au « Moi-roi » (comme on dit « l’enfant-roi »
pour dire qu’il est gâté).
Ces spéculations sont improductives et démobilisatrices
: l’univers des motivations est indéfini, sans fin…Lorsque
deux âmes élues auront l’illusion d’avoir
tant en commun, elles arriveront vite à trouver un point
de vue qui les divise, d’autant plus irrémédiablement
qu’elles auront fait de leur subjectivité le critère
de leur union.
D’ailleurs, - sauf en de brèves périodes
d’hégémonie d’une doctrine comme celle
que l’Action Française était parvenu à
imposer partiellement à certains moments de son histoire
-, pourquoi les royalistes seraient-ils moins divisés que
les républicains ? Les tendances centrifuges des tribus gauloises
ne datent pas de 1789, et c’est une des raisons qui justifient
la nécessité de la monarchie en France.
Au contraire, l’action implique une confrontation
avec les résistances du réel ; elle constitue une
ascèse dans laquelle s’évanouissent bien des
faux problèmes. Le matériau éprouve la volonté
et dissipe les velléités. La psychanalyse se fonde
sur une intuition juste quand elle explique la construction de la
personne par l’interaction du principe de plaisir et du principe
de réalité. Les aspirations qui ne se confrontent
pas avec le monde nécrosent.
C’est le projet commun qui fédère.
Surtout, comme l’a bien établi Carl Schmitt, quand
l’action s’exerce sur un terrain où l’on
a besoin d’alliés pour vaincre des adversaires. Les
troupes se soudent dans le combat (surtout s’il est victorieux)
et se délitent à Capoue.
Les royalistes sont restés trop longtemps
hors du champ politique, ils n’ont plus que des adversaires
abstraits : les travers de leurs comportements s’expliquent
en grande partie par cette situation planante.
Grosso modo, depuis les combats pour l’Algérie
Française où ils avaient pris une part importante,
si l’on excepte les affrontements avec les gauchistes dans
les années 70 qui n’ont surtout touché que la
frange étudiante et parisienne de l’AF, les royalistes
étaient hors jeu, réduits à des activités
commémoratives. C’est-à-dire qu’ils n’existaient
qu’à leurs propres yeux ; plus souvent en affrontements
avec d’autres royalistes qu’aux prises avec un terrain
extérieur.
Depuis quelques années la montée du
souverainisme leur permet de sortir de cette situation. Les royalistes
de toutes nuances, qui auparavant étaient incapables de s’entendre
sur le terrain des chapelles fleurdelysées, lorsqu’ils
s’engagent dans ce combat, s’y croisent en bonne connivence
face aux courants jacobins ou gaullistes. La cause de l’indépendance
nationale est centrale pour l’avenir de notre pays et laisse
présager des affrontements entre le pays réel et le
pays légal que ce dernier aura du mal à digérer.
Serons nous en mesure de profiter de cette lame de fond ? J’enrage,
devant cette occasion historique qui se présente à
nous, de constater que des royalistes préfèrent se
contempler le nombril dans leurs cénacles.
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Je ne veux pas dire pour autant qu’il faille
négliger la question des motivations.
Dans les années 70, la Nouvelle Action Française
(devenue depuis la NAR) avait perdu l’essentiel de ses militants
en prenant son public à rebrousse-poil. Loin des discours
utopistes sur la Royauté préfigurant la descente de
la Jérusalem céleste, on y présentait la monarchie
comme un léger réglage qui améliorerait le
fonctionnement institutionnel de la Ve république sans changer
grand-chose au « consensus » plat du politiquement correct.
Cette position n’aurait pas été
absurde la veille d’un coup d’état royaliste
pour rassurer l’opinion, isoler les opposants et faciliter
les ralliements de dernière heure ; mais dans l’état
groupusculaire où nous nous trouvions, elle décourageait
l’élan de ceux qui avaient besoin de fonder leur engagement
- aux résultats lointains et aléatoires - sur des
convictions qui dépassent de simples considérations
de droit constitutionnel.
Les valeurs et les motivations sont comme le combustible
qui fait tourner le moteur de l’action royaliste. Mais attention
à ne pas noyer le moteur…
Les valeurs se vivent. A trop les expliciter, elles
se réduisent vite en langue de bois, en rhétorique
vaine. Décortiquer les motivations est une activité
psychologiquement intéressante mais ça n’a jamais
augmenté leur puissance. Il y a même quelque chose
d’obscène à vouloir déployer totalement
les motivations d’une personne.
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C’EST AU GATEAU QU’ON JUGE LE PATISSIER
L’homme est toujours écartelé
entre deux logiques, celle du sens et celle de l’efficacité
qui jamais ne coïncident. Elles ne s’excluent pas non
plus : quand, pour plus d’efficacité, on exclut totalement
la logique du sens, l’action devient folle et perd finalement
toute efficacité. Mais une logique du sens qui ne se traduit
pas dans une action efficace est bien vaine, sauf peut-être
dans le domaine spirituel où la contemplation est la forme
supérieure de l’action.
Sans doute comme toute activité humaine, le
royalisme comporte-t-il une face intérieure, mais pas plus
que pour le tir à l’arc ou la cuisine, elle n’est
une réalité spécifique au royalisme. L’erreur
serait de laisser entendre que le royalisme pourrait être
(devrait être ?) centré uniquement sur cette dimension
intérieure. C’est un sophisme que d’opposer l’être
à l’action ; l’action ne s’oppose pas à
l’être, elle en est le déploiement.
C’est entendu, le petit djihad (le combat du
musulman contre les infidèles) n’est que le reflet
du grand djihad (le combat spirituel intérieur)… mais
parfois la modestie du petit djihad fait douter de la consistance
du grand djihad.
Il est certainement possible de faire de toute activité
humaine un exercice spirituel.
Mais la droite intention et toutes les qualités spirituelles
ne suffisent pas à faire un bon chevalier ou un bon médecin.
Quant à laisser entendre que cela dispenserait de tout exercice
militaire ou de toute connaissance physiologique… Même
l’iconographe doit doubler sa préparation spirituelle
par un apprentissage technique.
J’ai lu la Bagavad Gîta et je comprends
que l’action ne devient un juste sacrifice (c’est-à-dire
un faire sacré) qu’au prix de la renonciation à
convoiter les fruits de l’action. D’ailleurs, des royalistes
qui combattent pour la conquête du pouvoir afin de le remettre
à un Prince (dont une des qualités sera de se libérer
de ceux qui l’auront fait Roi) devraient être prédisposés
à une telle attitude de service. Mais encore faut-il combattre
avec constance, et dans le combat ne pas faire n’importe quoi…
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TU NE TENTERAS PAS LE SEIGNEUR
TON DIEU (Matthieu IV-7)
Que dirait-on de parents qui s’abstiendraient
de tous recours aux remèdes communs pour soigner leur enfant
malade, en prétendant ainsi manifester leur confiance dans
la Providence ?
Les gens d’arme batailleront et Dieu donnera
la victoire proclamait Jeanne d’Arc. Ce n’est pas réduire
le caractère miraculeux de son action de penser qu’elle
sut s’appuyer sur les meilleurs chefs de guerre du Royaume
: Dunois, La Hyre et Gilles de Rais (Tiens, Jeanne acceptait le
concours de quelqu’un qui était loin d’incarner
le « chevalier blanc »…). Quant au détour
par le sacre de Reims, il relève exactement du « politique
d’abord » tenu en suspicion par les pseudo-providentialistes.
Vouloir que Dieu donne la victoire sans que les gens
d’arme bataillent, c’est « tenter Dieu ».
Comme fit le démon dans la deuxième tentation du Christ
en lui proposant de se jeter du haut du temple pour que les anges
l’empêchent de heurter le sol.
Je suis providentialiste : c’est-à-dire
que je crois que Dieu est maître de l’histoire, que
la liberté des anges, et encore moins celle des hommes ne
sauraient limiter sa Sainte Volonté et que la ruse divine
se sert même de ceux qui prétendent faire obstacle
à ses desseins, pour les réaliser. Mais je me refuse
à justifier mes carences par la Providence.
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EIH BENNEK, EIH BLAVEK (devise
syldave)*
Je connais l‘idéal du Roi qui règne
sans avoir besoin de recourir aux rapports de force. J’ai
admiré Kagemusha, le film d’Akira Kurosawha, où
les armées sont victorieuses quand le chef du clan se tient
immobile au sommet de la colline et sont en déroute lorsqu’il
s’agite et prétend agir dans la bataille. Je saisis
le sens de l’axe vertical, situé sur le moyeu immobile
au centre de la roue du monde.
Cet archétype rend compte du fonctionnement concret de l’autorité,
cette forme légitime de pouvoir dont la réalité
se manifeste d’autant plus qu’il n’est pas nécessaire
de recourir aux carottes et au bâton et à tous les
chantages qui accompagnent l’exercice ordinaire du pouvoir.
L’autorité vraie est le reflet en ce monde de la souveraine
transcendance. (Omnia potestas a Dei).
Mais le roi de France n’est pas le Roi du monde
dans son Aghartha. Sur le plan de la réalité où
nous évoluons l’autorité ne se présente
jamais à l’état pur. Même l’Abbé
d’un monastère doit savoir parfois employer la manière
forte pour chasser le moine rebelle. Les parents doivent pouvoir
guider leurs enfants sans recourir en permanence aux promesses de
récompense ou à la crainte du châtiment, mais
je ne connais pas de famille qui n’y aurait jamais eu recours.
Et les Rois les plus légitimes sont bien obligés de
défendre leur position en imposant parfois leur volonté
par un rapport de forces favorable. Ce n’est pas sans raison
que tout Etat vise au monopole de la violence selon l’expression
de Max Weber. Le Roi est chef des armées, de la Justice et
de la Police : c’est là le noyau du domaine régalien.
Et parfois cette raison dont la vertu est d’économiser
la violence, cette raison d’Etat, impose de l’exercer
: le Duc de Guise en a fait les frais et Louis XVI a laissé
sombrer son Royaume pour ne pas en avoir saisi la dure leçon.
Par « angélisme » ? Dire cela serait offenser
les anges combattants des milices célestes…
D’autre part, si un Roi dont l’autorité
est largement reconnue par ses sujets, (d’autant plus qu’en
cas de rébellion elle peut s’imposer), peut se permettre
d’être magnanime, un prétendant au contraire,
parce que précisément son autorité n’est
pas unanimement reconnue ou ne s’impose pas, un prétendant
est bien forcé de ruser ou de faire des concessions. Tels
Hugues Capet, Louis XI en mauvaise posture face au Téméraire,
François I prisonnier en Espagne, Henri IV (dont l’heureuse
concession permit à la Couronne de France de rester catholique)
ou Louis XVIII (qui eut, pour le plus grand bien de notre pays,
à traiter avec cette canaille de Talleyrand).
« Je ne prétends pas, je suis ».
A cette formule, je préfèrerais : « Je suis
le Prince, ce qui m’oblige à prétendre et à
prétendre activement ».
* Le sceptre d’Ottokar est le symbole de la
légitimité en Syldavie, encore faut-il avoir la force
de le prendre et de le conserver. Telle est la leçon d’Hergé.
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LE ROI EST UN ARBITRE, LES
ROYALISTES SONT DES PARTISANS
En outre, il ne faut pas confondre les royalistes
et le Roi.
C’est peut-être au Roi à tenter d’incarner
l’archétype de la souveraine transcendance, aux royalistes
il n’est demandé que de mettre à profit une
situation pour « faire le Roi ».
En situation « normativement normale »,
il n’y a pas de royalistes, il n’y a que de loyaux et
fidèles sujets. Il n’y a de royalistes qu’en
situation de crise de régime. On connaît la chanson
: Pleurez, pleurez fidèles royalistes, la mort de Henri de
Valois…Le terme de royaliste implique que la France est déchirée
entre les factions des Huguenots et de la Ligue. Le tiers parti,
celui qui refuse cette guerre civile est bien forcé à
s’organiser en parti des politiques. Les royalistes sont des
partisans par nécessité. Des partisans qui souhaitent
la fin des partis (ou de façon plus réaliste, l’atténuation
du déchirement de la France par les factions), mais des partisans
quand même. Qu’ils le veuillent ou non ; et il vaudrait
mieux qu’ils le veuillent sinon ils seront de mauvais partisans,
c’est-à-dire de mauvais royalistes.
C’est un vice mental que de prétendre
« incarner l’idéal » (La Royauté
comme concorde) en feignant d’ignorer les impératifs
du chemin hors duquel nous ne saurions accéder à cet
objectif. Mais c’est tellement plus confortable de faire l’économie
de ce chemin...
****
TROIS SORTES DE ROYALISMES
Il me semble qu’on peut distinguer (et non
pas opposer) trois postures royalistes :
- Un royalisme de témoignage et de protestation
: témoignage d’une fidélité à
une histoire, à un régime qui reflète la transcendance
divine, protestation contre le prosaïsme, le conformisme et
l’insignifiance du monde post-révolutionnaire.
- Un royalisme de régence du nationalisme : en l’absence
de l’héritier, tentons de conserver l’héritage.
Dans chaque numéro de l’Action Française, Pierre
Pujo et d’autres veulent dégager ce que serait une
politique qui ne viserait qu’au bien commun de la France sans
tenir compte des filtres idéologiques et des impératifs
institutionnels du régime républicain. Malheureusement
bien peu de nos gouvernants lisent Pierre Pujo.
- Un royalisme de complot visant à changer le Régime
et à amener le Prince à gouverner réellement.
Ce type de royalisme a été illustré par un
Cadoudal, ou plus près de nous par un Henri d’Astier
de la Vigerie (On raconte qu’en 1942 à Alger, quand
on demandait des nouvelles de ce dernier, on s’entendait répondre :
« comme toujours, le matin il va à la messe et l’après-midi
il complote »).
Ceux qui relèvent de la première catégorie
sont les plus nombreux, ils forment un réservoir qui semble
inépuisable à partir duquel il est toujours possible
de trouver de quoi reconstituer des motivations royalistes. C’est
un royalisme de valeurs et de sentiments.
Dans la seconde catégorie, on pourrait parler
d’un « royalisme politique ». Peu nombreux sont
ceux qui accèdent à ce niveau de réflexion.
Ce royalisme est rarement spontané et le plus souvent il
est le produit d’une école de pensée qui a mobilisé
d’importants moyens (cercles d’études, conférences,
livres savants, etc.) pour parvenir à transformer des convictions,
des sentiments, parfois de simples réflexes conditionnés
(mêmes « sains ») en une capacité d’analyse
de la réalité politique française.
Quant à la troisième catégorie,
ils font cruellement défaut pour que se mette en place un
« royalisme d’action ». Certes, la tradition d’impertinence
des étudiants d’Action Française et des camelots
du roi (« ce sont des gens qui se foutent des lois »)
peut être considérée comme une formation propédeutique
élémentaire à ce royalisme d’action ;
mais bien insuffisante quand il faudrait former des « professionnels
du complot royaliste» (au sens où Lénine évoquait
le bolchévisme comme un parti de révolutionnaires
professionnels, dont il voyait la préfiguration dans l’ordre
des jésuites). Il n’y aura d’action royaliste
cohérente (c’est-à-dire une action qui dépasse
le témoignage) que si elle est orientée par une stratégie,
ce qui suppose un état-major et des agents disciplinés
aptes au stratagème.
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Beaucoup de royalistes pensent que la question du
prétendant n’est pas importante et certains ont probablement
été irrités que j’aborde ce thème
au début de mes réflexions. Ceux-là sont des
royalistes de la première catégorie pour qui la question
de la Royauté est métapolitique (je dirais plutôt
infra-politique). Effectivement pour témoigner de ses valeurs,
s’emberlificoter dans les questions de dynasties est (en apparence)
totalement impertinent.
En revanche pour des conjurés de la troisième
catégorie, savoir pour qui on complote est une question vitale
: non résolue cette question risquerait fort d’aboutir
à quelque « nuit des longs couteaux ». L’échec
de la Restauration au XIXe siècle s’explique en grande
partie par la division entre orléanistes et légitimistes
(sans compter les bonapartistes).
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JUSTIFIER L’INACTION
FRANCAISE
En 50 ans de militantisme, la plupart des royalistes
que j’ai rencontrés – ceux du moins qui avaient
dépassé l’adolescence activiste - ne manquaient
pas de caractère et certains étaient porteurs des
plus hautes valeurs. En revanche j’en ai trouvé bien
peu, trop peu, pour se mettre en quête des moyens efficaces
pour aboutir à ce qu’ils prétendaient désirer.
Notre force est d’avoir raison dit un couplet
de la chanson, on soupçonnera que pour certains intellectuels,
la réalisation de la royauté n’ajouterait rien
à la satisfaction d’avoir raison.
Quand on aborde la question des moyens, les moralistes
s’ingénient à multiplier les objections de conscience
avant même que l’on ait commencé à élaborer
un chemin : « la Restauration, oui mais sans violence, et
sans ruses ni stratagèmes, avec l’acquiescement de
tous » (si la fixation et la réalisation du bien commun
étaient possibles dans de telles conditions, je serais démocrate).
Viennent encore les amateurs de contes et légendes
(dont je suis), ceux qui, à force de rêver sur les
chevaliers de la Table Ronde ou les retours du Roi à la mode
de Tolkien, craignent que les contingences de l’action ne
vienne salir la pureté des archétypes héroïques.
Dans cette perspective, ce que l’on reprochait
au Comte de Paris, ce n’est pas d’avoir manqué
la prise du pouvoir, mais de l’avoir tentée au risque
de se compromettre avec des gens peu fréquentables. C’est
aussi avec des Talleyrand (un Evêque défroqué
et régicide), des Monk (complice de Cromwell), en s’appuyant
sur des motivations souvent impures que l’on réussit
les Restaurations.
Kant avait les mains pures, mais il n’avait
pas de mains ironisait Charles Péguy, et je soupçonne
que l’inflation ontologique, l’hypertrophie de la dimension
« éthique » ne pourrait être qu’une
compensation à notre impuissance en même temps qu’une
tentative de nous masquer cette impuissance. Dans ce cas, je la
dénoncerais parce que cela nous empêcherait de diagnostiquer
les raisons de cette impuissance et d’y porter remède.
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ROYALISME SPECULATIF OU ROYALISME
OPERATIF ?
Les sociétés traditionnelles avaient
coutume d’associer une voie de perfectionnement à tout
état social : aux soudards était proposé l’idéal
chevaleresque, aux artisans les rites du compagnonnage.
Mais on sait bien que, dès lors, que ces voies
de perfectionnement ne sont plus greffées sur les réalités
de la vie quotidiennes, elles deviennent un peu formelles, souvent
ridicules et parfois pathologiques.
Les actuels chevaliers de Malte ont hérité
d’une riche tradition, mais n’ont que de lointains rapports,
-des rapports idéaux- avec les chevaliers de Saint Jean de
Jérusalem qui soignaient et protégeaient les pèlerins
sur les routes de la Cité Sainte. Quant aux francs-maçons,
on sait ce qu’ils sont devenus lorsque les bâtisseurs
de cathédrales ont laissé les personnes n’appartenant
pas au métier entrer dans leurs loges…Quand les francs-maçons
« acceptés » ont remplacé les «
opératifs », les anciens devoirs ont progressivement
sombré dans la société de pensée, avec
toute cette dynamique subversive qu’a dénoncée
Augustin Cochin.
Le fonctionnel est bien malade si le symbolique ne
lui donne pas son sens, mais le symbolique ne se porte pas mieux
quand il se coupe du fonctionnel.
Ah ! Si les royalistes pouvaient être des royalistes
« opératifs »….
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LES CONDITIONS HISTORIQUES
DU ROYALISME IDEAL
Le développement de ce royalisme idéal, rêvé,
sera aisément mis en relation avec la situation historique
qui lui a servi de terreau.
Toute l’Europe fut bouleversée par le
choc de la Révolution jacobine et son prolongement impérial.
Longtemps impuissants devant ce cataclysme, les contre-révolutionnaires
ont bien dû méditer le sens du triomphe des pires et
du pire.
C’est dans ce contexte que furent écrites les magnifiques
méditations de Joseph de Maistre sur le gouvernement de l’histoire
par la Providence.
Hélas, ces grandes intuitions induites par
les figures de l’Ecriture Sainte furent corrompues en produisant
d’une part l’idéologie progressiste romantique
(il faut accepter le mal historique puisque c’est le chemin
nécessaire vers les lendemains qui chantent) et d’autre
part, le désarmement de la mentalité contre-révolutionnaire.
Au providentialisme d’un Bossuet qui affermissait
la légitimité des autorités succéda
un providentialisme de résignation au châtiment permis
par la colère divine. Il faut accepter le malheur du vendredi
saint pour que la résurrection de Pâques puisse s’accomplir.
La rébellion de Pierre qui tire son épée pour
défendre son Maître au jardin de Gethsémani
est inutile sinon nuisible. Le pays remontera de lui même
lorsqu’il aura atteint le fond (mais métaphysiquement,
la chute dans le mal a-t-elle un fond ?). Dans cette hiéro-histoire,
il n’y a pas à agir mais à prier et témoigner…Accepter
les souffrances du siècle en espérant à l’issue
des tribulations la Parousie, le Millénium, le retour transfigurant
du Grand Monarque. C’est au prix de cette abstention que se
manifestera la toute puissance divine et le recours aux moyens humains
serait comme la mise en doute de cette Providence.
Faut-il incriminer Joseph de Maistre de cette dérive
? Certainement pas car l’ambassadeur savoyard, qui fut aussi
un homme d’action (« une sorte de James Bond de son
époque » affirmait l’un de ses biographes) n’est
pas plus responsable de ce désarmement moral, que Saint Augustin
n’est responsable du Calvinisme…
On peut imaginer que cette mentalité a commencé
à s’élaborer chez les émigrés
de Coblence, de Londres ou d’ailleurs. Loin des réalités
du pays, le Royaume de France et l’Ancien Régime sous
le projecteur de la nostalgie se transmuent en idéal rêvé
(comme De Gaulle à Londres se fait « une certaine idée
de la France »). C’est là un phénomène
auquel aucun exilé comme aucun prisonnier n’échappe
: quand on est privé d’une réalité on
en fait une idée qui se substitue à ce dont on manque.
Et quand on est libéré ou qu’on rentre d’exil,
on ne reconnaît parfois plus son rêve dans la dure et
prosaïque réalité.
Déjà lors de la Restauration, certains
ultras qui ne reconnaissaient pas la royauté et la France
rêvée, s’opposèrent à Louis XVIII
, bien obligé lui de tenir compte des rapports de forces
et de l’état d’une société modelée
par plus de 25 ans de révolutions.
Après 1830, les royalistes cultivèrent
à nouveau cette mentalité d’émigrés
de l’intérieur. Les légitimistes, -c’est
tout à leur honneur-, pour ne pas prêter serment à
Louis-Philippe ou à Napoléon III démissionnent
de toutes charges publiques et se réfugient dans leurs domaines
privés (cela produira un vrai progrès dans les techniques
de gestion agricoles) et dans la rumination d’un Royaume idéal
ou dans la dénonciation de ce siècle corrompu. (Cette
mentalité de dénonciation a produit des œuvres
qui ne manquent pas d’allure : Barbey d’Aurévilly,
Villiers de L’Isle Adam, Léon Bloy…)
Et c’est ainsi qu’une part trop importante des forces
contre-révolutionnaires se complut dans les révélations
particulières les plus échevelées, les spéculations
naundorfistes, la culture des commémorations et le goût
nostalgique des ruines (on relira la critique que Maurras fait de
Chateaubriand et sa fascination de pompes funèbres pour le
passé en tant que mort).
Les échecs sont pathogènes, chaque
tentative qui échouait renforçait cette idée
qu’il faut surtout ne rien tenter. A force d’être
du côté des vaincus, le réactionnaire (si peu
réactif) finit par prendre en affection tous les vaincus
de l’histoire : Sudistes de la guerre de sécession,
Boers d’Afrique du Sud, fascistes et nazis, dernier des Mohicans…Jusqu’au
bolchevisme qui deviendrait sympathique depuis la chute du mur de
Berlin.
Je me souviens d’un vieux bouquin d’un
certain Jean Jaëlic qui poussait jusqu’à la caricature
cette vision de justification de l’échec et par l’échec.
L’auteur reprenait toute notre histoire pour déplorer
que Henri IV ait réussi à déjouer le projet
de la Ligue, que le roi anglais ait été contré
par Jeanne d’Arc ou que Hugues Capet ait pris le pouvoir,
empêchant la réalisation du Saint Empire d’Occident…
La fonction d’une idéologie n’est
pas toujours de justifier la domination d’un groupe ; elle
peut être aussi de justifier son échec. Si nous échouons
ce n’est pas parce que nous nous y sommes mal pris, mais parce
que ce n’était pas dans le sens de l’histoire,
que le diable soutenait nos adversaires ou que la Providence voulait
nous éprouver davantage…
S’il faut être providentialiste, je préférerais
que ce ne soit pas pour se lamenter sur l’époque ou
se résigner, mais pour reconnaître que notre position
ici et maintenant est providentielle – c’est-à-dire
de volonté divine et bienfaisante - et que cela nous oblige
à nous interroger sur nos devoirs d’état spécifiques,
c’est-à-dire sur notre mission.
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UN ROYALISME D’AMATEURS
Parmi les royalistes, peu sont militants ou le restent.
Et les militants sont des amateurs… Hélas !
Certes les amateurs aiment, d’où l’aspect sympathique
de la plupart des royalistes ; mais ils ne se manifestent qu’autant
qu’ils aiment ce qu’ils font, c’est à dire
qu’ils fonctionnent au principe de plaisir.
Certains, parfois vont un peu plus loin, par sens
du devoir ; mais combien se conduisent en professionnels c’est-à-dire
acceptent de mener des tâches ennuyeuses, peu exaltantes,
simplement parce qu’elles concourent efficacement à
l’objectif fixé ? On sait combien dans les associations
les rapports entre permanents et bénévoles sont difficiles
: les activités des uns et des autres ne sont pas sous-tendues
par la même logique. Et bien les mouvements et groupes royalistes
ne sont pratiquement composés que par des bénévoles.
Ah ! Combien je comprends Lénine qui en appelait
à une organisation de révolutionnaires professionnels.
(Il est vrai que les caisses noires, le soutien de l’état
soviétique et les emplois de permanents n’ont jamais
manqué aux apparatchiks des partis communistes).
Les royalistes fonctionnent à l’enthousiasme,
parfois c’est un dieu qui les habite, parfois ce n’est
que de la « gonflette » ; il faudrait un peu de lest
qui les stabilise dans une action prolongée.
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POUR QUE LA TOUFFE D’HERBE
MONTE EN BLE
En un demi-siècle de royalisme, j’ai
eu maintes raisons de me décourager et j’ai bien cru
parfois que « c’était la fin ».
Or j’ai toujours constaté qu’après
chaque crise, la touffe reverdit selon le mot de Maurras pour attester
qu’en politique, le désespoir est une sottise absolue.
La vitalité du royalisme de conviction est
indéniable, et pas seulement dans les familles attachées
aux traditions françaises, mais aussi pour tous ceux qui
sont amenés à méditer sur le destin de la France.
La royauté colle à la France ; tant que celle-ci subsistera,
elle produira du royalisme de témoignage.
Mais j’aimerais vraiment que de temps en temps,
la touffe monte en blé.
Ce phénomène homéostatique qui
maintient le royalisme au-dessus du néant mais en dessous
d’une force susceptible de peser sur la destinée de
la France, ce phénomène ne s’explique pas seulement
par des causes extérieures : il faut bien envisager que les
royalistes y seraient aussi pour quelque chose.
Sortir de l’état de ludion dans lequel
se retrouve le royalisme suppose que les royalistes connaissent
et se soignent de leurs travers. Quelques uns au moins.
Aussi nos efforts devraient moins porter sur la multiplication
des royalistes de sentiments (si la diffusion de convictions justes
suffisait au salut public on pourrait être démocrate)
que sur la transformation de beaucoup de ces royalistes de sentiments
en « royalistes politiques » et de certains
de ces « royalistes politiques » en comploteurs
actifs.
En termes maurrassiens cela s’appelle la réforme
intellectuelle et morale de quelques uns.
La réforme intellectuelle suppose de ne pas
négliger les ressources de l’intelligence qui est seule
susceptible d’amender le royalisme de valeurs et de sentiments.
La réforme morale consiste à cultiver
le courage, le sens du service, du dévouement et de l’abnégation.
Elle relève plus de la « voie purgative » (passage
obligé pour obtenir la sublimation de la volonté de
puissance), que par l’exaltation du petit ego. La découverte
de ce qui dans l’homme passe l’homme s’accompagne
nécessairement de la conscience du caractère limité
et contingent de l’individu et réciproquement.
Alors oui, dans cette perspective, l’action
royaliste peut devenir le support d’une voie intérieure
c’est-à-dire d’un pratique sacrificielle.
En ce sens, la question posée par Thierry
Jolif me semble pertinente.
Michel MICHEL, militant insuffisant, providentialiste,
légitimiste et survivantiste (il s’agit bien entendu
de la légitimité incarnée par Mgr. le Comte
de Paris, chef de cette Maison de France que la Providence depuis
Hugues Capet, maintient bien vivante, donnant ainsi un objet à
notre Espérance et à notre combat).
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