jeudi 04 décembre 2008

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« Je suis royaliste, mais je me soigne »…

Combien de fois notre ami Michel Michel a-t-il dû se répéter que en politique « le désespoir est une sottise absolue » ? Un livre circulerait… peut-être sous le manteau ? Nous vous offrons en primeur la contribution de notre « vieux » complice…

Portemont, le 16 juin 2006

Michel MICHEL lors du GLR en 2005

 


La demande de contribution de Thierry Jolif m’a inquiété, voire irrité. Je suis assez tolérant, il n’y a que mes amis qui m’irritent, parce que j’attends beaucoup d’eux, surtout quand ils abordent des sujets qui m’importent, des sujets comme le royalisme pour lequel j’aurai consacré bientôt 50 ans de ma vie.

ROYALISME ONTOLOGIQUE OU IDEOLOGIE ROYALISTE ?

Au début des années 60, Alain de Benoist, était alors leader maximo d’une Fédération des Etudiants Nationalistes qui professait une idéologie panblanchiste (« du Cap à Atlanta »). Sous le pseudonyme de Fabrice Laroche, il avait publié un Dictionnaire du nationalisme dans lequel il définissait le nationalisme comme « l’éthique de l’homme occidental ». Dès lors que l‘idée de nationalisme était coupée de la réalité de la communauté française, elle devenait le réceptacle de tous les fantasmes et la source des pires dérives.

Je crains qu’à trop se centrer sur une conception ontologique, sans rapport avec la France réelle, ignorant des obstacles concrets qui résistent à notre action, notre royalisme ne devienne au mieux que l’adhésion à un archétype (qui comme tout archétype se suffit à lui-même) et au pire à une idéologie.

Ce n’est pas la Vie, ni l’Enfance que sauve une mère, c’est son enfant.

Vladimir Volkoff écrivait : mieux que des Principes, nous avons des Princes. C’est cette fidélité à une communauté – la France -, à une histoire particulière, à une famille et à un Prince en chair et en os (et non un support de projections), qui permet aux royalistes d’échapper à la folle raison des idéologies.

J’apprécie bien l’oeuvre de Maurras pour fonder le royalisme en raison. Mais le raisonnement doit précisément mener à cette fidélité incarnée, sinon, la pure passion idéologique risque de finir dans les néants de la Légion Charlemagne.

En mettant l’accent sur l’être du royaliste, ne risque-t-on pas d’essentialiser le royalisme. Je suis royaliste parce que je suis Français et que la monarchie capétienne est constitutive de notre nation. Mais la part helvétique que je tiens de mon grand père se rebifferait si on voulait imposer une monarchie dans une Suisse qui s’est constituée contre la domination des Habsbourg et se porte très bien d’une démocratie tempérée par la décentralisation et des mœurs traditionnelles. Et si j’étais Italien, je ne crois pas que je serais partisan de cette Maison de Savoie qui fut porteuse de ce projet subversif que fut le Risorgimento.

Une ontologie de la Royauté passe encore, les idées platoniciennes et le Roi du Ciel pourraient le faire accepter… Mais essentialiser le royalisme ?

Maurras pouvait écrire je suis de Martigues, je suis de Provence, je suis Français, je suis Romain, je suis humain. « Etre royaliste » n’est pas du même ordre ; ce n’est pas une identité essentielle mais une conséquence de l’être Français, le moyen de défendre le bien commun de cette communauté de destins qu’est la France.

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DE LA DERIVE ETHIQUE AU PRINCE A LA CARTE

J’ai aussi été irrité par la référence que Thierry Jolif fait à une dynastie de fantaisie.

Comme ces fidèles des petites églises parallèles qui se félicitent d’assister à des messes aux rites les plus raffinés où les volutes des encens capiteux baignent les dentelles et les ors, sans se poser la question de l’Eglise à laquelle se rattache le desservant ni même si le prêtre a été ordonné par un Evêque ayant reçu la tradition apostolique, des royalistes se vouent à un Prince lointain, qui, parce que lointain, ressemble tant à leur idéal de chevalier blanc de conte de fées. « Je ne prétends à rien, je suis » aurait dit Louis de Borbon, la formule est belle, mais suffirait-elle à légitimer un prince non-dynaste ?

D’autant plus que cette formule pourrait servir de devise à tous les innombrables descendants secrets de Louis XVII, les Grands Monarques et autres élus sur le mode davidiques qui depuis la Révolution, surgissent dans tous les cantons de France et de Navarre.

Je n’ai aucun mépris pour ces prétendants cachés, j’en connais personnellement trois (dont l’un a été un grand esprit) ; ils relèvent au moins autant d’une pathologie historique et sociale que d’une maladie mentale individuelle. Quand une société subit un traumatisme majeur, -et l’interruption d’une dynastie vieille de mille ans qui a constitué la France est un traumatisme majeur-, la conscience collective cherche à cautériser cette béance par le déni. Cela se traduit par le sébastianisme au Portugal, les tsarévitchs retrouvés en Russie ou les retours prophétisés de Frédéric Barberousse. Cette conscience malheureuse se cristallise sur celui qui se croit investi pour « re-présenter » le Roi absent.

Je serais plus sévère pour la petite cour de ceux qui, par démagogie et par goût du rêve, flattent ces crypto-prétendants, comme les adultes feignent de croire au Père Noël devant les petits enfants.

Eh bien ! Chacun de ces élus secrets peut s’écrier : « je ne prétends pas, je suis ». Cette formule reflète peut-être une conviction intérieure mais n’atteste en rien d’une légitimité dynastique.

Quoiqu’il en soit je suis assez ancien pour me souvenir qu’avant les années 1960, la question dynastique ne se posait pas. La distinction entre orléanistes et légitimistes était obsolète depuis la mort du Comte de Chambord (« Les Princes d’Orléans sont mes fils »). La branche espagnole des Bourbons , n’était pas dynaste ; non pas tant à cause du traité d’Utrecht qu’en raison des lois fondamentales du Royaume (le principe de pérégrination est fixé depuis le XVIe siècle), de la jurisprudence (la Cour et les Parlements tenaient en permanence le tableau de l’ordre de succession où les Bourbons d’Espagne ne figuraient pas), et l’esprit des lois (c’est pour ne pas dépendre d’un Carolingien vassal de l’Empereur que les Barons et Evêques francs élisent Hugues Capet et pour ne pas subir un roi anglais que l’on déterre la vieille loi salique).

Dans les années 60, le Comte de Paris qui s’était éloigné de l’Action Française et fréquentait (horresco referens !) des élus radicaux-socialistes et des syndicalistes, avait soutenu De Gaulle lors d’un référendum et une tentative de Restauration appuyée sur le Général s’était amorcée. Or, la plus grande partie des royalistes s’était engagée dans le combat pour l’Algérie Française et vouait une haine viscérale à De Gaulle qui se reporta sur le Prince.

C’est dans ce contexte que le malheureux Duc de Ségovie se mit à prétendre à la couronne de France, avec, dit-on, quelques fonds secrets espagnols, Franco ayant fait le choix de Juan Carlos pour lui succéder, il s’agissait d’écarter une des branches concurrente des Bourbons d’Espagne.

L’Action Française, gardienne de l’orthodoxie royaliste, affaiblie dans la défaite de l’Algérie française, certains royalistes par dépit ou par méconnaissance soutinrent la cause du Duc de Ségovie comme les ultra de la Ligue avaient soutenu les Guise par défiance envers une Maison soupçonnée de pactiser avec les Huguenots ou comme la passion anticommuniste avaient amené certains à combattre aux côtés des Allemands sur le front de l’Est.

Les partisans du Duc de Ségovie et de ses successeurs relevèrent l’appellation de « légitimistes » et qualifièrent ceux qui continuaient à reconnaître Henri Comte de Paris pour leur Prince légitime, « d’orléanistes » ; ce qui était particulièrement injuste car d’une part ces derniers sont évidemment partisans du Roi légitime et d’autre part ils se réclameront certainement plus des « légitimistes » du XIXe siècle que des « orléanistes ».

Curieux « légitimisme » qui se présente comme un purisme mais dont les motivations consistent à choisir son Roi en fonctions de critères idéologiques, et qui aboutit enfin à la multiplication des prétendants de fantaisie…

Car le flottement sur la légitimité dynastique va entraîner chez beaucoup une position d’abstention plus ou moins (mal) justifiée par un pseudo-providentialisme (« Dieu désignera son élu »), ou encore un assez vulgaire pragmatisme (« Je reconnaîtrai le premier qui parviendra à se faire sacrer à Reims ») ; toutes les spéculations deviennent permises : s’il faut ne tenir compte que de la loi de primogéniture, alors ce sont les Bourbons-Busset qui sont les rois légitimes. Pourquoi pas un roi anglais ? Un Carolingien pour faire l’Europe ? Un Mérovingien qui prétendrait être issu du Christ et de Marie-Madeleine pour profiter de la vogue de Da Vinci code ? (Tiens je n’ai pas encore entendu parler d’un prétendant qui descendrait de Vercingétorix, la place est à prendre). Et puis finalement pourquoi pas cet illuminé qui se prétend descendant secret de petit Louis XVII ? Pourquoi pas moi ? Et si l’humour m’empêche de suivre cette pente paranoïaque, je me résignerai à proclamer : « vive le Roi de Patagonie ! ».

Je ne crois pas que cette dérive réalise « l’Universelle Monarchie » à laquelle faisait allusion Henry Montaigu ; elle en est la caricature.

Mon intention ici n’est pas de traiter de la légitimité dynastique, mais il me semble que le détour sur ce thème illustre les aberrations auxquelles peut aboutir une mentalité qui met trop exclusivement l’accent sur l’éthique et l’esthétique en oubliant tout principe de réalité.

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L’ACTION FEDERE, l’EXACERBATION DES SENSIBILITES DIVISE


Le thème proposé par Thierry Jolif m’inquiète aussi sous un autre angle.

Le royalisme est divisé en de multiples courants, chapelles et sensibilités ; c’est le lot commun aux mouvements qui ne sont pas stabilisés par le risque de perdre postes, prébendes et autres avantages matériels. Au PS, à l’UMP, où chaque placard cache un cadavre on aurait bien plus de raisons de se haïr. Mais on risque aussi de perdre gros. Pour nous qui possédons si peu, une scission ne coûte pas cher…

A l’époque de l’OAS, on s’adonnait à un jeu pervers : dès que des partisans de l’Algérie Française étaient rassemblé à trois ou plus, quelqu’un demandait : « qui est la barbouze ? » Cela n’améliorait pas les relations humaines, on s’en doute…Le jeu de « ma façon à moi d’être royaliste » est presque aussi pervers : « Es-tu royaliste ou monarchiste ? Royaliste de droite ou de gauche ? Partisan d’une monarchie féodale ou absolue ? Monarchien ou émigré ? Avec les gardes du Cardinal ou les mousquetaires du Roi? ». Quelles belles disputes byzantines en perspective ! (Pour ma part je serais plutôt théocrate tribaliste…)

Et de « mon royalisme à moi », on passe vite à « mon roi à moi », (ce qui est la négation du royalisme), c’est-à-dire au « Moi-roi » (comme on dit « l’enfant-roi » pour dire qu’il est gâté).

Ces spéculations sont improductives et démobilisatrices : l’univers des motivations est indéfini, sans fin…Lorsque deux âmes élues auront l’illusion d’avoir tant en commun, elles arriveront vite à trouver un point de vue qui les divise, d’autant plus irrémédiablement qu’elles auront fait de leur subjectivité le critère de leur union.

D’ailleurs, - sauf en de brèves périodes d’hégémonie d’une doctrine comme celle que l’Action Française était parvenu à imposer partiellement à certains moments de son histoire -, pourquoi les royalistes seraient-ils moins divisés que les républicains ? Les tendances centrifuges des tribus gauloises ne datent pas de 1789, et c’est une des raisons qui justifient la nécessité de la monarchie en France.

Au contraire, l’action implique une confrontation avec les résistances du réel ; elle constitue une ascèse dans laquelle s’évanouissent bien des faux problèmes. Le matériau éprouve la volonté et dissipe les velléités. La psychanalyse se fonde sur une intuition juste quand elle explique la construction de la personne par l’interaction du principe de plaisir et du principe de réalité. Les aspirations qui ne se confrontent pas avec le monde nécrosent.

C’est le projet commun qui fédère. Surtout, comme l’a bien établi Carl Schmitt, quand l’action s’exerce sur un terrain où l’on a besoin d’alliés pour vaincre des adversaires. Les troupes se soudent dans le combat (surtout s’il est victorieux) et se délitent à Capoue.

Les royalistes sont restés trop longtemps hors du champ politique, ils n’ont plus que des adversaires abstraits : les travers de leurs comportements s’expliquent en grande partie par cette situation planante.

Grosso modo, depuis les combats pour l’Algérie Française où ils avaient pris une part importante, si l’on excepte les affrontements avec les gauchistes dans les années 70 qui n’ont surtout touché que la frange étudiante et parisienne de l’AF, les royalistes étaient hors jeu, réduits à des activités commémoratives. C’est-à-dire qu’ils n’existaient qu’à leurs propres yeux ; plus souvent en affrontements avec d’autres royalistes qu’aux prises avec un terrain extérieur.

Depuis quelques années la montée du souverainisme leur permet de sortir de cette situation. Les royalistes de toutes nuances, qui auparavant étaient incapables de s’entendre sur le terrain des chapelles fleurdelysées, lorsqu’ils s’engagent dans ce combat, s’y croisent en bonne connivence face aux courants jacobins ou gaullistes. La cause de l’indépendance nationale est centrale pour l’avenir de notre pays et laisse présager des affrontements entre le pays réel et le pays légal que ce dernier aura du mal à digérer. Serons nous en mesure de profiter de cette lame de fond ? J’enrage, devant cette occasion historique qui se présente à nous, de constater que des royalistes préfèrent se contempler le nombril dans leurs cénacles.

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Je ne veux pas dire pour autant qu’il faille négliger la question des motivations.

Dans les années 70, la Nouvelle Action Française (devenue depuis la NAR) avait perdu l’essentiel de ses militants en prenant son public à rebrousse-poil. Loin des discours utopistes sur la Royauté préfigurant la descente de la Jérusalem céleste, on y présentait la monarchie comme un léger réglage qui améliorerait le fonctionnement institutionnel de la Ve république sans changer grand-chose au « consensus » plat du politiquement correct.

Cette position n’aurait pas été absurde la veille d’un coup d’état royaliste pour rassurer l’opinion, isoler les opposants et faciliter les ralliements de dernière heure ; mais dans l’état groupusculaire où nous nous trouvions, elle décourageait l’élan de ceux qui avaient besoin de fonder leur engagement - aux résultats lointains et aléatoires - sur des convictions qui dépassent de simples considérations de droit constitutionnel.

Les valeurs et les motivations sont comme le combustible qui fait tourner le moteur de l’action royaliste. Mais attention à ne pas noyer le moteur…

Les valeurs se vivent. A trop les expliciter, elles se réduisent vite en langue de bois, en rhétorique vaine. Décortiquer les motivations est une activité psychologiquement intéressante mais ça n’a jamais augmenté leur puissance. Il y a même quelque chose d’obscène à vouloir déployer totalement les motivations d’une personne.


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C’EST AU GATEAU QU’ON JUGE LE PATISSIER

L’homme est toujours écartelé entre deux logiques, celle du sens et celle de l’efficacité qui jamais ne coïncident. Elles ne s’excluent pas non plus : quand, pour plus d’efficacité, on exclut totalement la logique du sens, l’action devient folle et perd finalement toute efficacité. Mais une logique du sens qui ne se traduit pas dans une action efficace est bien vaine, sauf peut-être dans le domaine spirituel où la contemplation est la forme supérieure de l’action.

Sans doute comme toute activité humaine, le royalisme comporte-t-il une face intérieure, mais pas plus que pour le tir à l’arc ou la cuisine, elle n’est une réalité spécifique au royalisme. L’erreur serait de laisser entendre que le royalisme pourrait être (devrait être ?) centré uniquement sur cette dimension intérieure. C’est un sophisme que d’opposer l’être à l’action ; l’action ne s’oppose pas à l’être, elle en est le déploiement.

C’est entendu, le petit djihad (le combat du musulman contre les infidèles) n’est que le reflet du grand djihad (le combat spirituel intérieur)… mais parfois la modestie du petit djihad fait douter de la consistance du grand djihad.

Il est certainement possible de faire de toute activité humaine un exercice spirituel.
Mais la droite intention et toutes les qualités spirituelles ne suffisent pas à faire un bon chevalier ou un bon médecin. Quant à laisser entendre que cela dispenserait de tout exercice militaire ou de toute connaissance physiologique… Même l’iconographe doit doubler sa préparation spirituelle par un apprentissage technique.

J’ai lu la Bagavad Gîta et je comprends que l’action ne devient un juste sacrifice (c’est-à-dire un faire sacré) qu’au prix de la renonciation à convoiter les fruits de l’action. D’ailleurs, des royalistes qui combattent pour la conquête du pouvoir afin de le remettre à un Prince (dont une des qualités sera de se libérer de ceux qui l’auront fait Roi) devraient être prédisposés à une telle attitude de service. Mais encore faut-il combattre avec constance, et dans le combat ne pas faire n’importe quoi…


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TU NE TENTERAS PAS LE SEIGNEUR TON DIEU (Matthieu IV-7)

Que dirait-on de parents qui s’abstiendraient de tous recours aux remèdes communs pour soigner leur enfant malade, en prétendant ainsi manifester leur confiance dans la Providence ?

Les gens d’arme batailleront et Dieu donnera la victoire proclamait Jeanne d’Arc. Ce n’est pas réduire le caractère miraculeux de son action de penser qu’elle sut s’appuyer sur les meilleurs chefs de guerre du Royaume : Dunois, La Hyre et Gilles de Rais (Tiens, Jeanne acceptait le concours de quelqu’un qui était loin d’incarner le « chevalier blanc »…). Quant au détour par le sacre de Reims, il relève exactement du « politique d’abord » tenu en suspicion par les pseudo-providentialistes.

Vouloir que Dieu donne la victoire sans que les gens d’arme bataillent, c’est « tenter Dieu ». Comme fit le démon dans la deuxième tentation du Christ en lui proposant de se jeter du haut du temple pour que les anges l’empêchent de heurter le sol.

Je suis providentialiste : c’est-à-dire que je crois que Dieu est maître de l’histoire, que la liberté des anges, et encore moins celle des hommes ne sauraient limiter sa Sainte Volonté et que la ruse divine se sert même de ceux qui prétendent faire obstacle à ses desseins, pour les réaliser. Mais je me refuse à justifier mes carences par la Providence.


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EIH BENNEK, EIH BLAVEK (devise syldave)*

Je connais l‘idéal du Roi qui règne sans avoir besoin de recourir aux rapports de force. J’ai admiré Kagemusha, le film d’Akira Kurosawha, où les armées sont victorieuses quand le chef du clan se tient immobile au sommet de la colline et sont en déroute lorsqu’il s’agite et prétend agir dans la bataille. Je saisis le sens de l’axe vertical, situé sur le moyeu immobile au centre de la roue du monde.
Cet archétype rend compte du fonctionnement concret de l’autorité, cette forme légitime de pouvoir dont la réalité se manifeste d’autant plus qu’il n’est pas nécessaire de recourir aux carottes et au bâton et à tous les chantages qui accompagnent l’exercice ordinaire du pouvoir. L’autorité vraie est le reflet en ce monde de la souveraine transcendance. (Omnia potestas a Dei).

Mais le roi de France n’est pas le Roi du monde dans son Aghartha. Sur le plan de la réalité où nous évoluons l’autorité ne se présente jamais à l’état pur. Même l’Abbé d’un monastère doit savoir parfois employer la manière forte pour chasser le moine rebelle. Les parents doivent pouvoir guider leurs enfants sans recourir en permanence aux promesses de récompense ou à la crainte du châtiment, mais je ne connais pas de famille qui n’y aurait jamais eu recours.
Et les Rois les plus légitimes sont bien obligés de défendre leur position en imposant parfois leur volonté par un rapport de forces favorable. Ce n’est pas sans raison que tout Etat vise au monopole de la violence selon l’expression de Max Weber. Le Roi est chef des armées, de la Justice et de la Police : c’est là le noyau du domaine régalien. Et parfois cette raison dont la vertu est d’économiser la violence, cette raison d’Etat, impose de l’exercer : le Duc de Guise en a fait les frais et Louis XVI a laissé sombrer son Royaume pour ne pas en avoir saisi la dure leçon. Par « angélisme » ? Dire cela serait offenser les anges combattants des milices célestes…

D’autre part, si un Roi dont l’autorité est largement reconnue par ses sujets, (d’autant plus qu’en cas de rébellion elle peut s’imposer), peut se permettre d’être magnanime, un prétendant au contraire, parce que précisément son autorité n’est pas unanimement reconnue ou ne s’impose pas, un prétendant est bien forcé de ruser ou de faire des concessions. Tels Hugues Capet, Louis XI en mauvaise posture face au Téméraire, François I prisonnier en Espagne, Henri IV (dont l’heureuse concession permit à la Couronne de France de rester catholique) ou Louis XVIII (qui eut, pour le plus grand bien de notre pays, à traiter avec cette canaille de Talleyrand).

« Je ne prétends pas, je suis ». A cette formule, je préfèrerais : « Je suis le Prince, ce qui m’oblige à prétendre et à prétendre activement ».

* Le sceptre d’Ottokar est le symbole de la légitimité en Syldavie, encore faut-il avoir la force de le prendre et de le conserver. Telle est la leçon d’Hergé.

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LE ROI EST UN ARBITRE, LES ROYALISTES SONT DES PARTISANS

En outre, il ne faut pas confondre les royalistes et le Roi.
C’est peut-être au Roi à tenter d’incarner l’archétype de la souveraine transcendance, aux royalistes il n’est demandé que de mettre à profit une situation pour « faire le Roi ».

En situation « normativement normale », il n’y a pas de royalistes, il n’y a que de loyaux et fidèles sujets. Il n’y a de royalistes qu’en situation de crise de régime. On connaît la chanson : Pleurez, pleurez fidèles royalistes, la mort de Henri de Valois…Le terme de royaliste implique que la France est déchirée entre les factions des Huguenots et de la Ligue. Le tiers parti, celui qui refuse cette guerre civile est bien forcé à s’organiser en parti des politiques. Les royalistes sont des partisans par nécessité. Des partisans qui souhaitent la fin des partis (ou de façon plus réaliste, l’atténuation du déchirement de la France par les factions), mais des partisans quand même. Qu’ils le veuillent ou non ; et il vaudrait mieux qu’ils le veuillent sinon ils seront de mauvais partisans, c’est-à-dire de mauvais royalistes.

C’est un vice mental que de prétendre « incarner l’idéal » (La Royauté comme concorde) en feignant d’ignorer les impératifs du chemin hors duquel nous ne saurions accéder à cet objectif. Mais c’est tellement plus confortable de faire l’économie de ce chemin...

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TROIS SORTES DE ROYALISMES

Il me semble qu’on peut distinguer (et non pas opposer) trois postures royalistes :

- Un royalisme de témoignage et de protestation : témoignage d’une fidélité à une histoire, à un régime qui reflète la transcendance divine, protestation contre le prosaïsme, le conformisme et l’insignifiance du monde post-révolutionnaire.
- Un royalisme de régence du nationalisme : en l’absence de l’héritier, tentons de conserver l’héritage. Dans chaque numéro de l’Action Française, Pierre Pujo et d’autres veulent dégager ce que serait une politique qui ne viserait qu’au bien commun de la France sans tenir compte des filtres idéologiques et des impératifs institutionnels du régime républicain. Malheureusement bien peu de nos gouvernants lisent Pierre Pujo.
- Un royalisme de complot visant à changer le Régime et à amener le Prince à gouverner réellement. Ce type de royalisme a été illustré par un Cadoudal, ou plus près de nous par un Henri d’Astier de la Vigerie (On raconte qu’en 1942 à Alger, quand on demandait des nouvelles de ce dernier, on s’entendait répondre : « comme toujours, le matin il va à la messe et l’après-midi il complote »).


Ceux qui relèvent de la première catégorie sont les plus nombreux, ils forment un réservoir qui semble inépuisable à partir duquel il est toujours possible de trouver de quoi reconstituer des motivations royalistes. C’est un royalisme de valeurs et de sentiments.

Dans la seconde catégorie, on pourrait parler d’un « royalisme politique ». Peu nombreux sont ceux qui accèdent à ce niveau de réflexion. Ce royalisme est rarement spontané et le plus souvent il est le produit d’une école de pensée qui a mobilisé d’importants moyens (cercles d’études, conférences, livres savants, etc.) pour parvenir à transformer des convictions, des sentiments, parfois de simples réflexes conditionnés (mêmes « sains ») en une capacité d’analyse de la réalité politique française.

Quant à la troisième catégorie, ils font cruellement défaut pour que se mette en place un « royalisme d’action ». Certes, la tradition d’impertinence des étudiants d’Action Française et des camelots du roi (« ce sont des gens qui se foutent des lois ») peut être considérée comme une formation propédeutique élémentaire à ce royalisme d’action ; mais bien insuffisante quand il faudrait former des « professionnels du complot royaliste» (au sens où Lénine évoquait le bolchévisme comme un parti de révolutionnaires professionnels, dont il voyait la préfiguration dans l’ordre des jésuites). Il n’y aura d’action royaliste cohérente (c’est-à-dire une action qui dépasse le témoignage) que si elle est orientée par une stratégie, ce qui suppose un état-major et des agents disciplinés aptes au stratagème.

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Beaucoup de royalistes pensent que la question du prétendant n’est pas importante et certains ont probablement été irrités que j’aborde ce thème au début de mes réflexions. Ceux-là sont des royalistes de la première catégorie pour qui la question de la Royauté est métapolitique (je dirais plutôt infra-politique). Effectivement pour témoigner de ses valeurs, s’emberlificoter dans les questions de dynasties est (en apparence) totalement impertinent.

En revanche pour des conjurés de la troisième catégorie, savoir pour qui on complote est une question vitale : non résolue cette question risquerait fort d’aboutir à quelque « nuit des longs couteaux ». L’échec de la Restauration au XIXe siècle s’explique en grande partie par la division entre orléanistes et légitimistes (sans compter les bonapartistes).

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JUSTIFIER L’INACTION FRANCAISE

En 50 ans de militantisme, la plupart des royalistes que j’ai rencontrés – ceux du moins qui avaient dépassé l’adolescence activiste - ne manquaient pas de caractère et certains étaient porteurs des plus hautes valeurs. En revanche j’en ai trouvé bien peu, trop peu, pour se mettre en quête des moyens efficaces pour aboutir à ce qu’ils prétendaient désirer.

Notre force est d’avoir raison dit un couplet de la chanson, on soupçonnera que pour certains intellectuels, la réalisation de la royauté n’ajouterait rien à la satisfaction d’avoir raison.

Quand on aborde la question des moyens, les moralistes s’ingénient à multiplier les objections de conscience avant même que l’on ait commencé à élaborer un chemin : « la Restauration, oui mais sans violence, et sans ruses ni stratagèmes, avec l’acquiescement de tous » (si la fixation et la réalisation du bien commun étaient possibles dans de telles conditions, je serais démocrate).

Viennent encore les amateurs de contes et légendes (dont je suis), ceux qui, à force de rêver sur les chevaliers de la Table Ronde ou les retours du Roi à la mode de Tolkien, craignent que les contingences de l’action ne vienne salir la pureté des archétypes héroïques.

Dans cette perspective, ce que l’on reprochait au Comte de Paris, ce n’est pas d’avoir manqué la prise du pouvoir, mais de l’avoir tentée au risque de se compromettre avec des gens peu fréquentables. C’est aussi avec des Talleyrand (un Evêque défroqué et régicide), des Monk (complice de Cromwell), en s’appuyant sur des motivations souvent impures que l’on réussit les Restaurations.

Kant avait les mains pures, mais il n’avait pas de mains ironisait Charles Péguy, et je soupçonne que l’inflation ontologique, l’hypertrophie de la dimension « éthique » ne pourrait être qu’une compensation à notre impuissance en même temps qu’une tentative de nous masquer cette impuissance. Dans ce cas, je la dénoncerais parce que cela nous empêcherait de diagnostiquer les raisons de cette impuissance et d’y porter remède.

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ROYALISME SPECULATIF OU ROYALISME OPERATIF ?

Les sociétés traditionnelles avaient coutume d’associer une voie de perfectionnement à tout état social : aux soudards était proposé l’idéal chevaleresque, aux artisans les rites du compagnonnage.

Mais on sait bien que, dès lors, que ces voies de perfectionnement ne sont plus greffées sur les réalités de la vie quotidiennes, elles deviennent un peu formelles, souvent ridicules et parfois pathologiques.

Les actuels chevaliers de Malte ont hérité d’une riche tradition, mais n’ont que de lointains rapports, -des rapports idéaux- avec les chevaliers de Saint Jean de Jérusalem qui soignaient et protégeaient les pèlerins sur les routes de la Cité Sainte. Quant aux francs-maçons, on sait ce qu’ils sont devenus lorsque les bâtisseurs de cathédrales ont laissé les personnes n’appartenant pas au métier entrer dans leurs loges…Quand les francs-maçons « acceptés » ont remplacé les « opératifs », les anciens devoirs ont progressivement sombré dans la société de pensée, avec toute cette dynamique subversive qu’a dénoncée Augustin Cochin.

Le fonctionnel est bien malade si le symbolique ne lui donne pas son sens, mais le symbolique ne se porte pas mieux quand il se coupe du fonctionnel.

Ah ! Si les royalistes pouvaient être des royalistes « opératifs »….

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LES CONDITIONS HISTORIQUES DU ROYALISME IDEAL


Le développement de ce royalisme idéal, rêvé, sera aisément mis en relation avec la situation historique qui lui a servi de terreau.

Toute l’Europe fut bouleversée par le choc de la Révolution jacobine et son prolongement impérial. Longtemps impuissants devant ce cataclysme, les contre-révolutionnaires ont bien dû méditer le sens du triomphe des pires et du pire.
C’est dans ce contexte que furent écrites les magnifiques méditations de Joseph de Maistre sur le gouvernement de l’histoire par la Providence.

Hélas, ces grandes intuitions induites par les figures de l’Ecriture Sainte furent corrompues en produisant d’une part l’idéologie progressiste romantique (il faut accepter le mal historique puisque c’est le chemin nécessaire vers les lendemains qui chantent) et d’autre part, le désarmement de la mentalité contre-révolutionnaire.

Au providentialisme d’un Bossuet qui affermissait la légitimité des autorités succéda un providentialisme de résignation au châtiment permis par la colère divine. Il faut accepter le malheur du vendredi saint pour que la résurrection de Pâques puisse s’accomplir. La rébellion de Pierre qui tire son épée pour défendre son Maître au jardin de Gethsémani est inutile sinon nuisible. Le pays remontera de lui même lorsqu’il aura atteint le fond (mais métaphysiquement, la chute dans le mal a-t-elle un fond ?). Dans cette hiéro-histoire, il n’y a pas à agir mais à prier et témoigner…Accepter les souffrances du siècle en espérant à l’issue des tribulations la Parousie, le Millénium, le retour transfigurant du Grand Monarque. C’est au prix de cette abstention que se manifestera la toute puissance divine et le recours aux moyens humains serait comme la mise en doute de cette Providence.

Faut-il incriminer Joseph de Maistre de cette dérive ? Certainement pas car l’ambassadeur savoyard, qui fut aussi un homme d’action (« une sorte de James Bond de son époque » affirmait l’un de ses biographes) n’est pas plus responsable de ce désarmement moral, que Saint Augustin n’est responsable du Calvinisme…

On peut imaginer que cette mentalité a commencé à s’élaborer chez les émigrés de Coblence, de Londres ou d’ailleurs. Loin des réalités du pays, le Royaume de France et l’Ancien Régime sous le projecteur de la nostalgie se transmuent en idéal rêvé (comme De Gaulle à Londres se fait « une certaine idée de la France »). C’est là un phénomène auquel aucun exilé comme aucun prisonnier n’échappe : quand on est privé d’une réalité on en fait une idée qui se substitue à ce dont on manque. Et quand on est libéré ou qu’on rentre d’exil, on ne reconnaît parfois plus son rêve dans la dure et prosaïque réalité.

Déjà lors de la Restauration, certains ultras qui ne reconnaissaient pas la royauté et la France rêvée, s’opposèrent à Louis XVIII , bien obligé lui de tenir compte des rapports de forces et de l’état d’une société modelée par plus de 25 ans de révolutions.

Après 1830, les royalistes cultivèrent à nouveau cette mentalité d’émigrés de l’intérieur. Les légitimistes, -c’est tout à leur honneur-, pour ne pas prêter serment à Louis-Philippe ou à Napoléon III démissionnent de toutes charges publiques et se réfugient dans leurs domaines privés (cela produira un vrai progrès dans les techniques de gestion agricoles) et dans la rumination d’un Royaume idéal ou dans la dénonciation de ce siècle corrompu. (Cette mentalité de dénonciation a produit des œuvres qui ne manquent pas d’allure : Barbey d’Aurévilly, Villiers de L’Isle Adam, Léon Bloy…)

Et c’est ainsi qu’une part trop importante des forces contre-révolutionnaires se complut dans les révélations particulières les plus échevelées, les spéculations naundorfistes, la culture des commémorations et le goût nostalgique des ruines (on relira la critique que Maurras fait de Chateaubriand et sa fascination de pompes funèbres pour le passé en tant que mort).

Les échecs sont pathogènes, chaque tentative qui échouait renforçait cette idée qu’il faut surtout ne rien tenter. A force d’être du côté des vaincus, le réactionnaire (si peu réactif) finit par prendre en affection tous les vaincus de l’histoire : Sudistes de la guerre de sécession, Boers d’Afrique du Sud, fascistes et nazis, dernier des Mohicans…Jusqu’au bolchevisme qui deviendrait sympathique depuis la chute du mur de Berlin.

Je me souviens d’un vieux bouquin d’un certain Jean Jaëlic qui poussait jusqu’à la caricature cette vision de justification de l’échec et par l’échec. L’auteur reprenait toute notre histoire pour déplorer que Henri IV ait réussi à déjouer le projet de la Ligue, que le roi anglais ait été contré par Jeanne d’Arc ou que Hugues Capet ait pris le pouvoir, empêchant la réalisation du Saint Empire d’Occident…

La fonction d’une idéologie n’est pas toujours de justifier la domination d’un groupe ; elle peut être aussi de justifier son échec. Si nous échouons ce n’est pas parce que nous nous y sommes mal pris, mais parce que ce n’était pas dans le sens de l’histoire, que le diable soutenait nos adversaires ou que la Providence voulait nous éprouver davantage…

S’il faut être providentialiste, je préférerais que ce ne soit pas pour se lamenter sur l’époque ou se résigner, mais pour reconnaître que notre position ici et maintenant est providentielle – c’est-à-dire de volonté divine et bienfaisante - et que cela nous oblige à nous interroger sur nos devoirs d’état spécifiques, c’est-à-dire sur notre mission.


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UN ROYALISME D’AMATEURS

Parmi les royalistes, peu sont militants ou le restent.
Et les militants sont des amateurs… Hélas !
Certes les amateurs aiment, d’où l’aspect sympathique de la plupart des royalistes ; mais ils ne se manifestent qu’autant qu’ils aiment ce qu’ils font, c’est à dire qu’ils fonctionnent au principe de plaisir.

Certains, parfois vont un peu plus loin, par sens du devoir ; mais combien se conduisent en professionnels c’est-à-dire acceptent de mener des tâches ennuyeuses, peu exaltantes, simplement parce qu’elles concourent efficacement à l’objectif fixé ? On sait combien dans les associations les rapports entre permanents et bénévoles sont difficiles : les activités des uns et des autres ne sont pas sous-tendues par la même logique. Et bien les mouvements et groupes royalistes ne sont pratiquement composés que par des bénévoles.

Ah ! Combien je comprends Lénine qui en appelait à une organisation de révolutionnaires professionnels. (Il est vrai que les caisses noires, le soutien de l’état soviétique et les emplois de permanents n’ont jamais manqué aux apparatchiks des partis communistes).

Les royalistes fonctionnent à l’enthousiasme, parfois c’est un dieu qui les habite, parfois ce n’est que de la « gonflette » ; il faudrait un peu de lest qui les stabilise dans une action prolongée.

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POUR QUE LA TOUFFE D’HERBE MONTE EN BLE

En un demi-siècle de royalisme, j’ai eu maintes raisons de me décourager et j’ai bien cru parfois que « c’était la fin ».

Or j’ai toujours constaté qu’après chaque crise, la touffe reverdit selon le mot de Maurras pour attester qu’en politique, le désespoir est une sottise absolue.

La vitalité du royalisme de conviction est indéniable, et pas seulement dans les familles attachées aux traditions françaises, mais aussi pour tous ceux qui sont amenés à méditer sur le destin de la France. La royauté colle à la France ; tant que celle-ci subsistera, elle produira du royalisme de témoignage.

Mais j’aimerais vraiment que de temps en temps, la touffe monte en blé.

Ce phénomène homéostatique qui maintient le royalisme au-dessus du néant mais en dessous d’une force susceptible de peser sur la destinée de la France, ce phénomène ne s’explique pas seulement par des causes extérieures : il faut bien envisager que les royalistes y seraient aussi pour quelque chose.

Sortir de l’état de ludion dans lequel se retrouve le royalisme suppose que les royalistes connaissent et se soignent de leurs travers. Quelques uns au moins.

Aussi nos efforts devraient moins porter sur la multiplication des royalistes de sentiments (si la diffusion de convictions justes suffisait au salut public on pourrait être démocrate) que sur la transformation de beaucoup de ces royalistes de sentiments en « royalistes politiques » et de certains de ces « royalistes politiques » en comploteurs actifs.

En termes maurrassiens cela s’appelle la réforme intellectuelle et morale de quelques uns.

La réforme intellectuelle suppose de ne pas négliger les ressources de l’intelligence qui est seule susceptible d’amender le royalisme de valeurs et de sentiments.

La réforme morale consiste à cultiver le courage, le sens du service, du dévouement et de l’abnégation. Elle relève plus de la « voie purgative » (passage obligé pour obtenir la sublimation de la volonté de puissance), que par l’exaltation du petit ego. La découverte de ce qui dans l’homme passe l’homme s’accompagne nécessairement de la conscience du caractère limité et contingent de l’individu et réciproquement.

Alors oui, dans cette perspective, l’action royaliste peut devenir le support d’une voie intérieure c’est-à-dire d’un pratique sacrificielle.

En ce sens, la question posée par Thierry Jolif me semble pertinente.

Michel MICHEL, militant insuffisant, providentialiste, légitimiste et survivantiste (il s’agit bien entendu de la légitimité incarnée par Mgr. le Comte de Paris, chef de cette Maison de France que la Providence depuis Hugues Capet, maintient bien vivante, donnant ainsi un objet à notre Espérance et à notre combat).


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