Nous sommes de France, de toute la France,
de toutes les Frances…du Royaume de France !
La République Française, vertueuse comme il se doit,
cette république, phare de la Civilisation, qui n’a de
cesse depuis plus de deux cents ans de se poser en modèle à
la face du monde entier, cette république dont se revendiquaient
les bouchers du Cambodge et de bien d’autres paradis rase les
murs…
Elle se complait dans ses défaites. Elle se met en frais pour
témoigner de Trafalgar et met son drapeau en berne pour Austerlitz !
En d’autres temps, nous aurions pu en rire. Et nos amis, et ceux
qui le sont moins, ne peuvent nous taxer d’une quelconque nostalgie
napoléonienne…
Mais nous sommes de France, de toutes les Frances !
Nous sommes les héritiers de la bataille de Tolbiac et de celle
de Vouillé. Nous avions le cœur léger à Bouvines.
Nous avons craint le pire à Poitiers. Nous poussions fort sur
le pont de Cocherel, avec les Bretons de du Guesclin !
Et que dire de nous devant Orléans, avec Jeanne La Pucelle ?
Nous sommes de toutes les victoires et de toutes les défaites
de notre France.
Combien de larmes avons-nous versé à la mort du preux
Bayard ?
Nous avons trinqué sans retenue à la santé du jeune
duc d’Enghien après la victoire de Rocroi !
Nous avons pleuré avec la Palatine, sur les excès commis
dans le Palatinat.
Nous avons tous été transpercés par les baïonnettes
prussiennes au cri de "A moi, Auvergne"... lancé par
le chevalier d'Assas à la bataille de Kloster-Kamp, et nous le
pleurons encore...
Nous ne nous sommes pas dérobés à l’appel
de « la Patrie en danger » et nous avons embrassé
les vieux soldats qui ont refusé de brûler leurs vieux
drapeaux.
Nous ne rougissons pas de Valmy ou de Fleurus.
Nous n’oublions pas que nous sommes aussi de la Saint-Barthelémy.
Nous sommes de tout le Royaume de France. Nous n’effaçons
pas de nos mémoires les sinistres cales des bateaux qui transportaient
le « bois d’ébène ».
Nous ne renions pas la prise de la Smala d’Abd el-Kader. Nous
levons nos verres à la santé du capitaine Marchand. Nous
sommes de Fachoda.
Nous ne baissons pas les yeux à l’évocation de nos
conduites héroïques ou misérables.
Nous n’avons jamais rêvé à un « homme
nouveau » engendré par la République des vertus !
Nous sommes de Monte Cassino avec les Tabors, des Aurès aussi.
Un peu de nous a croupi dans les rizières et nous sommes aussi
de Dien Bien Phu.
Nous aimons notre pays, nous l’aimons de tout notre cœur
et nous acceptons tout son héritage.
Nous préférons, comme tout un chacun, certaines heures
de son histoire plus que d’autres. Nous chérissons des
héros qui ne sont pas nécessairement partagés par
tous. Mais tous sont gens de France ! Et nous ne méprisons pas
pour autant ceux qui sont honorés par d’autres...
Il faut s’aimer pour aimer autrui.
Portemont, le 29 décembre 2005.
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