De 1958, date du retour du Général au pouvoir jusqu’au
début des années 90, la chute du mur de Berlin démontrant
la pertinence de la pensée gaulliste, les intellectuels, dans
leur très grande majorité, sont anti-gaullistes voire
violemment hostiles à l’homme du 18 juin.
L’exemple de la revue « 14 juillet »…
Le lendemain du 13 mai 1958, le 14 juillet très exactement,
paraît le premier numéro d’une éphémère
revue qui ne connut que trois numéros… Son titre : «
14 juillet ». Farouchement anti-gaulliste, elle réunit,
excusez du peu, les signatures d’Edgard Morin, Margueritte Duras,
Benjamin Péret, Brice Parain, Claude Lefort, Louis-René
des Forêts, Jean Duvignaud, André Breton, Jean-François
Revel et quelques autres…
Issue d’un groupe d’anciens du PCF dit « de la rue
Saint-Benoît » qui donna naissance en 1955 au Comité
d’action des intellectuels contre la poursuite de la guerre d’Algérie-
la revue « 14 juillet » soupçonne de Gaulle de préparer
l’instauration d’un fascisme à la française…
Dans le premier éditorial titré « Résistance
» et signé par l’ancien surréaliste Jean Schuster,
on peut lire qu’ « Il est douteux
qu’au XXème siècle un pouvoir personnel ne conduise
pas finalement au fascisme. Il n’y a déjà plus rien
qui nous en garantisse immédiatement… Il nous appartient
de promouvoir la résistance… Nous en sommes, pour l’heure,
aux obsèques de la démocratie, au baptême de la
servitude ». Le ton est donné, et chacun des
collaborateurs (excusez-moi, camarades, le terme) en rajoutera, du côté
des fantasmes, trémolos et procès d’intentions.
De son côté Jacques-Francis Rolland n’hésite
pas à écrire : « …Il
y a lieu aujourd’hui d’être davantage pessimiste en
ce qui concerne la situation française qu’on ne pouvait
l’être en Allemagne, à la veille de l’incendie
du Reichstag… même si le fascisme français, encore
indécis, inorganique, à des aspects moins immédiatement
redoutables que ceux que présentaient les sections de meurtre
de la S.A ? et des S.S. »
L’escalade se poursuit avec ces propos démesurés
et précurseurs du gauchisme le plus débile :
« Nous assistons déjà au passage d’un semi-fascisme
masqué en République au fascisme ouvert de la dictature
militaire… de Gaulle maintenant sert de liftier à un régime
dont Soustelle deviendrait un nouveau Laval, Boutang le nouveau Henriot
; et quand à son nouveau Darnand, je ne le désigne pas
étant donné que le nombre des concurrents en piste décourage
le pronostic… », que pense aujourd’hui Jean-François
Revel d’une telle déclaration ?
« 14 juillet » cesse de paraître à la suite
du référendum…de 1958 !
Des voix discordantes se font tout de même entendre, ainsi le
sociologue Jean Duvignaud apporte un bémol au délire quasi-général
de la rédaction : « ce
qui nous menace est plus dangereux et plus subtil… Une tyrannie
éclairée et plus subtile… Une tyrannie éclairée…
Un régime comparable à celui qui sortit de la révolution
de 1830… Ce serait une société de l’ordre
moral et de réaction sociale, mais aussi de la prospérité
officielle, du progrès technique et de l’ennui !…
»
En 1968, à l’aube du fameux mois de mai, cette analyse
sera reprise dans un article resté célèbre.
Les propos empreints de fantasme publiés dans « 14 juillet
» se heurtèrent aux 80% de Français qui approuvèrent
le référendum du 28 septembre. Après trois numéros
la revue cesse de paraître…
Quarante cinq ans plus tard où en sommes nous ?
Le gaullisme ne s’est pas mué en « fascisme à
la française », et la plupart des collaborateurs de «
14 juillet » ont révisé leur position ou se taisent
lâchement, afin de na pas se renier… Tous, excepté
Dionys Mascolo, qui en 1990 écrivait à propos de de Gaulle
: « Ce monarchiste dans l’âme
finit par se résigner à ne régner que dans le cadre
d’une démocratie parlementaire, elle même tétanisé…
»
On est tout de même loin du fascisme… en général
!
Heureusement, comme dans beaucoup de choses, l’Histoire a fait
son œuvre en rétablissant la vérité…Et
nous nous apprêtons à vivre sous la dictature de Bruxelles
!
François Saint-Roch, le 7 avril 2005.
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