| Paris,
19 heures sous la pluie.
Exceptionnellement le mardi 5 décembre 2006
« A la Soupe du Roi,
nous connaissons une cinquantaine de parisiens qui sont ravis
du réchauffement de la planète. Parfaitement !
Ce sont nos invités du mercredi. Le froid et la neige peuvent
se faire attendre,ils ne se lamenteront pas et n'en arriveront
que plus joyeux à notre rendez-vous à la fois nourrissant
et convivial.
En attendant que le fricot chauffe,
notre ami Olivier s'affaire à une distribution de vêtements.
C'était voici seulement trois mois, une activité
parfaitement marginale, mais c'est devenu un petit business qui
marche bien. Notre amie Marie-Laure qui a impulsé l'affaire,
ne se doutait pas du succès qu'allait connaître son
initiative. Elle devrait monter une « start-up »
car elle est sur une pente de 20% l'an de croissance au moins,
ce qui risque de faire des jaloux dans l'industrie informatique,
celles du prêt-à-manger allégé et de
la navigation de plaisance réunies. Mais il y a un inconvénient,
les essayages et les échanges perturbent le service de
restauration et le cuisinier s'en alarme : « ça
va refroidir !!! »…
Hier, il y avait soupe à
l'oignon puis lentilles antillaises et militaires (ça déménage )
puis saucisses, et lentilles (encore !) au lard. Patricia
, l'une de nos habituées s'en est plainte avec son accent
de titi parisienne et sa voix flûtée à la
Arletty . Je m'attends à ce quelle me lance : « des
lentilles, des lentilles est c'que j'ai une gueule de lentilles »
. Patricia est un petit monde de contraste. On ne la croirait
jamais à la rue quand on voit sa vêture proprette
et ses lunettes fines d'employée des postes, mais elle
est tellement à l'aise avec ses compagnons d'infortune,
elle les tutoie si naturellement qu'une certitude s'impose :
elle est des leurs. Lorsqu'elle se fâche un peu, que son
parler grimpe dans le suraigu, que son vocabulaire se dévergonde,
alors arrive la fille de Madame Angot sinon la mère Angot
elle-même.,tout magot mis à part.
La pluie nous a mis très en retard et nous sommes encore
là à 22 heures, conteneurs vides (sauf celui des
lentilles, allez savoir pourquoi ) et café avalé
brûlant. Allez, les attardés, on se quitte.
Mais où sont les autres,
nous ne sommes plus qu'une poignée ? Il ont disparus
un par un aspirés par la nuit, sans bruits, à l'anglaise,
pour ne pas nous déranger, cela va sans dire.
A mercredi 20 prochain, nous aurons
un festin de Noël ! »
Paul T., le 7 décembre
2006
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