De
la Soupe du mois d’octobre 2006
« Les choses commencent à
être sérieuses car la nouvelle s'est maintenant propagée
et tout le monde sait dans le quartier Montparnasse que la Soupe
du Roi est repartie. Le noyau dur est là, Pascal est toujours
le premier arrivé, accompagné hier d'une fameuse
grippe, Marie-Louise toujours la dernière quand les marmites
sont vides…
Les météores, ceux que nous ne verront
qu'une fois, dont nous ne sauront jamais rien sauf qu'ils
ont faim, très faim, arrivent en silence, sortis
d'on ne sait où.
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Ils commencent à passer au large
et regardent sans en croire leurs yeux, écoutent sans en
croire leurs oreilles. On les devine à leurs yeux brillants,
enfoncés au tréfonds des orbites sous des sourcils
broussailleux, comme celui avec qui j'ai tenté en vain
un contact.
Les seuls mots que j'ai entendus de lui,
murmurés plus que prononcés, ne m'étaient
pas adressés mais bien à lui-même, : «
de la viande ! il y a bien deux mois que je n'en ai pas mangé
». Allons! double ration, ne lésinons pas. Demain
il sera loin, nous ne seront plus là et dans quinze jour,
il aura disparu aussi silencieusement qu'il était arrivé.
Thibault est le spécialiste des
conversations de haute tenue politique que pourtant il ne provoque
pas. Il les attire seulement. Sa haute taille et son allure de
gars sérieux doivent agir comme des attracteurs; allez
savoir. Libéraux qui nous soutiennent, oyez; oyez !
L'interlocuteur du jour pour Thibault était
courtier indépendant en bourse. C'était avant !.
Pourquoi ne l'est-il plus ? Mystère ! Mais il
st toujours au courant, et il a son opinion sur le feuilleton
GDF-Suez. Il faut privatiser GDF explique-t-il, car il sera impossible
à GDF de nettoyer ses écuries d'Augias tant que
l'état en aura le contrôle. C'est comme Mittal-Arcelor
! C'est-y pas beau dans la bouche d'un gars qui vit sur le pavé
avec le RMI ? Vous en voyez souvent dans vos congrès libéraux
des types comme ça avec un pardessus gris élimé
et de fines lunettes d'intellectuel qui compte en milliards d'Euros,
et disserte sur l'envolée du CAC 40. Dites ça doit
être rare !. Et bien, sur la soupe du Roi nous en avons
un !
D'une façon très majoritaire
et comme je l'ai quelquefois signalé, nos amis n'ont pas
le coeur à gauche, loin de là. Notre réputation
royaliste, gentiment établie a-t-elle, malgré nous,
fait une sélection qui éloignerait certains autres,
différents? Je ne le pense pas car ventre affamé
n'a pas d'oreilles c'est bien connu, et l'odeur du fricot doit
bien faire oublier la couleur du bulletin de vote. Toujours est-il
qu'un grand gaillard m'entreprend avec un question qui semble
un peu lui tarauder les méninges. « Paul »,
me dit-il « pourquoi êtes-vous royaliste ».
Bonne question encore que la réponse, timbale en plastique
en main, pleine d'un café qui vous brûle les doigts,
ne soit pas des plus faciles. Je tente une explication structurée
: « Parce que... et puis que ... et encore que.. malgré
que .. . « . Il hoche la tête et je ne saurais jamais
s'il part en se disant que l'idée n'est pas trop mauvaise
ou que les royalistes sont bien gentils mais à côté
de leurs charentaises…
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Déjà vingt heures et on entend le bruit
de raclements de fond de gamelles.
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C'est l'heure des retardataires et du re-chargement
de la remorque qui nous sert de roulante. Bizarrement, alors qu'à
l'aller, tout le fourniment remplissait exactement ladite remorque,
au retour ça déborde. Heureusement que Frédéric
case deux tables et un réchaud dans son coffre car celui
de ma voiture est déjà plein. Y a d'là dilatation
à pression constante la-dessous, ça doit être
la température qui agit…
Au fait, merci à Frédéric,
Nicole, Marie-Laure, Carole, Isabelle et
Thibault, bâtisseurs de bonheur en première ligne.
A se revoir ! Dans deux semaines. »
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Paul
18 Octobre 2006
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« Il y a au moins deux points commun entre La Soupe
du Roi et un célèbre restaurant lyonnais
: le cuisinier s'appelle Paul et l’on ne sait pas
combien on aura de convives dans deux semaines.
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Paul
T. |
L'un des deux Paul s'inquiète de
savoir si on aura assez de caviar et ce sont les pommes de terre
qui font souci à l'autre, nettement moins, moins célèbre.
La gestion des approvisionnements ne s'en trouve pas facilitée.
Hier soir, à Montparnasse, il y avait du monde, avec des
têtes nouvelles. L'habitué polonais avait amené
trois de ses copains et je m'attendais à les voir sortir
un jeu de cartes de la poche pour entamer une partie incompréhensible,
tant pour la règle du jeu que pour la langue des jurons.
Au début, panique! Seul et pas une main secourable pour
mettre le pied dans les plats et la tête dans le guidon.
Et ces effluves de chocolat merci Correns, pâtissière
en chef) qui montaient du coffre ouvert de la voiture et qui aiguisaient
(en était-il besoin ?) l'appétit d'invités
que je devinais impatients . Arrive Marie-Laure, ouf! Mais pas
de Nicole et ses hors d'oeuvre. Une voiture se gare tout à
côté, C'est Nicole et son chauffeur. Non, ce n'est
pas Nicole, serait-ce Blücher et sommes-nous guettés
par un Waterloo culinaire et parnassien. Non car tout s'arrange
avec un recrutement local improvisé et l'arrivée
des hors-d'oeuvre.
Au menu, potée campagnarde prévue
copieuse mais dont nos affamés viendront vite à
bout et les fonds de casseroles seront aperçus avant 21
heures. Distribution générale de barquettes de paté
de foie (*) pour le lendemain, idem pour les pommes, fromage sans
pain ( plus de pain! déjà! mince alors !); les barquettes
de compote de pommes et l’on attaque les gâteaux au
chocolat (merci Correns). C'est au milieu du couronnement de ces
agapes que nous voyons arriver la petite famille des rues avec
le landeau, le petit qui dort et la gamine qui cramponne la main
du papa (avec le recul, je m'aperçois que la maman est
absente ainsi que le troisième enfant. Mystère.)
Je me précipite pour trouver, pendant qu'il en reste, une
part de gâteau pour la donner à la petite et je vois
qu'un gourmand a réussi à en capturer deux pour
lui seul. C'est la révolte, il va m'entendre, celui-là,
je vais lui causer à deux doigts des moustaches! Mais,
fusion immédiate, car les deux parts de gâteaux n'étaient
pas pour lui et je le vois les offrir aux enfants. C'est ça,
la Soupe du Roi, une « déclancheuse » d'amitié
et de générosité. »
A bientôt.
Paul
(*) que madame l'adjoint au maire de la ville se rassure ,
nous avons aussi dans nos réserves, du pâté
de poulet garanti sans porc. Il ne nous manque seulement que de
véritables amateurs.
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