lundi 21 mai 2012

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La Main de Justice

Nous avons essayé d’observer tout le silence qui était requis par le deuil des peuples espagnols.
Le jour des obsèques des victimes des attentats, le mercredi 24 mars 2004, Madrid s’est transformé en coulisses d’un grand théâtre politique. Ils étaient tous là. Les premiers rôles et les autres. Plus de 50 pays étaient représentés. Les Colin Powel, les Tony Blair, les Leszek Miller, Gerhard Schröder, Jacques Chirac…Les « affaires » de ce monde ont transformé tous ces politiciens en courtisans. Le courtisé, Monsieur Zapatero, futur président du gouvernement espagnol, a reçu tout ce grand monde plus de 5 heures. Séparément, cela va de soi… Monsieur Zapatero est entré dans le « Monde ». Comme pour un « bal de débutante », les prétendants ont dû certainement attendre leur tour. Certains entendaient peut-être, en sourdine, la « Valse triste » de Sibelius.
Les affaires du Monde sont les affaires du monde.
Ces entretiens ont été interrompus. Il fallait se rendre à la messe. Certains ont peut-être réalisé que le motif de leur présence était de témoigner de leur sympathie à l’Espagne et de représenter leur pays en cette triste circonstance. D’autres ont peut-être, je dis peut-être, pensé que cette messe perturbait l’importance des entretiens… Ainsi sont les affaires du Monde.
A la messe, l’atmosphère était tendue. Il paraît que Monsieur Aznar se serait fait apostrophé par un père éploré : « C’est toi le responsable de la mort de mon fils». Monsieur Aznar ne méritait pas et ne mérite pas de telle parole. La douleur est souvent aveugle.
Lors de la communion, une mère endeuillée est allée se jeter aux genoux de Sa Majesté La reine d’Espagne. De la Reine de toutes les Espagnes. La Reine n’a pu retenir ses larmes. Faisant fi de toute étiquette, la Reine s’est dirigée vers les familles écrasées par la douleur. Toute la famille royale, et le Roi au visage marqué par la peine, sont allés porter un peu de réconfort à ces familles. Sa Majesté La Reine d’Espagne, dans cet instant, a incarné une des plus profonde vérité de la Royauté terrestre. A travers Elle et par la présence de ses enfants, le Roi prenait lui aussi tout son sens.
A cet instant, dans la cathédrale de la Almuneda, nous pouvions tous dire : «Oui, nous sommes tous des Madrilènes ! »
Nous étions loin des entretiens et des calculs « épiciers ». Nous étions tous présents et nous pouvions sentir au-dessus de nos têtes, la Main de Justice, toute de compassion vraie !
Je ne sais pas ce qu’ont pu penser les politiciens présents…
En des temps tout aussi douloureux, lors d’une sinistre et terrible affaire, qui défile encore devant nos yeux, les peuples de Belgique avait interpellé leur Roi.
Je ne connais pas de peuple qui puisse ainsi s’agenouiller devant le plus méritant des politiciens.
Les temps qui s’annoncent seront éprouvants. N’attendons pas des malheurs trop grands pour découvrir les richesses salutaires qui sont contenues dans le principe royal. Un Prince qui vient, héritier de notre tradition nationale, plus que millénaire, frappe avec délicatesse à notre porte.
Nous vous avons fait connaître son nom. Nous vous le répèterons, avec patience.
N’attendons pas d’être obligé de l’appeler dans les larmes et le sang. Nous pouvons le faire aujourd’hui, avec gravité certes, mais dans la sérénité…

Portemont, le mercredi 31 mars,
en ce jour de la Saint-Amos et Saint-Benjamin.

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