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La
Main de Justice
Nous avons essayé d’observer
tout le silence qui était requis par le deuil des peuples espagnols.
Le jour des obsèques des victimes des attentats, le mercredi 24
mars 2004, Madrid s’est transformé en coulisses d’un
grand théâtre politique. Ils étaient tous là.
Les premiers rôles et les autres. Plus de 50 pays étaient
représentés. Les Colin Powel, les Tony Blair, les Leszek
Miller, Gerhard Schröder, Jacques Chirac…Les « affaires
» de ce monde ont transformé tous ces politiciens en courtisans.
Le courtisé, Monsieur Zapatero, futur président du gouvernement
espagnol, a reçu tout ce grand monde plus de 5 heures. Séparément,
cela va de soi… Monsieur Zapatero est entré dans le «
Monde ». Comme pour un « bal de débutante »,
les prétendants ont dû certainement attendre leur tour. Certains
entendaient peut-être, en sourdine, la « Valse triste »
de Sibelius.
Les affaires du Monde sont les affaires du monde.
Ces entretiens ont été interrompus. Il fallait se rendre
à la messe. Certains ont peut-être réalisé
que le motif de leur présence était de témoigner
de leur sympathie à l’Espagne et de représenter leur
pays en cette triste circonstance. D’autres ont peut-être,
je dis peut-être, pensé que cette messe perturbait l’importance
des entretiens… Ainsi sont les affaires du Monde.
A la messe, l’atmosphère était tendue. Il paraît
que Monsieur Aznar se serait fait apostrophé par un père
éploré : « C’est
toi le responsable de la mort de mon fils». Monsieur Aznar
ne méritait pas et ne mérite pas de telle parole. La douleur
est souvent aveugle.
Lors de la communion, une mère endeuillée est allée
se jeter aux genoux de Sa Majesté La reine d’Espagne. De
la Reine de toutes les Espagnes. La Reine n’a pu retenir ses larmes.
Faisant fi de toute étiquette, la Reine s’est dirigée
vers les familles écrasées par la douleur. Toute la famille
royale, et le Roi au visage marqué par la peine, sont allés
porter un peu de réconfort à ces familles. Sa Majesté
La Reine d’Espagne, dans cet instant, a incarné une des plus
profonde vérité de la Royauté terrestre. A travers
Elle et par la présence de ses enfants, le Roi prenait lui aussi
tout son sens.
A cet instant, dans la cathédrale de la Almuneda, nous pouvions
tous dire : «Oui, nous sommes tous des
Madrilènes ! »
Nous étions loin des entretiens et des calculs « épiciers
». Nous étions tous présents et nous pouvions sentir
au-dessus de nos têtes, la Main de Justice, toute de compassion
vraie !
Je ne sais pas ce qu’ont pu penser les politiciens présents…
En des temps tout aussi douloureux, lors d’une sinistre et terrible
affaire, qui défile encore devant nos yeux, les peuples de Belgique
avait interpellé leur Roi.
Je ne connais pas de peuple qui puisse ainsi s’agenouiller devant
le plus méritant des politiciens.
Les temps qui s’annoncent seront éprouvants. N’attendons
pas des malheurs trop grands pour découvrir les richesses salutaires
qui sont contenues dans le principe royal. Un Prince qui vient, héritier
de notre tradition nationale, plus que millénaire, frappe avec
délicatesse à notre porte.
Nous vous avons fait connaître son nom. Nous vous le répèterons,
avec patience.
N’attendons pas d’être obligé de l’appeler
dans les larmes et le sang. Nous pouvons le faire aujourd’hui, avec
gravité certes, mais dans la sérénité…
Portemont, le
mercredi 31 mars,
en ce jour de la Saint-Amos et Saint-Benjamin.
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