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Un Mitterrand capétien ? Faut-il l'avouer ? Cela fait très longtemps que j'ai déserté les salles obscures... Manque de temps, facilités de la télévision, qu'importe ? J'ai profité quand même de deux heures de liberté pour aller voir Michel Bouquet dans « Le Promeneur du Champ de Mars ». Car, on ne voit que lui. Il réussit le miracle de renvoyer sans cesse à la présence d'un autre. D'évidence il est là, dans ses gestes, dans ses mots, ses goûts, ses références. Le premier mérite de Guédigian est d'avoir compris que seul Bouquet pouvait réussir cette interprétation, en ne nous permettant pas un instant de nous distraire du personnage Mitterrand et de sa dramaturgie. Celle des derniers mois, celle d'un roi Lear qui n'aurait choisi comme témoin de sa fin qu'un jeune journaliste, voué à devenir un Joinville très particulier. Ce Joinville, il se trouve que je l'ai bien connu, en ses premières années journalistiques au Quotidien de Paris de Philippe Tesson. Il a depuis lors accompli un parcours en partie conforme à ses rêves flamboyants. Il me semble qu'il a beaucoup changé. Est-ce pour avoir été proche de l'agonie d'un règne qui l'a pénétré du sentiment de notre humaine fragilité ? Quoi qu'il en soit, le témoignage qu'il avait donné dans un livre très controversé (Le dernier Mitterrand) se trouve aujourd'hui métamorphosé dans un film où le personnage central absorbe tout ce qui n'est pas lui. Le jeune journaliste n'est qu'un faire valoir. Que retenir, sur le fond, de ce promeneur présidentiel, qui se veut royal. La scène du film, où on le voit caresser les gisants royaux de la basilique Saint Denis, est emblématique. D'ailleurs, à la sortie de la nécropole capétienne ne déclare-t-il pas qu'il sera le dernier président, au sens de la continuité de l'Etat symbolisé ici ? Il entend par là qu'après lui, il n'y aura plus que des « comptables », des « gestionnaires », et que la France sera engloutie par les processus de la mondialisation. Comment ne pas reconnaître qu'il y a quelque chose à retenir d'une telle affirmation. Mitterrand se considérait comme un politique en charge d'une certaine tradition capétienne. On est obligé de constater qu'après lui les adversaires des institutions de la monarchie républicaine instituée par Charles de Gaulle ne cessent de s'acharner contre l'édifice. Est-ce une raison pour sombrer dans une mélancolie suicidaire ? Sans doute non, car au-delà de tous les processus, de toutes les gestions, il y a simplement la civilisation qui s'impose comme tâche capétienne sans fin. Gérard Leclerc, le vendredi
4 mars,
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