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2007 : la Francophonie : j’ai fait un rêve…

Un rêve à partager. Un rêve conforme à la vraie France ! Impossible ce rêve ? Il est en partage avec des femmes, des hommes et des enfants qui se lèvent quand nous nous couchons et que d’autres font quand nous nous levons… Avec eux nous sommes tous des chasseurs de rêve, et toujours se dresse un grand chasseur : Albert Salon !

Qu’il soit encore une fois remercié, et à l’unisson nous lui lançons : Haut les cœurs !

Portemont, le 1er juin 2007

2007 : la Francophonie : j’ai fait un rêve…

Le Président sénégalais, membre de l’Académie française, chantre de la négritude et de la Francophonie, naquit il y a cent ans. Le Président français n’avait pu aller à ses obsèques. Mais on a fêté son centenaire en 2006 décrétée année Senghor et de la Francophonie. Du Salon du Livre, à Paris, dédié aux écrivains francophones hors de France, jusqu’au XIème Sommet de la Francophonie en octobre à Bucarest, de nombreuses manifestations l’ont marqué. Expositions, réunions, discours inspirés, colloques, surtout sur Senghor.
Des mots, beaucoup de mots pour célébrer une grande idée menacée, faute d’actes forts.

Grande idée. Grande chose à l’état potentiel.
68 membres de plein droit ou observateurs, ou associés, réunis autour de la langue française en partage, pour affirmer des valeurs de liberté, d’humanisme, de droits de l’Homme, de démocratie, d’égalité de dignité des hommes et des femmes, des cultures aussi, et prôner un fécond dialogue entre elles, et leur solidarité pour le développement. Pour montrer à l’humanité une voie hors du tout ayatollah ou tout coca-cola. Une voie plus conforme à notre humanisme, que le choc des civilisations décrit –souhaité ? - par Huntington et des néo-conservateurs américains. Trop de gens, en Amérique, en Orient, chez nous, présentent comme inévitable, voire salutaire, ce nouveau conflit mondial. Une Francophonie prise au sérieux en est un antidote. Tout cela fut et reste répété. Vérité. Encore faut-il y croire !...

Grande idée menacée. Première responsable : la France qui ne la prend guère au sérieux. Nos « élites » ignorent ou nient la demande mondiale d’une vraie France, renient sa prétention de phare, oublient sa langue, cultivent la parcimonie dans l’exercice de la solidarité entre pays francophones, poussent jusqu’à la monomanie le choix de l’Euraméricanie.

Mais j’ai fait un beau rêve. Nous sommes fin 2007, après une élection en France dont le résultat très net a été présenté comme un sursaut d’une France qui ne veut pas mourir. Le Sommet de Bucarest est passé, comme les célébrations de 2006 appelées « Francofffonies », des trois « f » qui font « ffft… ». Nos associations, et des voix autorisées (Bernard Lecherbonnier : « Pourquoi veulent-ils tuer le français ? », O. Jacob ; Claude Hagège : « Combat pour le français », O.Jacob), ou encore notre « Colas colo, Colas colère – Un enfant de France contre les empires », (l’Harmattan) ont été entendues. Le Sommet de 2006 à Bucarest, dont l’ordre du jour était resté assez vide, dans l’attente d’évènements importants pour le pimenter, s’est finalement animé. Comme plusieurs grands candidats nous l’ont promis dans la campagne de l’élection présidentielle, la France, et plusieurs autres pays à sa suite - avant elle pour certains – décident d’accompli des gestes d’une grande portée symbolique et politique, qui ne coûtent rien aux contribuables.
 
D’abord le drapeau de la Francophonie, dont des ministres français compétents ignoraient jusqu’alors l’existence, va être partout présent. Quittant les lieux du Sommet, il flotte dans toute une Roumanie qui semblait pourtant avoir abandonné le français pour l’anglais. Il est  même apparu simultanément au fronton des sièges du pouvoir dans les capitales francophones du monde. Et les Chefs de toute la Francophonie ont décidé que ce drapeau serait désormais en évidence dans toutes leurs apparitions télévisées dans leurs pays. Ainsi, au Québec, il ferait pendant à l’unifolié canadien à côté du fleurdelysé, au drapeau belge à côté des drapeaux wallon et bruxellois, et au drapeau européen à côté du drapeau français.

Profitant d’une révision de sa Constitution, la France va y introduire aussi la phrase élaborée par nos associations après 1992 avec M. Maurice Schumann, rappelée par M. Hagège, appuyée par l’un des candidats à la Présidence de la République française :
"La République participe à la construction d'un espace francophone de solidarité et de coopération". Elle affirme ainsi sa volonté souveraine de continuer à « marcher sur les deux jambes » dans sa politique extérieure, de retrouver son grand large, de donner à la Communauté francophone la même importance qu’à une étroite coopération entre États-Nations souverains d’Europe. Le Québec annonce qu’il suivra dans le projet constitutionnel qu’il élabore. D’autres membres manifestent la même intention.

La France et la Belgique déclarent accorder désormais une priorité très forte aux pays membres de la Francophonie dans leurs enveloppes d’aide au développement.
A la demande - enfin osée - de la France et du Québec, tous les autres gouvernements membres de la Communauté francophone s’engagent à donner chez eux à la langue française, dans leur enseignement, leurs médias et leurs communications officielles, diplomatiques, un statut de droit et de fait au moins équivalent à celui de toute autre langue étrangère sur leur sol. Ainsi, en Egypte, en Roumanie ou en Bulgarie qui ont voulu adhérer à la Francophonie, le français retrouverait un statut égal à celui de l’anglais.

La proposition de M. Maurice Druon de réserver au français le rôle de langue de référence du droit dans les institutions européennes va être mise en application.

La France et d’autres pays membres à la fois de l’Union européenne et de la Communauté francophone enjoignent à leurs administrations centrales qui reçoivent de l’Union des documents de travail uniquement en anglais d’exiger une version française pour les traiter, en stricte application de la réglementation linguistique européenne en vigueur.

Un vent grisant de jeunesse, de vie, d’enthousiasme, souffle sur la Francophonie. De folie ?

Si cette folie était la voie de la sagesse, d’un sursaut salutaire de dignité, la place enfin faite par le Verbe à l’Action? Par les mots faciles aux actes forts ? La mue du rêve en réalité politique ?

Courage !

Albert Salon, docteur d’Etat ès lettres, Commandeur de l’Ordre National du Mérite, ancien Ambassadeur, Président de la section française du Forum francophone international et d’ « Avenir de la langue française ».

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