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Tous les dix ans un peu d'anxiété... Mais cette année...C'est la guerre !
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L'affaire a commencé l'année dernière. Une guerre qui avait des allures picrocholines.
Cette guerre était déclenchée en 2006, après le classement décennal des grands crus de Saint-Emilion.
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Le vignoble de Saint-Emilion. En médaillon, Jurade de Saint Emilion. |
Quatre propriétaires, furieux de n'avoir pas été reconduits dans le prestigieux classement, portaient plainte.
Le 30 mars 2007, le tribunal administratif de Bordeaux suspendait ce classement...
Il fallait boire les jugements jusqu'à la lie. Ce trente mars faisait suite au déjà funeste 26 fevrier qui annulait le classement des crus bourgeois.
Bourgeois ou grands seigneurs, tout Saint Emilion en prenait pour son grade!
Les fiers "bourgeois" de Semelion" n'en revenaient pas. C'était bien la peine d'avoir obtenu par la charte de la Falaise en 1199 libertés et libres coutumes! Il est vrai que cette charte avait été reconnue par cette grande crapule, ce traître de Jean sans terre! Mais cette charte, comme toutes les chartes de cette époque, valorisait l'indépendance des cités dont la vie s'appuyait avant tout sur les coutumes...
Indépendance, liberté totale de propre administration politique et économique, haute et basse justice, perception des droits et taxes locaux, levée et maintenance d'une milice... Telles étaient les libertés de la bonne ville de Saint-Emilion...
La ville était administrée par un Conseil - la Jurade - composé de 12 jurats, 12 conseillers élus par les 100 pairs (Bourgeois) et la commune entière. Réélus tous les ans, le 16 juin. Le Maire seul - parmi 4 élus - était choisi par le Sénéchal de Guyenne, représentant le Roy.
Ce choix était, avec le droit de peine de mort et la défense en temps de guerre, les seuls "privilèges" royaux. Bien sûr, il restait toujours quelques levées de taxe, mais quelle différence avec l'administration moderne même "décentralisée" !...
L'obscur "ancien régime" avait du bon !
Rappelons qu'en 1289,ces pouvoirs s'étendaient sur 9 paroisses, dont le territoire constitue de nos jours, comme il y a huit siècles, l'aire de production des vins de Saint-Emilion.
Les jurats contrôlaient l'administration, la justice et tout ce qui touche à la police. Mais ils contrôlaient également la production de "vins fins", et proclamaient le ban des vendanges, sévissaient contre les abus et les fraudes. Ils détenaient la "marque du vinetier", marque à feu aux armes de la ville, qu'ils apposaient sur les barriques de "bon vin", les vins jugés indignes étant alors détruits.
Enfin, ils délivraient les certificats, sans lesquels tout déplacement de vin était interdit. Toutes ces mesures, en vigueur jusqu'à la révolution, assurèrent la prospérité de la région et la renommée des vins de Saint-Emilion. Et lors de l'épidémie de bel esprit révolutionnaire, en 1790, la municipalité de l'époque moderne abandonnait ces prérogatives. C'est la moderne Jurade qui en 1948, ressuscitait cet important pan de pouvoir en étendant son aile sur la vieille "Juridiction" et la vie de l'appellation Saint-Emilion. Comme quoi, l'avenir dure toujours longtemps !
Passons, aujourd'hui c'est le temps de Bruxelles... et de la cour administrative de Bordeaux...
L'arrêt du 27 février 2007 par lequel la Cour Administrative d'Appel de Bordeaux prononçait l'annulation de l'arrêté du 17 juin 2003 homologuant les Crus Bourgeois du Médoc, était perçu par tous les professionnels de l'Alliance des Crus Bourgeois du médoc comme un affront fait à des années de travail.
Toutefois la réglementation instituée par l'arrêté du 30 novembre 2000 demeurait en place. Cette réglementation avait pour but de garantir la qualité des vins commercialisés sous la mention "Crus Bourgeois". Restera alors à établir un nouveau classement...
Ce qui peut paraître aux buveurs d'eau comme une guerre picrocholine représente en fait un enjeu stratégique dans le bordelais, et ce pour 60% du vignoble du Médoc, pesant 40% du chiffre d'affaires...Le classement des "Crus Bourgeois" avait quelque peu mis de l'ordre dans le marché dit du milieu de gamme, soit des bouteilles de 7 à 15 euros...
Cette affaire à des causes anciennes... Le vignoble bordelais est en crise. A qui la faute? Il convient de rappeler que l'INAO a fait preuve de laxisme pendant une bonne quinzaine d'années autorisant la plantation de plus de 20 000 hectares en bordelais. Le bas médoc et l'entre deux mers à vu sa surface croître inconsidérément en "rouge" et sa production augmentait de 62%... alors que les vins du nouveau monde se haussaient du col... Assis sur leur réputation, les "bordelais" commençaient à lasser les bons gosiers.
L'Europe, alors, jouait sa carte et tenait à récompenser le Chili qui obtenait de Monsieur Pascal Lamy, commissaire européen, d'utiliser le terme de "cru bourgeois". Dans le même temps, le syndicat français négociait un nouveau classement avec le ministre français de l'époque...
Nous passerons sur les "baisse-culottes" européens: acceptation du mouillage ou de l'aromatisation des vins américains et australiens qui pourront être importés en France, alors que ces pratiques sont formellement interdites chez nous...
Il faut savoir que dans ces pays un fort degré d'alcool est nécessaire afin que les tanins mûrissent - 15 à 16% -, et donc les raisins sont vendangés surmuris; après quoi il suffit de rajouter de l'eau pour faire tomber les degrés. Belle et noble opération qui permet d'augmenter le volume...
Dire aussi, par exemple, que le vin, au Chili, est une affaire d'Etat... Et le Chili a négocié avec la Corée du Sud. Abaissement des taxes sur les vins chiliens en échange d'un droit de pêche sur les côtes chiliennes... La Corée, "in fine", sert de tête de pont pour conquérir le marché chinois.
Il suffira de dire que les ventes de vins chiliens progressent en Chine plus vite que les vins Australiens !
Voila un bref tour d'horizon pour nos "crus bourgeois"...
Nous ne sortirions pas nos mouchoirs, si par contrecoup toute la viticulture française s'en ressentait, pénalisant de nombreuses régions viticoles qui avaient misé sur la qualité et le respect des terroirs...
Mais les Grands me direz-vous ?
Tout le monde veut défendre son gâteau et, il n'y en aura pas pour tout le monde.
Lors du classement des grands crus classés, en décembre 2006, sur 91 candidatures, 15 "châteaux" obtenaient le titre de premiers grands crus classés et 46 le titre de grands crus placés. Le calcul est simple à faire: 30 candidats restaient au tapis...
Pour apprécier les conséquences, il suffit d'écouter un recalé, Guy Richard, propriétaire de "Cadet Bon":
"J'avais vendu mon millésime 2005 en primeur. Soit 45 000 bouteilles. Finalement, la vente ne s'est pas faite. Je les ai sur les bras..."
L'histoire de "Cadet Bon" mérite que nous prenions le temps de la résumer. Guy Richard l'achète en 2001, soit 7 hectares grand cru classé. Il n'est pas du cru: Il vient du Cognac. Il voit grand et veut valoriser son achat. Les chais sont refaits, cuvier changé, introduction de la thermorégulation, culture de la vigne repensée et retour sur les bancs de la fac où il obtient un diplôme universitaire de dégustation... Voie royale qui l'aura conduit au "déclassement"...
Et le président de la Jurade de Saint-Emilion, n'est pas épargné: Jacques Capdemourlin propriétaire du "Petit Faurie de Soutard" est recalé...
Nous passerons sur les réflexions qui ont été engendrées par les refus d'une "commission souveraine"...
L'oenologue Franck Dubourdieu, va jusqu'à dire que sur les 9 membres du jury, cinq ne possèderaient pas les compétences requises...
A quoi répond Hubert de Boüard seigneur du Château Angélus: Dubourdieu ? "Il ne sait pas ce que c'est que de travailler dans un chai..."
L'ambiance tourne au vinaigre !
Mais les chiffres parlent d'eux mêmes: En 1986, le classement affichait 74 heureux élus, en 1996, ils n'étaient plus que 68. En 2006, ils étaient 61.
Château Cheval-Blanc, Château Ausone et Château Angélus caracolent toujours sur les sommets. Mais le tribunal est formel: jusqu'à nouvel ordre plus personne n' a le droit d'apposer sur ses étiquettes « premier grand cru classé » ou "grand cru classé".
Les magistrats ont précisé qu'il existait " un doute sérieux sur la légalité de ce classement".
Le tout au moment de la Semaine des primeurs... Et sur fond du triplement de la vente des copeaux conformément aux règles édictées par Bruxelles en décembre 2005.
Certes cette mesure ne touche que les vins de pays et est pratiquée de manière "expérimentale" pour les AOC... Mais vous conviendrez que tout est fait pour valoriser notre viticulture...
Simon de Quoisiry , le 7 mai 2007
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