|
Les
Arts d’hier et d’aujourd’hui
L’art de gouverner - rappelons
que gouverner est un art - s’est exprimé par les arts. Le
« souci » des belles lettres, la peinture, l’architecture
et la musique, ont été des puissants leviers dans l’art
de bien gouverner. Tous les beaux-arts, sans exceptions ont été
associés à cet art supérieur.
Des familles sont devenues de véritables dynasties. Elles se sont
inscrites dans notre histoire, au travers de l’architecture. Bâtiments
civils ou militaires, châteaux, palais royaux, ou privés,
jardins, en témoignent pour l’architecture. « L’arquebuserie
», la « fonderie », s’inscrivaient tout pareillement
dans l’histoire de familles qui pour certaines ont traversé
les siècles. Les cloches de nos églises ou les mousquets
et couleuvrines des champs de batailles étaient affaires de famille.
En Italie, la famille Beretta peut en témoigner avec brio. Aujourd’hui
encore, pour la joie des tous petits et des plus grands, l’émerveillement
qui est le nôtre devant les feux d’artifices doit beaucoup
aux « Ruggieri ».
Il en a été de même pour l’ébénisterie,
la faïence, le textile et toutes les activités « industrieuses
» qui constituent le corps vivant de notre société.
Nous n’oublierons pas l’agriculture, lieu où s’exprime
l’excellence du lien charnel entre l’homme et sa terre. Toutes
ces activités se sont développées avec une qualité
exemplaire dans les rapports humains qui liaient tous ces acteurs. Ces
rapports furent souvent rugueux, mais « in fine », ils participaient
à l’ancrage d’une grande civilisation. Ainsi nous avons
bénéficié du savoir faire d’un grand nombre
d’artisans et artistes des pays voisins ou plus lointains. Ce qui
était vrai dans le domaine des arts était tout aussi vrai
dans le service des armes. Retenons pour mémoire, la garde écossaise
de nos rois, et tous les Écossais de France, les Williamson devenus
d’Oillamson…D’Italie, les « Broglia », les
« Alberti », devenus grands serviteurs du royaume de France
et famille ducales : duc de Broglie et duc de Luynes… Le Maréchal
de Saxe et combien d’autres ?
Les tisserands, les ébénistes, les imprimeurs, et les faïenciers
italiens sont là pour nous rappeler cette belle aventure, où
dans l’amour du travail bien fait, les hommes et les femmes se retrouvaient.
En ce temps-là, nous héritions du savoir des majoliques,
héritières des potiers arabes. Les lames de Tolède
héritaient du savoir faire des forgerons de Damas. La porcelaine
française était héritière du kaolin utilisé
en Chine. En ce temps-là, nous étions tous, individuellement
ou collectivement des héritiers…
Toutes les activités humaines s’inscrivaient dans cette réalité,
sans enfermer les volontés particulières. Les missions les
plus « dures » obéissaient ainsi, et nous pensons à
la dynastie des « Sanson », exécuteurs des «
Hautes Œuvres » de la justice du Roi ! Les derniers détenteurs
de la funèbre mission, de mettre œuvre la guillotine, portaient
en eux le sang des « Sanson ».
La musique adoucissant les mœurs et ayant tenue une place privilégiée,
nous retiendrons aujourd’hui une famille qui a marqué son
temps.
Les origines du premier représentant en France de cette famille
sont peu connues. Il s’appelait Michel Duncan ou Danican et aurait
été le fils ou le petit-fils d’un Ecossais dans la
suite de la reine Marie Stuart. Michel, à en croire les histoires
de ce temps, aurait charmé de ses talents le roi Louis XIII. Notre
roi, musicien à ses heures, le nomma « ordinaire de la Musique
de sa Chambre » et le gratifia du surnom de Philidor, du nom d’un
nom virtuose italien…
Ses descendants occupèrent à la Cour des places d’instrumentistes
et de compositeurs. Le plus connu fut sans conteste François André
Duncan Philidor, dit le Grand Philidor (1726-1795). Il excellait au jeu
d’échecs et sillonna l’Europe pour participer à
des tournois en Prusse, aux Pays-Bas, en Angleterre. Il publia à
Londres un ouvrage qui, au dire des spécialistes, reste une référence
: « Analyse du jeu d’échecs ».
Sa gloire ne saurait occulter tous les siens, qui se sont illustrés
au cours des siècles.
L’un des fils du premier « Danien » cité, prénommé
également Michel (1610-1659) contribua à l’amélioration
du hautbois, ce qui permis à cet instrument d’avoir «
la douceur de la flûte à bec » mais avec « plus
de force et de vitalité ». Un de ses frères composa
contredanses et menuets (Jean).
Un petit-fils répondant au prénom d’André (1652-1730)
suivit le Roi Soleil dans ses campagnes militaires et composa des musiques
pour les régiments royaux. Il eut par la suite, la garde de La
Bibliothèque musicale du roi. André fut appelé Philidor
l’aîné. Son cadet Jacques (1657-1708), tout autant
musicien, fut de La Chambre, de la Grande Ecurie et de la Chapelle. Jacques
eut 12 enfants dont quatre garçons qui survécurent. Pierre,
Jacques, François et Nicolas, qui tous furent instrumentistes.
Pierre, de cette génération, fut le seul compositeur qui
laissa ballets, mascarades, danses et marches…
Mais revenons à l’Aîné, André. Il fut
surnommé le Père. Il vécut fort vieux pour son époque
( 78 ans), et en 56 ans et par la vertu de deux épouses successives,
il eut rien moins que 23 enfants. Beaucoup moururent en bas-âge…mais
tout de même. Les « mauvaises langues » disaient que
les Philidor étaient des grands musiciens de « musique de
chambre »…
Quand il se remaria, sa seconde épouse avait 20 ans de moins que
le fils aîné de son premier lit. Il fut encore père
à 77 ans. Sans le savoir, il annonçait Sir Charlie Chaplin…
Nous ne retiendrons de ses enfants que les plus connus :
Alexandre (1676-1684), fut reçu à la Grande Ecurie du Roi,
à l’âge de 3 ans… et joua devant le roi Louis
XIV. Il quitta sans tambours ni fanfares le bas monde à 7 ans et
demi.
Anne (1681-1728) sera gardien de la Bibliothèque musicale du Roi,
après son père. Il sera le fondateur, directeur et chef
d’orchestre du Concert Spirituel et des Concerts-Français.
Compositeur et musicien talentueux, il fut bien évidemment de la
Chambre et de la Grande Ecurie !
Michel, dont le parrain était Michel Richard Delalande, fut timbalier
aux « Gardes du Roi » puis à la musique de la chasse,
c’est-à-dire aux « Plaisirs du roi ».
François(1689-1717) fut flûte allemande du Roi, et par la
suite symphoniste de la Chapelle, à la suite de son oncle Jacques.
La cerise sur le gâteau fut François-André(1726-1795),
le Grand Philidor !
A 6 ans, il fut reçu page à la Chapelle du Roi à
Versailles, alors dirigée par Campra. A 12 ans, il compose un «
Motet à grand cœur » et l’exécute devant
Louis XV. Il découvre aussi sa passion pour les échecs…
Sa vie deviendra très vite intense et un roman n’y suffirait
pas. Motets, opéras-comiques, se succèdent et assurent sa
célébrité. Le chœur du premier acte de son opéra
« Ermelinde » est joué lors des fêtes en l’honneur
du mariage du Dauphin et de Marie-Antoinette. Ce même opéra
sera joué en entier, avec une pompe incroyable qui réunira
400 grenadiers à cheval, lors du mariage du Comte d’Artois
!
Le Grand Philidor livrera d’inoubliables tournois à Londres,
dès la création du « Club de joueurs d’échecs
».
Il livrera « combat » en 1793 à Londres, contre le
chevalier d’Eon, les yeux bandés !
La Convention l’enregistrera alors comme émigré et
la mort dans l’âme, sachant que seule la guillotine l’attend
en France, il ne pourra regagner son pays natal et décèdera
à Londres en 1795. Notre époque connaît les joutes
contre des ordinateurs, dressent des esprits au service d’idéologies,
transforme les activités sportives en luttes de nationalismes étroits…En
ce temps-là régnait un autre esprit qui unissait les hommes.
Le Grand Philidor est un de ces hommes dont la vie fut une extraordinaire
aventure. Il peut être considéré comme un des créateurs
de l’opéra-comique. Il n’a pas négligé
pour autant l’art de l’oratorio, avec le « Carmen seculare
» les « Te Deum », lors des naissances royales.
Le nom de Philidor, a été porté de 1580 à
1942 par 96 personnes qui se sont illustré au cours de ces siècles
en donnant à la France 7 compositeurs et 14 musiciens. Ce beau
nom a occupé 38 charges et offices dans la musique des rois, de
Louis XIII à Louis XVI.
Les Philidor ont servi la France au travers de ses vicissitudes, et ont
continué à la servir sous les républiques, bien que
l’art de gouverner se soit fortement émoussé…
Ils ont été préfet, sous-préfet, officiers,
directeurs des douanes, trésorier-payeur général,
inspecteurs des finances…
Mais ils nous ont laissé en cadeau, plus de 800 œuvres musicales,
parvenu jusqu’à nous !
Ce beau nom perdure et des musiciens talentueux le « porte »
avec talent. Il s’agit du groupe
« Philidor ».
Cet ensemble témoigne de sa passion pour la musique française
et européenne des XVII et XVIII ème siècles. Autour
de Eric Baude-Delhommais, de talentueux instrumentistes nous offrent un
remarquable répertoire qui ne pourra que vous ravir !
Rendez-vous sur le site : http://perso.wanadoo.fr/philidor/
et correspondez, pour vos commandes, avec : philidor@wanadoo.fr
Nous poursuivrons la « saga »
de ces familles qui ont contribué au rayonnement de la France,
pour notre plaisir, et nous espérons, le vôtre !
Portemont, samedi 12
mars,
en ce jour de la Saint-Grégoire le Grand, a.d 2004.
Transmettre à un ami
Imprimer
Réagir
|

|