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Le plus beau des cadeaux…

Le plus beau des cadeaux sera pour tous de fêter Noël en famille et de tourner le dos à la frénésie d’achats qui envahit, chaque année, à l’approche de cette belle date, notre société…
Mais il n’est pas mal venu de témoigner de quelques attentions aux petits et aux grands qui nous sont chers. Quelques livres par exemple…
Notre ami Ivan de Duve n’a pas boudé son plaisir...

 

Ce petit livre est un joyau. Au XIIIe siècle, le jeune Jehan le Tonnerre, fait partie d’une équipe qui essarte un terrain boisé lorsque ses pas le mènent à une abbaye cistercienne en construction. « On parlait peu à table, et seulement si le maître posait question ». Et le voilà enrôlé par les Pédauques, Compagnons constructeurs, dont il fera partie après son pèlerinage de Cîteaux à Saint-Jacques de Compostelle. En marchant toujours dans le sens du soleil, comme la fourmi sur sa pomme, pour s’imprégner du rythme de la Terre et de l’Univers, en suivant le Chemin des Étoiles, à travers le nord de la Castille ».

Il marche en compagnie du Prophète, maître comme on n’en fait plus, qui lui explique ce que nous sommes « Nous sommes le confluent de deux rivières, celle du druidisme, issue des Géants des Grandes Pierres, et celle du Charpentier. La rencontre salvatrice de la Connaissance et de l’Amour !... ». Et le Prophète d’ajouter : « La Révélation de toi-même, tu la reçois si tu as le courage d’aller au-delà de toi-même. Et alors le monde est à toi ! » … « Le chemin des étoiles… Oui ! Attache ton char à une étoile !... ». Lors d’une étape, Jehan prit la voix du Prophète :
« Tu pardonneras septante fois sept fois, c’est ça le Pardon ! Tu aimeras ton prochain comme toi-même, ça c’est l’amour ! Si tu as deux chemises et que ton voisin n’en ait pas, donne-lui-en une, et c’est ça, le Partage. Et tout ça ensemble, c’est la grâce, qui nous est donnée ! » … « Le chemin de Compostelle vous fait revenir de bien des choses, va ! C’est ça la Révélation. »
« Elle se leva, vint à lui, ils se prirent les mains et alors le musc de la fille lui parvint encore. Mais il était différent cette fois : il sentait maintenant le lait. Cette odeur de la femme ayant enfanté, qui est celle que préfère l’homme, peut-être parce qu’elle le met dans ses responsabilités et ses vrais désirs ».
À peine refermée la dernière page de ce merveilleux livre, dont je dois la lecture à mon ami patagon Éric Vuylsteke, je m’en fus, à l’initiative de « Convivium », assister à une conférence de Badema sur le « Feng Shui ». Se produisit alors ce que Louis Pauwels appelait « une coïncidence troublante ». Badema m’a rappelé que dans l’espace tout est fait d’éléments comme le carbone et le silicium qui ont pris naissance dans des étoiles, que nous sommes « poussières d’étoiles ».

Ivan de Duve

Henri Vincenot Les étoiles de Compostelle, Éditions Denoël, 1982, Folio n° 1876, 2002

 

Pour les chercheurs…


Ximénès Doudan
1800 - 1872
C’est à mon ami Francis Conem que je dois de connaître cet écrivain entièrement éclipsé de nos jours. Et pourtant…

J’ai connu Francis alors qu’il dirigeait un bulletin littéraire « Les messages de Psychodore » édité par le Cercle Han Ryner. De son vrai nom, Jacques Henri Ner, Han Ryner (1861 – 1938) avait donc deux associations d’auteur : « La Société des Amis d’Han Ryner », fondée en 1919, et « Le Cercle Han Ryner », fondé en 1981. . Mais Francis parvenait à sortir des numéros du bulletin sans qu’aucun article ne se réfère à cet écrivain. C’est que Francis est une encyclopédie vivante à lui tout seul et que son immense érudition ne parvenait pas à se limiter à un seul écrivain.

Né à Lille en 1932 et vivant actuellement à Aix-en-Savoie, Francis est avant tout poëte et a connu des dizaines et des dizaines d’autres poëtes. De plus, il a connu personnellement de grands écrivains dont Blaise Cendrars (1887 – 1961) n’est pas le moindre. En dehors de Han Ryner, il voue un culte particulier à Sainte-Beuve (1804-1869), à Berthe Bolsée (1905 – 1983), à Ximénès Doudan, Entre 2003 et 2005, il publie aux Éditions Gerbert six opuscules « en marge de Ximénès Doudan ». C’est ce qui m’a donné envie de connaître cet écrivain qui m’était entièrement inconnu. J’ai pu acquérir « Des révolutions du goût » , les 4 tomes de « Mélanges et Lettres » et la thèse universitaire « Ximénès Doudan, sa vie et son œuvre » de Claire Witmeur , très complémentaire de la longue introduction par Henri Moncel à « Des révolutions du goût ».

C’est ainsi que j’ai appris que « l’aimable Doudan » comme l’appelait Sainte-Beuve a mené une existence fort en retrait du monde. À l’âge de 25 ans, il entre comme précepteur dans la famille de Broglie au sein de laquelle il vivra jusqu’à sa mort. Il trouve, souligne Claire Witmeur, une large compensation à la médiocrité de son existence dans les deux passions qui seront celles de toute sa vie : la lecture et l’amitié. Grâce au Ciel, il possédait également un don d’écriture.

Sa culture était vaste. Il lisait le français, le latin, le grec, l’anglais, l’italien et des livres allemands en traduction française. C’est ainsi qu’il écrit dans Des révolutions du goût : « Il ne faut donc point s’étonner que l’histoire en général attire si peu les esprits ; qu’elle dise si peu aux imaginations de l’ordre moyen. Rien, cependant, ne devrait avoir un plus vif intérêt pour l’homme que les hommes qui l’ont précédé dans la vie, s’il les pouvait bien voir et bien connaître ». Il est également porté vers la poésie : « La poésie, cette science émue et populaire, réfléchit cette lumière lointaine ; la poésie des siècles savants prend ces teintes qui font reconnaître une eau profonde ». Et, parlant de Mozart, il complète son jugement : « Des sons évoquent des images pour le poète ; à leur tour, les images du poète, sans liaison apparente, donnent tout à coup au musicien les motifs les plus brillants de sa composition. Ce sont là comme les échos du monde idéal produits sans lois connues ou plutôt par des lois inconnues ». Et constate : « Un esprit juste, s’il est aidé par une imagination vive, entend le vent courir sous les bois de l’Éden de Milton comme sous le dôme des forêts réelles, parce que le vrai beau contient le réel, comme la réalité recèle en elle les semences du beau ». Remarquable précepteur, « Il avait en horreur le savoir livresque et le pédantisme. Ce qu’il cherchait, c’était à développer le jugement, à cultiver l’esprit qu’il craignait de dessécher par l’abus de la mémoire » comme l’écrit si joliment Claire Witmeur qui complète en soulignant : « Peu à peu, Doudan se fit remarquer des hôtes les plus éminents du salon de Broglie par sa conversation pleine d’esprit et de charme » qui conclut on ne peut plus justement : « C’est un point qu’on a souvent négligé ; on a vu presque exclusivement en Doudan l’homme d’esprit et l’homme de goût. Mais ce bel esprit était au fond un sentimental et un tendre ; il dissimulait soigneusement cette sensibilité très vive, peut-être parce qu’il la savait trop vulnérable ». Doudan, lui-même, écrit : « Être simple, voilà qui me paraît le sublime de la philosophie et aussi le point le plus difficile à atteindre… ». Et notre Claire Witmeur de constater : « Peu à peu, chez les Broglie, Doudan cessait d’être considéré comme un précepteur pour devenir un ami ». Ce fut vrai pour le duc V. de Broglie, pour son épouse, née Staël, pour leurs enfants, pour leurs relations. Le père d’Albertine Staël, dont elle portait le nom, était baron mais son vrai père était probablement Benjamin Constant.
Quant à Doudan, il voit plus loin en constatant : « Dans ce voyage éternel de l’homme vers l’inconnu, des étoiles brillaient déjà sur nos têtes, que nos pères n’avaient point vues » et en rêvant de cet écrivain méconnu qui « aura réellement excité en moi les pensées, les sentiments qui élèvent par moment les âmes au-dessus de la région du réel » ce qu’il formule comme suit : « Je ne puis m’empêcher de croire que ces formes du beau que l’art et la nature manifestent à l’envi, ne soient bien réellement des guides placés par la Providence sur notre route pour nous attirer sans cesse sur les hauteurs ». En effet, ajoute-t-il fort judicieusement « l’âme est un feu qui s’éteint, s’il ne s’augmente ». Et, visionnaire de ce début du XXIe siècle, il conclut par ces mots prémonitoires : « s’il arrivait donc un jour où l’homme cessât de croire à la morale, ne la sentît plus, il lui deviendrait impossible de reconstruire le beau dans sa perfection ; car il chercherait vainement en lui-même l’un des éléments dont le beau se compose »

Ivan de Duve
Printemps 2006

 

Vladimir le Soleil Rouge

 

C’est le merveilleux Anne de Kiev de Jacqueline Dauxois qui m’a donné envie de lire Vladimir le Soleil Rouge du grand Vladimir Volkoff, ou, plus exactement, de connaître la vie de ce Vladimir Ier qui se fit baptiser en 988 et convertit la Russie au christianisme, comme Clovis Ier le fit cinq siècles plus tôt pour la France.

Et je n’ai pas été déçu.

La Sainte Russie qui a duré mille ans a donc commencé avec notre Vladimir le Soleil Rouge pour se terminer en 1917 avec le sinistre Vladimir Lénine. Notre Vladimir fait son entrée dans le monde, à Kiev, en l’an de grâce 968. Son père, Sviatoslav, est remarquable à la chasse, à la guerre, contre les Petchenègues qui menacent Kiev, et au lit. Vladimir est son troisième fils et rien ne laissait prévoir qu’il serait appelé à régner. Sa grand-mère, Olga, Chrétienne, a dû marquer l’imagination de son petit-fils, païen s’il en fut. Et, avant elle, Rurik le Viking, qui, malgré une vie aventureuse, est, avec ses autres Vikings, à l’origine de la ville de Kiev, capitale de la Russie. Et la cité de pourpre, Constantinople, dont les fabuleuses richesses faisaient rêver notre encore jeune héros. Mais le passage de l’enfance à l’adolescence réserve des surprises. C’est ainsi que lorsque les Novgorodiens réclament un prince à Sviatoslav, celui-ci pense d’abord à son aîné Iaropolk qui refuse de quitter Kiev-la-Joyeuse pour Novgorod-la-Mercantile. Même refus d’Oleg. C’est alors que son oncle Dobrynia souffle l’idée de proposer son jeune fils bâtard Vladimir aux Novgorodiens qui l’acceptèrent. Tout comme Vladimir accepta de devenir leur Prince. Novgorod « était une cité très moderne, plus petite mais beaucoup plus propre que Kiev, avec un air de bien-être et de prospérité qui n’allait pas, il faut le dire, sans une certaine suffisance. » Novgorod, ville dont le Prince est un enfant. Ou plus exactement un adolescent qui, laissant à son oncle les rênes du pouvoir, fait connaissance avec sa ville. Tout l’intéresse et les questions fusent allègrement. « on mûrissait vite au Moyen Âge, et dès qu’il eut atteint sa treizième année, il se mit à en assumer de plus en plus. » Il apprend la mort de son père.

« Dans la tradition Viking, l’un des plus importants devoirs du Prince était de servir d’intermédiaire entre les dieux et son peuple. Dans une religion sans prêtres, le prince tenait lieu de prêtre. À mesure que Vladimir grandit en âge, ses dispositions religieuses s’accrurent. » Son oncle, pour ses seize ans, lui trouve une épouse. « Avec le mariage, une sensualité plus vigoureuse se développa chez Vladimir. » Sa femme, Olava, lui donne un premier fils. « La greffe de Rurik fleurissait bien sur le sauvageon russe. » À Kiev,son frère Iaropolk, devenu Grand Prince, étend son empire. Sagement Vladimir p »rend congé du peuple de Novgorod. Iaropolk « envoya ses hommes prendre possession de Novgorod. La cité se soumit avec bonne grâce. Le Grand prince de Kiev s’était rendu maître de toute la Russie. »

Après deux ans d’errance, Vladimir monte une armée de Vikings et revient à Novgorod dont le peuple, peu rancunier l’acclame. Peu après, il s’empare de Polotsk et mérite d’être nommé « fornicator immensus et crudelis » en forçant Rogned qu’il prit pour épouse au lendemain de la bataille. Puis Vladimir marcha sur Kiev et, le Grand Prince absent, « entra à cheval dans sa capitale, acclamé par ses nombreux sujets(…) et Vladimir comprit ou sentit peut-être alors ce qui fait toute la spécificité des monarchies : elles seules créent les nations, dont les républiques ne sont que le produit. » Vladimir régna trente-sept ans. Il gouverna avec fermeté, ménagea les intérêts de chacun, et sous son règne toutes les branches de l’économie prospérèrent. »

C’est alors que survint la conversion de Vladimir. Il avait vingt-cinq ans. Il commence par convoquer boyards et échevins pour étudier la question. Puis envoya des émissaires russes à l’étranger « pour voir comment les choses s’y passent (…) Les Juifs khazars s’étant exclus eux-mêmes, (…) l’Islam, version bulgare, leur déplut, (…) ils rejetèrent le catholicisme parce qu’ils s’étaient ennuyés dans les églises allemandes. » Les Grecs surent les séduire. « L’Église tout entière est une icône, et elle n’est jamais plus pure que dans sa musique et ses cérémonies, là où s’efface toute préférence personnelle, et où seule règne la tradition –c’est-à-dire l’imitation la plus exacte possible de la transcendance. » À vingt-huit ans, Vladimir se fait baptiser et épouse Anne, sœur du Basileus, princesse porphyrogénète. Il avait eu le temps de jeter sa gourme, le moment était venu pour lui de tenter une nouvelle aventure, celle d’une vie rangée.

Et l’évangélisation de la Russie se fit. D’un certain point de vue, on peut dire que tout ce qui n’est pas légendaire est négligeable.

Vladimir « servit de sentinelle à l’Europe face à l’Asie, et cela ni l’Histoire ni la poésie ne l’ont oublié (…) il réussit à consolider ce qui comptait le plus à ses yeux : la prédominance de Kiev, l’autorité du Grand prince, l’indépendance de la Russie, et l’implantation de l’orthodoxie (…) D’un ramassis de tribus il avait fait une nation, et cette nation il l’avait arrachée aux ténèbres stagnantes du paganisme pour l’exposer aux rayons de la lumière divine(…) le 15 juillet 1015, dans la solitude glorieuse de ceux qui sont vraiment grands, il remit paisiblement son âme aux anges du Seigneur (…) En vérité, le Soleil Rouge s’était couché sur la Russie. » Vladimir fut sanctifié par l’Église orthodoxe. « Un saint est un homme dont l’Église garantit qu’il a accédé directement au Paradis et, par conséquent, il est possible de le considérer comme un intercesseur auprès de Dieu. »

« La survie terrestre n’est possible pour l’homme que sous forme de mythe. Et le Soleil Rouge devint le mythe national par excellence, comme le roi Arthur le devint pour les Anglais, Charlemagne pour les Français et Barberousse pour les Allemands(…) Or, à travers son œuvre, le Soleil Rouge n’a cessé de rayonner. » Sol Invictus !

Ivan de Duve
26 mai 2006

 

Jean Silve de Ventavon
Étranges histoires de l’Histoire de France

L’Archipel, 2006

ISBN 2-84187-822-8
Code barre 9782841878222

Déjà Jean Silve de Ventavon m’avait conquis par ses nouvelles, publiées en leur temps dans « Les Contes d’Europe », puis par son merveilleux « Charles Quint » dont les origines gantoises et la fin au couvent de Yuste décrites en Estrémadure nous est contée dans une langue digne de « Fortune de France » de Robert Merle.

Déjà les Éditions L’Archipel avaient attiré mon attention par les derniers romans de la grande Colleen McCullough dont les derniers tomes des « Maîtres de Rome » , « Le cheval de Troie » et, récemment, « La maison de l’ange » m’ont littéralement enchanté.

Dans ses « Étranges histoires de l’Histoire de France », Jean Silve de Ventavon nous promène dans l’histoire de France par des petites anecdotes savoureuses qui nous rappellent les rois qui guérissaient, par simple imposition des mains, les plaies scrofuleuses de nombreux sujets , les miracles qu’opère l’eau de la Sainte Tombe dans le Roussillon, Mélisande-Mélusine, la femme serpent, épouse de Hugues de Lusignan, le hêtre tricentenaire de Domremy que connut Jeanne d’Arc sous le nom de l’Arbre aux dames ou de l’Arbre aux fées, la fin de Gilles de Rais ce maréchal de France, compagnon de Jeanne d’Arc, exécuté comme « sorcier », celle non moins tragique de Gilles de Bretagne, frère cadet, « malfaisant, perfide et félon », de François Ier, la mort de Charles le Téméraire, Grand Duc d’Occident et Duc de la Bourgogne chère à nos cœurs, celle, prédite, du beau Gaston de Foix, Duc de Nemours, la prévision de Nostradamus portant sur le 11 septembre 2001, l’horrifique histoire de Nicole sauvée des démons par exorcismes, l’évasion de Gaston Demolder, trépassé, des loups-garous, du Grand Veneur vu par Henri IV et par Louis XIV et qui inspira Ronsard…

« Est-ce le souvenir de sa résurrection qui conduisit Blaise Pascal à professer, champion du jansénisme, que Dieu n’accorde la Grâce qu’à quelques hommes, et ce dès leur naissance ? »

Découvrez encore le procès d’Urbain Grandier, cette Salem bien française, le fantôme du Marquis de Précis, les augures que rendit Jean-Baptiste Primi-Visconti Fassola de Rassa, comte de Saint-Mayol et devin sous Louis XIV.

Un superbe résumé vous rafraîchira la mémoire quant à l’affaire des Poisons, où furent mêlés la Bosse, la Vigouroux, la Voisin et « nombre de gens qui recouraient à eux », gens de qualité telle que Louis XIV créa la « Chambre Ardente », tribunal d’exception qui « fit une justice exacte » et le Roi sut reporter sa rupture avec la Montespan.

Si vous l’ignorez, apprenez que le jansénisme fut créé par des familiers de l’évêque d’Ypres Cornelius Jansen, surnommé Jansénius, qui publièrent « Augustinus » condamné par Clément XI ce dont ne tint pas compte François de Pâris dont la tombe sise au cimetière de Saint-Médard à proximité de celle de Pierre Nicole, philosophe janséniste, auteur, avec Antoine Arnauld de « Logique de Port-Royal », devint lieu de « sauvages et lubriques manifestations » qui obligèrent Louis XV à les interdire. Bien que leurs auteurs fussent « mis hors la loi, les folies jansénisto-doloristes perdurèrent ».

La fameuse bête du Gévaudan n’aura plus de secrets pour le lecteur du chapitre que notre auteur lui consacre. De même que le sort des esclaves prend sous sa plume une résonance particulière, rare de nos jours, dans l’anecdote qu’il consacre à Jacques Cazotte qui, après son séjour aux Colonies, rentra en France et vécut dans son château de La Marquetterie « une existence tissée de bonheurs simples et de triomphes littérairo-mondains ». Ce qui ne l’empêcha pas, lors d’un souper mondain au cours duquel les autres convives, « adeptes des idées nouvelles, ne cessèrent de dauber l’Église et le Trône », d’augurer de leur fin prochaine sur l’échafaud, comme de la sienne qu’il assuma dignement « fidèle à Dieu et au roi ».

L’étrange vie de Giuseppe Balsamo, dit Alessandro de Cagliostro, puis (faux) comte de Cagliostro qui, après avoir été honoré par les Illuminés de Bavière, avec son épouse et des comparses, monta l’escroquerie dite du Collier de la Reine, fut banni du royaume de France par Louis XVI, et finit sa vie, condamné à Rome, dans son cachot. Les francs-maçons continuèrent à l’honorer.

Ceux qui sont férus d’astrologie liront avec intérêt ce que les astres interrogés prédirent à Napoléon. De même, ils apprendront que la voyante Henriette Cuédon, qui transforma le 40 de la rue du Paradis en temple de l’occultisme français, reçut la visite de personnages aussi différents qu’Edouard Drumont et Émile Zola. Et qu’elle prédit l’incendie du Bazar de la Charité où périt la duchesse d’Alençon.

Lorsque deux Anglaises, Miss Charlotte Moberly et Miss Eleanor Jourdain, après avoir visité le château de Versailles et l’ermitage que l’infortunée Marie-Antoinette fit bâtir à Trianon, s’en retournèrent en Grande-Bretagne, elles publièrent en 1921 « An Adventure », décrivant cette dernière visite comme ayant été une « inexplicable plongée dans le passé ».

Le livre, heureusement publié par « L’Archipel », se termine par une histoire d’aviation, qu’ancien pilote, j’ai particulièrement prisée. Il s’agit de la première traversée en avion de la Cordillère des Andes, effectuée par Adrienne Bolland. En tant que Patagon, j’en ai doublement apprécié le récit allègre qu’en a tiré Jean Silve de Ventavon.

J’ai également prisé qu’en appendice de son livre, notre écrivain cite l’assassinat de Paul Doumer, treizième président de la République, en se référant dans une note en bas de page au grand François Brigneau dans « Mes quinze présidents », in « Le Libre Journal de la France courtoise », n° 331.

Ivan de Duve
16 août 2006

Le 15 décembre 2006

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