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Prendre le temps d’être encore plus attentif aux
siens. Et toujours avoir avec soi quelques bonnes lectures.
Notre ami Ivan de Duve, libre « écuyer »
de la plume et du cœur, vous invite à partager ses
choix…
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Un livre qui ne vous tombera pas des mains.
De
Jacqueline Dauxois
Aux Presses de la Renaissance
Anne de Kiev, Reine de France
Un merveilleux livre. Le XIème siècle comme si nous
y étions. Et quelle destinée exceptionnelle ! Kiev capitale
de la Russie[1] ! Et Anne, probablement, à l’époque,
la plus belle femme du monde. !
En exergue de son récit, Jacqueline Dauxois met une phrase de
notre cher Vladimir Volkoff[2] extraite de son roman Le Soleil rouge:
« La légende est la part vivante
de l’Histoire. Le passé en tant que tel est chose morte.
Il ne remue en nous que lorsqu’il se transforme en mythe, mais
alors il nous nourrit et nous éduque, dans notre conscience et
plus encore dans notre inconscient. D’un certain point de vue,
on peut dire que tout ce qui n’est pas légendaire est négligeable.
» Grâce à elle le couple Henri de France et
Anne de Kiev est devenu légendaire. Et le Moyen Âge que
nos chères petites têtes de moins en moins blondes apprennent
à considérer comme une période baignée d’obscurantisme
apparaît pour ce qu’il fut : une «
époque superbe à découvrir et à défricher
». J. Dauxois a donc défriché pour nous les
quinze premiers lustres du XIème siècle, tant du côté
russe que du côté français.
Du côté français d’abord en nous apprenant
à connaître le jeune Henri Ier, petit-fils d’Hugues
Capet, fils de Constance d’Arles qui ne l’aime pas, prend
les armes contre lui, est vaincue. À la mort de la reine, la
France connaît trois ans d’inondations. Que fait le roi
? « Le roi puise dans sa cassette,
envoie des marchands jusqu’en Sicile chercher du grain, parcourt
le pays, distribue des sacs de froment, encourage paysans et boulangers,
multiplie aides et exemptions d’impôts. » Nous
sommes à des lieues de l’image répandue depuis la
Révolution française suivant laquelle le roi exploitait
son peuple et exerçait un droit de cuissage qui n’a jamais
existé. Successivement le roi épouse deux Mathilde et
se retrouve deux fois veuf.
À cette époque, un jeune Polonais, Casimir, petit-fils
de Boleslav le Brave, roi de Pologne, choisit pour lieu d’études
le prestigieux monastère de Cluny. « Et n’en voulut
plus sortir. » Mais le pape Benoît IX le délie de
ses vœux et Casimir est élu roi de Pologne sous le nom de
Casimir Ier. Le grand-prince de Kiev avait une fille, notre Anne, «…devenue
la plus belle jeune fille qui soit au monde, intelligente et généreuse,
comblée de toutes les grâces et de toutes les vertus. Henri
alors, par les yeux de l’esprit, vit cette princesse qu’il
ne connaissait pas. Son cœur bondit comme celui d’un jeune
homme. » Et Henri envoie une ambassade à Kiev.
Comme Clovis a converti la France, c’est Vladimir le Grand, bâtard,
grand-père Viking d’Anne, qui a converti la Russie. Sa
petite-fille « …cesse de s’enfler
d’un orgueil barbare ; mais resplendit des certitudes lumineuses
de sa foi. » Il est agréable de savoir que «
Depuis la conversion de la Russie, les membres de sa famille ne se contentent
pas d’exercer le pouvoir, ils veulent que ce pouvoir soit saint.
»
Manifestement Dieu a destiné Anne de Kiev à Henri. Et
la première préoccupation de l’un comme de l’autre
est de plaire à Dieu. « Le
roi Henri est un solitaire, un veuf, un roi sans héritier. Un
roi mort. Il attend Anne pour renaître. Il a besoin d’elle
qui n’a aucun besoin de lui. Il attend tout d’elle, la vie
pour lui, pour le pays, pour sa dynastie qui va s’éteindre
si elle le repousse.
Elle ne le repousse pas. Une deuxième ambassade revient en France
en y amenant Anne. C’est à Reims que les futurs époux
se rencontrent. C’est à Reims qu’Henri et Anne se
marient. C’est à Reims qu’Anne est couronnée.
L’évêque peut dès lors prononcer «
la formule russe : - Longues années à Anne de Russie,
reine de France ! » C’est aussi à Reims qu’un
proche du roi, le comte Raoul de Crépy, sent son cœur s’enflammer
pour cette reine « hors de sa portée.
»
« Entre Francs et Russes, l’entente
est complète et chacun rit à l’idée d’avoir
cru l’autre barbare. »
Après Reims, Henri conduit Anne à Paris, ville curieuse,
sans centre, si différente de Kiev. Mais il y a «
Notre-Dame, chef-d’œuvre de l’ensemble cathédral. »Après
Paris, Henri conduit Anne à Senlis qui convient mieux au tempérament
slave d’Anne.
« Un an après leur mariage,
Anne donne un fils à Henri. » « L’héritier
s’appellera Philippe ». « Deux ans après Philippe,
Robert vint au monde, aussi fragile que son frère était
robuste. » Ceux qui ne savent pas de quand datte la scission entre
l’Église catholique et l’Église orthodoxe
apprendront que « trois ans à peine après le mariage
d’Anne, le pape et le patriarche de Constantinople se lancent
l’anathème. » « … l’anathème
est le travail maudit de Satan. ». « La Russie et la France
retranchées l’une de l’autre, les deux fleurons de
la chrétienté ne pourront plus être réunis.
» « Une petite Emma vient de naître » et «
Hugues vint au monde deux ans après sa sœur. » Dans
le royaume de France, « … les batailles se succèdent,
aussi rapprochées que les naissances. Comme si, chaque fois que
la reine donnait au royaume un prince, la guerre prélevait son
tribut de sang. » Le roi Henri se sentant vieillir, prépare
son trépas. Le 23 mai 1059, fête de la Pentecôte,
Philippe, sept ans, est sacré à Reims.
« Pendant les mois qui suivirent le sacre de Philippe, Anne se
battit de toutes ses forces pour rendre la santé au roi, qui
déclinait. » «Mais
(…) quinze mois après le sacre de Philippe, le 4 août
1060, il (le roi) prit le lit et Anne sut que son roi la quittait. Il
remit à la reine Anne le gouvernement du royaume. Anne pleurait.
Henri tendit les mains vers le ciel et rendit son âme à
Dieu. »
« … un roi a plus de devoirs
qu’aucun homme. Etant serviteur de Dieu d’abord, de ses
sujets ensuite. »
« Henri vivant, Anne n’a pas
jeté les yeux sur Raoul. » Mais plus d’un an après
le décès du Roi, Raoul épouse Anne dans de bien
curieuses circonstances. Deux ans plus tard, meurt Robert, le fils puîné
d’Anne dont le désespoir est immense. De même «
Le désespoir de Raoul inspire la pitié aux cœurs
les plus endurcis. »
« Anne vécut une longue convalescence
». Philippe estime, à treize ans, être capable
de régner. Anne entreprend la construction à Senlis d’un
monastère.
« En 1069, Philippe Ier, désormais
roi en plein exercice, confirme la fondation (de l’abbaye). »
« Anne n’a pas renoncé à la sainteté.
Elle espère que, parvenus au terme du voyage terrestre, elle
et tous les siens seront accueillis par le Christ ressuscité.
» Merveilleux Moyen Âge !
« Raoul (…) meurt le 8 septembre
1074, à cinquante-huit ans. Anne, cette fois, est entièrement
seule. » « La reine Anne est morte un 5 septembre. On ne
connaît ni l’année de sa fin, ni le lieu de sa sépulture.
Elle a laissé un sillage d’amour. »
Un superbe livre. À lire et à offrir.
Ivan de Duve, le 27 juillet 2006
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[1] Avant Moscou et avant Saint-Pétersbourg. Actuellement Kiev
est la capitale de l’Ukraine
[2] Qui nous a quittés le 14 septembre 2005
De
Vladimir Volkoff
Edité par l’Age d’homme
Vladimir le Soleil Rouge
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C’est le merveilleux Anne de Kiev de Jacqueline Dauxois
qui m’a donné envie de lire Vladimir le Soleil
Rouge du grand Vladimir Volkoff, ou, plus exactement, de connaître
la vie de ce Vladimir Ier qui se fit baptiser en 988 et convertit
la Russie au christianisme, comme Clovis Ier le fit cinq siècles
plus tôt pour la France.
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Et je n’ai pas été déçu.
La Sainte Russie qui a duré mille ans a donc commencé
avec notre Vladimir le Soleil Rouge pour se terminer en 1917 avec le
sinistre Vladimir Lénine. Notre Vladimir fait son entrée
dans le monde, à Kiev, en l’an de grâce 968. Son
père, Sviatoslav, est remarquable à la chasse, à
la guerre, contre les Petchenègues qui menacent Kiev, et au lit.
Vladimir est son troisième fils et rien ne laissait prévoir
qu’il serait appelé à régner. Sa grand-mère,
Olga, Chrétienne, a dû marquer l’imagination de son
petit fils, païen s’il en fut. Et, avant elle, Rurik le Viking,
qui, malgré ne vie aventureuse, est, avec ses autres Vikings,
à l’origine de la ville de Kiev, capitale de la Russie.
Et la cité de pourpre, Constantinople, dont les fabuleuses richesses
faisaient rêver notre encore jeune héros. Mais le passage
de l’enfance à l’adolescence réserve des surprises.
C’est ainsi que lorsque les Novgorodiens réclament un prince
à Sviatoslav, celui-ci pense d’abord à son aîné
Iaropolk qui refuse de quitter Kiev-le-Joyeuse pour Novgorod-la-Mercantile.
Même refus d’Oleg. C’est alors que son oncle Dobrynia
souffle l’idée de proposer son jeune fils bâtard
Vladimir aux Novgorodiens qui l’acceptèrent. Tour comme
Vladimir accepta de devenir leur Prince. Novgorod « était
une cité très moderne, plus petite mais beaucoup plus
propre que Kiev, avec un air de bien-être et de prospérité
qui n’allait pas, il faut le dire, sans une certaine suffisance.
» Novgorod, ville dont le Prince est un enfant. Ou plus
exactement un adolescent qui, laissant à son oncle les rênes
du pouvoir, fait connaissance avec sa ville. Tout l’intéresse
et les questions fusent allègrement. «
on mûrissait vite au Moyen Âge, et dès qu’il
eut atteint sa treizième année, il se mit à en
assumer de plus en plus. » Il apprend la mort de son père.
« Dans la tradition Viking, l’un
des plus importants devoirs du Prince était de servir d’intermédiaire
entre les dieux et son peuple. Dans une religion sans prêtres,
le prince tenait lieu de prêtre. À mesure que Vladimir
grandit en âge, ses dispositions religieuses s’accrurent.
» Son oncle, pour ses seize ans, lui trouve une épouse.
« Avec le mariage, une sensualité
plus vigoureuse se développa chez Vladimir. » Sa
femme, Olava, lui donne un premier fils. «
La greffe de Rurik fleurissait bien sur le sauvageon russe. »
À Kiev son frère Iaropolk, devenu Grand Prince, étend
son empire. Sagement Vladimir prend congé du peuple de Novgorod.
Iaropolk « envoya ses hommes
prendre possession de Novgorod. La cité se soumit avec bonne
grâce. Le Grand prince de Kiev s’était rendu maître
de toute la Russie. »
Après deux ans d’errance, Vladimir monte une armée
de Vikings et revient à Novgorod dont le peuple, peu rancunier
l’acclame. Peu après, il s’empare de Polotsk et mérite
d’être nommé fornicator immensus et crudelis en forçant
Rogned qu’il prit pour épouse au lendemain de la bataille.
Puis Vladimir marcha sur Kiev et, le Grand Prince absent,
« entra à cheval dans sa capitale, acclamé par ses
nombreux sujets(…) et Vladimir comprit ou sentit peut-être
alors ce qui fait toute la spécificité des monarchies
: elles seules créent les nations, dont les républiques
ne sont que le produit. » Vladimir régna trente-sept
ans. Il gouverna avec fermeté, ménagea
les intérêts de chacun, et sous son règne toutes
les branches de l’économie prospérèrent.
»
C’est alors que survint la conversion de Vladimir. Il avait vingt-cinq
ans. Il commence par convoquer boyards et échevins pour étudier
la question. Puis envoya des émissaires russes à l’étranger
« pour voir comment les choses s’y
passent (…) Les Juifs khazars s’étant exclus eux-mêmes,
(…) l’Islam, version bulgare, leur déplut, (…)
ils rejetèrent le catholicisme parce qu’ils s’étaient
ennuyés dans les églises allemandes. » Les Grecs
surent les séduire. « L’Église tout entière
est une icône, et elle n’est jamais plus pure que dans sa
musique et ses cérémonies, là où s’efface
toute préférence personnelle, et où seule règne
la tradition –c’est-à-dire l’imitation la plus
exacte possible de la transcendance. » À vingt-huit
ans, Vladimir se fait baptiser et épouse Anne, sœur du Basileus,
princesse porphyrogénète. Il avait eu le temps de jeter
sa gourme, le moment était venu pour lui de tenter une nouvelle
aventure, celle d’une vie rangée.
Et l’évangélisation de la Russie se fit. D’un
certain point de vue, on peut dire que tout ce qui n’est pas légendaire
est négligeable.
Vladimir « servit de sentinelle à
l’Europe face à l’Asie, et cela ni l’Histoire
ni la poésie ne l’ont oublié (…) il réussit
à consolider ce qui comptait le plus à ses yeux : la prédominance
de Kiev, l’autorité du Grand prince, l’indépendance
de la Russie, et l’implantation de l’orthodoxie (…)
D’un ramassis de tribus il avait fait une nation, et cette nation
il l’avait arrachée aux ténèbres stagnantes
du paganisme pour l’exposer aux rayons de la lumière divine(…)
le 15 juillet 1015, dans la solitude glorieuse de ceux qui sont vraiment
grands, il remit paisiblement son âme aux anges du Seigneur (…)
En vérité, le Soleil Rouge s’était couché
sur la Russie. » Vladimir fut sanctifié par l’Église
orthodoxe. « Un saint est un homme dont l’Église
garantit qu’il a accédé directement au Paradis et,
par conséquent, il est possible de le considérer comme
un intercesseur auprès de Dieu. »
« La survie terrestre n’est
possible pour l’homme que sous forme de mythe. Et le Soleil Rouge
devint le mythe national par excellence, comme le roi Arthur le devint
pour les Anglais, Charlemagne pour les Français et Barberousse
pour les Allemands(…) Or, à travers son œuvre, le
Soleil Rouge n’a cessé de rayonner. » Sol
Invictus !
Ivan de Duve, le 27 juillet 2006
De
Gaston Compère
Chez Belfond
Je soussigné, Charles le Téméraire,
duc de Bourgogne
 |
Duc de Bourgogne après Philippe le Hardi, premier Valois
de Bourgogne, Jean sans Peur, Philippe le Bon qui fonda l’ordre
de la Toison d’Or et fut l’un des princes les plus
puissants de son temps, Charles le Téméraire (1433-1477)
ne laisse qu’une fille pour héritière, Marie
de Bourgogne, qui épousa Maximilien d’Autriche
et offrit au comte du Brabant la très jolie petite église
de Haren.
|
J’avais en mémoire le Charles le Téméraire
décrit par Marcel Brion en 1977. Gaston Compère me le
décrit sous un autre angle. Un angle que je préfère.
Écrit à la première personne du singulier, «
Je soussigné, Charles le Téméraire, duc de Bourgogne
» est un roman tout comme « Moi, Antoine de Tounens, roi
de Patagonie » de Jean Raspail est un roman. Celui de Gaston Compère
est aussi différent de la biographie de Marcel Brion, parue sous
le titre « Charles le Témérair »e, que celui
de Jean Raspail l’est de celle de Saint-Loup « Le roi blanc
des Patagons ». Avec « Mémoires d’Hadrien »,
Marguerite Yourcenar avait porté le roman biographique à
sa perfection ; avec « Je soussigné, Charles le Téméraire,
duc de Bourgogne », Gaston Compère fait voler en éclats
la biographie romanesque. Né en Wallonie en 1929, cet écrivain
s’avère visionnaire. Il investit l’âme du Téméraire,
qui n’aimait pas son nom et qui préférait celui
de Charles le Hardi.
Nous nous trouvons ici en présence d’un petit bijou. Compère
a trouvé le ton juste pour nous parler de ce destin vécu
à la frontière du Moyen Âge et de la Renaissance.
Dernier des quatre ducs qui se sont succédé à Dijon,
notre héros avait le génie d’entreprendre mais n’a
pas eu le talent de conserver. Au matin de la bataille de Nancy, le
lion qui se détache de son cimier à la bataille de Nancy,
et tombe dans la boue finit par rouler vers le néant.
Nous assistons à la mort de la Bourgogne, de cette Bourgogne
occupée d’abord par les Éduens, ensuite par les
Burgondes qui s’y établirent au milieu du Vième
siècle, pour se trouver, par le traité de Verdun en 843
lors du partage de l’empire de Charlemagne, dans la part de Charles
le Chauve et non pas dans celle de Lothaire Ier ! Avant sa mort, Charles
le Chauve crée un duché de Bourgogne géré
par Philippe le Hardi, premier Valois de Bourgogne, par Jean sans Peur,
par Philippe le Bon qui fonde l’ordre de la Toison d’Or
et devint l’un des plus puissants princes de son temps pour se
trouver enfin entre les mains de Charles le Téméraire
(1433 – 1477).
Dans le roman de Gaston Compère, c’est Charles le Téméraire
qui parle, qui pense, qui réagit, qui, comme l’écrit
si joliment Benoît Ducarme, nous donne une épine dorsale.
Et il pense juste. À lire Compère, l’on comprend
mieux la rivalité qui oppose ce grand duc de Bourgogne à
Louis XI, roi de France, surnommé l’universelle aragne,
ancêtre des jacobins. Et l’on comprend mieux la naissance
du mythe bourguignon.
Un autre livre, celui de Drion du Champois, l’ancêtre en
géopolitique de notre Robert Steuckers, infatigable animateur
des Synergies Européennes, appelle à restaurer l’ancienne
Lotharingie en y incorporant non seulement les Bourguignons mais également
les Suisses, les Lombards et les Autrichiens. Compère démontre
que l’objectif du duc était de forger cette alliance continentale
qui deviendra réalité avec Charles-Quint né vingt
trois ans après le décès du Téméraire
et qui fut empereur germanique de 1519 à 1558.
Il reste, nous dit Benoît Ducarme, il reste à méditer
cette phrase prononcée par le personnage mort du Duc «
L’histoire de ma vie ne fera vivre personne. Tout au plus ferai-je
naître dans l’imagination de certains de grands et fertiles
mouvements. Cela suffit ».
Cela suffit peut-être, mais je ne peux m’empêcher
de citer ici quelques perles qui font à la fois comprendre l’esprit
qui anima Charles le Téméraire et l’immense talent
de Gaston Compère.
« Les peuples ont une merveilleuse propension
à confondre la casse et le séné. Et que dire des
érudits qui se prennent pour des oracles ? Pour moi, j’aurai
passé sur la Terre sans que nul ne sache qui j’ai été,
sans que j’aie rien fait pour qu’on le sache ».
« Et ce désir de la croisade, je
sais maintenant qu’il n’était qu’un signe,
celui qu’il me fallait partir pour partir, à la recherche
de je ne sais quoi et qui me dépassait ».
« L’impossible est de refuser notre
destin ; l’abominable, de l’accepter. Je viens de dire un
de mes secrets, et sans doute le plus ancré et le plus amer ».
« La Chevalerie avait perdu cet idéal
qui avait fait d’elle une institution incomparable dont mes rêves
s’étaient nourris, cet idéal qui se nourrissait
au plus vif de la foi, de l’espérance et de l’amour.
Toute ma jeunesse s’est abreuvée aux romans de chevalerie.
S’il vint un jour où je les abandonnai, c’est qu’ils
m’avaient donné toute leur substance. J’y avais trouvé
ceci à quoi je comptais consacrer mon règne : l’établissement
de la justice, la défense des pauvres, la pratique de la loyauté,
de la bravoure et de la courtoisie. Je rêvais, on devine que je
rêvais ».
« Il me plairait de croire que je vivais
dans un monde où les êtres échangeaient des signaux
dont il n’était pas un qui ne fût éclairant
».
« J’écoutais, pour me parfaire,
d’autres voix –de celles qui parlent d’ailleurs et
de plus haut que moi. Notre vie est ailleurs, je le sais.les hommes
s’en doutent obscurément, à leurs heures privilégiés
».
« À chacun son devoir, et
que, dans sa pratique, rien ne soit laissé au hasard».
« On reconnais l’homme que je suis.
Cet homme à la hauteur des vignerons dijonnais et des marchands
brugeois. Cet homme à la hauteur de l’homme ».
« Mon père se tenait pour plus que
roi. Bon sang ne peut mentir. Qu’on me tienne pour plus qu’empereur.
Et que l’empereur lui-même vienne mendier à ma porte.
Ma faute crève les yeux : d’avoir tenu le rôle que
j’aurais voulu voir jouer à l’empereur. Impatience.
Sombre impatience ».
« Nous ne croyons pas avoir jamais rien
fait qui ait pu nous mériter de perdre l’amour ou la fidélité
de notre peuple ».
« Il n’est rien sous le soleil que
l’homme n’ait profané ; mais le soleil reste de la
plus éclatante pureté ».
« Je pensais sortir violemment de moi-même.
Il n’en fut rien. Je ne pouvais m’empêcher de suivre
un unique chemin, et je savais que, si j’étais parvenu
à la quitter, il se serait, d’une façon inimaginable,
détourné de son tracé pour se replacer sous mes
pieds ».
Ivan de Duve, le 27 juillet 2006
De
Pierre Lainé
Edition établie par Arina Istratova et Marc Laudelout
Grez-sur-Loing. Pardès
ISSN 1624-1568
Qui suis-je ? Céline
 |
J’avais lu le « Céline » de Pol Vandromme
et l’avais trouvé excellent contrairement au «
Léon Degrelle au service d’Hitler » du même
critique que j’ai trouvé exécrable et aussi
éloigné de Leningrad que Vandrommme est proche
de Charleroi et, assis à sa table de travail, aussi différent
d’un Marc Augier (1) qui, lui, a eu le privilège
d’être assis à la table d’un Chef pour
l’inverviouver.
|
Et puis, je le reconnais, après la sublime biographie de Dominique
de Roux (2) j’éprouvais une certaine appréhension
à lire tout autre ouvrage traitant d’un auteur.
C’est pourquoi, j’ai ouvert Qui suis-je ? Céline
avec réticence (3). Et bien, moi qui, en règle générale,
préfère l’original à sa critique, j’ai
lu avec plaisir cette monographie de Pierre Lainé dont l’édition
a été établie par mes amis Arina Istratova et Marc
Laudelout. Contrairement à Vandromme pour Degrelle, il est manifeste
que Pierre Lainé aime son sujet. A l’inverse des autres
œuvres sur Céline, celle-ci porte sur le Docteur Destouches
un regard empreint non seulement d’admiration pour l’écrivain
mais également de compréhension pour l’homme.
Il s’agit, notons le, d’un texte d’une centaine de
pages qui se veut une introduction à l’œuvre du plus
grand écrivain français du XXe siècle et elle est
réussie. Des 7 chapitres, seuls les deux derniers m’ont
laissé sur ma faim et m’ont semblé moins personnels,
moins différents de l’énorme production sur Céline.
Pierre Lainé n’a pas son pareil pour souligner la permanence
du Docteur Destouches derrière l’écrivain Céline,
l’humanisme de Céline, sa grande tendresse pour les autres,
sa petite musique emplie de fées, de danseuses, de rigolades,
de générosité et d’humour.
« … le personnage célinien
peut imaginer d’autres dérobades, trouver d’autres
refuges contre la malchance et la fatalité. Le rêve constitue
un secours privilégié (4); et le rêve représente
davantage pour Céline qu’un secours : il devient le truchement
d’une démarche pouvant réhabiliter le héros
et les personnages avec la vie, permettre comme une revanche sur l’adversité,
rendre la présence au monde de ces personnages acceptable et
porteuse d’un minimum d’espérance. » Comme
l’a écrit Céline, « un bout de chemin dans
le rêve. » Ceci fait encore mieux comprendre que «
La rencontre de la guerre est, pour Céline, une rencontre traumatisante.
» Pierre Lainé se plaît, et je lui donne entièrement
raison, à souligner la « lucidité de Céline
qui lui permet de constater la fragilité des hommes, la générosité
de certains, héroïsme et grandeur, mais le plus souvent,
chez la plupart d’entre eux, le facile relâchement lors
des circonstances graves, le facile abandon des vertus, vernis qui s’écaille
et malignité qui s’exhale alors sans retenue. »
Quant à son antisémitisme, «
il s’en prend à ceux qui exercent une domination, manifestent
une volonté de puissance et de mainmise. » Et plus
loin : En 1935, Céline est convaincu que les Juifs veulent la
guerre, et Pierre Monnier a raison de rappeler souvent cette remarque
de l’écrivain : « Tout
ce que j’ai écrit c’était pour qu’ils
(5) n’aillent pas à l’abattoir, pour qu’ils
ne soient pas saignés comme des veaux, comme des cons. »
Peut-on lui donner tort ?
Ivan de Duve, le 27 juillet 2006
(1) Saint-Loup Les SS de la Toison d’Or,
Presses de la Cité, 1975
(2) Jean-Luc Barré Dominique de Roux, le provocateur (1935-1977),
Fayard 2005
(3) Editions Pardès, novembre 2005
(4) Ce n’est pas Jean Raspail qui le contredira !
(5) Les Français
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