vendredi 21 novembre 2008

Nous contacter


Effectuer
une recherche
sur le site :


Pour recevoir
la Lettre
des Manants du Roi, j'inscris mon
adresse courriel :

 

 

 

 

 

 

Retrouver, pour certains, découvrir pour les plus jeunes, les joies de la lecture !

Faisant fi des conventions du « littérairement correct », Ivan de Duve nous fait l’amitié, en toute liberté, de ses critiques et coups de cœur, à livre ouvert.
Qu’il soit chaleureusement remercié.

Portemont

 


Johannès THOMASSET « Pages Bourguignonnes »
Éditions de l’Homme Libre 194 p., 2001.
26, rue des Rigoles
75020 Paris
ISBN 2-912104-18-1
William Bonnefoy
Tél : +33 (0)1 46 36 07 10
Courriel : editionshl@yahoo.fr

Il me plaît de commencer cette rubrique littéraire par un livre inclassable
édité en Belgique en 1938 aux Éditions de la Phalange et que les Éditions de
l’Homme Libre ont réédité en 2001 complété de deux articles parus dans « Stur »
d’Olier Mordrel parues en 1938 et 1943 dont je viens de terminer la lecture
avec des sentiments mitigés d’admiration et de bonheur.

Johannès Thomasset (1895-1974) est, pour le moins que l’on puisse dire, un
écrivain hors normes. Ce scientifique de la préhistoire, professeur de
sciences en rupture de ban, devenu châtelain en Saône-et-Loire, n’a écrit
qu’un livre, œuvre à la fois de poète, d’essayiste, et d’historien. Ce barde
maudit chante la Bourgogne, patrie charnelle, et son livre a dû plaire à
Marc Augier (Saint-Loup), à Léon Degrelle et à son ami l’historien Gaston
Roupnel. Incontestablement Thomasset aime la Bourgogne, cette Europe
médiane, héritée des Burgondes, qui tient la force des Latins et la sagesse
des Germains, Mère toujours prisonnière et pourtant généreuse aux vainqueurs
et secourable aux vaincus, ô Bourgogne !

Ce superbe petit livre de 194 pages s’ouvre sur un chant burgonde :
« Notre cœur cherche la patrie primitive, hyperboréenne, et nos yeux quêtent la patrie promise, vers la Méditerranée. Ainsi nous attirons les hommes du Nord et les choses du Sud. C’est pourquoi nous aimons si fort le soleil et si
profondément nous pensons aux choses de Germanie. Fervents de l’azur, nous
sommes inconsolables des brumes. Mais nous savons unir ces contrastes : nous faisons du soleil avec le vin et notre tristesse nous est un brouillard plus
précieux et plus fort que celui des rives scandinaves. Ainsi placés sur
l’axe du monde, entre la mer divine et les saintes forêts, nous portons
l’inquiétude des pensées qui oscillent entre deux certitudes. »

Beau comme du Jacques Brel ! Viennent ensuite un chant barbare et un vent d’Est :
« Ainsi la Patrie est pour nous une nostalgie. Indécise, faite d’espoirs contraires, de rêves déçus, de craintes, sans nom désormais, sans lumière, blessée, perdue, la Patrie est pour nous un regret, une fidélité vaine ».

Beau comme du Jean Raspail. Suivent des poèmes en prose emplis d’arbres, de montagnes et de calcaire. « Et ce calcaire qui domine, c’est aussi le rêve, c’est la présence d’une Majesté, c’est le cri des Dieux qui appellent ceux qui rampent, c’est l’Espérance qui descend des Hauts Lieux vers ceux qui peinent ».

Beau comme de l’Orélie-Antoine Ier ! Suivent des pages définitives sur Le Beuvray, Autun, Cluny : « Ainsi les images profanes se baignaient dans la lumière de la nef, affirmant que la vie est sainte et que l’humble effort des hommes peut prétendre aux honneurs du ciel, Dijon, Roanne ». Puis viennent des pages sur l’aventure bourguignonne En ces temps d’opprobre, il sied de se tourner vers les saints et les héros. Suit le « Portrait d’un solitaire », « Heimatlos », « Éloge de la haine », « Poèmes de Hans-Otto Baer », « Impressions d’Allemagne », « Les merveilleuses Victoires de l’Empereur Ulrich » dont Saint-Loup donne, comme
toujours, le ton juste. L’homme qui, sept ans avant le début de la Seconde
Guerre mondiale a écrit « Les merveilleuses Victoires de l’Empereur Ulrich Ier »
est un visionnaire. Le livre se termine par des réflexions sur « les Villes et
campagnes » et « Colonies et campagnes ». Hélas, la France, qui recueille et arme l’écume du monde pour s’en faire de la gloire, laisse périr de misère ses
paysans. Thomasset n’est pas optimiste. Un visionnaire peut-il l’être ?

Ivan de Duve, Bruxelles le 30 octobre 2005

Ernst JÜNGER « Sur les falaises de marbre »
Gallimard L’Imaginaire 47 ; 184 p., 2004
ISBN 2-07-028778-5

C’est à Georges Hupin que je dois d’avoir relu ce petit chef-d’œuvre romantique. L’action se passe dans un paysage d’arbres, de fleurs et de
pierres où animaux et humains mènent combat, les uns pour le Bien, d’autres
pour le Mal. La réalité et le rêve s’y interpénètrent comme dans le meilleur
Jean Raspail. Les descriptions font penser à René de Chateaubriand et à
Hervé Bazin, celui de « L’église verte ». J’aime Jünger quand il écrit : « Et
cependant toute chose exquise est un présent du hasard, le meilleur en la
vie est gratuit. Et Ainsi nous entraînait à notre tour notre pressentiment
qu’il est un ordre agissant parmi les éléments. Tant il est vrai que l’homme
sent aussi le besoin d’imiter la création avec son faible esprit, tout comme
l’oiseau sent le besoin de construire le nid. Et ce qui nous récompensait de
nos peines au centuple, c’était la claire conscience que mesure et loi ont à
jamais leur séjour dans le hasard et les désordres de cette terre. Cependant
que nous nous élevons, nous nous rapprochons du mystère que la poussière
nous dérobe. Ainsi se résorbe, à chaque pas que nous faisons sur la
montagne, le dessin confus des horizons, et lorsque nous sommes parvenus
assez haut, nous ne sommes plus environnés, en quelque lieu que nous soyons, que par un pur anneau qui nous fiance à l’éternité ». Ou encore : « Quand nous pensons nous envoler, notre bond maladroit nous est plus cher que la marche la plus sûre en un chemin tout tracé ».

Ou : « … leur feu, par un pressentiment du déclin, s’accroît d’une richesse cachée. Et quand il insiste, les plus beaux présents des dieux sont gratuits ». Mais il met en garde, en 1939 comme Louis-Ferdinand Céline avait mis en garde en 1938 dans « Bagatelles pour un Massacre » : « Profonde est la haine qui brûle contre la beauté dans les cœurs Abjects ».Et il se prépare …parce que la chose imprimée porte le sceau de l’achevé et de l’immuable, dont l’aspect contente aussi le cœur du solitaire. Notre départ est plus aisé, lorsque tout est dans l’ordre. Cet ordre dont il pressent la disparition : « … la force en nous semblait s’accroître aussi, qui sait imposer l’ordre ». L’approche du grand désordre lui fait écrire : « Il est des expériences qui nous contraignent à tout
réviser de nouveau… »

Il se méfie de l’espèce des rêveurs concrets, qui est très dangereuse. Et cette phrase qui semble sortie de sa biographie : « j’avais l’impression qu’en lui s’unissaient l’extrême vieillesse et la prime jeunesse – la vieillesse de la race et la jeunesse de la personne ». Et ceci, qui semple une conclusion : « Ainsi s’évanouit par une fêlure invisible la beauté même du son de la cloche ». Ou encore ceci : « le désert s’accroît, malheur à celui qui porte en soi des déserts ! » Et : « Il avait perdu le respect de soi-même et c’est là le commencement de tout malheur parmi les hommes. » Puis : « Et je résolus de ne point m’abandonner à la crainte, non plus qu’à l’orgueil. » Mais la petite fée Espérance n’est pas loin : « Si j’avais douté auparavant, à présent mon doute s’effaçait : il existait encore parmi nous des êtres nobles, au cœur desquels vivait et s’accroissait la connaissance de l’ordre supérieur. Et comme tout haut exemple nous convie à le suivre, je fis le serment (…) de préférer à jamais la solitude et la mort avec les hommes libres au triomphe parmi les esclaves. »

Un superbe petit texte, écrit dans une langue parfaite. Comme l’écrivait
Montherlant Encore un moment de bonheur…

Ivan de Duve, Bruxelles le 4 novembre 2005

Jean Raspail « En canot sur les chemins d’eau du roi »
Albin Michel, 352 p., novembre 2005-11-17
ISBN 2-226-16824-9

Un nouveau Raspail est toujours un événement qui nous ravit, nous Patagons. Celui-ci est un grand Raspail et Raspail étant un véritable terroir de la doulce France, l’on peut dire sans exagérer qu’il s’agit d’un cru fameux. Jean Raspail se souvient à 79 ans du Jean qu’il était à 24 ans, en 1949, lorsque, avec trois autres scouts, formant l’équipe Marquette, lui et Philippe Andrieu à bord du canot « Huard », Jacques Boucharlat et Yves Kerbendeau à bord du canot « Griffon », il réalise le rêve de descendre en canots du Québec à La Nouvelle-Orléans. Des Français les ont précédés sur ces chemins d’eau du roi connu sous le nom de Louis XIV, « Roi-Soleil d’un siècle exceptionnel » comme l’a nommé si joliment notre ami Jean-Jacques Henri de Bourbon-Parme, roi au nom duquel Cavelier de La Salle « prend possession (…) de ce pays de Louisiane (…) acte de naissance de l’Amérique française. L’acte de décès suivra vite. Il ne s’en faudra que de quatre-vingt-dix ans. »


C’est le Suisse Nicolas Bouvier (1929-1998) qui m’a ouvert le monde des voyageurs écrivains qui écrivait « Si on ne laisse pas au voyage le droit de nous détruire un peu, autant rester chez soi » et, quelques mois avant son décès, « Désormais c’est dans un autre ailleurs qui ne dit pas son nom dans d’autres souffles et d’autres plaines qu’il te faudra plus léger que boule de charbon disparaître en silence. »

Après lui, le Jean Raspail de « Secouons le cocotier » et de « Punch Caraïbe » avait suivi la voie qui n’était pas encore royale.

Aujourd’hui Jean Raspail, au sommet de son art, nous fait revivre non seulement son aventure en Amérique mais l’aventure de l’Amérique française. Au long de ces pages, nous passons avec ravissement du 17ème siècle, à l’année 1949 et aux temps présents. Le père Marquette et Louis Joliet ont ouvert la voie, Jean Raspail l’a refermée.

Il annonce la couleur : « J’en conviens, c’était un jeu, mais tout jeu de symbole, à l’exemple des enfants, se doit d’être joué sérieusement. J’ai souvent joué à ces jeux au cours de mon existence, du Pérou des Incas à la Patagonie. Je me demande si ce n’est pas, justement, en jouant de cette façon-là que le 21 janvier 1993, bicentenaire de la mort de Louis XVI, j’avais rameuté trente mille personnes à l’emplacement de l’échafaud, devant le Crillon, place de la Concorde, à dix heures vingt-trois, heure précise où tomba la tête du roi, les prières de la foule s’envolant au-dessus d’un océan de voitures bloquées, la chaussée jonchée de bouquets de lys blancs. Quand les convictions tournent à vide parce qu’on est débordé de toutes parts et qu’on ne distingue plus aucun moyen de les voir un jour s’imposer, il faut les habiller d’attitudes tranchées. Cela est un jeu… (…) Il en est des rites comme des jeux, on s’y applique sérieusement ou pas du tout, faute de quoi cela n’a pas de sens et on a salopé quelque chose, un rêve d’enfant, une étincelle de sacré. »

L’abbé Tessier lui avait dit : « C’est égal, mais en vous regardant vous débattre comme des mangeurs de lard avec vos canots le jour où vous êtes partis, je n’aurais pas misé une piastre sur vous ». J’avoue que j’aurais quant à moi volontiers misé un peso patagon, oh, oui !

Raspail connaît l’histoire :
« Et le canot, donc !
Les brigades des compagnies de la Fourrure, de Montréal et de Trois-Rivières, les embarcations des missionnaires, des marchands, des colons, naviguèrent sur les chemins d’eau jusqu’à la moitié de XIXe siècle, jusqu’à ce qu’un autre chemin, celui du Canadian Pacific Railway, souvent parallèle aux fleuves et rivières, n’envoie définitivement les canots, la « civilisation du canot », au pourrissement et à l’oubli. L’épopée avait tout de même duré deux cent et trente années. »

Quant aux Français, sous le commandement de Cavalier de La Salle, « Isolés à des milliers de kilomètres de leur base et de plus loin encore de leur patrie, ils ont conquis l’immensité. »

Nos quatre scouts de France continuent leur périple : « Souvent, nous scrutions l’eau, silencieux, mais rien n’apparaissait jamais, seulement le reflet de notre imagination. Nous avions cent cinquante ans de retard, et ce retard ne pouvait se combler. (…) La rivière nous appartenait. Depuis les voyageurs elle n’avait pas changé. « Griffon » et « Huard » naviguaient de conserve : une petite brigade attardée qui prenait le courant en plein dans le nez mais qui s’en sortait fort bien. (…) Il y fallait une certaine ambiance rare, la plénitude, l’isolement, l’élan religieux jubilatoire qui se dégage d’un environnement naturel et vrai, comme si le monde venait d’être crée, le sentiment presque monastique de s’échapper de l’univers réel et d’être mis en la présence de Dieu. (…) à la poursuite d’un royaume qu’en fait ils portaient en eux. (…) Sur le moment, nous n’avons pas pensé à sainte Anne. Sans doute veillait-elle en permanence (…) » Sainte Anne, ma patronne ! Émouvant !

Comme est émouvant le père Allouez quand il évoque Louis XIV devant les sauvages d’Amérique : « Le grand capitaine, que nous nommons notre roi, vit par-delà les mers. C’est le capitaine de tous les capitaines et il n’a pas son égal dans le monde. »

Mais Raspail revient à sa randonnée : « Nous avironnions furieusement, les dents serrées, sans un mot, sans une pensée, l’œil rivé à l’île Mackinac qui grossissait peu à peu, mais si lentement, au-dessus de l’horizon. »

Quant aux descendants de tant de peuples européens en Amérique, des Français, « ils n’avaient rien hérité, ni la langue, ni l’histoire, ni les façons, ni l’élégant détachement des biens matériels et encore moins leur inclination fraternelle à l’égard des populations indiennes. »

Et parlant de sa petite équipe : « j’ai dit que nous étions des messagers, des passeurs sur les chemins d’eau du roi de France entre autrefois et aujourd’hui… »
Et revenant à Cavelier de La Salle : « Il s’était retiré dans sa cabine pour méditer furieusement sur la médiocrité humaine. » Que d’affinités électives ! Un siècle plus tard, Goethe écrivait à Schiller : « Il ne m’est jamais arrivé, dans le cours de mon existence, de rencontrer… un bonheur inespéré, un bien que je n’aie dû conquérir de haute lutte. » Raspail aurait pu écrire cette lettre. Quand je vous disais qu’il est au sommet de son art. Je ne peux qu’ajouter qu’il est aussi au sommet de sa race… « Nous étions des messagers, des passeurs de mémoire sur les chemins d’eau… » Le père Jacques Marquette et Louis Joliet ? « Ils avaient ouvert la route. Nous la fermions. (…) J’étais l’un d’entre eux. Je veillais aux frontières oubliées. » Et, plus loin : « Un nombre infini de Français se sentent sudistes. Ils savent qu’en réalité, ce n’était pas pour maintenir l’esclavage que tout le Sud se battait, mais pour défendre, face aux Yankees, une patrie charnelle qui tenait à l’âme autant qu’à la terre, un style de vie, une façon d’être et d’envisager le bonheur, des usages, une certaine urbanité partagée par toutes les classes de la société. Nous étions sudistes, nous aussi. » On ne peut être plus clair et ce ne sont ni Maurice Bardèche (Sparte et les sudistes) ni Dominique Venner (Gettysburg) qui diraient autrement.

La conclusion de Jean Raspail est criante de vérité : « On a passé là d’excellents moments, flottant entre le XVIIe et le XXe siècle. » C’est exactement cela que son « aventure d’Amérique » nous offre « d’excellents moments, flottant entre le XVIIe et le XXe siècle. »

Un merveilleux livre d’aventure où se rejoignent passé et présent. Un monument de mémoire. Merci Jean Raspail d’avoir su si bien exprimé ce que nous ressentons.

Ivan de Duve, Bruxelles le 11 novembre 2005

 

Transmettre à un ami
Imprimer

Réagir

 
© lesmanantsduroi - Tous droits réservés.