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L’Europe, la puissance et les langues
Dans le vaste débat engagé
aujourd’hui autour de l’Europe, les européistes en
France ne cessent de promettre une « Europe-puissance » qui
serait, bien sûr, souveraine et capable d’indépendance
à l’égard des Etats-Unis. Il semble que l’argument
n’ait guère trouvé de confirmation en 2003 lors de
l’affaire irakienne : les faits sont têtus, et il est clairement
apparu que la France, « la France seule », ou plutôt
que « seule la France », a su trouver les mots et les moyens
pour faire entendre une voix différente de celle de « l’hyperpuissance
». L’Union Européenne n’a guère brillé
par sa « puissance » supposée, la plupart des gouvernements
la constituant ayant choisi de soutenir le « grand-frère
» états-unien, comme ce fut le cas pour le commissaire prochain
de la Commission Européenne, M. Barroso…
Les mêmes causes produisant les
mêmes effets, il est visible aujourd’hui que l’Union
Européenne n’a d’autre ambition que de se retrouver
sur le « mol oreiller de la société de consommation
et de distraction », avec les Etats-Unis lui chantant une berceuse,
bien sûr en langue « néoaméricaine » comme
le souligne dans un brillant article du Figaro (le 1er novembre 2004)
l’écrivain Benoît Duteurtre.
Cet article, qu’il faudrait intégralement
citer, s’inquiète du recul des langues d’Europe (et
en particulier du français) au profit d’une seule véritable
« langue commerciale » unique, langue qui semble vouloir s’imposer
désormais par la pratique eurocratique à Bruxelles et par
l’éducation nationale en France (voir le rapport Thélot,
significatif à cet égard).
Les royalistes de France, soucieux de
préserver ce qui doit l’être sans conserver ce qui
ne doit pas l’être, récusant eux aussi ce « fatalisme
linguistique », cet abandon, certains diraient « cette lâcheté
». Ce ne sont pas les différences qui sont, en ce domaine,
dangereuses, mais bien plutôt l’indifférenciation,
c'est-à-dire l’uniformisation.
« La francophonie, aujourd’hui,
suppose de défendre aussi l’allemand, l’espagnol ou
l’italien. Il n’est pas question de nier le côté
pratique de l’anglais, ni l’utilité de l’apprendre
; mais l’enseignement scolaire ne doit pas s’aligner sur la
seule pensée commerciale. Aussi me semble-t-il que la mesure la
plus courageuse, pourrait concerner l’école, à rebours
du rapport Thélot. Dans un monde où chacun finit par baragouiner
l’anglais, la véritable audace politique ne consisterait-elle
pas, justement, à « réserver » l’apprentissage
obligatoire de l’anglais comme une deuxième langue, tout
en instaurant l’apprentissage obligatoire d’une première
langue différente, choisie par les élèves ? Voilà
qui redonnerait du sel au projet européen et qui favoriserait la
reconnaissance mutuelle. Voilà qui irait dans le sens d’un
monde plus coloré, d’une union plus audacieuse et plus intéressante
que celle qui se prépare. »
Ces quelques lignes de M. Benoît
Duteurtre, frappées du bon sens, tout royaliste conséquent
se doit de les brandir comme un étendart. Sans doute, dans ce combat
comme dans tant d’autres, nous serons bien seuls, et la France,
elle aussi, semblera bien solitaire.
Les Québécois, de l’autre
côté de l’Atlantique, nous montrent qu’un volonté
claire, affirmée, forte, peut changer bien des choses…
Dans une Europe de renoncement et de
l’impuissance, il est des libertés qu’il faut savoir
assumer, malgré les vents contraires. Parce que, comme le clamait
Georges Bernanos, « le monde a besoin de la France », et d’une
France qui, sans être arrogante, soit elle-même, puissante
de son histoire, de sa grandeur, de sa volonté, de ses devoirs…
Lorsque l’état d’esprit
démocratique n’est que le paravent de l’abandon, il
est du devoir des royalistes d’assurer la nécessaire régence
de la France.
Jean-Philippe Chauvin, le samedi
27 novembre,
en ce jour de la Saint-Maxime, a.d. 2004.
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