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L’entreprise
euraméricaine de démolition de la France et de la Francophonie
Une immense question est occultée
par nos « élites » et nos médias : celle de
la pérennité de la France, de sa langue,
de la Communauté francophone.
La France est ouverture au monde, voix
pour l’humanité. Il n’est donc pas question de la faire
se replier sur elle-même, dans une attitude défensive derrière
une ligne Maginot toujours illusoire. Mais, pour qu’elle reste elle-même,
le peuple français doit voir clairement qu’est à l’oeuvre
une redoutable entreprise de démolition de ce que la France représente,
dans le monde, en Europe, et jusque chez elle. Pour la combattre et la
vaincre.
Affaire de géopolitique nationale,
certes, mais aussi européenne et mondiale, tant dans ses causes
que dans ses effets.
Nationale, parce que des Français
sont des acteurs de première ligne, comme toujours, dans cette
entreprise néfaste.
Européenne, parce que l’Europe, non pas une Europe - que
nous aimons et souhaitons - de Nations souveraines, mais une Europe fédérale
ultra libérale dans son idéologie et dictatoriale, voire
totalitaire, dans son fonctionnement, y participe, à la fois en
elle-même et en sa qualité de relais de l’Empire anglo-saxon.
Plus largement mondiale, parce que la France est un obstacle principal
à l’exercice plein de l’hégémonie de
cet Empire, qui cherche, dans sa logique implacable, à écarter
cet obstacle.
Parlons d’abord des États-Unis, parce qu’ils sont partout
à l’oeuvre, notamment en Europe. Citons Philippe de Villiers
: « Les États-Unis d’Europe,
c’est les États-Unis en Europe ».
Pourquoi les États-Unis d'Amérique
voient-ils en la France - et en la Francophonie - le premier obstacle
à écarter sur leur route vers la domination mondiale, du
moins dans leur volonté affichée d’y parvenir, dans
leur « destinée manifeste »?
Parce que la France représente
et sécrète, plus que presque tous les autres pays en dehors
de la Chine, des contrepoids et contre-modèles dans de nombreux
domaines :
- Elle représente d’abord
la seule autre conception rivale de l’universalisme (partagée
par la plupart des pays de la Communauté francophone). D’un
côté, l’universalisme américain supérieur,
de « peuple élu » manifestement béni par sa
réussite matérielle et sa richesse évidentes, qui,
sans vouloir connaître les autres et leurs différences, leur
dit de l’imiter, s’ils veulent sortir de leur infériorité
et de leur pauvreté. De l’autre, un universalisme plus catholique,
plus ouvert aux autres, à leurs différences, au dialogue
avec eux, pour faire, avec leurs apports, une synthèse d’une
humanité tout entière élevée. Que ce soit
vers un « point oméga » à la Teilhard de Chardin,
ou dans les avatars de fraternité et de laïcité du
message révolutionnaire, sécularisation du premier. Non
pas une pyramide, mais une tour.
C’est, sans doute, le plus redoutable défi lancé à
l’Amérique, le plus explosif.
- La France, avec la Francophonie, est,
en dehors de l’Islam et de la Chine, le pôle de rejet de l’Empire
le plus naturel pour nous, mais le plus inattendu pour les Américains,
parce qu’ils le croyaient le plus proche d’eux, et sont évidemment
déçus. C’est pourtant une vieille tradition : François
1er, puis Richelieu, contre les Habsbourg ; la République contre
le Reich ; de Gaulle ; et même Chirac dans la récente affaire
d’Irak. Les États-Unis en veulent d’abord aux alliés
et amis de ne pas être les premiers à s’aligner derrière
leur vérité, leurs objectifs, et leurs intérêts.
- La France, avec la Francophonie, entraîne
d’autres pays à refuser la conception huntingtonienne du
« choc des civilisations » et prône activement le dialogue
des cultures, notamment entre les Orients et les Occidents. Selon elle,
l’Occident n’est pas unique, et n’a pas, contrairement
à ce qu’écrit Samuel Huntington, un seul État-phare,
les États-Unis.
Ver dans le fruit. Mauvais élève francophone qui pourrit
toute la classe.
- La France du « Royaume contre
l’Empire », de la « citoyenneté », de la
« Cité » à l’opposé du «
global village », est le parangon, l’archétype de l’État
nation, républicain, laïque de surcroît, qui, au moins
en théorie, rejette à la fois les groupes de pression qui
aux États-Unis font l’État, les régionalismes
et les communautarismes-apartheid prisés des Anglo-Saxons, et l’imprégnation
par la religion de la vie publique et de la conduite de l’État
(« In God we trust », « prayer breakfasts
» lors de manifestations officielles, « destinée
manifeste », prêches de Bush sur la lutte du Bien contre le
Mal). Parce que laïque, cette République ne peut entrer dans
le camp d’une religion contre une autre.
Ce témoin de l’existence d’une autre voie, vérité,
et vie, de la possibilité de faire échouer le totalitarisme,
doit être exécuté.
- La France est une empêcheuse
de tournoyer, guerroyer, et écraser en rond, par son droit de veto
au Conseil de Sécurité, par sa voix originale dans le monde,
son capital de sympathies dans les pays arabes et musulmans, manifesté
encore dans l’affaire de nos otages en Irak, dans le « Tiers-Monde
», en Amérique latine, jusqu’en Chine ; et encore par
sa force nucléaire indépendante, que les États-Unis
avaient tenté en vain d’étouffer.
- La France, après les Romains,
a diffusé dans bien des pays son droit écrit, seul vrai
rival mondial - au moins pour le moment - du droit d’inspiration
britannique, notamment dans les affaires, jusque dans les règles
de comptabilité.
- Des territoires français et
des États partiellement francophones se trouvent sur les cinq continents.
C’est le seul cas, en dehors des possessions anciennes et présentes
de la Grande Bretagne et des États-Unis. Aussi, souvent par Australie
et Nouvelle-Zélande, voire Fidji et Tonga interposées, cherche-t-on
à mettre fin à notre présence en Nouvelle Calédonie,
en Polynésie, dans d’autres îles du Pacifique (au Vanouatou
la lutte est féroce). Aussi veut-on la remplacer en Haïti.
Aussi appuie-t-on vigoureusement les efforts opiniâtres d’Outaoua
pour assimiler les francophones du Canada et noyer l’État
du Québec dans la Fédération imposée. On cherche
à couper le Québec de la France. Rappelons encore que l’on
cherche par tous les moyens à éviter une réunion
de la Wallonie à la France, une réunification française
comme il y a eu une réunification allemande, que les Wallons pourraient
choisir un jour.
- La langue française, bien que
très affaiblie, reste aujourd’hui la seule autre langue à
extension, vocation et prétention, vraiment mondiales. Au-delà
de son expansion géographique, elle prétend, face à
l’anglais ou l’allemand « langues naturelles »,
« langues de Nature », être la langue, construite, de
Raison (Sieburg) et de « Culture ».
Funeste prétention ! Obstacle à la « conquête
des esprits » par l’Amérique.
- Lorsqu’on entre dans le domaine
économique, plus directement sensible à l’Américain
moyen, celui-ci retrouve toujours sur son chemin la France et d’autres
pays francophones : la Belgique, le Québec, la Suisse en partie.
Par la conception commune des « services publics », obstacles
aux multinationales à capitaux majoritairement anglo-saxons. Par
la protection des industries culturelles, notamment dans l’audiovisuel.
Cette protection est une gêne en elle-même pour les majors
américaines. Elles ont déjà réussi à
réduire bien des cinématographies nationales florissantes,
telles l’allemande, l’italienne, la japonaise, qui réussissent
encore à produire quelques oeuvres çà et là
grâce à des coproductions avec la France, le Canada, le Québec,
ou d’autres. Les majors s’irritent de ne pouvoir encore dominer
les 20% du marché européen et peut-être mondial qui
continuent à leur échapper, tant pour leurs intérêts
matériels que pour la réussite complète de l’entreprise
impériale de « conquête des esprits » selon Yves
Eudes et Charles Durand. Et le modèle francophone est d’autant
plus dangereux qu’il donne des idées à d’autres,
tend à s’étendre, et anime le débat, à
l’UNESCO, à l’OMC et en dehors, sur l’exception
ou la diversité culturelle.
- La recherche scientifique française,
pourtant bien diminuée, et exprimée largement en anglais,
suivie, contrôlée, voire pillée (cf. le cas du virus
du sida : Gallo-Montagnier), par Garfield et les comités de lecture
des revues anglo-saxonnes, ose encore toucher à des secteurs de
pointe et à des domaines qui gênent : l’atome, l’espace,
les océans, la biologie, la génétique, les industries
pharmaceutiques, aéronautiques, les techniques de communication.
Et elle a entraîné d’autres pays développés,
surtout européens, dans ses grands programmes. Voir le projet Galiléo
: les Américains font tout pour l’empêcher de briser
le monopole du réseau anglo-saxon « Échelon »
d’écoute et d’observation mondiales. De même
ils favorisent l’implantation au Japon, pays qu’ils jugent
encore très proche d’eux, du projet expérimental international
« ITER » de production d’énergie par fusion,
dont l’implantation en France, à Cadarache, est jugée
bien préférable et activement soutenue par les Européens
et la Chine.
- Dans les industries de pointe qui
découlent de cette recherche, la rivalité est patente. Par
exemple, entre les compagnies de production et de traitement de l’eau,
enjeu majeur des prochaines décennies. Ou entre Boeing et la société
française puis européenne Airbus devenue très performante
et gagnante. Tous les coups sont permis. On a réussi à tuer
Concorde. Les autorisations d’atterrir aux États-Unis n’ont
été données, pour les quelques avions produits, qu’après
l’arrêt des chaînes de fabrication. Symbole (seulement
!) : c’est une pièce d’un avion américain sur
une piste d’envol à Roissy qui a causé l’accident
du Concorde qui a mis le point final à la belle aventure franco-britannique.
En somme, pour les États-Unis,
il s’agit de faire taire ou détruire tout cela, d’éliminer
cette rivalité-là, afin d’avoir les mains libres et
de se tourner vers des adversaires plus redoutables, telle la Chine, qu’ils
commencent à encercler.
Des puissances européennes les aident. Elles restent nos rivales.
Certaines veulent régler avec nous de vieux comptes. Ou elles acceptent
leur propre vassalisation, en espèrent des dividendes, et, ce faisant,
ne supportent pas que nous fassions mine de refuser leur sort et de nous
hausser du col au-dessus du lot. Ainsi aidés, les États-Unis
cherchent donc à éliminer tout ce que la France et la Francophonie
représentent encore.
Ils le font directement et indirectement, par Europe fédérale
interposée.
Leur action directe commence à
porter ses fruits, voyons un peu :
- Dans les attaques contre notre «
grand large » : actions précitées à l’égard
du Québec, de nos territoires du Pacifique, de Haïti ; sape
et élimination de l’influence française dans l’ancienne
Indochine, comme auparavant de l’ancienne influence espagnole aux
Philippines ; interventions de plus en plus massives en Afrique francophone,
y compris au Maghreb, où des mouvements islamistes ont été,
comme en Afghanistan contre les Russes, encouragés contre l’influence
française ; présence de plus en plus forte, y compris par
des conseillers et formations militaires, dans des pays francophones d’Afrique
noire, notamment producteurs de pétrole : au Tchad, en Côte
d’Ivoire. Voyez le soutien contre la France à Gbagbo en 2003,
et aux manifestations de rue manipulées à Abidjan qui ont
bénéficié de nombreux drapeaux américains
qui ne devaient pas être en réserve dans les ministères
ni dans les foyers ivoiriens quelques semaines plus tôt. Les conseils
assortis de pressions de moins en moins discrètes d’abandonner
notre langue - et d’imiter ainsi, il est vrai, nos propres élites
françaises ! - pour passer à l’anglais sont prodigués
aux responsables du Maghreb et d’Afrique noire francophone. Les
programmes de bourses de formation aux États-Unis des élites
africaines francophones se sont multipliés, certes avec des difficultés
de visas après le 11 septembre.
- Ce qui précède va de
pair avec l’appui que des institutions publiques et privées,
des politiciens et des journaux anglo-saxons, imprégnés
de leur conception communautariste d’apartheid, apportent à
tous ceux qui, en France, soutiennent les revendications des islamistes
qui lancent, dans la question du voile et dans d’autres, un défi
à la République et veulent imposer chez nous leur mode de
vie et leurs propres lois. Vous avez tous, comme moi, écouté
et vu dans nos médias, les réactions des Anglais et des
Américains au moment du vote de la loi sur les signes religieux
ostentatoires : elles tenaient peu compte de ce qu’il s’agissait
notamment de l’école publique, et non d’interdire aux
femmes de sortir voilées dans la rue. Vous venez de voir enfin,
dans l’affaire de nos otages, les médias anglo-saxons nous
dire avec une joie mauvaise que notre abstention dans la guerre impériale
en Irak ne nous met pas à l’abri des assauts du « Mal
». Le Mal, en l’occurrence, était-il uniquement du
côté des rebelles? Les déclarations du PM intérimaire
avaient de quoi inquiéter, puis les attaques lancées contre
les lieux où pouvaient se trouver les ravisseurs.
- Quant à l’exigence vitale
de l’exception culturelle, d’origine québécoise,
devenue très vite franco-québécoise, puis reprise
par la Communauté francophone aux Sommets de 1993 à Maurice
et d’octobre 2002 à Beyrouth, elle a toujours été,
et reste, vigoureusement combattue par les majors, les groupes de pression
américains, et leur Gouvernement. Elle a déjà été
édulcorée en « diversité culturelle »,
malgré les efforts des francophones. Ceux-ci ont été
soutenus par bien des artistes, cinéastes, associations, d’Europe
et d’ailleurs, mais très peu par les gouvernements européens.
On sait qu’il s’agit de soustraire à la compétence
de l’OMC (Organisation mondiale du Commerce), ex-GATT proche des
Américains, les échanges de biens et de services culturels,
qui ne sauraient être traités tout à fait en marchandises
comme les autres. L’UNESCO a été chargée d’élaborer
un instrument spécifique, convention ou traité international
sui generis. Or les États-Unis, qui avaient longtemps boudé
l’UNESCO, ont fait savoir, dès leur récente rentrée,
qu’ils s’opposeraient par tous les moyens à la naissance
de ce nouvel instrument. Ils font en outre pression sur les États
francophones qui ont signé la déclaration des Chefs d’État
en 2002 à Beyrouth, pour conclure avec plusieurs d’entre
eux des accords bilatéraux de libre échange qui incluent
les biens et services culturels. Ils en ont déjà obtenu
avec le Cambodge et le Maroc. Quand on sait que les échanges de
biens et services culturels sont souhaitables et nécessaires à
la cohésion interne d’ensembles géoculturels tels
l’Hispanophonie, la Lusophonie, la Francophonie, fondés en
bonne partie sur une langue internationale en partage et d’indéniables
affinités culturelles, on comprend l’importance de l’enjeu.
Il importe de souligner que la stratégie
des États-Unis pour parvenir à leurs fins inclut depuis
longtemps une voie indirecte : la construction d’une Europe fédérale.
Attention ! Soyons clairs : il ne s’agit certes pas, pour eux, de
façonner un ensemble rival qui leur ferait contrepoids, une «
Europe-puissance » telle que des Français, principalement,
la rêvaient ou la présentent encore, alors qu’ils sont
presque seuls à le faire parmi les Européens. Mais une Europe
vaste ensemble flou, étendue jusqu’à se couler dans
les tentacules de l’OTAN par l’inclusion plus ou moins dictée
de la Turquie et d’autres pays aujourd’hui proches des États-Unis.
En même temps, toutefois : une Europe assez ligotée «
fagotée » par des institutions garantes de son impuissance
politique et de son ouverture économique à tous les vents
dominants du grand marché mondial et du libéralisme, seuls
idéologie et projet communs qui lui soient permis. Une Europe fagotée
aussi et phagocytée par l’imprégnation de la culture
américaine, et le puissant médium de la langue anglo-américaine.
Comment l’Europe fédérale
est-elle associée et utilisée à cette entreprise
de démolition ?
Dans les domaines politique et surtout
économique, l’opinion publique française commence
à percevoir un peu mieux, depuis quelque temps, que « Bruxelles
exagère ».
Les cas de nos fleurons industriels,
tels Schneider-Legrand, Péchiney, Alstom, révèlent
des comportements curieux des commissaires européens « compétents
». Ils vont rarement dans le sens des intérêts français.
Les pêcheurs, les agriculteurs (voyez la PAC), les producteurs de
fromages, de vins, de fruits et légumes, l’ont appris à
leurs dépens. Un monde de consommateurs homogénéisés,
et de produits standardisés de type « goudar » - fromage
sans lait cru défendu, réunissant les qualités du
gouda hollandais et du cheddar anglais – s’étend grâce
à l’Europe, du Connemara jusqu’à Riga, peut-être
un jour jusqu'au Kamtchatka.
L’opinion perçoit mieux
aussi, mais encore trop confusément, que nos abandons successifs
de souveraineté et le grignotage organisé et opiniâtre
par les institutions européennes, nous obligent à aller
demander l’autorisation de fonctionnaires irresponsables de Bruxelles
pour nos actions (je ne dis plus « nos politiques ») industrielles,
budgétaires, fiscales, sociales.
L’opinion ne voit pas encore que
l’idéologie bruxelloise de libre circulation et de libre
concurrence encourage l’implantation chez nous d’entreprises
européennes, ce qui est une bonne chose en principe, mais ne l’est
plus lorsqu’il s’agit d’entreprises, surtout britanniques,
qui n’y créent pas d’emplois pour des Français.
En effet, un tour de passe-passe fait qu’elles peuvent importer,
pour des périodes limitées, mais par rotation, des agents
de leurs pays sur la base de leurs législations sociales beaucoup
moins contraignantes. Des isolats se créent ainsi dans des stations
touristiques, notamment de sports d’hiver, et non des moindres,
et s’étendent en tuant la concurrence française locale,
en attirant la clientèle anglophone, naturellement largement en
anglais, et dans la quasi-exclusion du français ! Cela mériterait
d’être mieux connu. M. Barnier n’y voit pas malice dans
sa Savoie.
Cela rejoint le nouvel assaut mené
actuellement pour imposer l’AGCS, accord général sur
le commerce des services, tout à fait contraires à nos intérêts,
et qu’il faut rejeter.
Mais je voudrais insister sur les actions
européennes tendant plus spécifiquement à démolir
la langue française et la Communauté francophone.
Dans les institutions de l’Union,
malgré les textes existants, et malgré les proclamations
de respect de la diversité linguistique et culturelle - essence
même de l’Europe – c’est à une élimination
des langues autres que l’anglais à laquelle on assiste. D’abord
discrète, puis de plus en plus ouverte.
On le perçoit du reste de plus en plus clairement. Il faut savoir
que sur ce plan, les efforts vers le « tout-à-l’anglais
» des « Français » Pascal Lamy et autres Jean-Claude
Trichet (lauréats de notre prix « de la carpette anglaise
» à titre étranger), ne le cèdent en rien à
ceux des Romano Prodi, Leon Brittan, et Neil Kinnock. Au 1er novembre
2004, ce dernier est nommé à la tête du British Council
: personne n’a dénoncé cet évident «
conflit d’intérêt ».
Il faut savoir aussi que cette politique se traduit en outre, depuis au
moins deux ans, par une discrimination linguistique, ethnique, quasi-raciale,
de plus en plus violente, en faveur de l’anglo-américain,
puisque non pas les institutions de l’UE directement, mais des entreprises
et institutions travaillant pour elles, réservent des emplois de
plus en plus nombreux à des candidats « de langue maternelle
anglaise » (« native speakers ») ! Nous sommes en présence
d’une véritable colonisation par les Anglo-Saxons.
Pis : Bruxelles étend
le tout-à-l’anglais aux États membres eux-mêmes
:
Au nom de son unique idéologie, la libre circulation des biens
et services et le grand marché, elle s’acharne à faire
écarter ou vider de leur contenu les législations de protection
linguistique des États membres. Là encore, la France est
la première visée, avec son article constitutionnel «
la langue de la République est le français » et ses
lois successives Bas-Lauriol en 1975 et Toubon en 1994.
Ainsi, un gouvernement français faible a-t-il dû, en 2001,
prendre la fameuse « circulaire Tasca » du 20 septembre pour
permettre que des produits de l’UE pussent circuler en France avec
des modes d’emplois en anglais, dont les traductions en français,
pour les pithécanthropes que nous sommes, pouvaient être
avantageusement remplacées par des pictogrammes ! Notre association
« Avenir de la langue française » a heureusement obtenu
en juillet 2003 l’annulation de cette circulaire par le Conseil
d’État. De même, dans l’été 2002,
Bruxelles récidivait, cette fois pour l’étiquetage
de produits alimentaires, au mépris, non seulement de la loi Toubon,
mais encore du « principe de précaution » ! Le Ministre
Dutreil y mit bon ordre par un décret du 2 août 2002. Mais
sachez que Bruxelles, en ce moment même, renouvelle ses pressions
avec une extraordinaire insistance. La France va-t-elle se soumettre ?
On cache aux Français que nos
administrations nationales, comme celles de nos voisins européens,
sont obligées de travailler presque constamment en anglais sur
les affaires européennes, parce que Bruxelles, au mépris
total de la réglementation linguistique de l’Union, et sans
plus invoquer de prétextes pour se justifier, leur envoie les documents
de travail uniquement en anglais. Or, les affaires européennes
touchent maintenant environ 80% de l’activité de nos administrations
centrales.
Depuis trois ans, nos associations (ALF
surtout) demandent à cor et à cri au Premier Ministre, M.
Jospin, puis M. Raffarin, qu’il donne l’instruction ferme
à ses administrations de renvoyer systématiquement à
Bruxelles tous documents de travail qui leur parviennent uniquement en
anglais. En vain. Les éternels eurobéats s’en indignent,
évoquent avec colère le précédent intolérable
de la politique de la « chaise vide » en criant qu’on
n’est plus aux temps du Général et que la France est
liée à l’Union.
Ils ne sauraient mieux décrire notre vassalisation.
Pourtant, si le PM agissait en ce sens, il ferait passer en France, dans
la Francophonie, et chez ceux de nos partenaires européens qui
souffrent d’être soumis, un frisson d’espoir, un grand
souffle de liberté. Le fera-t-il ?
Imaginons un instant que la Constitution
européenne soit ratifiée. Ses articles 6 et 10 (5 nouveau)
font de l’Union une personnalité juridique et un super-État
dont le droit prime celui des États membres (y compris leurs constitutions
nationales). Notre article 2 et notre loi Toubon ne tiendraient pas longtemps
face à une décision de l’Union, prise à la
majorité, du genre :
« La seule langue commune des institutions de l’Union est
l’anglais. Les États membres traitent avec elles dans cette
langue »
La décision pourrait même être prise à l’unanimité
: la France fournirait bien de nouveau une Isabeau de Bavière et
un évêque Lamy-Cauchon pour brûler nos plus importants
symboles.
Quant à la Francophonie, Communauté
francophone internationale de 56 membres, elle fait, elle aussi, l’objet
de virulentes attaques de la part des européistes fédéralistes,
français comme étrangers. Il ne saurait être question
pour eux de tolérer que des États membres de l’Union,
en dehors sans doute de la Grande-Bretagne avec son Commonwealth, entretiennent
des liens privilégiés, avec des préférences
communautaires, avec le « grand large » et de quelconques
ensembles géolinguistiques et géoculturels.
- Nous avons déjà traité
de l’exception ou « diversité » culturelle. On
sait que le gouvernement français, pourtant bien timide, a dû
sermonner le commissaire européen Pascal Lamy, d’origine
française, lors des récentes négociations à
l’OMC : il allait dans le sens américain.
- Dans les relations de l’Union
européenne avec les pays africains en développement de la
Francophonie, le FED (Fonds européen de développement) dont
les crédits sont fournis au quart par la France, ne peut encore,
décemment, imposer à ceux d’entre eux qui sont francophones
de traiter avec lui en anglais. Mais il exerce sur eux des pressions constantes
et croissantes en ce sens.
- Des Instituts créés,
dans les pays de l’ancienne Indochine membres de la Communauté
francophone, par la coopération multilatérale francophone,
et grâce à des financements principalement français,
qui forment des cadres supérieurs à la fois dans leurs langues
nationales et en français, reçoivent des correspondances
uniquement en anglais des Délégations de l’UE établies
sur place. Notre diplomatie n’y a pas vu malice.
- En ce qui concerne les PECO (pays
d’Europe centrale et orientale), Bruxelles n’y est pas allée
par quatre chemins. A l’initiative d’un commissaire allemand,
dès les débuts de leurs candidatures à l’UE,
il leur a été à tous, y compris à ceux qui
avaient adhéré à la Francophonie, enjoint impérativement
de traiter exclusivement en anglais avec Bruxelles. S’il y a eu
des protestations de nos gouvernements, elles n’ont eu aucun effet.
- Enfin, vous connaissez l’action
anti-États-Nations et résolument régionaliste, de
Bruxelles et de son Comité des régions. Vous connaissez
les pressions de Bruxelles sur la France, pressions relayées par
tout ce que notre pays compte de régionalistes, de la Bretagne
à la Flandre, à la Savoie, et à l’Alsace, pour
que notre pays signe puis ratifie, jusque dans ses dispositions les plus
désintégrantes, la charte des langues régionales
et minoritaires. Ces pressions s’accompagnent des mesures en faveur
des coopérations transfrontalières qui, curieusement, bénéficient
beaucoup plus à nos voisins qu’à nous, notamment dans
l’Est. Il faut savoir enfin - relisez à cet égard
les ouvrages alarmants de nos amis Yvonne Bollmann et Pierre Hillard -
que des associations et institutions privées - et même publiques
– d’Allemagne et d’Autriche conçoivent et financent
des opérations régionalistes : en Italie dans le Haut-Adige
(Süd-Tirol), en Moselle et en Alsace. Alsace qui a, du reste, obtenu
de traiter directement avec Bruxelles l’attribution de ses fonds
européens structurels, sans plus passer par Paris.
En résumé, nous ne devons certes pas donner dans l’anti-américanisme
primaire. Les Américains sont un grand peuple, à reconnaître
comme tel, et avec lequel nous devons entretenir des liens de coopération
et d’amitié.
C’est seulement de leurs intolérables arrogance et volonté
d’hégémonie que nous devons faire prendre conscience
pour les dénoncer sous toutes leurs formes, et les rejeter de toutes
nos forces.
De même, nous sommes des Français
européens. Nous souhaitons établir en Europe des relations
de paix et d’intense coopération entre États-Nations
souverains.
Mais c’est parce que l’Europe fédérale actuelle
va contre notre être et notre avoir, contre notre identité,
nos valeurs, et nos intérêts, et est un moyen non de puissance,
mais au contraire d’asservissement en anglais à l’Empire
anglo-saxon, que nous devons la rejeter, elle aussi, de toutes nos forces.
Il ne s'agit pas ici de nationalisme
sulfureux, il s’agit de défense du territoire, de
défense de la Patrie en danger, de notre âme !
Pour prendre une référence
britannique, chez Swift, nous devons, tel son Gulliver, nous réveiller,
nous lever, arracher d’un seul coup tous ces piquets auxquels on
a, par la méthode Jean Monnet, petit à petit, pendant notre
sommeil, attaché tant de nos cheveux !
Cela fera forcément un peu mal. Mais nous serons libres. Il n’y
a d’avenir que dans la liberté !
Lors des cérémonies commémoratives
de la Libération de Paris, réalisée voici 60 ans,
le Président de la République a vanté le mois dernier
le courage de ceux qui ont su alors dire « non » et se soulever.
Il a rendu hommage à « l’esprit de Résistance
».
Mais il approuve aujourd’hui la dérive fédéraliste
de l’Europe et le projet de « Constitution » qui met
fin à la France.
Soyons de ceux dont, dans 60 ans, un Président d’une République
encore française vantera le courage!
La campagne du referendum de 2005 nous en donne l’occasion.
Saisissons la, à fond, pour gagner ! Et nous proposerons en même
temps, comme il se doit, toute une politique pour une France souveraine.
Que notre « delenda est Carthago
» soit dorénavant : d’abord le «
non » à la « Constitution européenne »
!
Affinons nos arguments, adaptons-les aux divers domaines et catégories
de personnes touchés. Rendons-les simples, concrets, percutants,
à la portée de tout le monde. Diffusons-les largement.
Et mettons-nous tout de suite au travail pour, dans le grand conflit mondial
maintenant ouvert entre « souveraineté démocratique
» et « gouvernance globale », proposer une autre politique
:
- de souveraineté recouvrée, par dénonciation des
traités menant à l’Union, à l’exception
de celui de Rome en 1957 ;
- de coopération renforcée, à la carte, avec des
États européens souverains ;
- de vrai dialogue des cultures à l’échelle mondiale
;
- et de construction sérieuse, exemplaire, salutaire, de la Communauté
francophone.
Pour le renouveau de la France
et de ce qu'elle représente dans le monde, vive la nouvelle Libération
!
Albert Salon, Président du FFI-France,
le 28 septembre,
en ce jour de la Saint-Wenceslas, a.d. 2004.
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