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Peut-on vivre sans la crevette ?
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Son nom sert parfois de nom tendre… Il est vrai qu’elle
est appréciée sous toutes ses coutures et mine de
rien nous en consommons toujours plus.
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la crevette « penaeus
vannamei » originaire d'Amérique latine |
Mais sur le marché international
de la crevette, la guerre fait rage…
La plus grande partie des crevettes
qui finissent dans nos coupes ou nos assiettes provient de la « crevetticulture ».
Le mot n’existait pas il y a encore quelques décennies. Toujours
plus ! Il faut produire toujours plus de crevettes. En dix ans la consommation
française de crevettes à doublé. Japonais, Américains,
Européens, tous ensembles réunis nous consommons 90% de
la production mondiale de crevettes d’aquaculture.
Vous vous doutez bien que ce n’est
pas nous qui les « produisons »…
En 1999, c’était le Pérou
qui était le premier « éleveur » de
crevettes, avec 200.000 tonnes. On parlait d’or rose… Et puis
il y a eu un « bogue »… La crevette est fragile,
sensible à une dizaine de virus spécifiques contre lesquels
il n’existe aucun « vaccin » ni « remède ».
Et de vous à moi, ce ne doit pas être de la tarte de donner
des gouttes à une crevette ou de lui faire une petite piqûre…
Bon, je sais bien que pour faire boire
une crevette, il y a des moyens plus appropriés… Mais ce
que vous ne savez pas, c’est que la crevette est un peu parente
de la linotte. Les spécialistes sont désarmés :
« On ne sait comment la traiter,
elle n’a pas de mémoire… immunitaire ».
Toujours est-il qu’un virus s’est occupé des crevettes
péruviennes et que le pays perdait 90% de sa production en 6 mois…
La nature a horreur du vide, le marché
itou ! Et le marché de la crevette c’est une succession
de hauts et de bas. Par exemple, en 1988 la production chinoise passait
de 200 000 tonnes à 70 000 tonnes ! Encore un virus !
La crevette chinoise n’a pas plus de mémoire que la péruvienne
ou la thaïlandaise…
Réaction de marché tout
à fait naturelle, quand une zone d’élevage est touchée,
les autres produisent plus, toujours plus ! Il faut savoir que la
crevette est devenue prolétaire. Aujourd’hui la crevette
blanche d’Amérique latine ne vaut plus que 58% de son « prix
record » de 1987 et la géante tigrée « penaeus
monodon » que nous appelons gambas dans notre assiette, a perdu
63% de son cours par rapport à 1997… Tout n’est pas
rose pour la crevette !
Mais la guerre fait rage, à
notre insu. Pour une raison simple : Damoiselle crevette est aujourd’hui
le premier produit de la mer. En valeur, s’entend ! Oui Madame !
Elle passe devant le saumon et le thon. Et pour ne rien vous cacher, vous
devez savoir que la crevetticulture de par le monde, produit plus de 2
millions de tonnes de crevettes…
La pêche, elle, se stabilise autour
de 2,2 millions de tonnes et en raison de la surexploitation devrait décliner.
Tout le monde veut sa part d’or rose : Vietnam, Bangladesh,
Equateur, Brésil, même l’Iran, mais l’Asie domine
en tête avec 70% de la production mondiale. Sur le podium : la crevette
chinoise, la crevette thaïlandaise et la crevette vietnamienne suivies
par l’indonésienne et l’indienne !
Vous êtes épatés,
n’est ce pas ? En quelques lignes, votre ami Léon vous
a tout, tout appris sur la crevette… Presque… Vous connaissez
la face rose de la crevette, mais comme les roses, cette crevette a des
épines.
La plupart de ces élevages ont
été financés par des institutions financières
internationales dont la Banque mondiale. Il s’agissait de promouvoir
un « outil » de développement dans des pays
pauvres. L’enfer est toujours pavé de bonnes intentions…
L’enfer ne s’est pas fait attendre : salinisation des terres,
déforestation, pollution des estuaires pour les premiers effets…
Les « fermes »
de crevettes seraient à l’origine de la destruction de 10%
des mangroves… Les côtes thaïlandaises et indonésiennes
ont été frappées par un véritable « tsunami »…
« A Sumatra, ce sont des centaines
de kilomètres qui sont colonisés par les fermes de crevettes
en toute anarchie » dixit Michel Autrand, expert en
aquaculture marine.
En Thaïlande, la pollution a été
telle qu’entre 1989 et 1996, 60% des surfaces d’élevage
ont dû être abandonnés… « Quand
la crevette rapportait dix fois plus que le riz, les Etats n’arrivaient
plus à contrôler le défrichage des rizières,
encore moins les rejets en mer » nous explique l’expert !
Et ce qui devait arriver arriva…
La « penaeus monodon »,
notre chère « gambas » native d’Asie
a été tout ébranlée par les maladies et les
« fermiers » asiatiques l’ont remplacée
par la « penaeus vannamei » originaire d’Amérique
latine… Bien que plus petite, elle est plus résistante !
Les conditions d’exploitation
ont été telles, que, souvenez-vous : en 2000 l’Union
européenne interdisait l’importation de crevettes thaïlandaises…
Les pays consommateurs ont mis des normes draconiennes et l’utilisation
d’antibiotiques n’est plus autorisée ! Mais pour
poursuivre leur activité, 90% de ces élevages prélèvent
les larves en mer où se tiennent en embuscade, près de 30
maladies spécifiques à la crevette. Bientôt la crevette
folle ?
Les experts nous rassurent : il n’y
a pas de risque de transmission à l’homme.
L’homme ? Parlons en…
Dans l’Etat de l’Andra Pradesh, en Inde, des milliers de paysans
auraient été poussés à l’exode à
cause de la pollution de leurs terres et de leurs eaux…
Parfois les conflits ont été
violents. L’écologiste indien Vandana Shiva a calculé
que pour 15 emplois directs créés et 50 indirects dans la
crevetticulture, 5000 personnes étaient privées de ressources…
Peut-être pousse-t-il la crevette un peu loin ? Le spécialiste
de l’aquaculture à la FAO, Rohana Subasinghe reconnaît
que « La filière a été
victime d’erreurs de jeunesse… qui, par ailleurs, a permis
à des centaines de milliers de familles de sortir de la pauvreté. »
Alors, l’avenir de la crevette ?
Michel Autrand, qui a supervisé des projets aux quatre coins de
planète constate une réalité qui s’observe
dans maints domaines : « la
chute des prix entraîne une intensification toujours plus grande
des élevages, et des risques sanitaires accrus. »
Et la situation ne pourra que se tendre
alors que le prix de la farine de poisson qui est nécessaire à
l’alimentation de la crevette ne cesse d’augmenter. Il a doublé
en cinq ans !
Et toujours ne rien vous cacher :
il faut deux kilos de farine pour obtenir un kilo de crevettes…
Mais, il faut bien qu’il y ait
un avenir… La certification ! Et des élevages de qualité…
Nous vous en présenterons un.
Il est à Madagascar et bénéficie de tout le savoir
faire français !
A suivre...
Léon Areva, le 11 décembre
2006
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