vendredi 09 janvier 2009

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Quand Neuilly parle au peuple...

Les qualités des Gens du Nord ont été maintes fois mises en valeur par Jacques Brel et bien d’autres…
Notre ami Franz en est un vivant exemple témoignant d’une finesse d’analyse que nous ne pouvons qu’applaudir.

Monsieur le Ministre d'Etat fait actualité, ces dernières semaines... Probablement désireux d'effacer le curieux effet « Cécilia », notre lapin Duracell multiplie les déclarations à l'emporte-pièces: après avoir annoncé vouloir « nettoyer » une cité déshéritée « au karcher », le voici qui veut « parler au peuple », et « faire payer un juge ».

De prime abord, l'homme est plutôt attachant: affirmant des convictions, affichant une franche ambition, le petit Nicolas secoue un monde politique d'ordinaire conformiste et vélléitaire... Même sa taille nous le rend sympathique: après tout, les petits ont aussi le droit d'être élu Président !

Mais, passé l'effet d'annonce, cette nouvelle cuvée Sarkozyenne laisse comme un curieux arrière-goût suret dont on ne saurait jurer qu'il soit gouleyant...

Ainsi donc, un juge doit payer. Pourquoi pas, en effet. Mais payer quoi? M. le Ministre d'Etat, certes, nous a précisé depuis lors qu'un juge devrait payer s'il commettait une faute. Il a probablement raison. Mais pourquoi donc avoir choisi comme premier exemple un juge dont la faute (d'ailleurs collective, puisque collégiale; M. le Ministre d'Etat semble avoir quelque peu égaré ses souvenirs d'avocat) est... d'avoir appliqué une loi, adoptée par la représentation Nationale, dont on ne sache pas qu'elle l'ait abrogée depuis que les amis de M. le Ministre d'Etat sont aux commandes ?
On veut bien, comme M. le Ministre d'Etat, considérer qu'il est dangereux, et même, à la longue, franchement insupportable de voir des coupables impunis... Mais faut-il, pour y remédier, sanctionner les innocents ?

Quelle sera donc l'autorité d'une loi donc l'application fera condamner quand sa violation demeure impunie ?

Si la loi est mauvaise, qu'on la change. On aurait pu, répétons-le, le faire depuis trois ans. Mais, de grâce, qu'on cesse d'imputer à des magistrats désorientés par l'hystérie législative la responsabilité des incuries du même législateur...

Mais le juge ne sera pas seul : avec lui, c'est une cité qui va être nettoyée : voici la France devenue Kosovo, on est heureux de l'apprendre. Reste que les effectifs de la Police de proximité avaient été réduits de moitié depuis trois ans dans ce quartier, et qu'une furieuse descente de Police n'a rien donné d'autre... qu'une aussi furieuse agitation médiatique... N'était-ce pas d'ailleurs là le principal but recherché ?

Un « grand journal du soir » nous a livré une explication pour le moins curieuse du drame, qui ne serait en rien lié à un quelconque trafic... Une jeune « beurette » se serait prise d'affection pour un plus « foncé » qu'elle, chose inadmissible aux yeux de son frère, lequel aurait décidé de dissoudre le couple à balles réelles. A ceci près que cette jeune personne choisissant bien ses amis, la victime désignée aurait dégainé plus vite, et, le frère s'abritant derrière un enfant de 11 ans (voilà un courageux...), ce dernier y aurait laissé la vie.

On aurait aimé entendre de notre dynamique karchériste l'amorce d'une analyse de cet effrayant communautarisme, lui qui s'en fait par ailleurs le thuriféraire, encourageant les imams à encadrer la jeunesse des quartiers. Parce que c'est à la Mosquée qu'on apprend à ne pas tirer sur les noirs quand ils sortent avec votre soeur??
On croyait se souvenir -mais la mémoire joue parfois des tours...- qu'on l'apprenait à l'école...

On n'aurait pas non plus jugé inintéressant d'ouïr quelques commentaires probablement intructifs sur la curieuse profusion des armes à feu dans nos quartiers dits « sensibles »...

Mais il est vrai qu'il convient de parler au Peuple, et, semble-t-il, ce qui serait son langage. Si ce n'était écoeurant, c'en serait cocasse. Vu de Neuilly, le Peuple rote à table : rotons donc avec lui. Duracell, que nous devinons sans peine fasciné par l'oncle Sam, se souvient probablement qu'un acteur de westerns y succéda à un vendeur de cacahuètes. Qu'on nous permettre de penser que notre vieux Peuple n'avait, lui, jamais songé, jusqu'à une époque récente, à porter une andouille à sa tête. Ni d'ailleurs un roteur. Même Jean-Marie Le Pen, dont nous ne sommes guère inconditionnels, obtint 20% des suffrages en cultivant l'imparfait du subjonctif...

Ce qu'ignore Neuilly, c'est que le vieux Peuple de France n'attend pas des pitres qui le gouvernent qu'ils jouent les Beaufs de Cabu émigrés sous les dorures : pour barrer un vieux grément dans une mer déchaînée, mieux valent l'intelligence et la finesse. Point ne suffit d'éructer en se saoûlant au whisky de contrebande...

Un esprit probablement éclairé a pu dire que M. le Ministre d'Etat désire offrir la sécurité aux pauvres et le libéralisme aux riches. En quelque sorte, les paumés pourront déambuler aussi tranquillement entre leurs tours que Neuilly pourra délocaliser son capital... On aurait songé que, peut-être, un certain sens du bien commun eût commandé d'offrir un destin commun au Peuple de France ; mais encore eût-il justement fallu savoir ce qu'est le Peuple...

Lorsque la République sombre dans le Poujadisme communautariste, il nous faut bien chercher un fil d'Ariane. Ne cherchons plus : ce qui manque à notre Peuple, ce n'est pas un roteur suractif: c'est un arbitre. Du style de ceux qui ne jugent guère indispensable de faire payer les juges qui appliquent la loi pendant que courrent ceux qui la violent. Et si cet arbitre était le Roi ?

Un ultime mot, comme pour se soulager d'un doute: à en croire une presse dite bien informée, Cécilia ne serait pas totalement étrangère à cet accès de fébrilité médiatico-populiste. J'ignore pourquoi, mais l'idée que l'ex-épouse de Jacques Martin ait autant d'influence sur notre avenir commun a pour moi quelque chose d'effrayant... Alors, mon garçon, qu'est-ce qu'il fait dans la vie, ton papa? Ministre! Oh là là, ça doit être un métier vachement difficile!...

Au secours ! Au Roi !!


Franz Quatreboeufs, le 1er juillet 2005.

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