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Quand Dame Nature fait des siennes…
Ou des souris et des hommes…

Acte I

Il y a celles et ceux qui les aiment et il y en a qui ne les aiment pas !
Il paraît que Louis XIV pouvait en manger un cent !
A Pézenas, il y a déjà quelque 4 ou 5 ans, S.A.R le prince Jean Duc de Vendôme les a beaucoup aimé…

L’huître et nous, c’est une vieille histoire. Déjà, au IV ème siècle les Romains importaient la fameuse Gravette (ostrea-edulis), huître plate « sauvage » qui régnait en maîtresse dans le Bassin d’Arcachon…

Après l’engouement pour les huîtres qui se développa au XVI, XVII et XVIII ème siècle, le XIX ème « gourmand » continua à la porter au pinacle… Napoléon III lui-même prit une concession ! Et le savoir-faire des hommes se développa sans cesse grâce à l’alliance d’un homme de sciences, le naturaliste Costes et un homme d’intuition, le maçon Jean Michelet qui inventa « le chaulage » !

La Gravette coulait des jours heureux jusqu’au jour du naufrage, en 1868, du navire « le Morlaisien » dont la cargaison était constituée d’huîtres portugaises (crassostera angulata)… Elles furent jetées par-dessus bord et colonisèrent le Bassin. A partir de 1920 elles régnèrent en maîtresse profitant d’une maladie qui extermina la Gravette.

Dame Nature fit encore des siennes et régla son compte à la belle portugaise en 1970. Une épizootie fulgurante conduisit le petit monde des ostréiculteurs au bord de la faillite.

Le salut vient de l’Empire du Soleil levant, en la « personne » de la « crassostera gigas ».
L’activité du Bassin fut sauvée par une belle « Japonaise ». C’est elle encore à ce jour qui assure la prospérité des familles d’ostréiculteurs.
Aujourd’hui sur le bassin d’Arcachon, les huîtres font triste mine à cause de spirolides.

Depuis le 29 avril 2005, les ostréiculteurs du bassin d’Arcachon sont des parias et ils se sentent mal-aimés. Les bancs ont d’abord été attaqués par le « Dinophysis ». Ensuite on a trouvé du « Pseudo-nitschia » et des spirolides. C’est le monde trouble des microalgues et des toxines qui, principe de précaution oblige, pourrit la vie des ostréiculteurs. La préfecture de la Gironde a décidé la fermeture de la commercialisation des coquillages, dont les huîtres.

Les coquillages et les huîtres font vivrent près de 350 petites entreprises qui emploient environ un millier de personnes, et produisent de 10 000 à 12 000 tonnes d’huîtres annuellement.

Les habitants de la région étant gourmands ainsi que les touristes, 56% de la production sont vendus sur place. C’est un beau résultat.
Cette crise a été déclanchée par une toxine produite par l’ « Alexandrium ostendfeldii » et c’est une première dans les eaux françaises. Cette toxine tue les souris, mais personne ne sait encore si elle tue l’homme… Pour en arriver là, il a fallu effectuer des tests biologiques d’où l’entrée en scène des souris. Les ostréiculteurs demandent l’arrêt de ces tests biologiques et voudraient qu’ils soient remplacés par des tests chimiques…qui seraient moins révélateurs…

Les fermetures de commercialisation de coquillages sont de plus en plus fréquentes et l’on découvre de nouvelles toxines…Déjà en 2002 et 2003 les ostréiculteurs de Leucate en Méditerranée n’avaient pu vendre leurs productions lors des fêtes de fin d’année.
L’origine de tous ces désordres ce sont les microalgues appelées « phycotoxines ». Elles ont une origine naturelle. Et Jean-Marc Frémy, chercheur à l’Afssa (Agence française de sécurité sanitaire des aliments) déclarait en 2003 :   On observe une expansion universelle de cette contamination. »

Les chercheurs se sont penchés sur les causes de la propagation de ces microalgues et sur les conditions de leur développement. Patrick Lassus, chercheur à l’Ifremer, explique :
« L’introduction des algues par des eaux de ballast a déjà été démontrée ». Et aussi :
« mais certains contaminants comme les pesticides favorisent la sélection d’algues toxiques. »
Les facteurs climatiques ne sont pas écartés, dont le réchauffement des eaux.
Dame Nature nous joue des tours et elle à bien plus d’un tour dans son sac.
Au fait : « Quand avez-vous entendu de tous ces problèmes par les écolos politiciens ? Madame Voynet par exemple ? »
Fermer le banc.

Renseignements obtenus dans l’excellent hebdomadaire « le marin » numéro 3018.
Une mine d’information sur la vie de nos ports, de nos marins, sur notre flotte…

Acte II

L’Affaire dure depuis le 29 avril 2005.
Peut-être cette affaire est-elle la conséquence du fait que les huîtres ne votent pas ?
Toujours est-il que le 20 mai dernier, la colère a monté d’un cran. Et les ostréiculteurs du bassin d’Arcachon se serreront la ceinture d’autant !
Avez-vous entendu parler des violents incidents qui ont conduit à l’incarcération de plusieurs ostréiculteurs ?
Qui s’en soucie ?
Comme toujours, le gouvernement pour apaiser de telles crises, a recours aux aides. Et nous voilà entré dans la phase du deuxième volet…
Le 25 mai, l’interdiction de la commercialisation des huîtres a été maintenue…

Acte III

Le 3 juin 2005 la nouvelle se répandait comme une giclée de citron sur un plateau de coquillages !
L’interdiction de la commercialisation des huîtres était levée…
Nous sommes heureux pour les ostréiculteurs. Mais le fonds du problème va être enfui sous le sable fin…
"Nous avons deux résultats positifs qui nous permettent de rouvrir", a annoncé, lors d'une conférence de presse, le préfet Alain Géhin, soulignant que seuls les tests de l'Ifremer restaient négatifs, bien qu’ils présentaient "une amélioration".

Remarquons que le samedi précédant la bonne nouvelle, l'antenne d'Arcachon de l'Ifremer et le laboratoire départemental de la Vendée présentaient déjà des résultats divergents, le premier détectant des toxines liées à la présence de micro-algues dinophysis, le second écartant toute toxicité.

Pour trancher, la préfecture a fait appel à l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments, un institut de référence qui a confirmé les analyses faites en Vendée. Il reste à éclaircir ces divergences d'analyses et à trouver "un système d'analyse plus fiable", comme le faisait remarquer le Préfet…

Notons que la vente des moules, une production somme toute sur le bassin d'Arcachon, reste interdite, en raison d'une "persistance de toxicité" dans ces mollusques très sensibles à la présence d'algues…
Il faudra donc sans tarder aller au fond du problème…

En attendant, afin de soutenir une population d’hommes et de femmes qui se battent pour être libres et qui sont des jardiniers de la mer, il ne nous reste qu’une chose à faire, tout comme le Grand Louis, déguster un cent de bonnes huîtres ! Un cent ou presque…

Le déjeuner d'huitres - 1735
Jean-François de Troy (1679-1752)

Et nul besoin de se raccrocher aux prétendues vertus aphrodisiaques de l’huître… L’huître est un aliment à haute valeur diététique et peu calorique, riche en vitamines, sels minéraux, glucides et protides…
Bon appétit à tous !

Portemont, le 26 juin 2005

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