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Il est l’auteur de « L’impolitiquement correct »

Derrière l’ancien Professeur à l'Université de Paris VII - Denis Diderot et le conseiller en politique et stratégie d'entreprise, se cache un esprit libre et décapant.
Ce n’est pas par provocation qu’il a placé sa lettre sous le regard perçant de Talleyrand qui nous rappelle que :
« Quand c'est urgent, il est déjà trop tard !»
Dans sa lettre mensuelle « Humeurs stratégiques », Romain Jacoud ne manque jamais de mettre le doigt là où ça fait mal…
La « Lettre » du mois de juillet mérite la plus grande attention.

UNE DERIVE NATURELLE !

« Pour la première fois depuis bien longtemps, en France tout au moins, une "votation" a été précédée d'un très large débat auquel des millions d'électeurs ont participé. Le ton, souvent violent et irrespectueux de l'intégrité de l'autre, aurait pu être lumineusement illustré par ce dessin de Caran d'Ache, vieux de plus d'un siècle, relatif à l'Affaire Dreyfus. Cette caricature représentait deux états successifs ("l'avant" et "l'après" d'un repas familial) d'une table de déjeuner, accompagnés des deux légendes respectives :"Nous ne parlerons pas de l'Affaire" et "Ils en ont parlé"

Il est inquiétant de constater qu'au cours de ce débat, les protagonistes, quelles qu'aient été leurs convictions, n'ont, en fait, jamais abordé le fond du problème, celui de l'objectif du texte, son "à quoi ça sert" en quelque sorte.

Où en est la démocratie s'il devient nécessaire de rappeler que l'objet d'une constitution est d'établir un ensemble des règles fondamentales ? Celles-ci doivent permettre à un groupe de s'organiser en proposant des institutions de nature à assurer un fonctionnement obéissant à un certain nombre de principes. Que cette constitution soit implicite, traditionnelle, régulée ou objet d'un texte juridiquement fondé et légitimé par un vote au suffrage censitaire ou universel, elle traduit un certain nombre de choix parfaitement définis. Généralement ces choix préalables sont proposés de manière explicite en tête des textes juridiques qui établissent la loi fondamentale. Régimes dictatoriaux (il en fut d'organisés constitutionnellement), formes diverses de démocratie directe ou représentative, états centralisés, fédérés ou confédérés, tout est possible. L'observation peut en être faite en parcourant ce qui existe.

Ce qui caractérisait, qui caractérise encore (l'acte de décès n'ayant pas encore été officiellement adopté) le projet qui a été offert à notre sagacité citoyenneest qu'il propose l'établissement d'un état supranational coiffant vingt-cinq (bientôt vingt-sept) nations européennes réduites à n'être plus que des provinces administrées par des gouverneurs "inaugurateurs de chrysanthèmes". L'essentiel des décisions sera pris par un aréopage de technocrates désignés pour cinq ans, inamovibles et quasiment irresponsables. La loi fondamentale de chacune de ces nations étant subordonnée à la loi fondamentale de cet état hégémonique.

Nous découvrons soudainement que depuis des années, quelle que soit la nation européenne à laquelle nous appartenons, nous ne sommes plus des citoyens à part entière mais des administrés. Bref, nous voilà organisés par une loi commune qui répond à la définition : tout pour le peuple, rien pas le peuple, où le choix du "tout" nous échappe. De délégation de pouvoirs en délégation de pouvoirs, notre présent et notre avenir sont "soumis" à la sagesse et à la pertinence d'experts souvent autoproclamés. En outre, leur méconnaissance de nos aspirations individuelles et collectives le dispute à leurs certitudes de savoir mieux que nous comment établir l'équation de nos bonheurs individuels. »
Que pouvons-nous rajouter à ces réflexions ? Rien ou si peu…
Romain Jacoud ne se contente pas de dresser un constat que nous sommes nombreux à partager. Il énonce quelques propositions :
« L'Etat supranational, simple extrapolation de l'héritage jacobin aggravée par le caractère technocratique qu'il ne peut manquer de présenter "par essence même", ne paraît pas être une solution acceptable dans un monde qui ne survivra qu'en s'inventant tous les jours.

Le premier des problèmes à considérer est celui du sens à donner à cette Europe dont nous sentons tous la nécessité sans pouvoir, semble-t-il, l'exprimer sous une forme claire…
Personne ne semble avoir relevé les remarques si pertinentes du commissaire européen aux lois et règlements qui, au moment de la campagne référendaire, avait dit que si la France, pays fondateur, rejetait le texte proposé, c'est qu'il y avait réellement un problème et qu'il serait bon de le considérer avec attention.

Vaincue par une coalition réunie autour de l'Angleterre et de la Russie, la France paraissait isolée. Avant même que ne se réunisse le Congrès de Vienne, Talleyrand avait su renverser la tendance et rétablir la position prééminente de la France. Il semble bien que les peuples directement consultés refusent d'entériner la poursuite des errements actuels. Comment croire que les Français et les Néerlandais seraient les seuls en Europe à s'élever contre le déficit démocratique ? La transformation d'une révolte anarchique en un mouvement de démocratisation des vies publiques qui réintégrerait les citoyens et citoyennes dans le concert politique est un défi magnifique.

L'affaiblissement de la France dans le concert Européen ? Qui pourrait imaginer une Europe, même uniquement technique, sans la France ?

Géographiquement d'abord, que deviendraient les communications entre la Grande-Bretagne, l'Allemagne, le Portugal, l'Espagne, l'Italie ? Economiquement ensuite, sociétalement enfin, que deviendraient tous les Anglais, Allemand, Espagnols, Portugais et Italiens qui se sont installés en France comme "sujets européens", une fois redevenus des "étrangers" traditionnels ? Voilà qui relativise certaines déclarations au parfum de chantage dans une ambiance de poker menteur...

La France affaiblie ?

Plutôt une diplomatie étriquée sans imagination et, par conséquent, sans vision !

Alors, un congrès de Bruxelles pour l'établissement d'une Europe des peuples et des nations ?

Qu'en pensez-vous ? »

Romain Jacoud : rjacoud@free.fr


C’est le « Diable boiteux » qui serait heureux d’une telle lecture. Et nous le sommes avec lui !

Portemont, le 25 juin 2005

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