vendredi 21 novembre 2008

Nous contacter


Effectuer
une recherche
sur le site :


Pour recevoir
la Lettre
des Manants du Roi, j'inscris mon
adresse courriel :

 

 

 

 

 

 

Le mythe de l’entreprise se lézarde…


Il y a peu, nous avions attiré votre attention sur le désarroi des adolescents qui au petit matin étaient dans le « cirage ». Voilà que leurs aînés sont eux aussi frappés par un mal étrange.
A en croire les intervenants du 4e congrès « Génération entreprise » qui s’est tenu le mercredi 30 mars 2005, la paresse serait dans l’air du temps au sein de nos entreprises.

Affirmer un tel constat apporterait de seaux d’eau aux moulins de messieurs Raffarin et Seillière…
La réalité contredit radicalement de tels propos : les salariés français font partie des plus productifs au monde par heure travaillée. Le rappeler encore une fois ! Et ce malgré des horizons salariaux bouchés !

Appelons un chat un chat : les salariés de nombre d’entreprises n’en peuvent plus du climat de « surchauffe » permanent auquel ils sont confrontés, ce qui est tout autre chose qu’une tendance à la paresse.
Dans le culte de l’immédiateté, du « toujours plus tout de suite » les salariés sont dans l’impossibilité de prendre du recul et de s’inscrire dans « des valeurs de long terme – fidélité, engagement, loyauté. » A qui la faute ?

Le fondateur de l’Institut français contre le stress, Eric Albert, tire la sonnette d’alarme : « Il est impératif d’aboutir à un meilleur équilibre entre l’entreprise et le salarié. »

L’auteur de « La Fatigue de soi » (Chez Odile Jacob), Alain Ehrenberg, précise que « La fatigue dépressive a pris le pas sur l’angoisse névrotique ». Et comme chacun sait, « le déprimé est homme en panne ».

Il est vrai que le nombre de licenciements pour bons et loyaux services et le manque de reconnaissance auxquels des salariés valeureux sont confrontés, n’incitent guère aux efforts perpétuels…Tous les patrons ne tournent pas le dos à ce problème grandissant.

Le Centre des jeunes dirigeants se fait le héraut du « mieux vivre » au travail, prenant à son compte le mouvement en faveur de l’éthique et de la responsabilité sociale.
N’en déplaise aux actionnaires, le bien-être au travail est devenu un impératif économique…
Fini le bon temps…

Le Directeur délégué, responsable des ressources humaines chez « Pricewaterhouse Coopers », Yves Nicolas, n’y va pas par quatre chemins : « Nous embauchons beaucoup de jeunes et nous sommes confrontés au besoin de les fidéliser, car la nouvelle génération, même si elle est motivée par la réussite professionnelle, n’est pas prête à travailler quinze heures par jours et à sacrifier sa vie privé sur l’autel de la vie professionnelle. »

Et au cas où nous n’aurions pas compris, Yves Nicolas de renchérir : « A la différence de la génération d’avant, le loisir, la vie privée, la convivialité sont des valeurs clés. »

Il y a certes des résistants ou de joyeux rêveurs, comme le Directeur général adjoint de Lagardère Média (Jean-Luc Allavena) pour nous dire que : « le travail n’est pas une contrainte. Quand on connaît ses goûts et qu’on a choisi son métier, c’est un plaisir et une merveilleuse voie pour se réaliser. » Jean-Luc Allavena devrait prendre le métro, tôt matin et aux heures de pointe afin de lire sur les visages des voyageurs tout le plaisir du monde…En fait ce sens du travail qui permettrait d’emprunter la voie merveilleuse de l’épanouissement au travail devrait s’apprendre « dès le plus jeune âge ». C’est Allavena le « gourou » qui vous parle. Il n’est pas avare de conseils à la jeunesse. Il lui donne la clef de la réussite : se déclarer « corvéable à merci ». Une voie royale se dessine « Pour ceux qui adoptent cette attitude, il y a des boulevards d’opportunité. » Pour ma part je n’en doute pas …

Heureusement que Jean-Luc Allavena ne brigue pas la succession de Monsieur Séllière au Medef…
Jean-Pierre Souviron, ancien directeur général de l’industrie et cofondateur de « Génération entreprise » nous apporte une bouffée d’air frais en nous disant : « Il faut faire de son travail une création, sinon c’est l’ennui. » Et il est aisé à Laurent Dassault de lui prêter main-forte :
« Intéresser les salariés à la création autour d’un chef d’œuvre technologique ou de qualité est le meilleur moyen d’éviter les phénomènes de paresse. »
Le sourire et la joie des équipes qui ont porté sur les fonts baptismaux l’A380 ne le contredisent pas ; mais tout le monde du travail ne peut pas réaliser un tel chef d’œuvre…
Et il faut aussi parler petits ou gros sous. « On ne peut en effet pas dire aux gens de travailler plus pour le même salaire. Les gens veulent travailler plus pour gagner plus. »

Ainsi, sur le mode courtois qui convient à un tel congrès, les points de vue qui se sont échangés sont annonciateurs d’une réelle prise de conscience de la crise qui traverse le monde de l’entreprise. Et Corinne Maier, auteur du décapant « Bonjour paresse » était invitée non sans humour…
Mais que Jean-Luc Allavena se rassure, pour prolonger la journée de travail de deux heures, les chercheurs de l’ « East of England Development Agency », préconise d’installer des lits dans les bureaux afin de permettre une petite sieste de vingt minutes après le déjeuner, alors que Bruno Comby spécialiste de la « micro sieste » annonce « une sieste de 5 minutes dissout le stress, augmente vos performances physiques et psychiques, et vous fait gagner du temps »

Grattez un peu et derrière les défenseurs de votre repos, vous trouverez toujours un comportementaliste !
Ce n’est pas Napoléon Buonaparte qui contredira les bienfaits de la « micro sieste », mais nous devons aussi bien voir où cela l’a conduit…

Article réalisé grâce à l’excellent dossier de Yan de Kerorguen dans La Tribune du jeudi 31 mars 2005 (www.latribune.fr ) que nous vous conseillons de lire sans tarder.

Léon Areva, le 11 avril 2005.

Transmettre à un ami
Imprimer

Réagir

 
© lesmanantsduroi - Tous droits réservés.