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Nos temps sont difficiles…


La rupture semble totale entre le monde du « capital » et le monde du « travail ».
Il est urgent de réfléchir aux conséquences de cette rupture et nous devons être inventif pour sortir de ce climat de défiance qui tourne parfois à la haine.
Nous ne devons pas avoir peur. Un de nos « Grands Aînés » peut nous aider :
René de La Tour du Pin.
Notre ami Fernand nous encourage à découvrir ou redécouvrir ses travaux.

Le contrat de travail

C’est par une étude sur le contrat de travail que s’ouvre l’œuvre de René de La Tour du Pin « Vers un ordre social chrétien ». Il se place ainsi directement dans une remise en question du « contrat » cher à la république. Il se place aussi directement, et bien involontairement dans une question au cœur de notre actualité sociale de ce début de XXIème siècle, où on s’interroge beaucoup sur la nature du contrat de travail, et la désindustrialisation de la France.
Il pose d’ailleurs tout de suite la question : « En bonne justice, que doit procurer le contrat de travail aux parties contractantes, l’entrepreneur et l’ouvrier et par suite à la société ? »

Selon René de La Tour du Pin, l’entrepreneur et l’ouvrier vivent pareillement de l’entreprise qui se doit donc d’être gérée au mieux afin d’en partager les fruits « dans la mesure qui correspond aux conditions d’une vie honnête pour l’un comme pour l’autre, chacun selon son état ». Ce qui signifie que tous doivent retirer de cette association de quoi vivre, pour eux et leur famille, et non survivre, non pas en débordant de biens matériels, mais selon ce qui leur revient compte tenu de leur état social. Ainsi, il ne serait pas juste de voir un ouvrier et son employeur toucher un salaire identique, mais il serait tout aussi injuste de considérer que l’ouvrier n’a droit qu’à une maigre pitance lui permettant à peine de survivre. Une vie honnête s’entend par la constitution et la possession d’un foyer, les moyens d’y élever les siens, et la possibilité d’épargner, en particulier en prévision de ses vieux jours. La France d’aujourd’hui avec son interrogation sur le système des retraites pourrait trouver ici de quoi y répondre.

Mais tout comme l’ouvrier et l’entrepreneur vivent pareillement de l’entreprise, ils doivent supporter ensemble les crises. Ces crises ne doivent pas être exploitées par les uns ou les autres. L’entrepreneur et l’ouvrier ont les mêmes devoirs l’un envers l’autre, mais l’entrepreneur a en plus celui de procurer à l’ouvrier les conditions d’une vie honnête, tels que décrite plus haut. Ainsi, on n’imagine pas un entrepreneur prenant systématiquement le parti de licencier en cas de crise, et une association ouvrière prendre systématiquement l’entreprise en otage quitte à grever encore un peu plus les résultats de l’entreprise et ainsi conduire à sa fermeture définitive.
Cette distinction entre les devoirs de l’un et de l’autre n’est sans doute que le fruit du respect et de l’amour d’autrui, à la place de la haine qui sévit aujourd’hui. Il n’en demeure pas moins que des contraintes légales peuvent aider à l’accomplissement des devoirs de l’entrepreneur, et le concours de bonnes mœurs, d’institutions justes et de bonnes lois aident à la réalisation de ceux de l’ouvrier.

René de La Tour du Pin poursuit, « quant aux prohibitions restrictives du travail des femmes et des enfants, à la limitation des heures et surtout des jours de travail, aux délais de résiliation des engagements, ce sont à mes yeux choses du domaine de la stricte justice. » Ces mots laissent songeurs quand on sait que c’est sous un gouvernement de « gauche » dit « social » que le travail de nuit des femmes a été restauré au nom du « sacro-saint » principe d’égalité et sous la pression bruxelloise. Ils permettent également de s’interroger sur la modification de la durée de travail hebdomadaire ou sur la suppression d’un jour férié. Cela permet aussi de s’interroger sur la remise en cause de la nature du contrat de travail, et l’apologie du droit social anglo-saxon qui réduit à sa plus simple expression les délais de résiliation. La France de l’an 2000 retomberait-elle dans les travers de celle du XIXème siècle ? Ces travers permettraient sans doute de nourrir à nouveau un socialisme galopant et révolutionnaire et de réveiller cette bête. Libéralisme et socialisme se nourrissent l’un l’autre des monstres qu’ils engendrent… La-Tour-du-Pin considérait déjà à son époque que des réformes justes ne pouvaient être obtenues de ce régime anarchisant, lui qui vivait pourtant à l’époque du Baron Albert de Mun qui a permis tant d’avancées sociales en France.

C’est pourquoi, il propose une solution à ce système, celui du régime corporatif, mais accompagné de toutes les réformes politiques et financières qu’il suppose. Il déclare ce régime le plus libéral qui soit (dans le bon sens du terme) car il tend à substituer l’arbitral au bon plaisir et à la force sans frein. Cependant, le Pouvoir ne doit pas être indifférent mais permettre son établissement. Ainsi, un régime corporatif ne se décrète pas (ce qu’on aurait un peu trop tendance à croire en France), mais se prépare par des appels, se reconnaît en droit dès qu’il commence à reparaître, se fortifie par des privilèges (lois privées) et se dirige vers son développement politique par des règles, selon un plan conforme à la nature des choses.

Ainsi pour La-Tour-du-Pin, sans réorganisation corporative de l’industrie, on reste dans l’utopie et on décourage les deux parties, ouvrier et entrepreneur, « en prétendant de l’une plus qu’elle ne peut et en offrant à l’autre moins qu’elle n’a besoin ». Le besoin se résume en un mot : la sécurité qui donne la stabilité. On ne construit pas sur du sable, il faut donc instaurer de bonnes mœurs, une bonne hiérarchie qui restaure les liens naturels, et permette l’établissement d’un patrimoine corporatif, l’ascension dans la profession et un syndicat industriel.

Enfin, une telle réforme ne saurait exister sans être protégée dans ses rapports avec le commerce par des traités internationaux conclus non dans l’intérêt du fisc ou de celui du consommateur, mais « en vue de la protection morale et matérielle que le travailleur doit rencontrer dans l’Etat ». Quelle peut être notre réponse dans une France, à l’État hypertrophié, qui tourne le dos à sa souveraineté dans un magma européen ouvert à tous les vents de la mondialisation ?

René de La Tour du Pin nous ménage donc plusieurs pistes de réflexions, sur le rôle social de l’entreprise, sur la nature du contrat de travail, sur les retraites, sur la mise en place de corporations, sur les privilèges (au sens réel du terme de lois privées), sur les relations internationales et la nécessité d’avoir un état souverain, ainsi que sur la nature de l’Etat lui-même.

Fernand Dartois, le mercredi 16 mars,
en ce jour de la Saint-Cyriaque, a.d. 2005.

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