mardi 07 février 2012

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Heureux qui comme Ulysse…

Le monde qui crie et le monde qui prie.
Nos amis sont nombreux dans la prairie et non loin de la grotte de Massabielle, à Lourdes. Notre grande « Manante » Anne-Dominique, médecin de son état, prend ses marques. Elle fait partie de la cinquantaine de médecins hospitaliers bénévoles. Trente ans que cela dure…
Dans le train, elle a retrouvé les amis Guy et Etienne. Tous deux font partie de la mémoire de Lourdes.
De Paris, devoir d’état oblige, Portemont recevra d’eux les impressions et les « images ». Chassé-croisé entre le monde qui crie à Athènes et le monde qui prie à Lourdes. La présence du Très Saint Père efface les frontières : Le 15 août qui s’annonce est universel, plus que jamais.

Athènes, le samedi 14 août 2004 en fin de journée.
Une chaîne de télévision nous présente le sourire plein et entier d’une jeune nageuse française. Un espoir plein d’assurance. Rayonnante de tous ses 17 printemps et quelques mois, elle demande de pouvoir en voyer un message. Accordé ! C’est un petit cupidon timide qui fera le messager : « Je veux dire à mon copain que je l’aime… » Ce sourire éclatant, c’est Laure Manaudou.
Je recherche les comptes-rendus ou les « directs » présentant les disciplines de ma jeunesse. La déception est au rendez-vous. En finale du sabre, un Italien et un Hongrois. Tous deux sont héritiers de belles écoles d’escrime. Ce sont de beaux sabreurs. L’Italien gagne l’or après une conduite digne d’un joueur de football. Ces gesticulations sont regrettables. Le Hongrois paraît hébété. J’ai une pensée pour les « Houzards de Bercheny ».
La puissance des rameurs est admirable. La France ne brille pas particulièrement dans les disciplines de l’aviron mais c’est un pur plaisir de voir ces hommes concentrés et liés entre eux par des chaînes invisibles. Nous pouvons penser aux corps tendus de la « Chiourme » à bord d’une galère de la Religion, sillonnant la Méditerranée.
Je découvre des disciplines olympiques surprenantes : le volley-ball de plage. L’équipe féminine Brésilienne joue contre les Norvégiennes ! Les Brésiliennes sont malmenées, mais finiront par gagner. Nous échappons pour l’heure aux «strings » aux couleurs nationales…
Le judo est devenu violent dans la recherche de la prise de garde. Combien de fois aurions-nous été invités fermement à quitter le « tatami » pour de telles conduites ? Les Japonais présents soutiennent un petit bout de femme de 1,46m de haut, véritable « génie » monté sur ressorts. Notre représentante est malmenée jusqu’au bout…Les publics Japonais visages peints et les fronts ceints du même bandeau que les aviateurs suicidaires de la deuxième guerre mondiale, est en délire. Hommes et femmes sont pareils à des « Kamikaze », mais la mort n’est pas au rendez-vous…
Lourdes, le samedi 14 août 2004, en fin de journée.
Anne-Dominique est en poste, avec les volontaires de l’Ordre de Malte. Par téléphone portable interposé, elle me fait participer au Chapelet : "Au passage du Très Saint Père, se rendant à la Grotte, la foule était silencieuse. C’est l’éternel miracle de ce silence riche de sens, alors que des centaines de milliers de personnes sont présentes, venant pour certaines de fort loin. Etienne est sur un nuage, Guy est bien malade, tenaillé par une gastro sévère, piqûres, piqûres…Le Très Saint Père est une icône vivante : ce n’est pas nous qui le regardons, c’est Lui qui nous regarde. J’ai croisé le Prince, Jean de France, brancardier, et l’ai surpris enjambant une barrière… Tout en bras et jambes, le duc de Vendôme s’affaire. Nous avons bien souri !"

Lourdes, le samedi 14 août 2004, en soirée.
« Je suis allée faire ma toilette chez les garçons (Guy et Etienne) afin de gagner du temps. Etienne sera sur le pont à 2 heures du matin, puis en poste à Notre-Dame où dort le Très Saint Père. Tous attendent demain…Il fait beau, mais la rosée tombe »

Athènes, le samedi 14 août, tombée de la nuit.
Athènes s’endort sous une puissante garde militaire. Je lis des nouvelles.
Pékin, samedi 7 août 2004 : « Etat de siège. La finale de la Coupe d’Asie de football se déroule dans la capitale chinoise. Il a fallu près de 16 000 policiers pour quadriller les abords du stade des ouvriers… Le japon a gagné, et près de 70 000 chinois ont laissé s’exprimer leur colère. Des drapeaux japonais sont brûlés, des appels sont lancés : Il faut venger l’honneur de la Chine… » Le Japon s’interroge sur la capacité de la Chine d’accueillir, dans la sérénité qui s’impose, les jeux de 2008…
Maurras assistait déjà au déferlement des passions nationales. Comme le dit si bien Axel Tisserand : « …Mais un double échec est bien pressenti : d’un côté, échec de ceux qui, poussés par la générosité- ou l’intérêt- ont voulu faire triompher une idée illusoire des relations humaines faisant fi des réalités nationales ; de l’autre, celui de ceux qui, comme Maurras, ne demandaient pas mieux- sans trop y croire- que ces Jeux servissent de prélude à de nouveaux rapports entre les nations. »
Relire Maurras : « Maintenant des peuples se vont fréquenter directement, s’injurier de bouche à bouche et s’en…ler cœur à cœur ». Les peuples, sans médiateur, vont se colleter…
« On s’afflige si l’Hellène en sautant à la perche manque la barre ou exécute de travers le rétablissement aux anneaux. Si l’Anglais, l’Américain ou le Français ont plus d’adresse et de bonheur, c’est un froncement de sourcil. La justice n’en souffre pas. Chacun admire ce qu’il convient d’admirer, mais il le fait d’un cœur plus ou moins généreux suivant les honneurs engagés. Aussi, loin d’étouffer les passions nationales, tout ce faux cosmopolitisme du Stade les exaspère.
Mais nos vieux peuples, comme on dit, n’en gardent pas le monopole. Les plus violents, les plus bruyants nationalistes du Stade, savez-vous leur patrie ? Ce ne sont pas les Grecs peut-être. Ce sont les gens de l’Amérique... Cette Amérique ignore ce que le monde hellénisé a conçu de plus rare, et de plus secret, la mesure. Je lis de beaux sourires sur les lèvres des athéniennes. Les journaux grecs parlent avec une indulgence amusée des manifestations exubérantes des gais et excentriques Yankees »
. (Quatrième lettre des Jeux olympiques).

Lourdes, dimanche 15 août 2004, matinée.
" Notre réveil se fait sous la rosée silencieuse. Vite. Tout le monde est prêt. Sous la tente, la nuit fut chuchoteuse…Etre en poste et ne pas être à la Messe ? Où que nous soyons, nous sommes toutes et tous présents…"
Dans ce bel aujourd’hui tout se concentre. Se souvenir que Marie fût nommée « Theotokos », Mère de Dieu, dès le concile d’Ephèse en 431…Se souvenir du 10 février 1638 et du vœu de Louis XIII, de toute cette ferveur populaire qui s’est tissée depuis des siècles, des Chrétiens de Jérusalem qui au Vème siècle fêtaient devant le tombeau de Marie à Gethsémani, la montée de Marie au ciel avec son corps et son âme. Se souvenir des belles icônes de la Dormition qui présentent Marie endormie avant d’être enlevée au ciel par les anges…La Fête de la Dormition a été imposée à la date du 15 août par l’empereur de Constantinople Maurice.
C’est tout cela qu’il faut rappeler et expliquer à une équipe de jeunes volontaires de la Croix-Rouge auprès desquels je suis en poste après avoir quitté « Malte ».
Nous fêtons le 8 décembre 1854 et l’an 1858, et Bernadette est parmi nous, tout près… La Dame Blanche lui sourit.
Vous dire que tout le monde est recueilli, souriant, et que nos seigneurs, les malades rayonnent, ils sont portés par les paroles du Très Saint Père : Je partage avec vous un temps de vie marqué par la souffrance physique, mais non pour autant moins fécond dans le dessein admirable de Dieu… .Je voudrais vous serrer dans mes bras, l’un après l’autre, de manière affectueuse... Nous attendons la Messe et l’émotion est grande.

Athènes, dimanche 15 août 2004, matinée.
L’agitation est à son comble, les commentaires des chroniqueurs sportifs s’entremêlent. Médailles ou pas médailles ? Toute la question est là ! Je ne peux m’empêcher de sourire en pensant à une petite médaille sur laquelle est gravée : « Que soy era Immaculada Councepciou »…

Lourdes, dimanche 15 août 2004, fin de matinée.
La Messe. « L’Homélie du Très Saint Père est portée par les applaudissements de tous les fidèles. Faiblit-il ? Les applaudissements Le portent. Toutes et tous ont les yeux rivés sur les écrans géants. La prairie est sous le soleil et baigne dans l’émotion. Nous devons faire face à mille petites « bobologies » : fatigue, chaleur, émotions trop fortes, mais Saint Côme et Saint Damien veillent…
La Vie. Nos seigneurs les malades sont présents plus que jamais. Entendre l’appel lancé par le Très Saint Père : Que la vie, toute vie, soit respectée depuis la conception jusqu’à son terme naturel. La vie est un don sacré dont nul ne peut se faire le maître.
L’appel aux femmes, par des mots tout d’attention…et le : Soyez des femmes et des hommes libres ! Défendez votre liberté !

Athènes, dimanche 15 août 2004, après-midi.
La France voit poindre la retraite d’une très grande championne. Jeannie Longo, un des plus beaux palmarès français, n’est plus de taille pour lutter contre les générations montantes du cyclisme féminin. La dégradation des mœurs sportives n’épargne pas le sexe dit faible. L’Allemande Arndt, deuxième derrière une Canadienne, franchit la ligne sur son vélo en faisant un esthétique doigt d’honneur, lequel est paraît-il destiné à sa fédération pour d’obscures raisons de sélection…

Lourdes, dimanche 15 août 2004, en soirée.
« Après une dernière prière, seul devant la Grotte, le Très Saint Père s’est envolé pour Rome.
Monseigneur Barbarin, Primat des Gaules, a dit une prière pour la France, prière disons le au risque de désoler certains, bien moderniste… Non loin se tenait le Prince Jean…Nous n’avons pas le temps de mesurer le poids et les joies de cette journée. Le départ est proche. Juste le temps de souffler un peu à la gare et de boire un verre avec nos amis. Tout n’est pas fini dans le train. Guy et Etienne sont mes compagnons de voyages. Nous sommes imprégnés par la joie de tous ces jeunes gens présents. Peu de fidèles ont pu approcher véritablement le Très Saint Père. ? Tous en parlent comme s’ils avaient pu être à un mètre de Lui. Signe de sa présence si forte. Parfois, épuisé et souffrant, Il tentait de redresser Son corps cassé du fauteuil. Et un œil brillait. Icône vivante qui nous livrait Son message d’Amour.
Guy se remet et Etienne est en grande forme. Comme à l’habitude nous « tempêtons » contre le clergé de France, les grenouilles de bénitiers, les tièdes, les mous, et je ne vous dirai pas la suite… »

Athènes, le dimanche 15 août 2004, dans la soirée.
Il s’appelle Hugues Duboscq. Il est Français, pas ou peu connu. Il gagne une médaille de bronze dans l ‘épreuve du 100 mètres brasse. On dit de lui qu’il a un côté « rock’n’roll ». Je connais des amis « roycos » qui vont être contents…
Laure Manaudou surnage. Depuis qu’elle est toute petite,elle surnage…C’est long 400 mètres, même en nage libre. Ne boudons pas notre plaisir.
Gravons ses mots dans le marbre, mots qu’elle prononce devant un journaliste, en réponse à la traditionnelle question : « Vers qui sont allées vos premières années »
Réponse : « D’abord vers Philippe Lucas, mon entraîneur. Je le remercie de m’avoir fait autant souffrir depuis trois ans »
Je vous rassure, il y a eu ensuite Papa, Maman et…le copain...
Ce remerciement est une leçon. Imaginez : merci de m’avoir fait souffrir depuis trois ans… !
La victoire est toujours au bout de la souffrance. Toute en sourires, une jeune fille de France nous donne une belle leçon. Ses paroles font écho aux paroles du Très Saint Père. Merveilleux Mystère.
Laura qui pleure et Maureen qui est tout sourire…
Laura Flessel est une très grande épéiste française. Elle a perdu contre Nagy, la Hongroise, qui n’est pas un second couteau. C’est bien ainsi. A Sydney, Laura qui avait obtenu une médaille de bronze avait déclaré que le bronze ne lui allait pas au teint. Elle voulait l’or et n’obtient que l’argent… Maureen, qui a tout le sourire de la Martinique, est une belle promesse pour l’épée française au féminin. Elle a au moins un aussi joli teint que Laura. Et Maureen est radieuse avec sa médaille de bronze…Bravo Maureen.
A suivre…

Anne-Dominique du Sable et Portemont,
le dimanche 15 août, en ce jour de la fête de l’Assomption, a.d. 2004

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