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Des Sociétés coopératives ouvrières de production…

Ah ! J’en vois certains se boucher le nez au seul mot de « coopératives ouvrières » et se tordre dans de vilaines grimaces…
En région Rhône-Alpes, les « Sociétés coopératives ouvrières de production » se portent bien et créent des emplois !

Jean Bodin et Bruno Lebuhotel

Bruno Lebuhotel est confiant. Il dirige « Quadriplus », regroupement de onze sociétés d’ingénierie du BTP (230) personnes et préside l’union Rhône-Alpes des Sociétés coopératives ouvrières de production : Scop.

Il nous confie que chaque année, dans cette région, une trentaine de Scop sont crées et qu’on en compte 245, employant près de 4000 personnes.

Au chapitre des bonnes nouvelles il nous apprend que le taux de pérennité à trois ans des Scop est de 80%, alors qu’il est de 50% pour les entreprises classiques !

L’union régionale des Scop met à disposition des créateurs des équipes de consultants, intervenant dans l’examen des dossiers, les plans d’affaires ou la formation aux outils de gestion.

Si nécessaire, l’union mobilise ses outils financiers…

Qu’est ce qui motive un créateur d’entreprise dans son choix pour un tel statut ?
« Le créateur choisit la Scop parce qu’il a envie d’entreprendre différemment. Il s’inscrit dans le mouvement coopératif qui privilégie des valeurs humanistes par rapport à une volonté d’accumulation patrimoniale ou à une envie de pouvoir. Notre modèle vise à rémunérer de façon équitable le travail, l’outil de travail et le capital. »

Relisez bien…

Nous sommes à des années lumières des parachutes dorés et des stock-options…

Comme disait Jean Bodin : « Il n’est de richesse que d’homme »

Une bouffée d’air frais en lisant l’entretien de Bruno Lebuhotel dans La Tribune du jeudi 14 juin 2007.

Portemont, le 20 juin 2007

ENTREPRISES RHONE-ALPES
Septembre 2005 - N° 1478

DEBATS
Coopérative, une autre idée de l’entreprise

L’Union régionale des sociétés coopératives de production de Rhône-Alpes* va créer une société de capital-développement destinée à soutenir la reprise d’entreprise par les salariés. Bruno Lebuhotel, son président, veut ainsi relancer une forme d’entreprise différente, un mode de gestion alternatif.

ERA : Qu’est-ce qui peut motiver un créateur d’entreprise à choisir la forme coopérative ?
Bruno Lebuhotel :
D’abord un choix personnel : celui du partage et de la solidarité. J’ai créé ma société en 1982, avec trois amis ingénieurs. Nous avions très peu d’argent mais l’envie de créer une entreprise différente. Une sorte d’idéal. Cette notion de solidarité s’exprime à l’intérieur de l’entreprise mais aussi à l’échelle du mouvement coopératif. Les jeunes qui se lancent y sont accueillis autrement, à travers nos différentes structures : le fonds d’entraide Socoden, qui propose des prêts sans caution, la société d’intervention en haut de bilan Spot, la société Sofiscop, qui garantit les prêts accordés par le Crédit Coopératif. Car les dirigeants de scop n’apportent pas de caution personnelle.

ERA : Le mouvement est donc très structuré…
B. L. :
Il accompagne, concrètement, les entreprises coopératives dans leur vie économique. À l’Union régionale, chaque délégué suit une trentaine de coopératives : il rend visite à chacune d’entre elles au moins deux fois par an. C’est une relation très humaine : le délégué est parfois perçu par le dirigeant de la scop comme un “coach”, un confident. À cette occasion, comme tout au long de l’année, les entretiens se déroulent “à livre ouvert”, en toute transparence.

ERA : Malgré cela, le poids des sociétés coopératives reste marginal dans l’économie.
B. L. : :
Le mouvement se renforce. En 2004, elles ont créé 330 emplois en Rhône-Alpes, venant s’ajouter aux 3

600 salariés recensés. Vingt nouvelles scop ont été créées ex nihilo et cinq à la suite de reprises d’entreprise. Il faut insister sur le fait que le taux de pérennité des scop est très élevé : 75 % d’entre elles survivent à cinq ans, contre une moyenne de 47 %, toutes formes d’entreprises confondues. Un bon score que j’attribue, en particulier, à “l’effet réseau” que j’évoquais précédemment.
ERA : Les salariés sont partie prenante dans la définition de la stratégie de la scop. Comment vit-on cela, quand on est dirigeant ?
B. L. : :
Vous savez, dans beaucoup de grandes sociétés anonymes, le dirigeant n’est à sa place que par le bon vouloir des actionnaires. D’autre part, il peut très bien diriger une SA tout en restant lui-même actionnaire très minoritaire. C’est la même chose dans une scop. Dans la scop que je dirige, nous organisons une réunion d’associés par trimestre. Mais en tant que Pdg, toutes les décisions de gestion, qui doivent être prises rapidement, m’appartiennent. La contrepartie, c’est l’exigence d’une totale transparence sur les décisions.
ERA : Les salaires des dirigeants de grandes sociétés font beaucoup parler d’eux. Quels sont les écarts de salaires enregistrés dans les scop ?
B. L. :
Sans disposer de statistiques précises à ce sujet, je dirais que dans la grande majorité des cas, les salaires vont de 1 à 4, voire de 1 à 6 dans les grandes scop. Et je ferai remarquer que les fonds éthiques, qui investissent dans des entreprises sur des critères sociaux et environnementaux, imposent un écart maximum de 1 à 8 pour les entreprises de plus de vingt salariés. D’une façon générale, les salaires sont un peu plus élevés dans les scop que dans les autres entreprises. Et ils ne sont pas les seuls éléments de la rémunération : les salariés profitent également d’un accord de participation et, en tant qu’actionnaires, touchent des dividendes.
ERA : L’Union régionale est à l’origine d’un projet de création d’un fonds de capital-développement qui devrait bientôt voir le jour. De quoi s’agit-il ?
B. L. :
Cet outil sera destiné à aider, par un apport en capital, les projets de reprise d’entreprise par les salariés. L’objectif est de créer 2 000 emplois en sept ans à travers la transmission et la reprise d’entreprise. Le dispositif sera géré par l’Union régionale Scop.
ERA : Quand doit-il démarrer ?
B. L. :
La société d’investissement devrait être créée cet automne. Elle sera dotée de 6 millions d’euros de capital. La Région Rhône-Alpes s’est déjà engagée à apporter 1 million. Le tour de table sera également constitué de banques, de mutuelles et d’autres structures du mouvement coopératif.
Propos recueillis par Didier Durand

* Les scop en Rhône-Alpes : 220 sociétés, soit 3 600 emplois.

Qu’est-ce qu’une entreprise coopérative ?

Les salariés détiennent au moins la majorité du capital (apport volontaire). Aujourd’hui, 73 % des salariés des entreprises coopératives de plus de deux ans d’existence sont aussi actionnaires.

Les associés salariés votent en Assemblée générale selon le principe ”une personne = une voix”, indépendamment de la part de capital qu’ils détiennent.

Les bénéfices des entreprises coopératives sont répartis en trois parts :
- environ 41 % sont consacrés à la participation des salariés ;
- 40 % sont affectés au financement de l’entreprise sous la forme de réserves impartageables ;
- 19 % en moyenne sont consacrés aux dividendes rémunérant les associés ; un salarié associé peut donc toucher à la fois dividendes et participation.

 

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