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Il y a témoignage et témoignage…

Le témoignage de notre ami Bernard Ricome devrait faire réfléchir plus d’un… Depuis toujours, Bernard Ricome se bat pour la paix vraie et clame l’amour pour son pays.

Bernard et Saâdia Ricome et Monseigneur le prince Jean duc de Vendôme, à Perpignan, le 23 juillet 2005

Il est sur tous les fronts et sans bruit, il est un bel exemple pour les jeunes générations, sa modestie dusse-t-elle en prendre coup… Merci Bernard et plus encore, merci Saâdia !

Nous reprenons l’intégralité de son témoignage paru dans « Lourdes Magazine » d’octobre 2006.

Où qu’il soit, Bernard Ricome, ne cache jamais ses convictions. Royaliste il est et c’est en royaliste depuis toujours qu’il a pris la vie à bras le corps, avec ses peines et ses joies. Il est de la même terre que notre « maître » Abel Pomarède, en portant les mêmes accents débordants d’amour pour sa petite patrie : Le Languedoc. Et c’est bien souvent qu’ils ont été côte à côte…

Catholique il est et c’est en catholique qu’il témoigne…

Portemont, le 25 novembre 2006

« Quand Lourdes rapproche Chrétiens et Musulmans »

« Pour moi, Lourdes est très important. L’Algérie aussi. Nous sommes nombreux, dans ma famille, à avoir été brancardiers ou hospitalières. Mon père était brancardier au sein du pèlerinage National (France). Lorsque, pendant la guerre de 1939-1945, il s’est évadé d’un camp, il est passé par Lourdes avant de rentrer à la maison. L’hôtelière qui l’hébergeait a éprouvé une grande joie en le reconnaissant. Peu de temps après, je naissais. A l’âge de 3 ans, j’étais atteint du mal de Pott : colonne vertébrale très abîmée, chétif, je ne marchais plus. En 1947 ou 1948, mes parents m’accompagnent à Lourdes à l’occasion du pèlerinage National. J’en ai quelques souvenirs : beaucoup de pluie, un gros évêque italien (il devait devenir le pape Jean XXIII), le train à l’aller et le quai de la gare au retour… où j’ai fait quelques pas.

Je ne m’en souviens pas, mais ma mère m’a raconté qu’un jour devant la Grotte, j’ai voulu me lever de mon brancard. Un brancardier était là. Ma mère dit : « Mon pauvre petit, avec les jambes que tu as, tu ne risques pas de marcher ». Le brancardier lui a dit : « Puisqu’il vous le demande, laissez-le faire ». Sur mes jambes, j’ai fait le tour du brancard, puis, à l’étonnement de tous, j’ai traversé le parvis.

Depuis le début des années 1960, je vais régulièrement à Lourdes, en tant que brancardier de l’Hospitalité Saint-Roch de Montpellier (France). Je me suis marié à l’âge de 50 ans. Mon épouse est algérienne, musulmane pratiquante.

Nous nous sommes mariés à l’église de mon village. Chacun face à notre propre Foi. Nous avons choisi des lectures et des chants compatibles avec les deux religions. Le prêtre, qui a béni notre union, a bien insisté sur le fait qu’il ne pouvait y avoir de « récupération ». Deux ans plus tard, Saädia m’a accompagné comme hospitalière. Elle a été impressionnée par Lourdes et le service auprès des personnes malades. Même si elle m’a dit : « C’est votre Foi, mais ce n’est pas celle que je partage ». Elle a fait connaissance avec une malade musulmane, qu’elle a accompagné jusqu’à sa mort. Elle a pu dire à d’autres musulmans sa considération pour « ce que les chrétiens font à Lourdes ».

Mon épouse retourne régulièrement en Algérie, à Annaba (Bône d’autrefois). En 1999, elle y a été victime d’un accident (fracture de la hanche et d’un bras). Elle a été hospitalisée puis, immobilisée, elle a été ramenée chez elle, puisqu’elle a gardé son appartement là-bas. Ses voisines l’ont soignée avec beaucoup de dévouement. Lorsqu’elle a pu être rapatriée, elle a voulu leur donner de l’argent en remerciement. Elles ont refusé et lui ont dit : « Si tu veux faire quelque chose, quand tu reviendras, tu fais un grand couscous, et tu le portes aux Petites Sœurs des Pauvres qui sont à Saint Augustin ». Pourtant, ces voisines sont loin d’être riches…

La basilique Saint-Augustin existe toujours à Annaba. Le culte y est célébré. Les Petites Sœurs des Pauvres se dévouent au service des personnes âgées et démunies. Le geste d’aumône des musulmans est souvent fait en leur faveur. Lorsque Saâdia est retournée en Algérie, elle est allée chez les « Petites Sœurs ». C’est là qu’elle a pu prendre les photos d’une modeste reproduction de la Grotte de Lourdes.

Saâdia est fidèle à la prière, au Ramadan, aux préceptes qui régissent par exemple l’alimentation. Chaque année, nous achetons le mouton pour l’Aït, et je porte une grande attention aux achats de nourriture, m’assurant qu’il n’y ait ni alcool, ni porc. Elle, de son côté, m’accompagne de temps en temps à la messe, pour les fêtes notamment. J’ai ressenti une grande émotion lorsque je l’ai entendu chanter « N’aie pas peur, laisse-toi regarder par le Christ » ou lorsque, pour la première fois, elle m’a dit « la paix du Christ », même si ce ne sont que des chants et des formules.

Souvent, à l’occasion des fêtes chrétiennes, je reçois des appels téléphoniques de musulmans d’Algérie ou de France, pour me souhaiter une bonne fête. Je regrette que personne autour de nous ne pense à souhaiter à mon épouse un bon Aït ou un bon ramadan.

Il y a quelques années, Jean-Paul II avait demandé que, le dernier jour du Ramadan tombant un vendredi, les chrétiens joignent leur jeûne à celui des musulmans. Notre curé, après avoir jeûné, est venu, à l’heure de la rupture du jeûne, partager notre repas. Il a proposé à Saâdia de témoigner, à l’église, lors de la prière interreligieuse pour la paix. Saâdia a accepté et, lorsque la date est arrivée, nous avions chez nous une Algérienne pratiquante et portant le voile. Nous lui avons demandé si elle voulait nous accompagner. Elle a hésité, puis est venue. Elle a été tellement saisie qu’elle a voulu, elle aussi témoigner, et s’est avancée pour prendre la parole.

De retour en Algérie, son père a pleuré d’émotion lorsqu’elle lui en a fait part.

Ce monsieur, un enseignant à la retraite, m’a envoyé un message à l’époque des vœux. Me sachant chrétien, il me disait : « Priez pour tous les musulmans du monde ! »

Bernard Ricome

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