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« Quand Lourdes rapproche
Chrétiens et Musulmans »
« Pour moi, Lourdes est très
important. L’Algérie aussi. Nous sommes nombreux, dans
ma famille, à avoir été brancardiers ou hospitalières.
Mon père était brancardier au sein du pèlerinage
National (France). Lorsque, pendant la guerre de 1939-1945, il s’est
évadé d’un camp, il est passé par Lourdes
avant de rentrer à la maison. L’hôtelière
qui l’hébergeait a éprouvé une grande
joie en le reconnaissant. Peu de temps après, je naissais.
A l’âge de 3 ans, j’étais atteint du mal
de Pott : colonne vertébrale très abîmée,
chétif, je ne marchais plus. En 1947 ou 1948, mes parents
m’accompagnent à Lourdes à l’occasion
du pèlerinage National. J’en ai quelques souvenirs
: beaucoup de pluie, un gros évêque italien (il devait
devenir le pape Jean XXIII), le train à l’aller et
le quai de la gare au retour… où j’ai fait quelques
pas.
Je ne m’en souviens pas, mais ma mère
m’a raconté qu’un jour devant la Grotte, j’ai
voulu me lever de mon brancard. Un brancardier était là.
Ma mère dit : « Mon pauvre petit, avec les
jambes que tu as, tu ne risques pas de marcher ».
Le brancardier lui a dit : « Puisqu’il vous
le demande, laissez-le faire ». Sur mes jambes,
j’ai fait le tour du brancard, puis, à l’étonnement
de tous, j’ai traversé le parvis.
Depuis le début des années
1960, je vais régulièrement à Lourdes, en tant
que brancardier de l’Hospitalité Saint-Roch de Montpellier
(France). Je me suis marié à l’âge de
50 ans. Mon épouse est algérienne, musulmane pratiquante.
Nous nous sommes mariés à l’église
de mon village. Chacun face à notre propre Foi. Nous avons
choisi des lectures et des chants compatibles avec les deux religions.
Le prêtre, qui a béni notre union, a bien insisté
sur le fait qu’il ne pouvait y avoir de « récupération ».
Deux ans plus tard, Saädia m’a accompagné comme
hospitalière. Elle a été impressionnée
par Lourdes et le service auprès des personnes malades. Même
si elle m’a dit : « C’est votre Foi,
mais ce n’est pas celle que je partage ».
Elle a fait connaissance avec une malade musulmane, qu’elle
a accompagné jusqu’à sa mort. Elle a pu dire
à d’autres musulmans sa considération pour «
ce que les chrétiens font à Lourdes ».
Mon épouse retourne régulièrement
en Algérie, à Annaba (Bône d’autrefois).
En 1999, elle y a été victime d’un accident
(fracture de la hanche et d’un bras). Elle a été
hospitalisée puis, immobilisée, elle a été
ramenée chez elle, puisqu’elle a gardé son appartement
là-bas. Ses voisines l’ont soignée avec beaucoup
de dévouement. Lorsqu’elle a pu être rapatriée,
elle a voulu leur donner de l’argent en remerciement. Elles
ont refusé et lui ont dit : « Si tu veux
faire quelque chose, quand tu reviendras, tu fais un grand couscous,
et tu le portes aux Petites Sœurs des Pauvres qui sont à
Saint Augustin ». Pourtant, ces voisines sont loin
d’être riches…
La basilique Saint-Augustin existe toujours
à Annaba. Le culte y est célébré. Les
Petites Sœurs des Pauvres se dévouent au service des
personnes âgées et démunies. Le geste d’aumône
des musulmans est souvent fait en leur faveur. Lorsque Saâdia
est retournée en Algérie, elle est allée chez
les « Petites Sœurs ». C’est là
qu’elle a pu prendre les photos d’une modeste reproduction
de la Grotte de Lourdes.
Saâdia est fidèle à
la prière, au Ramadan, aux préceptes qui régissent
par exemple l’alimentation. Chaque année, nous achetons
le mouton pour l’Aït, et je porte une grande attention
aux achats de nourriture, m’assurant qu’il n’y
ait ni alcool, ni porc. Elle, de son côté, m’accompagne
de temps en temps à la messe, pour les fêtes notamment.
J’ai ressenti une grande émotion lorsque je l’ai
entendu chanter « N’aie pas peur, laisse-toi regarder
par le Christ » ou lorsque, pour la première fois,
elle m’a dit « la paix du Christ »,
même si ce ne sont que des chants et des formules.
Souvent, à l’occasion des fêtes
chrétiennes, je reçois des appels téléphoniques
de musulmans d’Algérie ou de France, pour me souhaiter
une bonne fête. Je regrette que personne autour de nous ne
pense à souhaiter à mon épouse un bon Aït
ou un bon ramadan.
Il y a quelques années, Jean-Paul
II avait demandé que, le dernier jour du Ramadan tombant
un vendredi, les chrétiens joignent leur jeûne à
celui des musulmans. Notre curé, après avoir jeûné,
est venu, à l’heure de la rupture du jeûne, partager
notre repas. Il a proposé à Saâdia de témoigner,
à l’église, lors de la prière interreligieuse
pour la paix. Saâdia a accepté et, lorsque la date
est arrivée, nous avions chez nous une Algérienne
pratiquante et portant le voile. Nous lui avons demandé si
elle voulait nous accompagner. Elle a hésité, puis
est venue. Elle a été tellement saisie qu’elle
a voulu, elle aussi témoigner, et s’est avancée
pour prendre la parole.
De retour en Algérie, son père
a pleuré d’émotion lorsqu’elle lui en
a fait part.
Ce monsieur, un enseignant à la retraite,
m’a envoyé un message à l’époque
des vœux. Me sachant chrétien, il me disait : «
Priez pour tous les musulmans du monde ! »
Bernard Ricome

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