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Les chiffres semblent bien lui donner raison…

Relire les analyses d’Emmanuel Todd. Le mois d’août 2006 n’était peut-être pas propice à la réflexion… Revenons sur l’entretien qu’il donnait à l’hebdomadaire Le Point, numéro 1771
« Les deux grands partis n’intéressent plus personne »…

Emmanuel Todd

Le théoricien de la « fracture sociale » ne lâche pas le morceau… Il n’est pas obsédé par les sondages…
En dix ans, notre monde a changé. Les classes supérieures ne contrôlent plus les classes moyennes…
Extraits

Emmanuel Todd : « …le référendum sur la Constitution prouve qu'après les classes populaires, elles sont entrées à leur tour en dissidence politique. C'est un fait crucial. L'idée dérivée du marxisme selon laquelle l'Histoire est faite par le prolétariat est fausse. La Révolution française, la révolution russe et même le nazisme se sont joués dans les classes moyennes. Est-ce à dire que la période est prérévolutionnaire ? Je n'ai pas en tête l'image de la Révolution. Je songe plutôt à ce moment de l'histoire de Rome où le peuple, la plèbe, a fait sécession et s'est retiré dans un quartier de la ville pour contester le pouvoir des patriciens. Les classes moyennes, ça pèse très lourd. Déjà, Aristote estimait qu'un système politique doit s'appuyer sur des classes moyennes prospères et stables.

Le Point : « Pourquoi n'éprouvent-elles plus le même respect pour l'élite ? »

Emmanuel Todd : « Le discours de l'adaptation à la globalisation économique et financière n'est plus perçu comme moderne et raisonnable. Les partis politiques qui ont été désavoués au dernier référendum sont qualifiés de raisonnables dans les journaux, mais la population les trouve déraisonnables. Ces partis ont en commun l'incapacité de réguler la mondialisation. Les classes moyennes veulent une Europe capable de protéger, et qui ne soit pas le cheval de Troie de la globalisation. »

Le Point : « Avons-nous le choix de nous opposer au marché ? »

Emmanuel Todd : « Au marché sans régulation, évidemment. Mais les gens d'en haut acceptent le libre-échange, car les inégalités ne sont pas graves quand on est du bon côté. Ces puissants sont confrontés à une population qui refuse leurs projets ou leur absence de projets. Si bien que les classes dirigeantes tentent d'empêcher que le désir de la population s'exprime à travers le vote. Elles tentent de neutraliser le suffrage universel. »

Le Point : « Comment ? »

Emmanuel Todd : « Les gens ont le sentiment que ce qui les intéresse, ce qu'ils souhaitent, est interdit de débat public. Le corps électoral est obligé de ruser avec une classe dirigeante qui n'en fait qu'à sa tête. Comme les électeurs voient que les politiques refusent d'agir, à chaque élection ils éconduisent le vainqueur précédent. »

Le Point : « L'alternance n'est-elle pas une vertu démocratique ? »

Emmanuel Todd : « Au dernier référendum, j'ai voté « oui », mais le « non » a gagné, et les gens du « non » doivent être entendus. A la prochaine présidentielle, l'un des deux grands partis va-t-il représenter les gens du « non » ? Je n'en suis pas certain. Alors existe la menace d'un triomphe du Front national. Au stade actuel, je pronostique un second tour entre le Parti socialiste et le Front national. »

Le Point : « Ce sont les élites ou les autres classes sociales qui se sont refermées ? »

Emmanuel Todd : « Si vous avez 1 % des gens qui font des études supérieures, et qu'ils sont disséminés sur le territoire, ils ne peuvent pas vivre en vase clos. S'ils constituent 20 % de la population, cela devient possible. Le système politico-médiatique et sondagier est un morceau de système social qui ne tient plus guère compte de la société. »

Le Point : « Les études servent pourtant à effectuer des mesures à grande échelle. »

Emmanuel Todd : « Les sondages d'opinion nous entretiennent dans une vision irréelle. Certains sont utiles, mais ils ne sont jamais validés lors des élections. Ils reflètent l'opinion journalistique commune. L'atteinte de l'opinion des milieux populaires est difficile en dehors des périodes électorales. Le combat titanesque à venir entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy n'existe que dans la tête des journalistes. »

Le Point : « Comment sonder le tréfonds du pays ?. »

Emmanuel Todd : « Pour mieux percevoir le corps électoral, je recommanderais aux commentateurs de comprendre qu'en matière politique les électeurs français sont moins intéressés mais beaucoup plus compétents qu'on ne le croit. »

Il est bon, à l’approche du Grand Cirque, de relire les propos d’Emmanuel Todd…


Portemont, le 24 novembre 2006

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