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Vous avez dit « indigènes » ?

Tout va très vite, trop vite… Trois petits tours et puis passons à autre chose. Frissonnons à l’approche des élections. Gavons-nous des promesses électorales…Il y a peu, la France, presque entière, a sorti son mouchoir alors que Dame Bernadette glissait dans le sonotone : « Jacques ! il faut faire quelque chose… »

"LA VICTOIRE OU LA MORT"
Devise et insigne du 7e RTA

L’enfer est bien souvent, et depuis fort longtemps, pavé de bonnes intentions. Par une prestation de grande qualité, des acteurs ont interpellé une France amnésique. Ils n’ont pas la figure de Bretons ou de Corréziens bien de « chez nous ». Mes amis Bretons me diront qu’ en « 14 », leurs grands-pères faisaient aussi figure d’indigènes…

Oui, des acteurs de grande qualité ont mis cœurs et tripes au service d’un beau devoir de mémoire : Des hommes dont les ancêtres n’étaient pas gaulois ont versé, ont donné leur sang, pour la France, pour un drapeau Français qui ne les méritait pas !

Goumiers traversant un village d’Alsace.

Ce n’est pas un film historique, c’est le film d’une belle histoire. Les erreurs, les zones d’ombres, les omissions, les caricatures vont bon train. Il n’en reste pas moins que ces hommes qui priaient un dieu qui n’était pas celui que priait Saint Augustin, né sur leur terre, ont existé… Injure a été faîte, à eux et à leur descendance. Trois de nos grands amis s’expriment, avec leur cœur et leur raison…

Et en écho, nous pouvons entendre les « paroles » de Ferhat Abas qui écrivait en 1920 :
« … les hommes de ma génération avaient vingt ans ; personnellement, je me mis à penser que l’Algérie ressemblait à la France d’Ancien régime à la veille de 1789, nos paysans étaient semblables aux paysans de la Bruyère (…) Il n’y a rien dans le Livre saint qui puisse empêcher un Algérien musulman d’être nationalement un Français (…) au cœur loyal conscient de sa solidarité nationale. »

Il faudrait des pages et des pages pour faire valoir combien l’intégration républicaine a été un échec et que cet échec ne date pas d’hier… mais c’est un autre sujet.

Je laisse la plume à mes trois compères et amis…

Portemont, le 11 novembre 2006

« Indigènes »
Par Guy Rolland
L'abbaye du Mont Cassino en 1944

« Je suis allé voir hier soir le film « Indigènes ». Sur la pointe des pieds. Je ne me souviens pas d'être allé au cinéma avec autant d'appréhension. A la fin du film quelques personnes ont applaudi. Mais je ne sais pas pour quelle(s) raison(s) au juste. La salle était archi comble. Elle s'est vidée dans une sorte de silence religieux. Une importante partie du public restait assise, comme pour ne rien perdre, même pas la musique qui accompagne le long générique de fin.

Deux cousins germains de ma mère ont été blessés dans cette 1ère Armée. A Autun et en Alsace. Son frère est tombé le 15/8/44 à Ecouché dans le Calvados, 2ème Classe dans la 2ème DB, grièvement blessé. Sept éclats d'obus dans le ventre. Son cousin préféré, Roger, a été tué devant Colmar. Presque tous avaient 20 ans.

Mon père était dans le Groupe de « Marauders », B26 « Maroc » organisé aux USA sous l'impulsion directe de Vichy. A 27 ans il portait la Légion d'Honneur, la Croix de Guerre, la Médaille Militaire et trois ou quatre citations. Il a perdu un nombre innombrable de camarades en combat aérien autant qu'aux entraînements (c'est la différence qu'il y a entre: « Mort au Champ d'Honneur » et « Mort pour la France »). Je n'ai presque jamais vu de feuilletons ou de films relatant le sacrifice et l'héroïsme de ces libérateurs rangés aux profits et pertes. La raison en est simple: Comme la légende gaulliste enseigne que ce sont les maquis qui ont libéré le pays et que toute l'Occupation allemande n'a consisté que pour Vichy à donner la main aux Occupants afin d’envoyer une certaine catégorie d'habitants dans les camps de la mort, si des cinéastes américains et un cinéaste arabe ne rétablissent pas formellement l’autre versant de l’histoire de temps en temps, l'autosatisfaction cocardière des gaullo-français pourrait demeurer inextinguible.

Goumiers en Italie en 1944

De ce film je garde quelques impressions immédiates fortes: L'engouement au départ des Arabes pour aller sauver la France des Nazis. On se demande, pourtant, dans cette histoire où sont les Français d'Algérie. On les devine aux commandes, plus ou moins en sécurité. Le seul Pied Noir avéré - un dénommé Martinez - se trouve le moyen d'avoir une mère musulmane ! On aperçoit le Maréchal Juin, béret et mégot, qui ne dit rien et assiste au carnage à la jumelle depuis la colline opposée. No comment.

Je pense au Colonel Joseph Broizat et à ses camarades- lieutenants, partis à 13 en 1943, de Tunis, et arrivés au nid d'aigle à ... un et demi. Onze lieutenants tués. Le Capitaine de Saint Sauveur amputé des deux jambes et le lieutenant Broizat, indemne. Il reçut le soir d'une bataille la « Silver Star » des mains du Commandant en chef américain. Cette décoration est la plus grande distinction militaire de l'Histoire des USA. 14 Allemands tués en corps à corps. Il est mort discrètement le 14.08.2000 à Terrasson, en Dordogne. Cet ancien héros de l'Indochine et de l'Algérie, pustchiste et Docteur en Théologie, me disait: « Je ne voulais pas garder l'Algérie à la France, mais la France à l'Algérie ». Quel gaulliste peut comprendre cela ?

Si on ajoute à ce tableau que le film ne mentionne pas la présence d'un seul juif d'Algérie dans l'Armée de la reconquête, on a des chances de mieux saisir encore l'objectivité du réalisateur. Les acteurs sont remarquables. Dans leur rôle, je les ai trouvés parfaits. J'ai dit à ma voisine que les Français vont apprendre dans ce film que les guerriers qui vont mourir n'ont pas honte de parler à Dieu et de prier. Et que ce Dieu s'appelle Allah devrait confondre de honte le cinéma français, vautré en général dans la bêtise hurlante, le mépris des valeurs qui font vibrer les hommes de toutes les races et de toutes les religions. Les jeunes Arabes du 7ème RTA aiment leur famille, leur pays et leur Dieu. Ils meurent pour la France dans la fidélité à leur identité. Au moment de mourir et de tuer ils implorent la divinité, ce que font les humains depuis la nuit des temps. Mais le cinéma français, autant que le monde français en général, ignore cela. Si l'immigration pouvait au moins enseigner à ce peuple amnésique, athée et nombriliste qu'il n'est pas honteux de se mettre à genoux devant Dieu, elle serait déjà un bien !

Je retiens aussi un autre point capital de ce film. Celui qui fait tomber des nues - dit-on - les jeunes gens issus de l'immigration qui ignoraient pour l'écrasante majorité d'entre eux que leurs grands pères avaient pu se battre pour la France. Quant aux jeunes non issus de l'immigration, je veux parler des jeunes Français d'origine, leur asservissement au Prêt-à-Penser est à peu près du niveau de leur ignorance. Ils en savent même tellement peu qu’il arrive parfois que leurs enseignants s’en rendent compte. Ils préfèreront toujours « Les Nuls » à « Indigènes ». Elevés ou laissés pour compte par des parents culturellement nomadisés et ayant été enseignés dans une Histoire de France non chronologique, il est difficile de leur expliquer que Clémenceau n'est pas le contemporain de Charles X et que Charles Martel ne s'est pas battu à Waterloo. C’est la Méthode Globale appliquée à l’Histoire.

Ils découvrent donc que ce n'est pas la Résistance – toute seule - (donc De Gaulle) qui aurait libéré la France, mais des troupes innombrables qui seraient venues d'Afrique du Nord. Ils avaient entendu parler de la Normandie. Pas de la Provence. Leclerc effaçait Juin. Eisenhower effaçait Patch et Overlord, Dragoon. Au passage on entend parler dans ce film d'Américains mais on ne les voit pas. Il fallait oser.

Ce qui est aussi dédaigneux que de ne montrer des Français d'Algérie que les immenses cimetières qu'ils ont peuplés !

Une scène nous montre l'arrivée de nos quatre soldats arabes dans un village lorrain ou alsacien. Ils y arrivent largement en éclaireurs. Les Boches ne sont pas loin. Dès qu'ils les aperçoivent les villageois leur sautent au cou en découvrant enfin, des Français ! Or il s’agit bien de soldats arabes, assez reconnaissables et de plus ces soldats portent l'uniforme... américain ! La clairvoyance de ces villageois semble trop excessive pour être crédible.

De nombreuses allusions à De Gaulle comme s'il était l'ordonnateur et l'organisateur de cette reconquête. On sait que l'Homme de Londres n'a pas été informé par Churchill et Eisenhower du Débarquement du 6 Juin et qu'il l'a appris comme le reste du monde, le lendemain, par les journaux. L'intention du réalisateur est constamment et lourdement politique. Il invoque un De Gaulle qui n'est pas le politicien qui liquide ses concurrents internes (Darlan, Giraud, Pucheu etc. ) et dont Hitler ne parle jamais alors que toutes les archives allemandes du GQW et de la Wilhemstrasse n'évoquent Pétain que par ce mot : « Le vieux renard » ! Le réalisateur évoque le De Gaulle de Mai 58 qui vient pour tromper tout le monde, tromperie dont les anciens combattants musulmans des deux guerres et évidemment les Harkis vont être les premiers avec les Français d'Algérie à faire les frais au comptant. C'est l'écueil, conscient ou involontaire, classique des romanciers ou des cinéastes qui mélangent des périodes historiques en attribuant par exemple à Henri IV des vertus « droits de l'hommistes » ou à Napoléon une connaissance approfondie des théories de Walther Darré et d'Heinrich Himmler. Il n'est pas facile, même quand on est honnête, de replacer l'ensemble d'une histoire ancienne dans le contexte psychologique exact de ce temps.

Quand la mode vient pourrir l’Histoire, plus rien n’est possible. Par une sorte de regain d’inconsistance nationale, les pithécanthropes du caniveau électoraliste se croient plus ou moins tous obligés de citer De Gaulle. Peu importe la pertinence du propos. Comme ils n’ont rien à dire, ils meublent le vide. « Comme disait le Général De Gaulle » … :
« Fécamp, port de pêche à vocation maritime et qui entend le rester ».

En outre il est aisé quand on a été pour Pétain et contre, pour les colonies et contre, pour les Anglais et contre, pour l’Algérie française et contre, avec les communistes et contre, à Brazzaville et à Mostaganem, avec Salan et l’envoyant aux juges, avec Paul Reynaud et le tenant pour moins que rien, etc. il est aisé – disais-je – de se prononcer pour tout et son contraire et de le citer à tour de bras et dans tous les sens puisque c’est avec lui la certitude de ne pas se tromper comme il est aisé d’attribuer à Guitry n’importe quel bon mot sur les femmes, même s’il est de Jules Renard ou d’Alphonse Allais. Dieu reconnaîtra les siens.

A la fin du film un texte indique que les pensions des anciens combattants furent « gelées » par la république. Ce n’est pas très honnête de ne pas tout dire de cette affaire. Il se trouve que les pensions des anciens combattants africains en faisaient parfois chez eux des nababs plus riches que des fonctionnaires de haut rang de leur nouvelle république. Ce sont les dirigeants africains eux-mêmes qui prièrent la France de geler ces pensions !

En revanche, comment ne pas confesser que le cas exemplaire de Ben Bella ne soit une bonne illustration de l’impéritie française – et souvent pied-noire – à rendre hommage et honneur à l’ensemble des combattants qui s’étaient engagés à nos côtés ? Titulaire de la Légion d’Honneur reçue au Monte Cassino, il revendiqua quelques droits qui reçurent pour toute réponse l’assourdissant silence des autistes de service qui sont intrinsèquement ancrés dans la conviction qu’il est conseillé de commencer toujours par prendre les autres pour des crétins. Ce n’est pas totalement par hasard qu’il se retrouva donc dans l’attaque de la Banque d’Oran quelques années plus tard et si nous sommes de ceux qui approuvons le juste combat de l’OAS contre le mensonge et l’abandon, nous sommes aussi de ceux qui n’avons jamais manqué de rappeler qu’on ne peut parler d’intégration de I0 millions d’immigrés qu’à la condition de commencer par assimiler les 200.000 Harkis envers lesquels notre dette était totale.

En se mettant à la place de ce réalisateur, il est difficile de vouloir l’accabler. Il suffit pour cela de se souvenir de cette terrible réalité que le mirage du gaullisme cocardier n'a fait qu'aggraver car le mensonge historique ne fait jamais de bien: Dans cette guerre où ont été les Français ? Il y avait ceux qui se battaient sous l'uniforme américain. J'ai sous les yeux les vieilles photos de mes oncles, tankistes chez de Lattre ou chez Leclerc et de mon père, radio mitrailleur en B26. Ils sont tous sous l'uniforme « yankee ». De l'autre côté, ceux dont on ne parle plus et qui se battaient aux côtés d'unités de « Waffens SS » musulmans du Turkistan et de Bosnie, les Français de la LVF et de la Charlemagne qui se battaient sous pavillon allemand. Quand une nation va chercher au Sénégal et en Afrique du Nord ses libérateurs ou ses travailleurs immigrés et qu'elle n'est plus capable de faire la guerre autrement que sous les uniformes étrangers, il est naturel que ses Contes, Légendes et Mythologies prennent du plomb dans l'aile.

Guy Rolland

 

« Indigènes »
Par Bernard Ricome

« J'avais 4 ans lorsque les « Indigènes » ont grandement participé à la libération de la France et à la Victoire. C'est dire que je les connais peu. Pourtant je me souviens encore des paroles du « Chant des Africains ». J'ai toujours été émerveillé par les Tirailleurs Sénégalais et les Spahis. Je me souviens que mon père me disait son sentiment d'injustice lorsqu'il voyait, pendant la guerre, qu'à grade égal, un « indigène » portait le barda et un « français » non. Des années plus tard, au Mali, j'ai rencontré certains de ces Anciens Combattants. Ils n'étaient nullement aigris contre la France, ils avaient même une certaine fierté de ce titre.

Alors ? Quel gâchis là aussi !

Dans la dynamique des combats gagnés ensemble on pouvait faire quelque chose de grand ! Oui mais nous étions en république, la IVème du nom, qui fidèle aux « grands ancêtres », à Jules Ferry qui nous disait « race supérieure » et à Crémieux qui donnait, en Algérie, la citoyenneté française aux espagnols, italiens, maltais, juifs, etc... mais pas aux arabes et aux kabyles. Cette république a, une fois de plus, montré que sa vraie devise était, comme me disait mon père : Liberté POINT, égalité POINT, fraternité ENCORE MOINS.

Et « l'Empire » a été abandonné, ses habitants ont été laissés aux mains de profiteurs.

Pour De Gaulle : « mais voyons ! ces gens-là ne sont pas des Français ! ».
Et l’on a fait des économies de bouts de chandelles sur leurs pensions, même si ces pensions, dérisoires, en France, représentent de grosses sommes chez eux.

Généreusement, et avant les présidentielles, on « réajuste »... pour quelques survivants.

Economies de bouts de chandelles, alors qu'en RMI et allocations de toutes sortes la France dépense depuis des années des sommes folles pour des « bi-nationaux » qui ne sont français que pour les avantages qu'ils en tirent. L'argent dépensé aurait été bien mieux utilisé pour les Anciens Combattants.

Mais que dire des « Indigènes » qui ont poursuivi le combat pour la France ! Je veux parler des Harkis. Pour eux l'ingratitude a été plus grande encore.

Les « Indigènes » sont rentrés sur leur terre natale, les Harkis ont été abandonnés chez leurs bourreaux...

Ceux qui ont pu rentrer en Métropole ont été traités de façon honteuse.

Et pouvaient être encore insultés sur le sol français, sur le sol qui est leur sol, par Monsieur Bouteflika, qui les comparait aux collabos de l’Allemagne nazi…

A quand un film « Harkis ! » où l'on voit ces combattants porter fièrement notre drapeaux ou mourants pour la France !

Bernard Ricome

 

« Devoir de mémoire revu et corrigé »
Par Bernard Lhôte
Les Troupes Françaises montant à l'assaut en Italie (mars 1944)

« Le film « Indigènes » triomphe. Tant mieux ! Il, et eux, le méritent. Salutaire, il accomplit un devoir de reconnaissance envers les troupes magnifiques trop vite oubliées.

Au sujet de cet oubli, quelques rappels s’imposent, car le film lui-même et, surtout, les commentaires des medias en commettent un, énorme, principal, et quelques autres secondaires.

L’amnésie au détriment des soldats d’outre-mer, au service de la France dans les années 40-45, est mise sur le compte d’une forte discrimination raciale.

Discrimination qui, après s’être manifestée par des maltraitances et des injustices au sein de l’armée, a perduré jusqu’à maintenant par l’occultation de la contribution de ces soldats à la victoire finale et par un traitement très inégalitaire et inique de leurs pensions d’anciens combattants.

L’occultation est attribuée peu ou prou, par le film et carrément par la presse, à une hiérarchie militaire soi-disant obnubilée par le souci de valoriser avant tout le soldat d’A.O.F.C, d’appellation d’origine française contrôlée.

Les « Indigènes » furent – c’est indiscutable – directement victimes de discriminations raciales, au point de vue avancement en grade par exemple, mais ils furent aussi indirectement victimes d’une discrimination politique.
C’est que l’encadrement des troupes de « l’Empire » - en particulier de l’Afrique du Nord – qui constituaient l’essentiel de l’armée d’alors, était en majorité d’obédience maréchaliste, tendance « Weygand » (anti-bôche) et, en très grande majorité, n’aimait guère (euphémisme) le général De Gaulle, non plus les forces françaises libres qui, elles de leur côté, ledit dit encadrement, coupable de refus de « l’Appel sacré » du 18 juin 1940… Imaginez ! C’eût été du dernier mauvais goût de devoir la libération de la France métropolitaine à une Armée suspecte de pétainisme…

Son existence même et son importance majeure démentaient la légende toute fraîche d’une lutte anti-nazie menée exclusivement par les communistes et les gaullistes. Faute de pouvoir nier son rôle, on le réduisit, on fit en sorte par la suite de l’escamoter, et donc celui de ses soldats « indigènes » aussi.

Ce ne furent pas, comme l’écrit Laurent Lemire dans le Nouvel Observateur, « les militaires français » qui préférèrent insister sur le débarquement de Normandie, par jalousie, selon lui, de la grande popularité des troupes coloniales à la suite de la Libération. Quelle baliverne !

La plupart « des militaires français » - à l’exception notable de quelques commandos parachutistes et de la 2 ème D.B de Leclerc, elle d’obédience gaulliste – n’ayant pas participé aux combats à l’Ouest de la France, mais à ceux de Sud, ne pouvaient nourrir et promouvoir une telle préférence.

Le général de Montsabert observant un bombardement du mont Cassino (mars 1944)

Pourquoi, diable, les généraux des campagnes d’Italie, de Provence, du Rhône et du Rhin au Danube, pourquoi les Salan, les Montsabert, les Juin, et de Lattre (surtout de Lattre !!!) eussent-ils minimisé les exploits de leurs soldats, exploits qui étaient également les leurs ?

Non, la discrimination provient de la classe politique issue de « La » Résistance et acharnée à la monopoliser. Il n’y eut pas que les indigènes à pâtir de la mise au rencart de ce qui contrariait la légende « gaullo-communiste ». Les pieds-noirs en ont souffert aussi, et tant d’autres… dont les résistants royalistes.
Au rappel de cet oubli historique énorme, ajoutons quelques remarques et corrections.

Le film dénonce maintes brimades et brutalités subies par les tirailleurs maghrébins. Elles paraîtront assez banales à ceux qui ont servi dans les corps d’élites. Les marches forcées sont le partage de tous les fantassins du monde, de toutes les couleurs. La guerre, non seulement c’est bruyant, mais c’est fatiguant.

De même sont banals les actes de bravoure, non-recompensés, et pas très rares les récompenses imméritées. Les armées ne sont pas plus justes que les entreprises civiles. Cependant, là, le film exagère. Il suffit de regarder les poitrines des de vétérans nords africains ou noirs recouvertes de décorations, lors de cérémonies officielles, pour se rendre compte que ces braves ne furent pas tous ignorés.

Autre exagération caricaturale, ou plus exactement, à vrai dire, calomnie : l’attitude lointaine, méprisante et veule des officiers. On les montre à l’arrière, loin des assauts fougueux du Monte Cassino, paradant jumelles en main, se régalant du spectacle de la boucherie.
C’est indigne ! Non seulement indigne envers les officiers mais, plus encore envers leurs hommes !

Ce n’était pas des moutons, mais de rudes gaillards : voire s’agissant des goumiers marocains, de véritables guerriers. On ne lance pas à l’attaque ces gens-là sans donner l’exemple. Ils exigent de leurs chefs autant de courage qu’eux en sont capables. C’est tout dire !

D’ailleurs on sait que la campagne d’Italie fut particulièrement meurtrière pour les officiers français.

Mais bon, n’en demandons pas trop en ces temps d’anti-colonisation primaire.

C’est assez que la combativité des colonies le dérange. Comme ça ne cadrait pas avec l’image simpliste d’une oppression impitoyable, mieux valait occulter le dévouement des opprimés.

Quant à la croyance, répandue, d’un envoi au massacre à eux « privilégiérement » réservé, il faut rétablir la vérité.

Dans son livre « Pour en finir avec la repentance coloniale » (éd. Flammarion), Daniel Lefeuvre fournit un état comparatif des pertes au moment de la capitulation allemande (la période 39-40 exclue) Soit 5% de mortalité parmi les 253 000 Nord- Africains (12 000 tués, 40 000 blessés) Egalement 5% pour les 100 000 soldats d’Afrique noire (4500 tués). Les troupes françaises d’origine européenne avec 40 000 tués ont subi environ 6% de pertes. Sur 8% (!) les pieds-noirs payèrent le plus sanglant tribut. Ils battirent ainsi un record, celui des engagés volontaires et des mobilisés. On comprend l’amertume éprouvée par ces « affreux colons », au regard du traitement qui leur fut par la suite haineusement infligé. Victime d’une probable vindicte, en tout cas de la discrimination sus décrite.

Ces rappels et rectifications effectués, il convient de conclure de façon positive, car il s’agit d’un bon film de guerre, genre difficile, très bien joué par Jamel et sa bande, avec finesse et conviction. Et, miracle, avec des élans patriotiques dont on nous a déshabitué !

Il faut voir nos quatre héros brandir hardiment le drapeau tricolore au sommet d’une position ennemie enlevée à l’assaut. Il n’est guère que le cinéma américain pour oser ce geste de fierté nationale.

Espérons que cette belle audace, anti-conformiste, sera payée de retour.

Exigeons que les vieux survivants de tant de barouds reçoivent réparations d’une république inégalitaire autant que mesquine.

Bernard Lhôte

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